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Près d’un mois après le début des blocages dans plusieurs raffineries et dépôts de carburants, Code source raconte comment la grève s’est enlisée, occasionnant un vent de panique notamment chez les automobilistes franciliens. Récit avec deux journalistes du service économie du Parisien : Erwan Bénezet et Vincent Verier.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

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#essence #total #cgt

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Commencée le 27 septembre, la grève chez Total Energy avait encore des conséquences pour les automobilistes.
00:18Le vendredi 21 octobre, environ 17% des stations-service manquaient toujours d'un carburant,
00:24contre un tiers au plus fort du conflit social.
00:27Pourquoi cette grève a-t-elle été lancée ? Pourquoi a-t-elle duré aussi longtemps ?
00:31Et pourquoi la CGT a-t-elle tenu une ligne plus dure que les autres grands syndicats ?
00:36Élément de réponse, aujourd'hui dans Codesource avec deux journalistes du service économie du Parisien,
00:41Erwan Bénézet, spécialiste énergie, et Vincent Verrier qui suit notamment le ministère de l'économie,
00:47et lui aussi les questions d'énergie.
01:06Une simple tension qui fait office d'étincelle.
01:10Dans certaines situations, voici ce que provoquent les pénuries de carburant.
01:15Erwan Bénézet, le mardi 11 octobre, de très nombreux automobilistes font la queue devant des stations-service un peu partout
01:22en France.
01:22C'est parfois des centaines de mètres de fil d'attente pour des automobilistes qui commencent à se ruer vers
01:28les stations-service.
01:29Pour faire le plein, ça arrive parfois sur autoroute, ça pose même des problèmes de sécurité,
01:34puisqu'il y a des voitures arrêtées sur le bas-côté et d'autres voitures qui filent à plus de
01:38100 km heure.
01:39Il y a aussi des tensions dans les stations-service.
01:42On assiste à des bagarres, à des gens qui essayent de doubler les fils,
01:46ou de faire du plein avec des jerrycans, ce qui, dans certaines communes, est interdit.
01:51Depuis plusieurs jours, les mêmes scènes se répètent, comme hier,
01:54ces livreurs frappés à coups de casque pour avoir doublé d'autres clients.
02:00Ce matin encore, à Paris, les automobilistes les plus impatients perdent leur nerf.
02:08Alors, on va voir comment on en est arrivé là et ce qu'il s'est passé ensuite.
02:13Et pour bien comprendre, il faut d'abord parler des profits records réalisés par Total en 2022.
02:17Sur les deux premiers semestres 2022, c'est 10,4 milliards de bénéfices.
02:24C'est quasiment le double par rapport à l'année précédente.
02:27Et donc, effectivement, ça impressionne un peu la population.
02:30Vincent Verrier, au niveau syndical, pour la CGT, la période est particulière.
02:34Il y a des élections prévues à la tête de la CGT en mars 2023.
02:37Donc, on a deux camps qui s'affrontent.
02:39Celui mené par Philippe Martinez et celui mené par une frange un peu plus dure
02:43auxquelles appartient la branche pétrochimie.
02:45Donc, chacun essaie d'être le plus radical.
02:47Au début de l'été, en juin et juillet, deux journées de grèves sont lancées dans l'entreprise Total.
02:52Oui, le 28 juillet et le 24 juin, ce sont des grèves qui sont un peu des coups de semence
02:57pour la CGT
02:58pour dire la direction, augmenter les salaires, sinon on fait un malheur.
03:00Le malheur, c'est la grève au conductible.
03:02Alors, pourquoi il y a ces grèves à ce moment-là ? Quelle est l'idée ?
03:04Parce que le PDG de Total Energy, Patrick Polyné, s'exprime deux fois.
03:08Donc, une fois le 22 juin pour dire que son groupe bat bien et définit un petit peu sa stratégie.
03:14Et puis, une autre fois le 28 juillet pour donner les résultats semestriels.
03:17Donc, à chaque fois, ce sont des positions très flatteuses pour l'entreprise,
03:21avec des profits records, avec des perspectives joyeuses.
