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Michel Barnier, figure des Républicains, a fait son entrée hier à Matignon suite à sa nomination officielle par Emmanuel Macron. A cette occasion, Code source vous propose une version enrichie et actualisée de l'épisode que nous avions consacré à Michel Barnier en mars 2021, avec Henri Vernet et Quentin Laurent, journalistes au service politique du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : INA

#michelbarnier #premierministre #gouvernement

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Après deux mois d'incertitude, Emmanuel Macron a nommé le jeudi 5 septembre le remplaçant de Gabriel Attal à Matignon,
00:19le LR Michel Barnier.
00:21En pleine crise politique, en raison d'une assemblée sans parti ni coalition majoritaire depuis les législatives anticipées,
00:27Emmanuel Macron a choisi un homme politique expérimenté, Michel Barnier à 73 ans.
00:33Il est réputé bon négociateur, c'est lui qui avait mené au nom de l'Europe les négociations du Brexit
00:38à la fin des années 2010.
00:40Qui est Michel Barnier ? Quel est son parcours politique ?
00:43Réponse avec deux journalistes du service politique du Parisien, Henri Vernet et Quentin Laurent.
00:48Nous avons actualisé l'épisode que nous avions consacré à Michel Barnier en mars 2021.
01:04Henri Vernet, vous avez interviewé Michel Barnier à de nombreuses reprises depuis le début des années 2000.
01:10Il est comment hors micro ?
01:11C'est quelqu'un qui se surveille beaucoup, qui est un peu guindé d'apparence, qui est très sérieux.
01:18Surtout, c'est pas du tout l'homme des petites phrases.
01:21Vous savez, ce qu'on aime bien dans la politique, quelqu'un qui va distiller soit des confidences, soit des
01:26hypothèses, soit surtout un petit peu d'opinion sur ses camarades, sur les autres politiques.
01:31Mais c'est quelqu'un qui a un abord plutôt assez direct, plutôt affable.
01:36Il est presque attentionné, on pourrait dire.
01:40Il a un côté un peu presque gentil dans ses rapports, en apparence en tout cas, dans ses rapports avec
01:46les gens.
01:47Il a aussi un côté qui est amusant, c'est qu'il est assez coqué.
01:51Par exemple, il veille toujours, il le demandera d'ailleurs une fois à un photographe qui était avec moi pour
01:56une interview.
01:57Surtout, surtout, ne me prenez pas sous ce profil-là parce que ça fait apparaître mon triple menton.
02:02Donc il disait ça en rigolant, mais enfin on voit quand même que ça compte pour lui.
02:05Ce n'est pas quelqu'un qui est dans la confidence, mais je me souviens qu'un jour, par exemple,
02:09je l'avais rencontré alors qu'il venait d'apprendre le décès de son père.
02:13Et on avait échangé là-dessus quelques minutes et on sentait quand même quelqu'un chez qui l'émotion est
02:20réelle et qui peut la partager.
02:22Alors on va revenir sur sa nomination à Matignon à la place de Gabriel Attal.
02:26Mais dans cet épisode de Code Source, on va surtout résumer son parcours, résumer sa vie.
02:30Michel Barnier a 73 ans, il est marié depuis 43 ans.
02:34Sa femme Isabelle travaille dans la communication, il a trois grands enfants et il est aussi grand-père.
02:39Michel Barnier est né le 9 janvier 1950 à La Tronche, en Isère.
02:45Dans quel milieu est-ce qu'il grandit Henri Vernet ?
02:47Dans un milieu, disons, assez traditionnel, petite bourgeoisie.
02:50Son père a hérité d'une PME familiale, il fabrique des coffrets en bois.
02:54Le père est relativement effacé.
02:57La mère, en revanche, joue un grand rôle, disons, politique ou social,
03:00dans la mesure où c'est une femme qui est engagée, c'est une chrétienne sociale et elle marquera beaucoup
03:04son fils
03:05par ses engagements, qu'il soit humanitaire, qu'il soit de solidarité.
03:09Et surtout, ce qui est très important, c'est qu'il est né certes à La Tronche, en Isère, mais
03:13il grandit à Albertville.
03:15C'est surtout un montagnard.
03:16Il le répétera d'ailleurs à chaque étape de sa carrière, parfois au risque de lasser un peu.
03:20Je suis un montagnard, je me fixe un but, j'avance déterminé.
03:26Il se passionne très tôt pour la politique.
03:28Quand il a 14 ans, il milite en faveur du général de Gaulle pour la présidentielle de 1965.
