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Après une l’interpellation d’un suspect de deux meurtres en 1988 et 2000, les proches de plusieurs personnes décédées et disparues en Isère retrouvent l’espoir d’une possible élucidation.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux, Clara Grouzis et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Deux enquêtes pour des meurtres non résolus depuis des décennies dans le département de l'Isère
00:16viennent de connaître un développement majeur.
00:20Enquête sur les meurtres d'une adolescente de 15 ans, Nathalie Boyer, en 1988,
00:25et d'une femme de 40 ans, Laila Afif, en 2000.
00:28Un homme soupçonné par la justice d'être le meurtrier a été arrêté le 25 novembre à Dijon.
00:33Il a été placé en garde à vue.
00:35Face aux gendarmes, ce retraité de 63 ans a affirmé n'avoir aucun lien avec ces meurtres.
00:42Codesources fait le point sur cette affaire avec Damien Delseny,
00:45chef du service police-justice du Parisien,
00:47et Christelle Brigodeau, l'une des journalistes de ce service.
00:51Elle s'est rendue à Dijon, là où le suspect a été interpellé.
01:06Christelle Brigodeau, le lundi 25 novembre au matin, à Dijon, en Côte d'Or,
01:10un retraité de 63 ans est arrêté chez lui.
01:14On est où d'abord, et est-ce que vous pouvez nous raconter cette scène ?
01:17On est dans le quartier des Grésilles,
01:19qui est un quartier qui se trouve juste à l'extérieur du centre-ville de Dijon.
01:23Et à 7h du matin, les voitures des gendarmes de la section de recherche de Grenoble
01:28s'arrêtent sur un parquet du quartier devant un immeuble.
01:32Ils montent à l'étage, sonnent à la porte,
01:34et la personne qui leur ouvre, c'est Mohamed C.,
01:36donc la personne qu'ils viennent interpeller.
01:38L'interpellation se fait sans violence, sans bruit.
01:41Les gendarmes vont rester d'abord dans l'appartement.
01:44Ils interrogent Mohamed C. pendant environ deux heures.
01:47Sa compagne, chez qui il vit, est maintenue dans une autre pièce.
01:50Puis, aux alentours de 9h du matin, les voisins peuvent apercevoir dans le quartier
01:57les gendarmes qui retournent à leur véhicule avec sous le bras des effets personnels,
02:00des papiers, et Mohamed C. qui les suit.
02:03À ce moment-là, en fait, il est placé en garde à vue,
02:05car il est soupçonné d'être l'auteur de deux meurtres commis il y a plus de 20 ans.
02:14Alors, on va voir plus tard qui est cet homme
02:16et pourquoi la justice le soupçonne aujourd'hui de meurtre.
02:19Damien Delceni, rappelez-nous la première affaire pour laquelle cet homme va être suspecté.
02:24C'est une affaire qui date de 2000, de l'an 2000.
02:27C'est une femme qui s'appelle Laila Afif.
02:29Elle a 40 ans, c'est une mère de famille, elle a 5 enfants.
02:32Elle habite à Villefontaine, dans l'Isère, juste à côté de Grenoble.
02:35Le 12 mai 2000, elle s'installe à un arrêt de bus, vers 15h.
02:40Elle est censée, en fait, aller dans une commune qui n'est pas très loin,
02:42Saint-Quentin Falavier, toujours dans l'Isère, pour inscrire un de ses fils à un BEP.
02:47Elle n'arrivera jamais à ce rendez-vous.
02:50Et le lendemain, son cadavre est découvert flottant dans un canal à la Verpillère.
02:54C'est une autre commune de l'Isère, mais toujours très proche de Villefontaine,
02:57l'endroit où elle a disparu.
02:58Les constatations sur place et l'autopsie démontrent qu'elle a été tuée de deux balles,
03:03de 22 longs rifles, sans doute avec un fusil.
03:09L'enquête ne donne rien pendant deux décennies.
03:11En 2022, le Paul Colcase de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, reprend l'enquête.