03:23Et donc, les syndicats souhaitent que ces profits soient redistribués aux salariés.
03:26Quel est le mot d'ordre à ce moment-là ?
03:28On veut notre part du gâteau.
03:29Total Energy va faire sur 2022 des résultats extraordinaires, historiques, du jamais vu.
03:33Et donc, les salariés veulent leur part du gâteau.
03:35On vit des profits exorbitants qu'il y a fait ExxonMobil au premier semestre.
03:38Donc, les salariés veulent leur part du gâteau.
03:40Pendant le Covid, on a fait tourner les unités.
03:42Les salariés se sont quand même exposés.
03:44Le résultat de tout ça et la récompense qu'a donnée la direction, c'est un gel des salaires.
03:48Donc, évidemment, à un moment ou à un autre, il y a une inflation qui est là.
03:51Et donc, on veut ces millimètres de l'inflation.
03:53C'est ce qu'on a toujours eu par le passé.
03:54Que répond la direction de Total ?
03:56La direction répond oui.
03:58Vous aurez votre part du gâteau, mais pas tout de suite.
04:00On va attendre la mi-novembre.
04:01C'est la date des négociations obligatoires annuelles,
04:04juste après les négociations de branche qui ont lieu fin septembre.
04:06A la fin du mois de septembre, une nouvelle grève est annoncée chez Total.
04:10Grève de trois jours reconductibles à partir du 27 septembre.
04:13Oui, les syndicats réclament 10% d'augmentation pour tous les salariés de Total Energy.
04:18Et pourquoi à ce moment-là ?
04:20Parce que le 29 septembre, la CGT organise une grande manifestation au niveau national.
04:25Et la seconde raison, c'est parce qu'il y a des négociations au niveau du secteur de la pétrochimie
04:30qui vont définir le salaire minimum du secteur.
04:33Et au bout des trois jours, la grève est reconduite.
04:35Erwan Benezé, au départ, où le mouvement est-il le plus suivi chez Total ?
04:40Deux raffineries sont touchées par les mouvements de grève.
04:42Celle de Normandie, près du Havre, celle qui produit le plus de carburant en France,
04:46l'équivalent de 22% de la consommation totale du pays.
04:49Et puis celle de Faisin, dans le Rhône, toutes deux propriétés de Total Energy.
04:53Et le mouvement ne touche pas que Total ?
04:55Non, effectivement, un tout petit peu avant, deux raffineries d'essau ExxonMobil
04:59sont également concernées par des mouvements de grève.
05:03L'une à Port-Jérôme en Seine-Maritime, le dépôt,
05:06mais aussi la raffinerie de fosses-sur-mer dans les bouches du Rhône.
05:09Les huit raffineries qui existent en France métropolitaine,
05:12elles représentent une part importante du carburant consommé dans le pays ?
05:16La moitié. 50% du carburant consommé est importé,
05:20mais l'autre moitié demeure produite sur place par des raffineries.
05:24Vincent Verrier, très tôt dans ce mouvement,
05:26la raffinerie de Normandie, qui est donc située près du Havre, en Seine-Maritime, est arrêtée. Pourquoi ?
05:31Lorsque la CGT dit qu'il y aura suffisamment de grévices pour ne pas faire tourner la raffinerie,
05:37ça nécessite des mesures de sécurité très importantes.
05:40Donc, elle en informe la direction, qui prend alors des mesures radicales,
05:43de dire on arrête tout.
05:46Erwan Benezé, en ce début d'automne,
05:49il y avait déjà beaucoup d'automobilistes dans les stations Total. Pourquoi ?
05:53Les automobilistes bénéficiaient, ou en tout cas souhaitaient bénéficier,
05:56de la ristourne proposée par Total depuis le 1er septembre,
06:00et qui à l'époque doit durer jusqu'au 1er novembre.
06:03Une ristourne de 20 centimes sur le litre de carburant,
06:07une ristourne qui s'ajoute à celle du gouvernement, qui est de 30 centimes.
06:11Donc, quand les automobilistes vont dans les stations Total,
06:13ils peuvent bénéficier de 50 centimes de réduction sur le litre de carburant.