03:33Alors là aussi, c'est assez amusant quand il raconte ça, parce qu'un monsieur comme ça,
03:37qui vous dit que dès 14 ans, c'est-à-dire à l'âge plutôt des boums,
03:40quand on est collégien, lui, les affiches qu'il a dans sa chambre d'adolescent,
03:45ce sont des portraits du général de Gaulle.
03:46Il va jusqu'à coller des affiches pour le général de Gaulle.
03:53Et donc, il va dans la rue et quand il colle ses affiches, son prof d'histoire au collège,
03:58qui lui est un militant socialiste, colle sur ses propres affiches, des affiches de Mitterrand.
04:03Sauf que le lendemain, raconte Barnier, le même prof d'histoire lui mettait 17 ou 18 à ses copies.
04:08Quant à Laurent, il vote pour la première fois en 1972,
04:11lors d'un référendum pour l'élargissement de l'Union européenne à plusieurs nouveaux pays,
04:16dont la Grande-Bretagne.
04:17Il se lance en politique à la même période et au début de sa carrière, il est très souvent précoce.
04:22Oui, précoce. Il est très très tôt intéressé et engagé en politique.
04:27Son tout premier mandat, ce sera en 1973, il va être élu conseiller général de Savoie.
04:31À l'époque, il y a certains militants qui me racontaient récemment,
04:34nous, on courait les bars et les filles et lui, il courait les maisons de retraite
04:38parce qu'il allait voir les électeurs, parce qu'il était déjà très jeune, mais très engagé sur le sujet.
04:42Ça va s'enchaîner assez rapidement pour lui puisqu'il va devenir député pour la première fois en 1978
04:47et à l'époque, il est le Benjamin de l'Assemblée.
04:50Michel Barnier soutient Jacques Chirac à la présidentielle de 1981,
04:54mais son champion échoue à se qualifier pour le second tour
04:57et dans l'entre-deux-tours qui oppose Valéry Giscard d'Estaing au socialiste François Mitterrand,
05:02il accepte d'interviewer le président sortant dans une vidéo de campagne.
05:06« Bonsoir, pour cette première émission du second tour de l'élection présidentielle,
05:11j'ai demandé à monsieur Michel Barnier de venir me poser des questions. »
05:16On y voit un tout jeune Barnier qui a eu une espèce de mordant,
05:20il campe sur les positions assez gaullistes,
05:22et on sait la haine en réalité que portaient les gaullistes à Giscard d'Estaing,
05:25et donc dans cette interview, il y a un vrai duel entre les deux hommes,
05:29même si Giscard avait bien demandé à Barnier de ne faire aucune relance après ces questions,
05:33mais on sent une certaine ironie, un certain irrespect chez l'intervieweur Barnier.
05:38« Monsieur le président, j'appartiens depuis mon engagement personnel à la famille gaulliste.
05:43Beaucoup parmi nous ont le sentiment depuis quelques années de ne pas avoir été écoutés.
05:47On a le sentiment qu'il y a dans la majorité des mal-aimés et des bien-aimés. »
05:51Et on sent parfois chez Giscard un agacement assez glacial.
05:54« Monsieur Barnier, j'ai dit hier, j'ai dit qu'il n'y aurait pas les bien-aimés du
05:59premier tour
05:59et les mal-aimés du second tour. »
06:01« Mais du coup, cette interview, c'est un moment intéressant, télévision. »
06:05En 1984, en tant que président du Conseil général de la Savoie,
06:08il fait campagne pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver 1992 à Albertville.
06:14« Il y a derrière cette candidature unanimité de toute la Savoie,
06:18aussi bien la Tarentaise, le Val d'Arly et le Beaufortin que la Maurienne,
06:21qui savent l'intérêt départemental que représente cette candidature si nous gagnons. »
06:26Une campagne très active.
06:27« Oui, la légende veut qu'il ait eu l'idée d'essayer d'organiser justement
06:30les Jeux olympiques à Albertville en skiant en 1981 avec Jean-Claude Quilly,
06:35qui était le triple médaillé olympique de ski.
06:37Donc c'est avec lui qu'il va mener cette bataille pour décrocher les Jeux.
06:40Et là où il va frapper fort, c'est qu'il va réussir à convaincre François Mitterrand
06:44de s'engager à ses côtés pour justement décrocher Albertville.
06:48Et ça va être quelque chose de très important à la fois pour lui personnellement,
06:51parce que c'est une première conquête collective,
06:53et c'est aussi quelque chose qui a marqué la Savoie et qui a inscrit Michel Barnier
06:58comme étant un personnage très important pour Albertville et la Savoie. »
07:05Il entre au gouvernement pour la première fois sous François Mitterrand,
07:07dans le gouvernement Balladur en 1993, en tant que ministre de l'environnement.
