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Nommée au sein du gouvernement d’Elisabeth Borne en mai 2022, Rima Abdul Malak s’est d’abord montrée discrète, avant de se faire un nom après plusieurs coups d’éclats.

Pour Code source, Yves Jaeglé, journaliste au service culture, et Olivier Beaumont, chargé de l'exécutif au service politique du Parisien, retracent le parcours de Rima Abdul Malak.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Julia Paret, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : FranceTV, France Inter, AFP.

#ministre #culture

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Ministre de la Culture depuis mai 2022, Rima Abdelmalak, 44 ans, est longtemps resté dans un relatif anonymat.
00:19Mais deux coups d'éclat, en avril et en mai, deux interventions pour défendre l'action du gouvernement,
00:24lui ont permis de se faire remarquer dans les médias.
00:27Et aujourd'hui, en cas de changement de gouvernement, elle semble avoir de bonnes chances de conserver son poste.
00:32Qui est Rima Abdelmalak ? Comment est-elle devenue ministre de la Culture ?
00:36Élément de réponse, aujourd'hui dans Codesources avec deux journalistes du Parisien,
00:40Yves Géglet du service Culture et Olivier Beaumont du service Politique, en charge de l'exécutif.
01:05Yves Géglet, le lundi 24 avril au Théâtre de Paris, c'est la 34e Nuit des Molières,
01:10qui récompense chaque année les meilleurs artistes et productions de théâtre.
01:14Cérémonie diffusée en direct sur France 3.
01:16Et à un moment, deux artistes, membres du syndicat CGT,
01:20montent sur scène pour une prise de parole au sujet notamment de la réforme des retraites.
01:24« Bonsoir à tous et à toutes. Les acteurs ne sont pas des chiens. »
01:29C'est une tradition lors de la cérémonie des Molières que des intermittents syndicalistes
01:34viennent exprimer leur grief contre le gouvernement.
01:37Puis là, c'est en pleine réforme des retraites.
01:38Donc ces deux femmes attaquent la réforme.
01:42Et ensuite, s'en prennent directement à la ministre qui est dans la salle.
01:46Déjà en se moquant un peu d'elle.
01:48« Est-ce que vous êtes encore là ? Vous n'êtes pas parti ? »
01:50Rima Abdelmalak, comme si c'était qu'elle était venue se montrer et qu'elle n'avait pas attendu la
01:53fin.
01:54« Madame la ministre de la Culture. Je ne sais pas si vous êtes encore là. Ah oui, elle est
01:59là. »
01:59Et puis l'apostrophe directement lui disant « Mais est-ce que vous allez vous réveiller pour la réforme des
02:03retraites et le statut des comédiens ? »
02:05« Pendant que vos collègues du gouvernement se répandent de mensonges, vous ne dites rien.
02:09Depuis le 13 janvier, vous ne répondez pas aux questions posées par nos syndicats
02:12sur les conséquences de cette réforme envers les intermittentes et intermittents du spectacle. »
02:17« Les autrices, les auteurs, les enseignants et enseignantes artistiques. »
02:47« Intellectuelles, bourgeoises. »
02:48« Ces deux parents sont venus en France dans les années 70 pour faire leur thèse. »
02:53« Ils y ont d'ailleurs obtenu la double nationalité. »
02:56« Ils sont tous les deux chercheurs, universitaires en sciences exactes. »
03:00« Sa mère est géologue et son père est biologiste. »
03:04« Elle parle l'arabe à la maison et à l'école. »
03:06« Mais ses parents vont la mettre dans une école francophone et elle va beaucoup lire. »
03:09« La lecture aura été un énorme soutien. »
03:12« Elle va découvrir notamment la poésie. »
03:14« Et donc elle va passer son enfance à lire en bibliothèque, en librairie. »
03:18« Donc elle a des souvenirs très heureux de son enfance. »
03:21« Mais très vite, la guerre arrive et fait rage à Beyrouth. »
03:26« Un bombardement éventre l'immeuble et l'appartement de ses parents. »
03:30« Et là, ils vont partir très vite, dans des conditions quand même dures, »
03:34« puisque l'aéroport de Beyrouth est détruit. »
03:37« Donc ils vont prendre un bateau avec cinq valises en tout. »
03:40« Alors qu'ils sont quand même cinq. »