03:16Alors, le vrai nom de cette entité, c'est la Juridiction Nationale des Crimes Sériels et Non-Élucidés.
03:22En tout cas, Damien, que fait cette juridiction ?
03:24Alors, cette juridiction, elle a été créée en mars 2022,
03:28sur le constat, qui était fait depuis des années d'ailleurs,
03:30qu'un certain nombre d'affaires non-élucidées traînaient, en quelque sorte,
03:35dans beaucoup de tribunaux en France, dans beaucoup de bureaux de juges d'instruction.
03:39Et il a été décidé de créer ce pôle unique, qui se base à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine.
03:43Quand on dit Colcase, ça démarre à partir de 18 mois.
03:46C'est-à-dire qu'une affaire qui a plus de 18 mois sans être résolue,
03:48elle peut être considérée comme un Colcase.
03:50Mais en réalité, dans les faits, ce sont souvent des affaires qui ont 10, 20, 25, 30 ans.
03:54Et ces magistrats, ils ne travaillent que sur ces dossiers,
03:57avec un but très clair.
03:59identifier d'abord les dossiers qui sont susceptibles de connaître des avancées,
04:03et souvent, traiter soit des pistes qui n'ont pas été explorées suffisamment à l'époque,
04:07soit surtout, s'appuyer sur des progrès de la science.
04:11Des affaires, par exemple, qui datent des années 90,
04:13où on n'avait pas encore des possibilités de prélèvement d'ADN ou de gestion de l'ADN.
04:17Aujourd'hui, on sait faire des choses différentes.
04:19On ressort des scellés, on ressort des éléments de l'époque,
04:22et on les passe, quelque part, au tamis des nouvelles technologies,
04:25et on arrive à élucider des affaires.
04:26Et dans le dossier qui nous intéresse, que font-ils dans le cas de Laila Afif,
04:30tuée en 2000, en Isère, qui avait disparu de Villefontaine ?
04:34Alors, la juge d'instruction qui récupère ce dossier,
04:36qui est la juge d'instruction Madame Kéris, au pôle Colcaise de Nanterre,
04:40elle va demander s'il existe encore des scellés de l'époque,
04:43c'est-à-dire soit des vêtements, soit des objets qui ont été trouvés sur la scène de crime,
04:47et qui seraient conservés.
04:48C'est le cas dans le dossier Afif, on a des scellés qui sont conservés.
04:52Elle va donc demander une nouvelle expertise de ces scellés,
04:55et sur ces scellés vont être découverts trois ADN inconnus,
05:00c'est-à-dire qu'elle les passe au fichier,
05:01ils ne ressortent pas sur le fichier national des empreintes génétiques,
05:05mais enfin, on a quand même un nouvel élément,
05:07c'est-à-dire trois ADN qu'on ne connaissait pas,
05:09qui étaient présents dans ces scellés.
05:10L'un de ces ADN est celui de Mohamed C,
05:13et la justice va arriver à cette conclusion,
05:16parce que cet ADN est proche d'un autre ADN présent dans les fichiers,
05:20celui de son fils,
05:22qui avait été prélevé dans le cadre d'une toute autre affaire.
05:25On appelle ça un ADN de parentèle.
05:28Expliquez-nous bien ça.
05:29Pour comprendre, il faut savoir quelque chose.
05:31L'ADN, c'est comme un code-barre.
05:33Chacun des individus, vous, moi, on a un ADN unique,
05:36un code-barre unique.
05:37Simplement, ce patrimoine génétique,
05:39on le doit à 50% à notre père et à 50% à notre mère.
05:43L'ADN de parentèle, ça permet une chose,
05:45ça permet de questionner le fichier des empreintes génétiques,
05:47en lui disant, voilà, on a cet ADN,
05:49il ne matche pas sur le fichier,
05:50mais est-ce que le logiciel peut trouver
05:53un code-barre qui soit approchant,
05:55avec des segments qui puissent être communs ?
05:57Le fichier, il ne va pas vous sortir un seul ADN,
06:00il va vous en sortir des dizaines, voire des centaines,
06:02avec des choses approchantes.