07:11Ensuite, dans les années 90 et 2000, il sera ministre à plusieurs reprises,
07:16mais rarement à la tête des portefeuilles les plus prestigieux Henri Vernet.
07:19Oui, c'est vrai que c'est frappant dans un parcours aussi long et aussi riche que le sien,
07:22parce qu'il a eu tous les postes de la République, et même d'ailleurs ceux de l'Europe,
07:25que ce soit des postes d'élus, que ce soit des postes ministériels.
07:28Et en fait, le seul ministère régalien qui l'ait détenu, c'est celui des affaires étrangères.
07:31Alors pourquoi ? Il faut bien dire que dans la famille gaulliste, en réalité, chez Chirac,
07:35on le trouve un peu trop européen, justement.
07:37On le trouve un peu trop centriste, et surtout, ce qui le marquera pendant longtemps,
07:41il m'en a parlé à plusieurs reprises, c'est la manière dont s'est terminée son unique année
07:46à ce poste régalien, au Quai d'Orsay.
07:48Il en a été congédié, mais comme un malpropre, d'une manière très violente,
07:52par Chirac et par Villepin, qui le tenaient responsable de l'échec du référendum,
07:57vous savez, pour la Constitution européenne de 2005.
07:59Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ensuite, ne sont pas tendres avec lui.
08:03Il n'y a jamais vraiment eu d'affinité.
08:05Alors cela dit, une petite nuance, c'est qu'il y a eu beaucoup plus d'affinité,
08:08et de, comment dire, d'empathie politique entre Sarkozy et Barnier,
08:12contre Chirac et Barnier.
08:13Entre ces deux-là, ça n'a jamais matché, parce qu'ils n'ont pas vraiment les mêmes convictions,
08:16et puis parce que Barnier, finalement, trouve que Chirac est d'abord un opportuniste de la politique,
08:20et puis Chirac en veut à Barnier pour cette raison-là,
08:22parce qu'il faut savoir qu'en même temps qu'Alberville pour les Jeux Olympiques d'hiver,
08:26Chirac portait, lui, la candidature de Paris pour les Jeux d'été,
08:30et qu'il a, en quelque sorte, l'impression que Barnier et Kili lui ont torpillé ses chances
08:35en faisant passer d'abord Albertville.
08:37Tout au long de sa carrière, Michel Barnier a subi des moqueries,
08:40les autres politiques lui donnent parfois des surnoms vraiment pas sympathiques.
08:44On l'a comparé à un yaourt pasteurisé, et ça a été jusqu'à Crétin des Alpes.
08:48Henri Vernet, c'est violent.
08:50Oui, c'est violent, mais la politique, c'est un sport de combat.
08:52Alors justement, lui, il n'est pas exactement dans ce microcosme parisien,
08:55voire parisianiste, je le disais, c'est pas l'homme de la petite phrase,
08:58c'est pas l'homme de la pique contre ses collègues.
09:00C'est-à-dire, lui, il est beaucoup plus dans l'argumentation.
09:02C'est vrai qu'il n'est pas un orateur, c'est pas un débatteur,
09:05c'est pas quelqu'un qui va trouver la formule qui va ratatiner l'autre.
09:08Donc en cela, s'il peut paraître assez vulnérable, en même temps,
09:12et puis c'est le côté un peu montagnard, d'ailleurs,
09:15cette image sur le Crétin des Alpes, c'est vrai que c'est l'homme d'Alberville,
09:18lui-même revendique cet attachement à la Savoie.
09:22Et en même temps, quand j'avais fait un portrait de lui,
09:24j'avais interrogé ceux qui l'avaient côtoyé,
09:26notamment Rachida Dati, avec qui il avait fait une campagne européenne.
09:29Et Rachida Dati, qui elle, au contraire, est la quintessence du théâtre politique,
09:33on lui avait dit « Oh, ma pauvre, tu verras, qu'est-ce qu'il est chiant,
09:36il n'est pas le droit, t'as pas de chance ».
09:37Elle m'a dit avoir été très surprise.
09:40En fait, non, c'est quelqu'un qui est très marrant, qui n'est pas bégueule du tout.
09:42Quand on faisait campagne ensemble en Seine-Saint-Denis,
09:44il allait au contact des gens.
09:46Bref, c'était plutôt une bonne surprise pour Rachida Dati.
09:50Il sera commissaire européen à deux reprises,
09:52d'abord à la politique régionale entre 1999 et 2004,
09:56puis au marché intérieur et au service de 2010.
09:59à 2014, et là, il va se faire connaître des Britanniques.
10:02Et oui, parce qu'en tant que marché intérieur,
10:04c'est lui qui s'occupe notamment des services financiers et des banques.