03:41« Elle a un frère et une sœur, elle est née. »
03:44« Donc ils prennent un bateau jusqu'à Chypre où il ne faut pas parler. »
03:48« Pas de lumière sur le bateau parce qu'ils ont peur de l'armée syrienne. »
03:50« C'est assez dangereux. »
03:52« Et à Chypre, ils sont sauvés. »
03:53« Là, ils changent de moyens de transport. »
03:55« Donc elle arrive à Lyon avec son frère, sa sœur et ses parents dans des conditions difficiles »
04:00« puisqu'ils sont partis en laissant tout sauf des valises. »
04:02« Donc ils se font prêter par des amis, des connaissances, quelques meubles. »
04:06« Il faut se recréer une vie. »
04:07« Quand elle est au collège, elle est confrontée au racisme. »
04:09« Oui, puisqu'elle est quand même différente. »
04:10« Elle parle français avec un accent. »
04:13« Elle est assez réservée. »
04:14« C'est pas évident pour elle de se faire des amis. »
04:16« Un jour, elle assiste à une injustice ou à quelque chose qu'elle trouve pas normal concernant un autre
04:21élève. »
04:22« Et le professeur lui répond. »
04:23« Mais si vous n'êtes pas content, rentrez dans votre pays. »
04:25« Ça l'a quand même beaucoup marqué. »
04:27« C'est une période difficile, mais où elle va se révéler à elle-même par le théâtre à l
04:33'école. »
04:50« Oui, c'est un choix vraiment fort et étonnant, qui d'ailleurs à l'époque a déçu un peu
04:54ses parents, qui espéraient qu'elle entre un jour à l'ONU, qu'elle chemine comme ça vers des postes
05:00administratifs. »
05:02« Elle est finalement assez fidèle à son vécu d'enfant. »
05:04« Alors d'abord, elle va faire un audit pour cette association qui emmène des artistes de cirque sur des
05:10zones de guerre, de la Palestine à l'Afrique, vraiment dans des endroits dangereux. »
05:16« Elle va s'impliquer et son audit va amener l'association à lui demander d'en prendre la tête.
05:20»
05:20« Mais il faut voir que c'est une petite association. »
05:22« Je crois qu'elle a même dit que c'était un emploi jeune. »
05:24« Elle est payée le SMIC, en gros. »
05:27« Et elle va aller partout, sur des terrains de guerre, à négocier avec des chefs de villages, des factions,
05:34pour faire monter des petits spectacles de cirque. »
05:38« Alors souvent, on lui dit oui, d'accord, mais seulement pour 10 enfants. »
05:40« Elle se débrouille pour qu'il y en ait 100 ou 200. »
05:43« Elle a grandi dans un pays en guerre et son premier métier pendant plusieurs années va être d'aider
05:46des enfants dans la guerre. »
05:48Olivier Beaumont, en 2008, Rima Abdulmalak entre dans le cabinet de Bertrand Delanoé, le maire de Paris qui vient d
05:54'être réélu.
05:54« Oui, elle entre au cabinet de Bertrand Delanoé, mais c'est d'abord avec Christophe Girard, l'adjoint à
06:00la culture de la mairie de Paris, qu'elle va travailler. »
06:02« Et ensuite avec le maire directement. »
06:04« Alors tous ceux qui ont été ses collaborateurs se souviennent que Bertrand Delanoé, c'est quelqu'un de très
06:08exigeant, de très pointilleux avec eux. »
06:11« Et Rima Abdulmalak va le constater à ses dépens, puisque quand elle lui envoie ses notes, régulièrement Delanoé les
06:17lui renvoie avec ce petit commentaire « ça manque d'audace. »
06:20Alors c'est une phrase qu'on connaît bien chez Delanoé, il en a même fait un livre intitulé «
06:24De l'audace » en 2008.
06:26En tout cas, ça va lui permettre de se faire repérer auprès de lui.
06:29Une forme de complicité va naître entre les deux.
06:32Elle va se faire accepter par Bertrand Delanoé, qui va voir en elle une personne passionnée avec une forte personnalité.
06:38« Rima Abdulmalak commence donc sa carrière politique auprès du maire de Paris, Bertrand Delanoé. Est-ce qu'on sait
06:44ce qu'il a poussé à faire de la politique ? »
06:46« Elle est sensible au discours de la gauche et puis elle est marquée aussi, comme beaucoup de Français, jeunes
06:51adultes à l'époque, par ce fameux 21 avril 2002,
06:55où Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de l'élection présidentielle.
