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Une motion de rejet a été votée lundi 11 décembre par les députés concernant la loi immigration du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Mais le gouvernement n’a pas encore abandonné ce texte car une commission mixte paritaire continue de l’examiner pour tenter de trouver un accord.
Pour Code source, Ludwig Gallet et Alexandre Sulzer, journalistes au service politique du Parisien, reviennent sur les origines de ce projet de loi immigration.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : TF1, France 24, Assemblée nationale, France TV
#darmanin #politique #immigration
Pour Code source, Ludwig Gallet et Alexandre Sulzer, journalistes au service politique du Parisien, reviennent sur les origines de ce projet de loi immigration.
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00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le lundi 11 décembre, une majorité de députés à l'Assemblée a décidé de ne pas examiner un projet de
00:17loi du gouvernement,
00:18la loi sur l'immigration portée par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.
00:23Le texte n'est pas abandonné, Emmanuel Macron tient à le faire adopter,
00:27mais ce revers parlementaire vient rappeler au président la difficulté de gouverner sans majorité absolue à l'Assemblée.
00:35Cet épisode de Codesources est raconté par deux journalistes du service politique du Parisien,
00:40Ludwig Gallet qui suit l'exécutif et Alexandre Sulzer en charge notamment du Rassemblement National.
00:51Le lundi 11 décembre, Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur et l'invité du 20h de TF1.
00:58Il est interrogé sur le vote d'une motion de rejet de son projet de loi sur l'immigration quelques
01:03heures plus tôt.
01:04Que dit-il à Alexandre Sulzer ?
01:06Il reconnaît qu'il a subi un échec, c'est le mot qu'il utilise.
01:09Quand on a un échec, c'est un échec bien évidemment,
01:12parce que je veux donner des moyens aux policiers, aux gendarmes, aux préfets, aux magistrats pour lutter contre l'immigration
01:17irrégulière.
01:18Le Parlement me l'a refusé.
01:19C'est assez rare dans la bouche du ministre de l'Intérieur qui aime bien en général se gargariser de
01:25ses victoires.
01:25Il reconnaît un échec parce qu'il n'a pas réussi à faire passer son texte sur l'immigration à
01:30l'Assemblée Nationale.
01:31Il y a eu une majorité pour le rejeter, il ne l'a pas vu venir, c'est donc un
01:36désaveu pour lui.
01:37Il reconnaît aussi qu'il a proposé sa démission au président de la République et que celui-ci l'a
01:42refusé.
01:46Alors on va revenir à la fin de cet épisode de Codesources sur ce revers parlementaire pour Gérald Darmanin
01:52et pour le reste de la majorité présidentielle.
01:54Mais pour bien comprendre, on a choisi de commencer ce podcast pendant le printemps 2022.
01:59C'est la campagne électorale présidentielle.
02:02Ludwig Gallet, que promet le président Emmanuel Macron, candidat à sa réélection en matière d'immigration ?
02:08On est le 17 mars 2022, Emmanuel Macron est à Aubervilliers pour présenter son programme à l'élection présidentielle.
02:15Il propose sur le volet immigration des mesures basées sur le durcissement de l'octroi de titres de séjour
02:20et il promet aussi de faciliter les expulsions des étrangers qui troublent l'ordre public.
02:26Emmanuel Macron est réélu le dimanche 24 avril 2022.
02:30Mais le dimanche 19 juin, au soir du second tour des élections législatives,
02:33son parti Renaissance n'a pas la majorité absolue, avec un peu plus de 170 députés.
02:40Il y a près de 90 députés RN, 75 élus de la France insoumise.
02:45Alexandre Sulzer, concrètement, ça va compliquer l'adoption des lois à l'Assemblée.
02:49C'est une première dans la cinquième.
02:52Le gouvernement n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale.
02:57Donc concrètement, il doit composer avec l'opposition pour faire passer ce texte.
03:02C'est un casse-tête sans fin pour Emmanuel Macron.
03:04Au mois d'août 2022, Emmanuel Macron annonce le report du texte sur l'immigration,
03:09un projet de loi dont les contours sont précisés dans le journal Le Monde,
03:13le 2 novembre 2022, par Gérald Darmanin.
03:16Ludwig Gallet, que dit le ministre de l'Intérieur ?
03:19Le ministre de l'Intérieur dévoile un projet qui est censé reposer sur deux piliers.
03:23Un volet fermeté pour les étrangers délinquants
03:26et un volet intégration pour les étrangers en situation irrégulière,
03:30mais qui travaillent par exemple en France.
03:32Gérald Darmanin leur promet de régulariser leur situation en leur octroyant un titre de séjour.
03:41Plusieurs mois passent.
03:42L'actualité est dominée par l'examen de la réforme des retraites à l'Assemblée nationale.