10:06Or, on est juste après la grande crise financière de 2008,
10:09et donc Michel Barnier, qui a toujours ce côté assez rigide,
10:12il entend réjonter, réglementer un petit peu le marché bancaire,
10:16et notamment la City.
10:17Il entend aussi, horreur suprême,
10:20raboter, voire supprimer les bonus des traders,
10:23notamment à Londres.
10:24Et donc, pour les Britanniques,
10:26je crois d'ailleurs que c'est un titre, à ce moment-là, des tabloïds,
10:29il est l'homme le plus dangereux d'Europe.
10:33En 2014, Michel Barnier vise la présidence de la Commission européenne,
10:37et ça se passe mal, quant à Laurent.
10:38Oui, ça fait quatre ans qu'il est commissaire européen,
10:41et il aspire à conquérir ce poste de pouvoir,
10:43qui est celui de la présidence de la Commission européenne.
10:46Mais il doit affronter Jean-Claude Juncker,
10:48qui est l'ancien Premier ministre du Luxembourg.
10:50Sauf qu'à ce moment-là, Juncker, il est soutenu par Angela Merkel.
10:53Et être soutenu par Angela Merkel, c'est forcément très très fort
10:56quand on parle de la droite européenne.
10:58Donc il va mener une campagne active,
11:00mais en fait, il n'arrivera pas à déborder Juncker.
11:05Henri Vernet, après cet échec,
11:07Michel Barnier espère représenter la droite
11:10aux élections régionales de 2015,
11:12dans sa région d'origine.
11:14Eh bien en fait, il ne décrochera pas cette investiture,
11:16parce que la droite, sa famille politique,
11:18à laquelle pourtant il aurait été fidèle toute sa vie,
11:20eh bien lui préfère Laurent Wauquiez.
11:21Pourquoi ? Parce que Laurent Wauquiez,
11:22il est plus jeune, il est plus en vue,
11:25il a la niaque, c'est un véritable battleur de foire.
11:27Le 1er octobre 2016, il est nommé négociateur en chef
11:31de l'Union européenne, chargé du Brexit.
11:34Henri Vernet, à ce moment-là,
11:35les journalistes, les politiques,
11:37parlent beaucoup d'un risque d'éclatement de l'Union.
11:39Oui, parce qu'il faut se souvenir du contexte,
11:41les populismes, les nationalismes font très fort en Europe,
11:44ils sont aux commandes dans plusieurs pays.
11:45La Pologne, la Hongrie, ils sont là en Italie.
11:48Il y a une espèce de vent de Brexit
11:50qui souffle sur les opinions européennes.
11:53D'autre part, il y a aussi le jeu,
11:55la stratégie des Britanniques
11:56qui entendent négocier, j'allais dire,
11:59en direct, en bilatéral,
12:00avec chacun des pays européens,
12:02parce qu'évidemment, tout le monde n'a pas les mêmes intérêts.
12:04Et donc justement, tout l'art,
12:05ce sera d'essayer de préserver cette Europe
12:07qui est malgré tout menacée d'un vent de dislocation.
12:10Quelle est sa méthode dans cette négociation ?
12:12Il va voir tout le monde.
12:13Il est tout le temps dans le consensus,
12:15il se déplace, il est dans la pédagogie,
12:17dans la transparence.
12:19Et notamment, ce qu'il aura fait tout au long de cette négociation,
12:21c'est de rendre compte étape par étape
12:23et de faire le tour des capitales européennes,
12:25des 27 capitales plus Londres,
12:27et surtout d'y rencontrer tout le monde,
12:29c'est-à-dire les politiques,
12:30les décideurs, les élus,
12:31les syndicalistes, les ONG, tout le monde.
12:33Henri Vernet, en décembre 2018,
12:35pour Le Parisien,
12:36vous faites un reportage
12:38et vous le rencontrez dans ses bureaux à Bruxelles,
12:40avec son équipe qui gère cette négociation du Brexit.
12:42Une équipe très jeune,
12:44alors ils sont 55,
12:45ils ont une moyenne d'âge de 37 ans,
12:47ils sont de toutes les nationalités.
12:48Et cette équipe,
12:49on l'appelle la Task Force 50,
12:51parce que 50,
12:52c'est l'article 50 du traité de Lisbonne
12:54qui prévoit le divorce possible,
12:55donc le Brexit.
12:56Elle est installée dans ce massif bâtiment,
12:59le Berliamont,
13:00le siège de la Commission européenne.
13:02Il faut une empreinte digitale,
13:04il y a une espèce de secret
13:05qui entoure ces négociations,
13:06parce qu'évidemment,
13:07là se joue pendant ces quatre années,
13:09l'avenir de l'Europe.