07:00Rima Abdulmalak, elle s'est toujours battue contre le Front National et aujourd'hui contre le Rassemblement National.
07:06C'est quelque chose qu'elle verbalise assez régulièrement auprès de son entourage et de ses collaborateurs.
07:12Son engagement est forcément lié aussi à son combat contre le Rassemblement National et contre l'extrême droite en général.
07:18En 2014, quand elle a 35 ans, elle décroche un poste important à New York.
07:23Important et même prestigieux, puisqu'elle est attachée culturelle à l'ambassade de France aux États-Unis.
07:28Prestigieux effectivement, mais aussi utile parce que ça va lui permettre d'étoffer son réseau.
07:33Par exemple, c'est elle qui organise la visite à New York de Brigitte Macron quelques mois après l'élection
07:40de son mari à l'Elysée.
07:41Ça se passe en septembre 2017, en marge d'une assemblée générale des Nations Unies.
07:47Alors il faut dire que Rima Abdulmalak, elle connaissait déjà Emmanuel Macron,
07:52puisque quand il était encore banquier à la Banque Rothschild et qu'elle était conseillère de Bertrand Delanoé à la
07:58mairie de Paris,
07:58elle avait œuvré en coulisses pour qu'il soit intégré dans le conseil d'administration du théâtre de la ville.
08:05Si on voulait faire une petite boutade, on pourrait dire qu'à l'époque, c'est elle qui avait recruté
08:10Emmanuel Macron.
08:11En 2019, Rima Abdulmalak devient conseillère culture et communication du président Emmanuel Macron.
08:18Concrètement, ça veut dire quoi ?
08:19Concrètement, ça veut dire qu'elle lui rédige des fiches sur les enjeux culturels du moment, sur les médias, sur
08:25les artistes en vue, ce qui compte.
08:27Et elle va notamment travailler avec Emmanuel Macron pendant le Covid, sur cette fameuse année blanche des intermittents du spectacle,
08:35où elle va se battre vraiment et donner tout son poids et toute sa sueur pour le maintien de l
08:40'indemnisation des intermittents du spectacle,
08:43malgré l'absence de représentation et de tournage, en raison bien évidemment de l'épidémie.
08:48Et Rima Abdulmalak se montre particulièrement attentionnée avec le président.
08:52Oui, elle a ses petites habitudes, notamment quand Emmanuel Macron fait des longs déplacements, donc des longs voyages, des heures
08:58de vol.
08:59Elle lui prépare des livres à lire pendant ses déplacements.
09:02Et puis elle lui envoie aussi, de temps à autre, des poèmes qu'elle lui fait parvenir par mail.
09:07Alors évidemment, ça s'est très vite en interne, au sein du palais, ça fait jaser certains,
09:12qui considèrent que c'est une façon pour elle d'exister auprès de lui, de se mettre en avant, ce
09:16qu'elle ne dément pas d'ailleurs.
09:18Mais elle précise que ses poèmes, elle les envoie aussi à des collègues et à des chefs directs.
09:23Début juillet 2020, quand Jean Castex remplace Édouard Philippe au poste de Premier ministre,
09:28et qu'un nouveau gouvernement est formé, certains parlent de Rima Abdulmalak pour le poste de ministre de la Culture.
09:35Oui, mais c'est finalement Roselyne Bachelot qui va être nommée ancienne ministre de la Santé de Nicolas Sarkozy.
09:42Elle a de l'expérience, c'est un visage connu des Français, qui n'a pas peur d'aller dans
09:46les médias.
09:47Et on se souvient que l'enjeu à l'époque, c'est de succéder à Franck Riester,
09:49qui était une personnalité beaucoup plus lisse, dans un ministère qui a besoin de rayonnement et de lumière.
09:56Rima Abdulmalak, le grand public ne la connaît pas, c'est une conseillère de l'ombre de l'Elysée,
10:00et donc une personnalité plus flamboyante et plus connue comme Roselyne Bachelot va être finalement choisie par le chef de
10:06l'État.
10:07Alors, elle, évidemment, ça a été une petite déception à ce moment-là,
10:10mais elle ne l'avouera pas publiquement en disant officiellement qu'elle n'était candidate à rien.