06:04Alors, ça peut être des gens qui n'ont aucun lien de parenté avec vous,
06:06mais en revanche, un expert est capable de dire,
06:09bah, cet ADN, c'est forcément celui de quelqu'un de la famille
06:12de l'ADN inconnu qu'on recherche.
06:14Et dans le cas présent, dans le cas de Mohamed,
06:17on a trouvé, en fait, l'ADN de son fils.
06:19C'est-à-dire que le fichier a fini par dire,
06:20bah, voilà, nous, on a dans le fichier le fils.
06:24Donc, maintenant, il faut trouver le père.
06:26Et ça, après, c'est une enquête un peu classique,
06:28qui est presque après de la généalogie,
06:29c'est-à-dire qu'on remonte jusqu'à Mohamed,
06:31et après, on fait une enquête pour savoir
06:33si ce Mohamed, à l'époque des faits,
06:35il était dans le secteur, il habitait l'Isère,
06:37est-ce qu'il peut être suspecté,
06:39est-ce qu'il a un emploi du temps qui correspond à l'époque ?
06:40On interroge un petit peu, on fait un petit peu l'entourage
06:43pour savoir ce que faisait ce monsieur,
06:44et c'est comme ça qu'on remonte jusqu'à lui.
06:46Et le Paul Colquais va essayer de savoir
06:47si ce suspect, donc Mohamed C.,
06:50n'a pas un lien avec un deuxième meurtre non hallucidé,
06:53meurtre d'une adolescente,
06:55meurtre qui s'est produit en 1988,
06:58le 2 août 88,
07:00là encore, à Villefontaine, en Isère.
07:0112 ans auparavant,
07:03il y a un deuxième meurtre qui concerne une adolescente
07:06qui a 15 ans,
07:07elle s'appelle Nathalie Boyer.
07:09Alors, c'est une jeune fille qui est originaire
07:10de l'île de la Réunion,
07:11qui vit en foyer,
07:12qui vient passer ses vacances à Villefontaine
07:14au mois d'août 88.
07:16Elle disparaît subitement,
07:18elle est vue par des amis,
07:18puis d'un seul coup, on ne la revoit plus.
07:19Et quelques heures plus tard,
07:21on va découvrir son corps le long d'une voie ferrée,
07:23à Saint-Quentin-Falavier,
07:25deuxième commune en commun avec l'affaire Afif.
07:28Elle a été égorgée cette fois-ci,
07:29et la juge d'instruction se dit,
07:31mais alors, il y a peut-être 12 ans d'écart,
07:33mais en tout cas, ce sont des faits de meurtre,
07:35de femmes.
07:35Alors, il y a une femme plus âgée,
07:37une femme plus jeune,
07:37mais qui se passe dans un rayon géographique
07:39qui est le même.
07:40Donc, elle va se dire,
07:41peut-être que finalement,
07:42il y a un lien entre ces deux victimes
07:44qui n'étaient pas faits jusqu'ici.
07:46Et donc, on va remonter aussi
07:48sur des scellés,
07:49sur de l'ADN qui existe,
07:50et on va se rendre compte
07:51que sur la scène de crime Boyer,
07:54il y a également des éléments
07:56qui amènent vers Mohamed.
07:57On sait lesquels ?
07:58On peut dire lesquels ?
07:59Alors, pour l'instant,
08:00on ne connaît pas le détail
08:01exactement de ces éléments.
08:02On sait encore une fois
08:03que ce sont des éléments
08:05qui ont été récupérés
08:06sur la scène de crime à l'époque,
08:07en 1988,
08:08qui ont été conservés
08:09et qui permettent aujourd'hui
08:10de faire un lien scientifique,
08:12factuel,
08:13avec Mohamed.
08:16Et dans les années 2000,
08:17suite à ces deux affaires,
08:18mais aussi à d'autres,
08:19on parle des disparus de l'Isère.
08:21Oui, alors c'est une expression
08:22un peu à tiroir,
08:24ces disparus de l'Isère.