13:10Et au cours de ce reportage,
13:11vous lui parlez de ses éventuelles ambitions pour la suite.
13:13Alors là,
13:14il a une formule habituelle,
13:15c'est je suis un montagnard,
13:17donc un pas après l'autre,
13:18il faut élever la ligne d'horizon.
13:19Et la ligne d'horizon,
13:20pour lui,
13:21très clairement,
13:21à ce moment-là,
13:22c'est encore l'Europe.
13:23Et donc,
13:23ce qu'il ambitionne,
13:24c'est ce rêve avorté
13:27d'être président de la Commission européenne.
13:29C'est quelque chose
13:30dont il se sent capable,
13:31et même,
13:31il se sent plus capable
13:32après cette expérience du Brexit,
13:35puisqu'il a rencontré à peu près
13:36tous les décideurs du continent.
13:38Le poste se libère en 2019,
13:40mais ça ne se passe pas comme prévu pour lui.
13:42Non,
13:42parce qu'il lui manque le soutien
13:44des deux décideurs essentiels de l'Europe,
13:46Angela Merkel,
13:47l'allemande,
13:47qui n'a jamais été en confiance
13:49avec un Barnier
13:50qui est trop, finalement,
13:51trop rigide,
13:52et surtout du président Macron.
13:54Il n'a pas son soutien.
13:55Macron,
13:55il trouve ce Michel Barnier
13:56un peu trop au ancien monde.
14:00Toujours en 2019,
14:01Quentin Laurent,
14:01Michel Barnier
14:02est accusé
14:03de faire pression
14:04sur l'Elysée
14:05pour que son fils,
14:06Nicolas,
14:07soit en position éligible
14:08aux Européennes
14:09sur la liste LREM.
14:11Son fils,
14:12Nicolas,
14:12il a 33 ans
14:13et à cette époque-là,
14:14il est assistant parlementaire
14:15d'un député en marche.
14:17Il est proposé à ce moment-là
14:18qu'il figure sur la liste
14:19des Européennes,
14:20mais c'est souvent
14:21la foire d'empoigne
14:21pour avoir une position éligible.
14:23Et c'est vrai que
14:24les bruits
14:24qui ont raconté
14:25que Michel Barnier
14:26avait pu appeler
14:27l'Elysée
14:27ou Matignon
14:28pour essayer
14:29de pousser son fiston,
14:30ça a un petit peu agacé
14:31du côté de la majorité.
14:32Du coup,
14:33on a finalement retrouvé
14:34Nicolas Barnier
14:34sur une liste en Belgique.
14:36Mais ça n'aura pas suffi
14:37à le faire élire
14:37au Parlement européen.
14:38Henri Vernet,
14:39à la fin de l'année 2020,
14:40les négociations
14:41sur le Brexit
14:42sont dans la toute
14:43dernière ligne droite.
14:44Ça aura été un feuilleton
14:45à rebondissement
14:46pendant près de 5 ans.
14:47Mais oui, bien sûr,
14:48ne serait d'ailleurs
14:48qu'en raison
14:49de la vie politique britannique
14:50qui a été d'une totale folie
14:52avec, rappelez-vous,
14:53des ultimatums,
14:55avec des délais
14:56qui ont été sans cesse reportés.
14:58Le Brexit, en réalité,
14:59aurait dû se terminer
15:00deux ans plus tôt.
15:00Donc, cette espèce
15:01de théâtre permanent
15:02avec une Theresa May
15:04qui a été première ministre,
15:05mise au bord du renvoi,
15:07lui succède
15:07à Boris Johnson
15:08totalement bouillonnant,
15:09dont on voyait bien d'ailleurs
15:10qu'il ne connaissait pas
15:11le fond du dossier.
15:11Lui, il prenait ce dossier
15:12comme un dossier politique.
15:13Il fallait en gros
15:14faire gagner le Royaume-Uni
15:16et plier les Européens.
15:17Donc, il y a eu
15:18des espèces de manœuvres
15:19parfois assez grossières.
15:20Il y a eu une tentative
15:21très constante
15:22de faire tomber
15:23Michel Barnier
15:23que les Britanniques
15:24trouvaient beaucoup trop rigides.
15:26Et puis, côté européen,
15:27c'est vrai que cette unité,
15:28elle n'a pas été simple
15:29à maintenir.
15:30Encore une fois,
15:30on l'a vu par exemple
15:31sur le dossier de la pêche,
15:32tout le monde n'avait pas
15:33les mêmes intérêts
15:33et donc, les tentations
15:35de faire cavalier seul
15:36ont été réelles.