06:18Et donc, il y a une sorte d'effet d'aubaine.
06:20Les gens se ruent dans ces stations.
06:21À ce moment-là, effectivement, les stations Total sont les moins chères en France.
06:25Et il y a encore plus de clients à la pompe,
06:28quand on commence à avoir peur d'une pénurie.
06:30On voit déjà, depuis quelques jours, qu'il y a un phénomène de ruée vers les stations-service,
06:36justement pour essayer de faire des stocks.
06:39Vincent Verrier, au tout début du mois d'octobre,
06:41le carburant commence à manquer dans de nombreuses stations-service en France.
06:44Eh bien, on constate qu'il y a 15% des stations où il manque au moins un carburant.
06:48Et donc, c'est un phénomène qui va s'amplifier les jours suivants.
06:51Des files d'attente interminables jusque sur la chaussée,
06:55et une station-service totalement débordée.
06:58Après des heures d'attente, difficile pour ces automobilistes de garder leur calme.
07:05Erwann Benezé, le mercredi 5 octobre,
07:08Olivier Véran, l'ancien ministre de la Santé, devenu porte-parole du gouvernement, se veut rassurant.
07:12Effectivement, à la sortie du Conseil des ministres, il parle de tensions.
07:16Il peut y avoir des tensions sur la disponibilité d'un ou plusieurs carburants dans les stations.
07:21Mais il réfute complètement le terme de pénurie,
07:23et il ajoute que les choses devraient rentrer dans l'ordre dans les jours qui viennent.
07:26Mais il n'y a pas de pénurie.
07:28Et ce jour-là, Olivier Véran dit que le gouvernement a pris du carburant dans ce qu'on appelle les
07:34stocks stratégiques.
07:35C'est quoi ?
07:35C'est une obligation réglementaire imposée par le gouvernement à chaque propriétaire de volume de carburant,
07:42les producteurs, les fournisseurs, de mettre de côté une réserve.
07:46L'ensemble de cette réserve équivaut à 3 mois, 90 jours de consommation annuelle du pays.
07:53Le dimanche 9 octobre, Total dit accepter de négocier dès maintenant,
07:57mais uniquement si les grèves sont levées.
08:00Et la CGT refuse, Vincent Verrier.
08:02La CGT refuse parce que le préalable donné par la direction de Total Energy de dire
08:06« vous arrêtez la grève et on négocie » est inacceptable pour la CGT,
08:10qui veut négocier en continuant la grève.
08:12Le même jour, dans un communiqué, la direction de Total Energy dit que ses salariés gagnent en moyenne
08:185 000 euros brut par mois.
08:19C'est vrai, c'est un chiffre moyen.
08:22Comme tout chiffre moyen, il y a des gens qui gagnent beaucoup plus et des gens qui gagnent beaucoup moins.
08:25Mais c'est une somme qui prend en compte à la fois leur salaire mensuel,
08:28mais également les primes et puis l'intéressement et la participation.
08:33Que répondent les syndicats face à cette affirmation ?
08:36En gros, qu'on gagne 5 000 euros brut par mois chez Total en moyenne.
08:39Grosso modo, ils expliquent qu'on parle de Total Energy.
08:41C'est quand même l'entreprise, l'une des entreprises les plus riches de France.
08:45Donc heureusement que les salariés en bénéficient.
08:46Et ensuite, vous avez affaire à des salariés qui ont des compétences.
08:49Ils travaillent sur des sites dangereux.
08:51Ils travaillent dans des horaires décalés.
08:53Donc tout ça fait que les salaires des salariés de Total dans les raffineries sont importants.
08:58Erwann Benezé, il y a une autre demande mise en avant par les grévistes de Total.
09:02C'est un plan d'investissement pour rénover les raffineries.
09:06Est-ce qu'on sait dans quel état elles sont ?
09:07Elles ne sont pas forcément en très bon état parce que le secteur de la raffinerie,
09:11de la production de carburant à partir de pétrole brut en France n'est vraiment pas du tout rentable.