03:47Et l'examen du texte sur l'immigration, lui, devait commencer au Sénat le 28 mars 2023.
03:52Mais le mercredi 22 mars, le service politique du Parisien explique qu'Elisabeth Borne, la chef du gouvernement,
03:59envisage de débrancher le projet de loi et elle réfléchit à le remplacer par plusieurs textes, Alexandre Sulzer.
04:05La première ministre se rend compte après consultation que ça va être difficile de trouver une majorité,
04:10puisque la gauche veut un volet intégration, la droite veut un volet répressif.
04:16Il va falloir donc couper le texte en plusieurs morceaux, en plusieurs projets de loi,
04:21le saucissonner, c'est vraiment le mot qui est utilisé par le gouvernement,
04:24pour pouvoir trouver éventuellement une majorité sur chacun de ces textes.
04:28Ce jour-là, le mercredi 22 mars, quelques heures plus tard,
04:31Emmanuel Macron reçoit à l'Elysée les journalistes des 13 heures de TF1 et de France 2
04:35et il annonce qu'il y aura plusieurs textes de loi sur l'immigration.
04:39Nous allons réagencer les choses aussi et découper des textes plus courts.
04:42Donc il y aura bien une loi immigration, il y aura sans doute plusieurs textes immigration
04:46et ils arriveront dans les prochaines semaines.
04:49Un mois plus tard, le 23 avril, le président répond à un panel de lecteurs du Parisien,
04:54c'est le face au lecteur et il dit finalement qu'il y aura un texte unique, une loi sur
05:00l'immigration.
05:01Il revient sur sa promesse initiale en rétablissant la nécessité de trouver un équilibre
05:06entre fermeté et intégration, disant vouloir une loi juste et efficace.
05:11Le mois suivant, en mai, le projet de loi sur l'immigration redevient une priorité affichée du gouvernement
05:16et Gérald Darmanin est chargé de consulter les oppositions
05:19pour essayer de trouver un consensus, notamment avec la droite.
05:23La crise des retraites est passée, donc le gouvernement pense qu'il peut s'attaquer enfin
05:27à ce gros morceau du quinquennat.
05:30Et Gérald Darmanin consulte beaucoup de députés de tous les bords,
05:34mais essentiellement de la droite, car c'est là qu'il pense avoir la voie de passage la plus simple.
05:40Lui-même vient de la droite, il avait quitté les Républicains pour rejoindre Emmanuel Macron,
05:46il les connaît bien, il pense pouvoir trouver un chemin
05:49en convainquant les Républicains de voter pour ce texte.
05:54Le 21 mai, les Républicains formulent plusieurs propositions sur l'immigration,
05:59des propositions qui se veulent très fermes.
06:01Les dirigeants des Républicains ont voté en faveur du texte sur les retraites quelques semaines avant,
06:07ils sont donc passés pour des alliés d'Emmanuel Macron,
06:10or ils sont censés être dans l'opposition,
06:11donc ils n'ont pas du tout envie de voter ce nouveau texte immigration,
06:14avec le risque de passer pour des alliés, pour être à la béquille encore une fois de l'exécutif.
06:20Donc cette fois-ci, ils veulent vraiment s'opposer.
06:22Les présidents des groupes LR à l'Assemblée nationale et au Sénat,
06:25ainsi que le président du parti, Éric Ciotti, font une interview commune dans le JDD,
06:30le journal du dimanche,
06:32et évoquent notamment leur impératif, selon eux,
06:35qui est de passer par une proposition de loi constitutionnelle,
06:38c'est-à-dire modifier la constitution pour permettre un référendum sur le sujet de l'immigration,
06:46ce qui est impossible aujourd'hui d'un point de vue juridique.
06:49Marine Le Pen, du Rassemblement national, dit à ce moment-là que LR copie ses idées.
06:53Oui absolument, parce que cette idée de modification constitutionnelle,
06:57de bouclier constitutionnel, est également au cœur du programme de Marine Le Pen.
07:02C'est même la pierre angulaire de son projet présidentiel.
07:05À Annecy, je vous le disais, en Haute-Savoie, au moins 5 personnes,
07:09dont 4 enfants en bas âge, ont été blessés dans une attaque au couteau.
07:12L'assaillant a été interpellé, il s'agirait d'un Syrien demandeur d'asile.
07:19Quelques semaines plus tard, le jeudi 8 juin,
07:21un étranger, un réfugié syrien, attaque au couteau plusieurs personnes,
07:25dont 4 enfants, au lac d'Annecy, en Haute-Savoie.
07:28Il y a 6 blessés.
07:29L'attaque replace l'immigration au cœur de l'actualité.