15:37Parmi les Européens,
15:38il a parfois fallu mettre
15:38un petit peu d'ordre là-dedans.
15:47Au sommaire de ce jeudi 24 décembre,
15:50un accord arraché in extremis
15:52plus de 4 ans après le Brexit.
15:53Et finalement, le 24 décembre,
15:55un accord est trouvé
15:56avec le Royaume-Uni.
15:57Il fait 1500 pages.
15:58C'est un soulagement ?
15:59Un soulagement,
16:00un étonnement.
16:01Pour tout vous dire,
16:02même à l'Elysée,
16:03on a été surpris
16:04de l'annonce de cet accord
16:05qui est venu
16:05à la veille de Noël.
16:07Il y a eu d'ailleurs
16:08presque un moment de flottement.
16:09On s'est dit,
16:10mais finalement,
16:10est-ce que ces négociateurs
16:11ne sont pas allés trop vite,
16:13trop loin ?
16:13Et peut-être en ayant cédé
16:14un petit peu des intérêts français.
16:16Et juste après cet accord,
16:17il prend la parole solennellement
16:19devant les journalistes.
16:20Le Royaume-Uni a choisi
16:22de quitter l'Union européenne
16:24et le marché unique
16:26de renoncer aux droits
16:28et aux avantages
16:29d'un État membre.
16:31Il y aura donc,
16:32malgré cet accord,
16:34de vrais changements
16:36pour beaucoup de citoyens
16:37et pour beaucoup d'entreprises.
16:40Il prend la parole,
16:41il est fidèle à lui-même,
16:42c'est-à-dire qu'il fait
16:42un peu la tronche.
16:43Il souligne notamment,
16:44et ça avec une certaine honnêteté,
16:45que par exemple,
16:46il y a un échec
16:47qui lui tient à cœur,
16:48c'est celui d'Erasmus.
16:49Ils n'ont pas réussi
16:50dans cet accord
16:50à préserver, vous savez,
16:51les échanges d'étudiants
16:52entre les pays européens.
16:53Donc c'est fini avec les Britanniques.
16:54Ça, c'est un grand regret.
16:56Et puis donc pour lui,
16:56qu'être un Européen convaincu,
16:58c'est le fil
16:58de son existence,
16:59de sa vie politique,
17:01évidemment,
17:02voir partir pour la première fois
17:03un membre du club,
17:04un membre de la famille,
17:05c'est un échec.
17:06En résumé,
17:06il a bien mené ses négociations,
17:08mais il ne veut pas s'en réjouir.
17:09C'est exactement ça,
17:10parce qu'à l'arrivée,
17:11c'est quand même
17:12une défaite pour l'Europe.
17:13Au printemps 2021,
17:14Michel Barnier est candidat
17:15à la primaire des Républicains
17:17pour la présidentielle de 2022.
17:19À ce moment-là,
17:20il a 70 ans.
17:21La victoire de Joe Biden
17:22à la présidentielle américaine
17:23en novembre 2020
17:24lui fait dire
17:26que son âge
17:26n'est pas forcément un problème.
17:28Henri Barnier,
17:29il croit vraiment
17:30en ses chances
17:31quand il se lance,
17:31donc avec en ligne de mire
17:32l'Elysée ?
17:33Oui, complètement.
17:34Il est même convaincu
17:35qu'il va gagner,
17:36qu'il peut l'emporter,
17:36qu'il a les atouts
17:37et que le paysage politique
17:38le permet.
17:40Il y croit d'autant plus
17:41qu'il sort de ce qu'on a évoqué,
17:43cette négociation du Brexit
17:44qu'il a menée
17:45plutôt correctement,
17:46voire par moments
17:47assez brillamment.
17:48Et pendant toutes ces négociations,
17:49il n'a côtoyé
17:50que des dirigeants,
17:51que des chefs d'État,
17:52des premiers ministres européens.
17:54Et donc,
17:54il pense qu'il a enfin acquis
17:56la stature
17:57qui lui a manqué
17:58tout au long de sa carrière
17:59précédemment.
18:00Et que donc,
18:00finalement,
18:01ce poste de l'Elysée,
18:02ce n'est pas trop haut pour lui.
18:03Finalement,
18:03le 2 décembre 2021,
18:05il termine 3e
18:06de la primaire des Républicains
18:07et il se range
18:08derrière Valérie Pécresse
18:10qui a remporté la consultation.
18:12Le 24 avril 2022,
18:13Emmanuel Macron
18:14sera réélu.
18:15Henri Vernier,
18:16est-ce qu'on sait
18:17ce que fait Michel Barnier
18:18ensuite dans les deux années
18:19qui suivent ?