09:16Il y a même des années où ils perdent de l'argent.
09:18En général, c'est 1% de rentabilité à peine.
09:21Ces raffineries sont vieillissantes.
09:23On en a déjà fermé 4 depuis 2009.
09:27Donc il y a assez peu d'investissement qui est fait, ce qui fait peur aux salariés.
09:30Donc ils demandent effectivement à la fois des investissements et des promesses d'embauche.
09:34Ce week-end-là, la CGT fait justement un geste envers la direction de Total Energy sur cette question.
09:39Oui, elle décide de retirer de ses revendications les investissements.
09:43Et elle renonce également à demander des embauches.
09:46Donc elle se concentre uniquement sur les salaires.
09:49Et de son côté, la direction de Total Energy fait aussi un geste.
09:53Oui, elle propose aux syndicats d'avancer les négociations sur les salaires au mois d'octobre,
09:57alors qu'elles étaient prévues au mois de novembre.
09:59Erwan Bénézé, toujours le dimanche 9 octobre.
10:02Une grande partie du gouvernement français est en Algérie.
10:04Une quinzaine de ministres au total.
10:06Visite qui fait suite à celle d'Emmanuel Macron au mois d'août.
10:09La France veut en résumé mettre en place un nouveau partenariat avec l'Algérie.
10:14Et dans l'avion du retour, le lundi, la première ministre Elisabeth Borne affiche son volontarisme.
10:20Effectivement, alors que pendant le séjour, elle est interrogée sur la situation en France
10:24et elle affiche un peu un optimisme de façade,
10:26elle dit que les choses vont s'améliorer dans la semaine, notamment grâce aux stocks stratégiques.
10:31On a l'impression que le ton change quand elle est dans l'avion.
10:34Elle prend la décision de convoquer immédiatement à son arrivée
10:37quatre ministres, l'écologie, l'énergie, le porte-parole Olivier Véran et le ministre au transport.
10:44Ils sont convoqués à Matignon dès 21h.
10:47L'objectif, c'est vraiment d'accentuer la pression à la fois sur Total Energy et sur les syndicats
10:52pour leur dire, mettez-vous autour d'une table et il faut qu'on en finisse.
10:54On en revient au début de cet épisode, le mardi 11 octobre.
10:58À ce moment-là, une station service sur trois en France en moyenne manque d'au moins un carburant.
11:02C'est une sur deux en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France.
11:05Beaucoup de Français voient leur quotidien fortement perturbé par la grève.
11:09Vincent Verrier, vous interrogez le leader de la CGT, Philippe Martinez, ce jour-là pour le Parisien.
11:15Et pour lui, ce sont Total et sous ExxonMobil et le gouvernement qui sont responsables du blocage.
11:20Pour lui, la faute en revient aux deux grosses entreprises, ExxonMobil et Total Energy,
11:25accusées de ne pas suffisamment distribuer les profits récoltés en 2022 à leurs salariés.
11:30Et puis également, accusation aussi envers le gouvernement.
11:33Il ne le dit pas comme ça, mais soupçonné de faiblesse,
11:35de ne pas mettre suffisamment de pression sur le PDG de Total Energy, Patrick Poilénet,
11:39pour faire en sorte qu'il redistribue davantage les richesses.
11:43Erwan Bénézé, en parallèle sur cette période, les prix des carburants ont grimpé.
11:47C'est effectivement une des conséquences indirectes de la grève.
11:50Moins d'offres et une très très forte demande.
11:53Les prix à la pompe flambent à nouveau.
11:55Au point qu'à Paris, on trouve même des stations où ils frôlent les 3 euros le litre.
12:00C'est absolument historique, on n'avait jamais vu ça.
12:03Annie Espagne-Runacher, la ministre de la Transition énergétique,
12:06indique, elle avertit même, que la direction des fraudes va se pencher sur ce dossier.
12:11En fait, elle veut savoir si la ristourne gouvernementale dans ces stations,
12:14cette ristourne de 20 centimes, a bien été appliquée.