10:13Peu de temps après cette nomination, la conseillère culture du président, Rima Abdulmalak,
10:18appelle Roselyne Bachelot, la ministre, pour lui dire qu'elle est à sa disposition.
10:22Pour toute question, si elle a besoin d'un service, Roselyne Bachelot lui répond en substance
10:26qu'elle va se débrouiller toute seule et qu'elle n'a pas besoin d'elle.
10:30Olivier Beaumont, dans les mois qui suivent, Rima Abdulmalak est parfois surnommée la ministre de la culture BIS.
10:36Ah bah oui, et puis ça va même faire l'objet d'un long reportage avec une une de nos
10:41confrères de l'hebdomadaire Lops,
10:42en janvier 2021, qui titre tout simplement Rima Abdulmalak, l'autre ministre de la culture,
10:49à un moment où elle, elle n'est que, entre guillemets, conseillère du président de la République.
10:54On sait qu'elle est appréciée d'Emmanuel Macron, qu'elle a son oreille, qu'il l'écoute.
10:58Et puis elle a aussi pour elle de faire l'unanimité dans les milieux culturels,
11:03ce qui n'est pas toujours le cas du président de la République.
11:07Et donc effectivement, pour toutes ces raisons, elle est qualifiée parfois comme la ministre de la culture de l'ombre.
11:15Emmanuel Macron réélu 58%.
11:18En 2022, Emmanuel Macron est réélu le dimanche 24 avril.
11:22Le 16 mai, Elisabeth Borne remplace Jean Castex au poste de Premier ministre.
11:27Et le vendredi 20 mai, tard le soir, la chef du gouvernement appelle sur son portable, Rima Abdulmalak.
11:33Le nom d'Elisabeth Borne s'affiche sur son téléphone.
11:38C'est une soirée où, bien sûr, elle avait du mal à s'endormir, parce qu'il y avait une
11:41attente, la rumeur courait.
11:43Elle était, comme la fois précédente, dans la shortlist.
11:46Dans ce moment politique-là, Emmanuel Macron a besoin de faire venir des personnalités de la vie civile dans son
11:53gouvernement.
11:53Et puis aussi, elle est issue de la vie de diversité, donc ça aide forcément dans ce casting.
11:59Et donc, à 43 ans, Rima Abdulmalak devient la nouvelle ministre de la culture.
12:06Alors, pour la forme, ce soir-là, au téléphone auprès de la nouvelle Première ministre,
12:10elle va dire qu'elle a besoin de quelques heures pour réfléchir.
12:12Mais bien évidemment, dans sa tête, elle n'a pas hésité une seconde.
12:21Le vendredi 20 mai, au ministère de la Culture, rue de Valois, dans le premier arrondissement de Paris,
12:26Roselyne Bachelot accueille Rima Abdulmalak.
12:29« Madame la ministre, chère Rima, je vous souhaite le meilleur.
12:34Vive la culture, vive la République, vive la France. »
12:38Roselyne Bachelot espérait rester rue de Valois.
12:41Et plus tard, dans un livre, elle exprimera un peu d'amertume.
12:45« Par principe, la nomination d'un conseiller de l'ombre ne fait pas partie de mon référentiel.
12:49Cette pratique instille dans l'opinion publique le sentiment d'un entre-soi technocratique des élites parisiennes
12:55et crée un sentiment d'injustice chez les élus qui constatent qu'il vaut mieux être au chaud derrière des
13:01portes capitonnées
13:02que de se battre face à la meute pour défendre le président de la République et son programme. »
13:07Jéglé, dans les premiers mois de son mandat, Rima Abdulmalak se montre plutôt discrète.
13:11En tout cas, on n'a pas l'impression de la voir beaucoup dans les médias.
13:13« Non, elle est très discrète. On ne la voit pas, on ne l'entend pas.
13:16Elle travaille. Et puis, le problème, c'est que médiatiquement, elle est d'une génération
13:20où finalement, on ne connaît plus du tout les noms des ministres,
13:22sauf s'ils font parler d'eux, ce qui n'est pas le cas dans les premiers mois de son
13:26activité. »
13:26Pendant l'hiver et au début de l'année 2023, Olivier Beaumont, on l'a dit même, menacé.
13:31Eh bien oui, parce que six mois après leur nomination,
13:35elles, comme d'autres membres du gouvernement issus de la société civile,
13:40n'arrivent pas à imprimer.
13:41Ils manquent de surface politique.