08:25Ça concerne six meurtres,
08:27trois disparitions d'enfants
08:28et un viol avec une tentative de meurtre
08:31sur une période qui s'étend
08:32de 1983 jusqu'à 1996,
08:35ce qui veut dire que,
08:36en principe,
08:37le dossier de Laila Affich,
08:39il ne fait pas partie officiellement
08:40des disparus de l'Isère
08:41parce que les disparus de l'Isère
08:43sont surtout,
08:43dans leur écrasante majorité,
08:45des enfants
08:45ou des adolescents très jeunes.
08:47Donc, en fait,
08:48sous le terme disparus de l'Isère,
08:49ce sont des meurtres
08:51et des disparitions d'enfants
08:53qui ont lieu effectivement
08:54dans une zone géographique
08:56très réduite autour de Grenoble
08:57entre 1983 et 1996.
09:00Et même si les journalistes
09:01ont réuni toutes ces affaires
09:02sous la bannière
09:03des disparus de l'Isère,
09:05on sait aujourd'hui
09:06qu'il y avait en réalité
09:07plusieurs tueurs
09:08derrière ces meurtres.
09:09Toutes ces affaires
09:10restent non-élucidées à ce jour,
09:12mais en revanche,
09:13ce qu'on sait,
09:13c'est qu'il y a plusieurs prédateurs,
09:15donc apparemment plusieurs tueurs.
09:16Ce n'est pas un seul et même homme
09:18qui est responsable
09:19de toutes les disparitions,
09:21de tous les meurtres
09:21commis entre 1983 et 1996.
09:28Christelle Brigodeau,
09:29vous, vous êtes partie en reportage
09:31le jeudi 28 novembre
09:32à Dijon,
09:33où vit le suspect,
09:34donc chez sa compagne,
09:35Mohamed C.
09:36D'abord,
09:36à quoi est-ce qu'il ressemble
09:37pour qu'on puisse se l'imaginer ?
09:39Alors, c'est un homme de 63 ans
09:40qui ne fait pas vraiment son âge.
09:42Il fait un peu plus jeune.
09:43Il a les cheveux blancs, courts,
09:45le teint mat,
09:46les paupières un peu tombantes.
09:48Des personnes du quartier
09:49qui le connaissent
09:49me disent qu'il est plutôt bel homme,
09:52en tout cas,
09:52il présente bien,
09:53il est mince,
09:53il est un peu sportif
09:54et il est présenté
09:55comme quelqu'un d'affable
09:57et plutôt sympathique
09:58avec les gens qui le croisent.
10:00Depuis cinq ans,
10:01il vit en couple
10:02avec une femme
10:03qu'il a rencontrée dans le quartier.
10:05Elle est retraitée.
10:06Il ne fréquente quasiment plus
10:07son appartement
10:08depuis qu'il est avec elle.
10:09Il vit vraiment
10:10dans son logement
10:11et lui ne passe chez lui
10:13que pour relever le courrier
10:14ou pour bricoler
10:16de temps en temps.
10:17Et dans le quartier,
10:18les habitants
10:18les voient très souvent,
10:19tous les deux,
10:20qui marchent main dans la main
10:21pour se promener
10:21ou faire des courses
10:22ou qui partent en vélo
10:23faire des promenades
10:24dans les parcs des environs.
10:26Il est retraité,
10:27il a 63 ans,
10:28on l'a dit,
10:28qu'est-ce qu'on sait
10:28de son parcours ?
10:29Alors, on sait
10:30ce qu'il a bien voulu écrire
10:31sur les réseaux sociaux
10:33et ce qu'il a dit
10:33à ses connaissances
10:34Dijonaise,
10:35mais on sait
10:36qu'il n'a pas forcément
10:37dit toute la vérité.