12:17Chez SO ExxonMobil, un accord sur les salaires est signé par deux syndicats
12:22qui représentent plus de la moitié des salariés, la CFE-CGC et la CFDT,
12:26ce qu'on appelle un accord majoritaire, signature le 11 octobre.
12:30Et le lendemain, le mardi 12, pour la première fois,
12:33le gouvernement prend des mesures de réquisition dans cette entreprise.
12:37Le préfet de Seine-Maritime demande à quelques salariés indispensables
12:41au fonctionnement de la raffinerie de Port-Jérôme de venir travailler.
12:44S'ils le refusent, ils en courent trois ans de prison et 10 000 euros d'amende.
12:49Et ce sont vraiment des salariés clés ?
12:51Sans ces salariés, la raffinerie ne tourne pas.
12:53Il faut imaginer qu'une raffinerie ait une sorte de tour de contrôle au milieu,
12:55qui gère les entrées et les sorties de carburant.
12:57Il y a des salariés aussi qui assurent la sécurité, parce que c'est un site Cébézo.
13:00Si ces salariés ne sont pas présents, la raffinerie ferme.
13:03Quand on est réquisitionné, il faut donc reprendre le travail sous peine d'amende,
13:06voire de prison.
13:08Ça peut surprendre ?
13:08C'est en fait deux droits qui s'opposent.
13:10D'un côté, il y a le droit de grève, qui est constitutionnel.
13:13Et de l'autre côté, il y a une obligation de continuité du service public.
13:17Et à un moment, le gouvernement peut estimer que cette continuité est mise à mal
13:22et peut prendre la décision d'avoir recours à ces réquisitions.
13:25Et donc, pourquoi le gouvernement a attendu avant de prendre ces décisions ?
13:28C'est une décision qui est extrêmement impopulaire, puisqu'elle va à l'encontre du droit de grève.
13:31Donc, le gouvernement a attendu qu'il y ait un accord sur les salaires majoritaires
13:34pour prendre ces décisions, estimant que, puisqu'une majorité de salariés
13:37s'était prononcée pour cet accord salarial, il était normal de faire en sorte que la grève s'arrête.
13:43Vincent Verrier, le même jour, le mercredi 12 octobre, donc,
13:46la direction de Total Energy parle avec les syndicats au siège de l'entreprise à la Défense.
13:52Pendant ces réunions, on parle sortie de crise et arrêt de la grève.
13:56La direction disait, on négocie les salaires uniquement si la CGT arrête la grève.
14:01Là, elle fait une autre proposition.
14:03Elle dit, ok, vous continuez la grève, mais uniquement dans les raffineries,
14:06vous libérez les dépôts.
14:08La raffinerie, c'est là où on fabrique le carburant.
14:10Les dépôts, c'est là où on entrepose le carburant.
14:12Et dans les entrepôts, ça regorge de carburant.
14:14Donc, si vous les libérez, vous réglez le problème d'approvisionnement en France.
14:17En revanche, vous maintenez une pression dans les prochaines semaines,
14:20puisqu'il n'y a pas de carburant supplémentaire qui est fabriqué.
14:22Donc, c'est un compromis qui est proposé par la direction.
14:24Donc, la direction dit, si vous levez la grève dans les dépôts de carburant,
14:29on peut négocier.
14:30Que répond la CGT ?
14:32Alors, elle est un petit peu ambiguë.
14:33Il y a une partie de la CGT qui dit, c'est une très bonne idée.
14:36Et l'autre qui dit, c'est pas une bonne idée, on va la proposer à notre base.
14:39Mais je suis sûr qu'elle va dire non.
14:40Et que répond la base ?
14:41Elle répond non, de manière ultra majoritaire.
14:43Et dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14,
14:46Total invite les quatre syndicats représentatifs à venir négocier au siège de l'entreprise,
14:52à la Défense, donc sur cette question des salaires.
14:54Vers 3h30 du matin, un compromis est trouvé.
14:57Oui, la direction propose en moyenne 7% d'augmentation de salaire.
15:00C'est une moyenne.
15:01Ce qu'il faut retenir, c'est que le salarié de base à Total Energy
15:03ne touchera pas moins de 5 000 euros d'augmentation en 2023.