13:43Ils ne traitent pas leur écosystème aussi,
13:46puisque les députés disent qu'ils ne les voient pas.
13:50Elles, on ne l'aperçoit que de temps en temps
13:52à la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale.
13:55Mais elles ne traitent pas les députés de la majorité.
13:59Et puis surtout, on ne les voit pas dans les médias.
14:01Donc c'est un problème aussi pour relayer les sujets propres à leur ministère.
14:06Et de ce fait, en cas de remaniement,
14:08eh bien ça peut la mettre potentiellement sur la sellette.
14:10Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien
14:13la ministre de la Culture, Rima Abdelmalak. Bonjour.
14:16Bonjour.
14:17Yves Géglet, le jeudi 9 février, dans la matinale de France Inter,
14:20Rima Abdelmalak critique ouvertement le milliardaire Vincent Bolloré
14:24dans sa gestion des médias qu'il possède,
14:26Canal+, Europe 1 ou encore CNews.
14:28Que dit-elle en résumé ?
14:30Elle s'en prend à plusieurs aspects de la gestion de Bolloré,
14:32ce qui est déjà nouveau de la part d'un membre du gouvernement,
14:34parce que Bolloré est quand même un géant des médias très redouté
14:39et avec qui souvent beaucoup composent.
14:42Donc elle va d'abord rappeler qu'il y a eu beaucoup de signalements
14:46auprès de l'Arcom,
14:47qui est donc le nouveau nom du gendarme de l'audiovisuel,
14:49qui est là pour vérifier que le contradictoire est respecté,
14:53qu'une chaîne ne prend pas en otage certains sujets.
14:58Et donc elle va dire, il faut voir, CNews, C8 ont un agrément
15:01pour avoir un canal gratuit de la part de l'État.
15:04Donc est-ce que vraiment ces chaînes respectent la diversité,
15:09le pluralisme, notamment dans le traitement d'effets divers chez Hanouna ?
15:13Je suis dans mon rôle quand je rappelle le cadre existant.
15:15Il y a des chaînes qui ont accès à des fréquences gratuites
15:18en échange de certaines obligations qu'elles doivent respecter.
15:22Ces obligations, il suffit de les lire, elles sont dans la loi,
15:25elles sont très claires.
15:26Parmi elles, il y a le respect du pluralisme,
15:28il y a le fait de traiter les affaires judiciaires avec mesure,
15:31c'est écrit comme tel,
15:32le fait de créer un débat contradictoire
15:35avec l'ensemble des points de vue sur des sujets
15:37pouvant porter à controverse, c'est écrit comme ça.
15:39Et elle va aussi relever le fait qu'il y a eu beaucoup de licenciements
15:42un peu brutaux dans le groupe de médias dirigé par Bolloré.
15:45On a eu un certain nombre d'exemples dans les derniers mois
15:47et les dernières années, qu'il s'agisse de Canal+,
15:50qu'il s'agisse de Paris Match, éviction de Bruno Jeudy,
15:53qu'il s'agisse d'Europe 1, qu'il s'agisse de l'édition.
15:57Et c'est au fond son premier coup d'éclat,
15:59parce qu'elle attaque quelqu'un de puissant,
16:02alors qu'il faut rappeler que beaucoup de membres du gouvernement Macron,
16:05depuis son premier mandat,
16:06et ensuite sont allés dans l'émission
16:09« Danouna touche pas à mon poste ».
16:10Vous êtes inquiète ?
16:11Oui, je suis inquiète.
16:12Je suis inquiète des menaces que représentent
16:18ces atteintes à la liberté d'expression et de création.
16:21On peut dire que cette initiative, quelque part,
16:23c'est son premier véritable acte politique
16:25auprès du grand public.
16:27Parce que cette prise d'opposition,
16:29elle n'est pas neutre, loin de là.
16:31Pourquoi ?
16:31Parce que Vincent Bolloré, c'est une figure respectée
16:34dans l'environnement d'Emmanuel Macron.
16:36Et donc, le fait qu'elle dise cela publiquement,
16:39ça prouve qu'elle ne suit pas forcément
16:41la ligne officielle de la Macronie,
16:43qu'elle a ses propres convictions.
16:45Et donc, c'est considéré comme une prise de position courageuse
16:48et aussi, quelque part aussi,
16:49une marque d'indépendance.