18:20Il n'a plus vraiment
18:21d'activité politique
18:22de premier plan.
18:23Il se met un peu en retrait.
18:24Il a quand même déjà
18:25plus de 70 ans.
18:26Alors,
18:26il ne renonce pas du tout
18:27complètement.
18:27Il est toujours là.
18:28Il pense que son heure
18:29peut venir,
18:29que ce soit à Paris
18:30ou à Bruxelles
18:31parce qu'il ne renonce
18:32jamais à sa fibre européenne.
18:34Et d'ailleurs,
18:35il se fait notamment
18:36remarquer par un livre
18:37très épais,
18:38un récit
18:39de toutes ces négociations
18:41du Brexit
18:42où il rentre dans le détail.
18:44Il défend sa politique.
18:45Il expose un petit peu tout ça.
18:47Et donc,
18:47c'est sa manière d'exister.
18:48Et puis par ailleurs,
18:49on l'entend,
18:50on le voit réagir
18:51de temps en temps
18:52à la vie politique nationale.
18:53Néanmoins,
18:54ce ne sont jamais
18:54des réactions de premier plan.
18:56Ce n'est jamais vraiment repris.
18:57Disons qu'il est un petit peu
18:59en retrait,
19:00un peu en position de sage.
19:01On en revient à l'actualité récente.
19:03En 2024,
19:04après son échec aux européennes
19:05du 9 juin,
19:06Emmanuel Macron dissout l'Assemblée.
19:09Une heure après l'annonce des résultats,
19:11c'est le début d'une crise politique.
19:12Les législatives anticipées
19:14des 30 juin et 7 juillet
19:15ne permettent pas
19:16de dégager une nouvelle
19:17majorité parlementaire.
19:19Cet été,
19:20au mois d'août,
19:21Michel Barnier profite
19:22des Jeux olympiques
19:23de Paris 2024.
19:24Eh oui,
19:24parce que les Jeux olympiques,
19:25c'est sa passion.
19:26C'est d'abord l'homme
19:27des JO d'Alberville de 1992
19:29avec Jean-Claude Lille.
19:30C'est ça l'image
19:31de Michel Barnier.
19:33C'est un passionné
19:33authentique de sport.
19:34Il le pratique encore beaucoup.
19:36C'est important pour lui.
19:38Et donc là,
19:38il a spécialement pris
19:3915 jours
19:40pendant cet été
19:41pour assister
19:43à un maximum d'épreuves.
19:45D'ailleurs,
19:45il est le premier
19:46à tweeter,
19:47à intervenir
19:48sur les réseaux sociaux
19:48dès qu'il y a une médaille française
19:50pour les féliciter.
19:51Et puis,
19:52il se trouve,
19:53hasard ou pas,
19:54que,
19:54notamment dans les bassins olympiques,
19:56dans la piscine olympique,
19:57il va croiser Emmanuel Macron.
19:59Politiquement,
19:59est-ce que son nom,
20:00justement,
20:01fait partie des options possibles
20:02pour le président de la République ?
20:03Elle en fait partie,
20:05mais pas au premier plan.
20:06C'est-à-dire que,
20:06vous savez,
20:06le nom de Michel Barnier
20:07circule toujours
20:08parce qu'il fait partie
20:09de ces personnages
20:10qui sont relativement consensuels,
20:11justement.
20:11C'est le bon côté
20:12de la médaille
20:13de quelqu'un
20:13qui n'a pas d'aspérité,
20:15qui n'a pas réellement
20:16d'hostilité
20:16dans le monde politique.
20:18Donc,
20:18c'est un nom
20:18qui circule,
20:20mais pas de premier plan.
20:22À partir du 23 août,
20:24Emmanuel Macron
20:24consulte à l'Elysée
20:26pour trouver celui
20:27ou celle
20:27qui va succéder
20:28à Gabriel Attal.
20:29Plusieurs noms
20:30sont avancés
20:31puis écartés,
20:32notamment l'ancien ministre
20:33de l'Intérieur
20:34et premier ministre
20:35de François Hollande,
20:36Bernard Cazeneuve,
20:36et le républicain
20:37Xavier Bertrand,
20:38ancien ministre lui aussi
20:39et président
20:40des Hauts-de-France.
20:41Deux hypothèses
20:42abandonnées
20:43par Emmanuel Macron
20:44en raison
20:45d'un trop grand risque
20:46de motion de censure
20:47à l'Assemblée,
20:48motion qui,
20:49si elle est votée,
20:50contraint le gouvernement
20:51automatiquement
20:51à la démission.
20:52Henri Vernet,
20:53le jeudi 5 septembre,
20:54c'est finalement
20:55Michel Barnier
20:56qui est nommé
20:56premier ministre.