15:085 000 euros brut par an.
15:10Vincent Verrier, la CGT, rejette cette proposition.
15:13Elle, elle souhaite 10% d'augmentation.
15:15Et là, on n'est pas à 10% d'augmentation.
15:16La CFE-CGC et la CFDT ont donc signé cet accord.
15:19Pourquoi est-ce que la CGT bloque à ce point-là ?
15:22Parce que la CGT, elle est sur un autre calendrier.
15:24Il faut savoir que le 18 octobre, une grève interprofessionnelle est prévue.
15:28Et que les délégués syndicaux de Total Energy,
15:31ils sont plusieurs à penser, à imaginer la convergence des luttes
15:34au sein d'un mouvement qui s'appuierait sur le mouvement des raffineurs de Total Energy.
15:42Erwann Benezé, le vendredi 14, le gouvernement prend des mesures de réquisition chez Total
15:46dans un dépôt de la raffinerie de Normandie.
15:49Par ailleurs, la grève est levée chez ESSO ExxonMobil.
15:52Oui, il y a une nouvelle assemblée générale des salariés.
15:55Et la grève est effectivement levée, à la fois sur le site normand de la raffinerie d'ExxonMobil
15:59de Port-Jérôme-sur-Seine, mais également à Fosse-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône.
16:03C'est un peu la mort dans l'âme que la CGT interrompt le mouvement.
16:07Il avait démarré quasiment trois semaines avant le 20 septembre.
16:11Ils interrompent le mouvement parce que les réquisitions ayant été ordonnées par le gouvernement,
16:16les syndicalistes estiment qu'ils n'ont plus de levier et donc ça ne sert plus à rien de bloquer
16:21les raffineries ou les dépôts.
16:23Mais attention, ces mêmes salariés appellent déjà la direction à de nouvelles négociations le 6 décembre prochain
16:28dans le cadre des négociations annuelles obligatoires.
16:31Erwann Benezé, le lundi 17 au matin, à 6h du matin, vous êtes vous à Gennevilliers, dans les Hauts-de
16:37-Seine,
16:37dans un dépôt pétrolier où le carburant commence à arriver de nouveau via un oléoduc.
16:42Il est effectivement arrivé quelques heures auparavant et quand j'arrive sur ce dépôt pétrolier à Gennevilliers, dans les Hauts
16:48-de-Seine,
16:49je vois des centaines de mètres de fil de camions.
16:52Il y a des chauffeurs qui dorment dans leur cabine et qui attendent effectivement que le dépôt puisse être ouvert
16:59parce que quelques jours auparavant, effectivement, les réquisitions ont permis à nouveau que le carburant soit injecté dans l'oléoduc
17:06le Havre-Paris.
17:08Et là, on est dans la branche nord de cet oléoduc.
17:11Les camions sont là. Il va y avoir 200 camions qui vont se relayer toute la journée jusqu'à 18h
17:17le soir
17:17pour pouvoir approvisionner une centaine de stations-service dans tout le nord-ouest de la région.
17:25Vincent Verrier, la grève continue donc chez Total Energy.
17:28On en arrive au mardi 18 octobre, journée de grève nationale dans plusieurs secteurs
17:33comme les transports, l'éducation ou encore l'énergie.
17:35Des rassemblements un peu partout dans le pays.
17:39Les revendications étaient identiques dans tous les défilés.
17:42Une hausse des salaires pour tous les travailleurs.
17:45Quel est le bilan pour la CGT à l'issue de cette journée ?
17:49Il est mitigé.
17:50Certes, elle a su mobiliser, mais pas d'une ampleur aussi importante qu'elle le souhaitait
17:54puisque selon la CGT, ce sont 300 000 personnes qui ont défilé dans les rues de France ce mardi 18
18:00octobre.
18:01Et pour le gouvernement, on est un peu plus de 200 000.
18:03Et le jour de cette manifestation nationale, le PDG de Total Energy, Patrick Pouyanné,
18:08publie un tweet pour expliquer pourquoi sa rémunération a augmenté de près de 52% en 2021.