16:51Yves Géglet, on en revient au début de cet épisode de Code Source,
16:54le lundi 24 avril, au Théâtre de Paris.
16:56C'est la 34e nuit des Molières.
16:59Et deux comédiennes, membres de la CGT,
17:02interpellent donc le gouvernement général
17:04et Rima Abdulmalak en particulier.
17:06Comment est-ce qu'elle réagit ?
17:07Elle va faire ce qu'aucun ministre de la Culture ne fait.
17:10Elle va justement réagir.
17:11Normalement, que ce soit aux Molières ou aux Césars,
17:14il est de bon ton que le ministre se fasse moquer,
17:18voire agresser.
17:18Puis en général, il prend ou elle prend
17:21un sourire de façade un peu crispé.
17:23Elle, elle va se lever, en pleine salle.
17:25Elle a demandé un micro.
17:26Et elle va dire, écoutez, là, ça va.
17:28Pardon, je sais que vous n'avez pas le temps,
17:30mais ça va.
17:32Et c'est quand même une réaction
17:33qui a l'air très spontanée.
17:35On l'apprendra après qu'en fait,
17:36elle avait eu accès au texte des intermittentes
17:39et qu'elle s'était préparée à riposter.
17:42Et donc, elle répond, non, on ne peut pas dire ça.
17:45Vous avez un ministère qui a débloqué des aides massives
17:47pendant la crise pour vous soutenir tous,
17:49pour soutenir tous les secteurs de la culture.
17:51Ça appartient à un gouvernement qui,
17:53dans une période très, très dure, très violente de confinement,
17:56a mis plus d'argent que quiconque.
17:58Il y a eu l'année blanche pour les intermittents,
17:59pour renouveler leurs droits sociaux.
18:02Il y a eu ensuite énormément d'argent après le confinement
18:04pour faire redémarrer les tournages.
18:05Et donc, elle dit, je ne peux pas entendre ça.
18:08J'ai débloqué des aides exceptionnelles,
18:10vous le savez, certains syndicats sont là,
18:11pour venir en aide aux structures les plus fragiles.
18:14Menace contre des expositions, contre des spectacles.
18:17À chaque fois, j'ai levé la voix
18:19pour défendre la liberté de création.
18:21À chaque fois.
18:24Cette intervention est très remarquée.
18:26Oui, c'est la première fois qu'il va y avoir des articles
18:28sur Rima Abdelmalak, des portraits,
18:31à part au moment de sa nomination,
18:33mais comme pour tout ministre.
18:34Tout d'un coup, on va se dire,
18:36cette ministre, qui passait pour une technicienne
18:38connaissant bien ses dossiers, mais trop discrète,
18:41elle entre dans l'arène médiatique
18:42et elle rend coup pour coup.
18:43Le samedi 27 mai, le festival de Cannes s'achève.
18:46La française Justine Trier remporte la Palme d'or à Cannes
18:49pour anatomie d'une chute.
18:51Et dans son discours, elle fustige un gouvernement,
18:54je cite, néolibéral,
18:55en train de casser l'exception culturelle.
18:57Fin de citation.
18:58Yves Géglet, la ministre Rima Abdelmalak,
19:00réagit sur les réseaux.
19:02Oui, alors elle est devant sa télé
19:04et elle envoie un tweet en disant
19:06« mais je suis estomaqué ».
19:07Alors déjà, elle emploie un mot qui, là, pour le coup,
19:09est vraiment, n'est pas réfléchi.
19:10C'est un mot rarement employé par un ministre,
19:13« estomaqué ».
19:13Elle dit comment, alors que le cinéma français
19:16est le plus soutenu au monde,
19:18comment on peut nous dire
19:20qu'on ne fait rien pour ce cinéma
19:22et qu'on va le casser.
19:23Je pense qu'elle est très déçue
19:25parce que c'est la deuxième palme d'or française
19:27en trois ans,
19:28en plus pour deux femmes,
19:29après Julia Ducourneau pour Titane.
19:31La ministre s'attend à vivre un grand moment
19:33et en fait, elle est attaquée directement
19:36et donc, effectivement, elle réagit.
19:38Yves Géglet,
19:39suite à cette nouvelle prise de position,
19:40vous écrivez un papier dans Le Parisien
19:42pour raconter comment Rima Abdelmalak
19:44a réussi à se faire un nom
19:46et vous citez plusieurs personnalités
19:48qui ont accepté de vous parler d'elle.