10:38Il est originaire du Maroc,
10:40il a vécu dans sa jeunesse
10:41à Dijon,
10:42il a été marié,
10:44il a eu plusieurs enfants
10:45et on sait
10:46qu'à cette période-là,
10:47vers la fin des années 80,
10:50il se sépare,
10:51il divorce avec sa femme
10:53et pendant plusieurs années,
10:54il va prendre le large
10:55et ne sera plus à Dijon.
10:56Il a expliqué
10:57à des connaissances
10:57qu'il a vécues
10:58dans la région de Grenoble
10:59pendant un temps
11:00et il revient
11:01dans la deuxième moitié
11:02des années 2010
11:03dans ce quartier
11:04des Grésis
11:05où des gens
11:05le reconnaissent
11:07et renouent avec lui.
11:09On sait qu'il a travaillé
11:10pour Renaud,
11:12il dit aussi
11:12qu'il a travaillé
11:13pour des services municipaux
11:14mais ces dernières années,
11:16il vivait du RSA
11:17et tout récemment
11:18avant son interpellation,
11:20il était en train
11:21de finir ses papiers
11:22pour avoir le statut
11:23de retraité
11:23puisqu'il a 63 ans maintenant.
11:25On sait s'il a déjà
11:26eu des problèmes
11:27avec la justice ?
11:28Oui, on sait
11:29qu'il a été en détention,
11:30il a fait de la prison
11:32mais dans le quartier
11:33où il vit au Grésis,
11:34personne n'en sait rien,
11:36c'est quelque chose
11:36qu'il tait
11:37et en fait,
11:38il affirme plutôt
11:39pour les gens
11:40qui le connaissent
11:40qu'il a passé 10 ans
11:42dans une relation
11:43avec une femme
11:44qui lui a tout pris
11:46et avec laquelle
11:47l'histoire s'est assez
11:48mal terminée.
11:49On ne sait pas
11:49si ces 10 années
11:50correspondent aux années
11:51qu'il a passées
11:52en détention,
11:53en tout cas,
11:53il maintient un certain flou
11:55sur cette période
11:55de sa vie.
11:56Et vous réussissez
11:57à parler à des proches
11:58de Mohamed C.
11:59Qu'est-ce qu'il raconte
12:00sur son mode de vie ?
12:01Ils expliquent
12:02que c'est quelqu'un
12:03qui a une vie
12:04très banale,
12:05qui sort assez peu
12:06de son quartier.
12:08Il promène
12:08son petit Yorkshire
12:09qu'il adore,
12:10qui s'appelle Titi,
12:11tous les jours,
12:12matin et soir.
12:13On le voit
12:14se promener avec lui,
12:15on le voit se promener
12:16avec sa compagne.
12:17Quand il fait beau,
12:17il s'assoit sur un banc,
12:18il parle avec les gens.
12:19Dans un quartier
12:20où il y a régulièrement
12:23des problèmes liés
12:24au trafic de stupéfiants
12:25qui est très présent
12:26dans la cité,
12:27c'est quelqu'un
12:27qui ne fait vraiment
12:28pas parler de lui.
12:29Et en tout cas,
12:29pour la plupart des gens
12:30à qui vous parlez,
12:31ils sont très étonnés
12:32de voir Mohamed C.
12:33en garde à vue,
12:35suspecté dans des affaires
12:36de meurtre.
12:37Oui, une personne
12:38assez proche de lui
12:39m'explique qu'elle pense
12:40que ça ne peut être
12:41qu'une erreur.
12:42En tout cas,
12:43pour toutes les personnes
12:44qui apprennent
12:44assez rapidement,
12:45en fait,
12:46après l'arrestation
12:46que Mohamed C.
12:48est en garde à vue,
12:49c'est vraiment
12:49l'étonnement
12:50le plus complet.
12:51Mais il y a aussi
12:52une femme avec qui vous parlez
12:54qui vous raconte
12:55que dans le passé,
12:56il a eu à plusieurs reprises
12:57un comportement étrange.
12:59Oui, elle me raconte
13:01ce que d'autres disent aussi,
13:02qu'il a aussi
13:04la réputation
13:05d'être quelqu'un
13:06d'un peu coureur
13:08ou charmeur
13:08selon les descriptions
13:10qui m'en sont faites
13:10avec les femmes.