18:15C'est très rare qu'il s'exprime sur sa situation personnelle, mais là, il y a eu beaucoup de
18:20pression.
18:21Il explique « je suis fatigué de cette accusation de m'être augmenté de 52% ».
18:26Et il s'appuie sur un graphique très clair avec des colonnes qui donnent ces niveaux de rémunération,
18:32donc salaire plus dividende, entre 2017 et 2022.
18:36Et on voit qu'effectivement, en 2017, 18, 19, ils gagnent autour de 6 millions d'euros par an.
18:422020, on tombe à 4 millions, c'était lié à la pandémie.
18:47Et puis, dès 2021, effectivement, on retourne à 6 millions d'euros, ça fait plus 52%.
18:52Et donc, ce tweet qui était censé calmer les critiques sur son augmentation en 2021, entraîne beaucoup de réactions.
18:58Effectivement, Patrick Pouyanné dit « regardez, c'est même inférieur à des tas d'autres patrons ».
19:03Et puis, ça entraîne l'effet totalement inverse.
19:06Tout le monde prend conscience que Patrick Pouyanné gagne 6 millions d'euros par an.
19:11Ça choque plutôt que ça ne calme le débat.
19:17Erwann Benezé, le mercredi 19 octobre, la situation s'est améliorée dans les stations-services en France.
19:23Effectivement, le matin même, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, sur France Info,
19:28indique qu'on est désormais autour de 23% de stations qui connaissent encore des difficultés.
19:35C'est une moyenne nationale, contre plus de 30% encore le week-end précédent.
19:40Hier soir, on était à 22,8%, donc vous voyez que l'amélioration continue à se faire.
19:46On va voir...
19:46C'est un nouveau chiffre, ça ?
19:47Oui, tout à fait.
19:48Donc, elle essaye de mettre en avant le fait qu'effectivement, la situation s'améliore.
19:52Et elle annonce d'ailleurs de nouvelles réquisitions dans les trois raffineries encore en grève restantes
19:58pour faire encore baisser le taux de stations-services en difficulté.
20:02Je redis aux Français, je comprends leur situation, c'est insupportable.
20:06Et nous mettons tout en œuvre pour faire en sorte que la situation s'améliore.
20:11A la date du vendredi 21 octobre, il reste deux sites de Total où la grève est maintenue.
20:16La raffinerie de Normandie et Faisin, près de Lyon.
20:19Erwan Benezé, à ce moment-là, où en est la situation dans les stations-services ?
20:23On est toujours autour d'une vingtaine de pourcents de stations qui ont des difficultés d'approvisionnement,
20:28au moins sur un carburant, avec des grandes disparités.
20:31Trois régions sont principalement touchées.
20:33Ça va durer encore à minima quelques jours, d'abord pour des raisons logistiques,
20:37d'approvisionnement de ces stations-services,
20:38mais aussi parce que beaucoup d'automobilistes n'avaient plus d'essence,
20:42plus de carburant dans leur réservoir.
20:45Et donc, ce rue dans les stations-services, même quand elles sont approvisionnées,
20:48en quelques heures, les culs sont vides.
20:50Erwan Benezé, cette grève n'est pas encore terminée.
20:52Et il y a déjà d'autres risques de grève qui pourraient perturber l'approvisionnement des stations-services.
20:57Ce qui est craint, c'est que les transporteurs routiers puissent se mettre en grève eux aussi,
21:02et les dockers.
21:04Il y a 4000 dockers en France qui réfléchissent aussi à rejoindre le mouvement.
21:09C'est un très très fort pouvoir de blocage.
21:11Et si jamais vous aviez des grèves dans ces secteurs-là,
21:14ça aurait finalement exactement les mêmes impacts que dans les raffineries.
21:23Merci à Erwan Benezé et Vincent Verrier.
21:25Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou et Thibault Lambert.
21:30Réalisation, Julien Moncouquiol.
21:32Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
21:36Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
21:39Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner sur votre appli audio préférée.
21:44Sous-titrage Société Radio-Canada

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