19:49Oui, alors déjà, je me souviens
19:50que moi, qui ai beaucoup écrit sur le cirque,
19:53Alain Pachry, qui est le directeur
19:54d'un grand cirque à Paris,
19:55on n'imaginerait pas,
19:55mais je me souvenais
19:56qu'il connaissait très bien Rima Abdelmalak
19:58et il me dit, mais oui,
19:59moi, je ne suis pas du tout étonné
20:01qu'elle réponde.
20:02Je l'ai connu comme ça,
20:03allant sur le terrain
20:03à l'époque de Clownes Sans Frontières.
20:05C'est son vrai tempérament,
20:06ce n'est pas une position de com'.
20:09Il y a aussi Gaspard Ganser
20:10qui a été à un moment,
20:12une figure montante sous Hollande,
20:13qui a travaillé avec elle
20:15à la mairie de Paris
20:16et qui dit, il était temps.
20:17Nous, on savait qu'elle avait
20:18cette capacité à entrer
20:21dans le jeu politique,
20:21mais c'est vrai qu'il fallait
20:22qu'elle trouve l'occasion
20:23de se manifester.
20:25Il y a aussi Jack Lang
20:26qui l'a bien connu
20:26parce qu'il a failli monter
20:28avec elle quand elle travaillait
20:29à New York
20:29à un institut du monde arabe
20:32aux États-Unis.
20:33Finalement, ça ne s'était pas fait.
20:34Et Jack Lang, avec son bagout,
20:36dit, aujourd'hui,
20:37on ne connaît vraiment plus du tout
20:38les noms des ministres.
20:39À mon époque, on nous connaissait.
20:41Et si vous ne faites pas
20:42un coup médiatique,
20:42vous ne pouvez pas exister.
20:44Alors, il était temps,
20:45mais c'est bien,
20:45elle a parlé avec son cœur.
20:48Olivier Beaumont,
20:48au moment où l'on enregistre
20:50ce podcast le mercredi 5 juillet,
20:52un remaniement semble
20:53toujours probable.
20:54Dans cette hypothèse,
20:55Rima Abdulmalak,
20:56elle devrait rester ?
20:57Eh bien, finalement,
20:58peut-être bien que oui
20:59parce que cette mise en lumière
21:00sur le tard,
21:01si j'ai envie de dire,
21:03lui a permis de gagner
21:04un certain nombre de galons,
21:06d'abord dans le paysage politique,
21:08aussi dans le paysage médiatique,
21:10puisqu'on l'a beaucoup vu
21:11et entendu,
21:12et aussi de se faire respecter
21:14dans son propre environnement,
21:15dans son écosystème à elle,
21:17auprès des acteurs du monde culturel.
21:19Quelque part,
21:20en seulement quelques semaines,
21:22elle a fini par se rendre incontournable.
21:24Et au-delà,
21:24est-ce qu'on sait ce qu'elle vise aujourd'hui ?
21:26Quelle est son ambition ?
21:26On ne sait pas trop,
21:28en tout cas,
21:28pour ceux qui la connaissent
21:29et qui parlent d'elle,
21:30disent que c'est quelqu'un
21:31d'assez ambitieux,
21:33effectivement.
21:34Et donc,
21:35quelqu'un qui,
21:36d'une manière et d'une autre,
21:37voudra peser pour la suite.
21:38On sait qu'Emmanuel Macron
21:39ne sera pas candidat en 2027.
21:42Évidemment,
21:42je ne pense pas
21:43qu'on puisse lui prêter
21:44des ambitions présidentielles.
21:46En tout cas,
21:47je pense qu'elle voudra compter
21:49dans la campagne.
21:50Elle aura aussi,
21:51Rima Abdelmalak à cœur
21:52de vouloir combattre
21:54le Rassemblement national
21:55et donc de pouvoir peser
21:57avec le candidat
21:59de la majorité sortante.
22:17Merci à Yves Géglet
22:18et Olivier Beaumont.
22:20Cet épisode de Code Source
22:21a été produit par Julia Paré
22:22et Thibault Lambert.
22:23Réalisation,
22:24Julien Moncouquiol.
22:25Code Source
22:26est le podcast quotidien
22:27d'actualité du Parisien.
22:29Nous publions un nouvel épisode
22:30chaque soir de la semaine,
22:31du lundi au vendredi.
22:32Abonnez-vous
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