13:11Et elle me raconte
13:12qu'il y a plusieurs années
13:13de ça,
13:14avant qu'il rencontre
13:15sa compagne,
13:15on pouvait le voir
13:16quelquefois
13:17des journées entières
13:18dans son véhicule
13:20qui était une camionnette blanche
13:21devant l'avomatique
13:23à l'entrée de la cité
13:24qui avait l'air d'attendre
13:25pendant des heures
13:27et qui regardait
13:28avec insistance
13:28les femmes qui passaient,
13:29il avait l'air
13:30de chercher quelqu'un,
13:31me disait-elle
13:32et elle m'expliquait
13:33que oui,
13:34ça l'inquiétait un petit peu,
13:35elle le trouvait
13:36un peu insistant
13:37et un peu inquiétant.
13:38Mais cette même femme
13:39précise qu'il a changé
13:40depuis qu'il est en couple.
13:41Oui,
13:42elle explique que maintenant,
13:43voilà,
13:44il vit sa vie
13:45tout à fait normalement
13:46qu'il a arrêté
13:47ce type de comportement
13:49et que oui,
13:50il a beaucoup changé,
13:51il s'est quelque part
13:51un peu rangé.
13:53Damien Delsenis,
13:54on en revient au début
13:55de cet épisode
13:56de Codesources,
13:57le lundi 25 novembre,
13:59Mohamed C.
13:59est donc placé
14:00en garde à vue à Dijon.
14:02Que dit-il
14:02au début de sa garde à vue
14:04aux gendarmes
14:05qu'il a face à lui ?
14:05En tout cas,
14:06il n'y a pas d'aveu
14:07et même plus que ça,
14:09il ne s'explique pas,
14:10dit-il devant les gendarmes,
14:12comment son ADN
14:13peut apparaître
14:14sur ces scènes de crime.
14:15Donc,
14:15on est clairement
14:16dans quelqu'un qui,
14:17au moins au début
14:18de ses auditions,
14:19n'y les fait
14:20et ne reconnaît absolument pas
14:21ni sa présence
14:22ni sa responsabilité
14:23dans ces deux affaires.
14:26Le vendredi 29 novembre,
14:28à l'issue de ces
14:29quatre jours de garde à vue,
14:30Mohamed C.
14:31a été transféré à Nanterre
14:32où il a été présenté
14:33à la juge d'instruction
14:35en vue de sa mise en examen
14:36à l'heure
14:37où l'on enregistre
14:38ce podcast.
14:39Nous ne savons pas
14:40ce qu'a décidé la juge.
14:41Damien Delceni,
14:43est-ce qu'il pourrait
14:43être suspecté plus tard
14:45dans d'autres dossiers ?
14:46Ce qui va certainement
14:47se produire maintenant,
14:48c'est qu'eux égard
14:48au profil de cet homme,
14:50c'est-à-dire un homme
14:51qu'on soupçonne
14:51d'avoir tué une première fois
14:52en 88,
14:53une deuxième fois en 2000,
14:55en plus avec des modes opératoires
14:56qui sont très différents,
14:57évidemment que les enquêteurs
14:58maintenant,
14:59ils vont se poser la question
15:00de,
15:00est-ce que ce Mohamed,
15:01il a eu une activité criminelle
15:03avant 88,
15:04entre 88 et 2000
15:05et depuis 2000 ?
15:06Les enquêteurs maintenant
15:08dans ce type d'affaires,
15:09ils font ce qu'on appelle
15:09un parcours de vie,
15:10c'est-à-dire qu'ils vont retracer
15:12année après année,
15:13mois après mois,
15:14les endroits où il a vécu,
15:15les personnes qu'il a fréquentées
15:16et essayer de faire
15:18des corrélations
15:19entre des affaires
15:20non résolues,
15:21dans la région évidemment
15:22où il a vécu,
15:23autour de Dijon,
15:23autour de Grenoble,
15:24puisqu'il a fait des allers-retours
15:25entre ces deux villes
15:26et ces deux régions
15:27et de voir si potentiellement
15:29il peut être dans le secteur
15:30à ce moment-là,
15:31est-ce que ça ressemble
15:32à des cibles qu'il peut avoir ?