20:57La passation de pouvoir
20:59avec Gabriel Attal
21:00est organisée
21:01dans la cour de Matignon
21:01à 18h30.
21:03Mes chers compatriotes,
21:04la France
21:05a un nouveau
21:06premier ministre.
21:07Je tiens
21:08à vous féliciter
21:09chaleureusement,
21:10cher Michel Barnier.
21:11Henri Vernet,
21:12sur la forme d'abord
21:13qu'est-ce que vous retenez
21:14de ces premiers mots
21:15de premier ministre ?
21:17Une attitude
21:17qui montre
21:18qu'il a vraiment
21:18voulu affirmer
21:19son autorité.
21:21Il a même
21:21un peu remis
21:22à sa place
21:23Gabriel Attal
21:24quand il lui a dit,
21:25enfin il a remercié
21:26de le laisser prononcer
21:26quelques mots.
21:27C'est une façon
21:27de lui dire
21:28qu'il avait trouvé
21:29son jeune prédécesseur
21:30un peu long
21:30dans son discours
21:31et il lui a même
21:32fait remarquer
21:32de manière assez cassante
21:33qu'il n'appréciait pas tellement
21:34qu'Attal ait l'air
21:36de lui donner des leçons
21:37et de poser
21:37des dossiers à traiter
21:39sur son bureau
21:39de premier ministre.
21:40J'ai bien aimé
21:41la manière dont
21:42vous m'avez donné
21:43des...
21:44non pas des leçons
21:49enfin les enseignements
21:50même si ça n'a duré
21:51que huit mois
21:53que l'on apprend
21:54quand on est
21:54premier ministre.
21:55Ça va être
21:56très très utile.
21:58Sur le fond
21:59qu'est-ce qu'il a mis en avant ?
22:00Deux points
22:00qui sont importants
22:01pour lui.
22:02D'abord il a parlé
22:02de dette climatique
22:03et c'est vrai
22:04qu'en matière
22:04d'environnement
22:05c'est sans doute
22:06l'homme
22:06en tout cas dans sa famille
22:07de droite
22:08qui est le plus sensible
22:09qui est le plus intéressé
22:10et espérons-le
22:11qu'il se montrerait
22:12le plus actif
22:13sur ce terrain-là
22:13y compris d'ailleurs
22:14par rapport à une Macronie
22:15qui ne fait pas
22:16réellement une priorité
22:17et puis la dette publique
22:19parce que ça
22:20c'est vraiment
22:20le problème numéro un
22:22du pays
22:22à l'heure actuelle
22:23la dette publique
22:24là elle a son atout
22:25d'européen
22:26de négociateur européen
22:27qui lui permettra
22:28d'établir un dialogue
22:29avec Bruxelles
22:30puisque la France
22:31est sous procédure
22:32d'enquête
22:33pour ses finances publiques.
22:34Est-ce qu'on sait
22:35si Michel Barnier
22:35peut vraiment échapper
22:36à une motion de censure
22:37à l'Assemblée
22:38dans les semaines qui viennent ?
22:40Non il n'y a absolument
22:40aucune garantie
22:41le RN semble lui donner
22:43une espèce de validation
22:44à sa nomination
22:45une espèce de quitus
22:46ça ne veut dire en rien
22:48que le RN
22:50soutiendra
22:51Michel Barnier
22:52peut-être qu'ils laisseront
22:53passer le vote du budget
22:54début octobre
22:55ça on verra bien
22:56enfin eux
22:57également NFP
22:58mais à tout moment
22:59encore une fois
23:00ce gouvernement
23:00sera sous la menace
23:03d'une motion de censure
23:04qui sera tout le temps possible.
23:15merci à Henri Vernet
23:17et Quentin Laurent
23:17toute l'actualité politique
23:19est à suivre en temps réel
23:20sur leparisien.fr
23:22je rappelle que cet épisode
23:23de Codesources
23:24est une mise à jour
23:25de notre épisode
23:25publié en mars 2021
23:27production de l'actualisation
23:29Raphaël Pueillot
23:30et Barbara Gouy
23:31Codesources
23:32et le podcast
23:33d'actualité du Parisien
23:34nous publions
23:35un nouvel épisode
23:36chaque soir de la semaine
23:37du lundi au vendredi
23:39et puis n'oubliez pas
23:40le deuxième podcast
23:41du Parisien
23:42Crime Story
23:42chaque samedi
23:43une grande affaire criminelle
23:44racontée par
23:45Claudia Prolongeau
23:46avec Damien Delceni
23:47le chef du service
23:48police-justice du Parisien
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