15:34On sait que la première victime
15:35elle a 15 ans,
15:36la deuxième elle a 40 ans,
15:37alors ce sont deux femmes
15:38mais elles n'ont pas
15:38grand-chose en commun,
15:40donc on voit que c'est quelqu'un
15:41qui est peut-être capable
15:42de tuer de manière
15:43un peu désordonnée,
15:44en tout cas sans rituel particulier
15:46et donc évidemment
15:47que ça appelle
15:48des recherches supplémentaires
15:49sur d'autres dossiers.
15:52Damien Delceni,
15:53le Paul Colcase de Nanterre
15:54dans les Hauts-de-Seine
15:55a été lancé,
15:56vous l'avez dit,
15:56en mars 2022,
15:58près de trois ans plus tard,
15:59est-ce qu'on peut dire
16:00que c'est un service efficace ?
16:01Alors en tout cas,
16:02c'est un service
16:03qui est utile,
16:05c'est quelque chose
16:05qui a été demandé
16:06depuis des années
16:07par les familles de victimes,
16:08par des enquêteurs,
16:09même par certains magistrats,
16:11ça a été long
16:12à mettre en place,
16:13on a aujourd'hui
16:14des affaires
16:14qui ont abouti
16:15à des résolutions,
16:17ça veut dire que
16:17des affaires
16:18qui étaient au point mort
16:19pour certaines
16:19depuis 20, 25, 30 ans,
16:21elles ont connu
16:21une réponse judiciaire,
16:23pour les familles
16:23c'est quand même énorme
16:24parce que c'est des gens
16:25qui avaient perdu espoir
16:26en la justice.
16:28Après statistiquement,
16:29dire ça a été efficace
16:30ou pas, c'est un peu
16:31trop tôt pour le dire
16:32et surtout,
16:32il ne faut pas perdre de vue
16:33que c'est un pôle
16:34qui ne gère que
16:35des affaires difficiles,
16:36complexes,
16:37donc on ne résoudra pas
16:38100% des affaires
16:39qui sont au pôle Colcaise,
16:40il y a déjà plus de
16:42150, 200 dossiers
16:43qui sont traités
16:44ce qui est déjà
16:44une masse énorme,
16:45à chaque dossier
16:45c'est plusieurs tomes,
16:46c'est des années d'enquête,
16:48c'est souvent des fausses pistes,
16:49des cul-de-sac,
16:50donc évidemment
16:51qu'on ne résoudra pas
16:52les 200 affaires
16:53qui sont au pôle Colcaise
16:54de Nanterre,
16:54mais en revanche,
16:55le simple fait
16:56d'en résoudre
16:57quelques-unes
16:57des affaires emblématiques
16:59comme le grêlé par exemple
17:00démontre que ce pôle
17:02il mérite d'exister,
17:03il doit exister
17:04et à mon sens
17:05il doit même être renforcé.
17:19Merci à Damien Delsenny
17:20et Christelle Brigodeau.
17:22Cet épisode de Code Source
17:23a été produit par
17:24Clara Garnier-Amourou,
17:25Thibault Lambert
17:26et Clémentine Spiller,
17:28réalisation
17:28Julien Moncouquiol.
17:30Code Source
17:30est le podcast quotidien
17:32d'actualité du Parisien,
17:33nous publions
17:34un nouvel épisode
17:34chaque soir de la semaine
17:36du lundi au vendredi.
17:37N'oubliez pas
17:38de vous abonner
17:38sur votre application audio
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17:41Et puis on vous invite également
17:43à écouter Crime Story,
17:44le second podcast du Parisien.
17:46Chaque semaine,
17:46une nouvelle affaire criminelle
17:48racontée par Claudia Prolongeau
17:49avec Damien Delsenny.
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