07:32Et 3 mois plus tard, le 23 août, dans l'hebdomadaire Le Point,
07:36Emmanuel Macron dit clairement qu'il veut réduire l'immigration en France.
07:40Dans cette interview, Emmanuel Macron considère que la situation n'est plus tenable
07:44et promet de réduire significativement l'immigration irrégulière
07:49et promet un projet de loi dès la rentrée 2023.
07:52Le vendredi 13 octobre, 6 jours après l'attaque du Hamas sur Israël,
07:56à Arras, dans le Pas-de-Calais, un terroriste de 20 ans de nationalité russe
08:00attaque un lycée.
08:01Il tue un professeur, le professeur de français Dominique Bernard.
08:04Il est environ 11 heures du matin, lorsqu'un homme armé de couteaux
08:09s'introduit dans la cour de la cité scolaire Gambetta, en plein cœur d'Arras.
08:13Le lundi qui suit, le lundi 16, la présidente de l'Assemblée, Yael Bronpivé,
08:17annonce que la loi sur l'immigration sera examinée à l'Assemblée avant la fin de l'année.
08:23Alexandre Sulzer, cet événement dramatique a eu une influence sur le calendrier parlementaire ?
08:28En tout cas, il mit la pression largement sur la droite, puisque Gérald Darmanin dit
08:32« Regardez, moi, ce que je veux, c'est pouvoir expulser plus facilement ces étrangers
08:38qui sont en France, qui sont dangereux, qui sont radicalisés,
08:41qui sont éventuellement aussi délinquants ou criminels.
08:43Cette loi va permettre de le faire.
08:45Si vous refusez de voter ce texte, vous empêcherez l'expulsion de ces individus.
08:50C'est donc une loi que la droite doit soutenir. »
08:57Ludwig Gallet, concrètement, que prévoit le texte de loi immigration sur son volet répressif ?
09:02Alors, en substance, il s'agit de lever toutes les protections qui empêchaient jusqu'alors
09:07d'expulser du territoire, soit des personnes qui ont été condamnées par la justice
09:11ou qui représentent un trouble pour l'ordre public.
09:15On parle de faciliter les expulsions.
09:17Est-ce que vous avez un exemple, Alexandre Sulzer ?
09:19Un des arguments qu'utilise beaucoup Gérald Darmanin,
09:21c'est l'exemple, justement, du terroriste d'Arras.
09:24C'est un ressortissant russe, originaire du Caucase,
09:27mais qui arrivait en France avant l'âge de 13 ans.
09:31Il était fiché S, il était connu pour sa radicalisation islamiste,
09:34mais pour autant, selon le ministère de l'Intérieur,
09:37il n'était pas expulsable parce qu'il était arrivé trop jeune en France.
09:40Avec le projet de loi, dit le ministre de l'Intérieur,
09:43il pourrait être expulsé.
09:45Ça, c'est un argument qui, il pense, va marquer l'opinion publique,
09:48même s'il est contesté juridiquement.
09:50Ludwig Gallet, que prévoit ce projet de loi
09:52pour améliorer l'accueil et l'intégration des étrangers ?
09:55Il s'agit de mettre en œuvre des dispositifs
09:58qui permettent effectivement une meilleure intégration
10:00avant tout par le travail et la maîtrise de la langue.
10:03Le texte prévoit notamment la régularisation
10:05des travailleurs sans papier dans les métiers en tension,
10:08dans des domaines tels que l'hôtellerie ou la restauration.
10:11Alexandre Sulzer, avec ce texte,
10:13le gouvernement s'attend à ferrailler à l'Assemblée,
10:15comme pendant l'examen de la réforme des retraites
10:17en février et mars 2023 ?
10:19Oui, bien sûr, il sait que c'est un texte
10:21qui est en même temps de gauche et en même temps de droite.
10:24Un peu plus de droite sans doute que de gauche,
10:25mais il y a ces deux volets à la fois.
10:27Il sait que ça va être donc très compliqué
10:28de trouver une majorité à l'Assemblée nationale.
10:30C'est la raison d'ailleurs pour laquelle
10:32il a choisi, ce qui n'est pas l'option la plus fréquente,
10:35de passer d'abord le texte par le Sénat.
10:37Pourquoi par le Sénat ?
10:38La droite y est majoritaire.
10:40Ça oblige, selon Gérald Darmanin,
10:43ensuite la droite à l'Assemblée nationale
10:45d'être solidaires de leurs collègues sénateurs
10:48et de ne pas désapprouver le texte
10:51que le Sénat lui-même aura voté dans un premier temps.
10:54Le texte est examiné par les sénateurs à partir du 6 novembre
10:57et les sénateurs républicains
10:59renforcent son volet répressif.
11:01Oui, absolument, sans surprise.
11:04En plus, c'est Bruno Retailleau,
11:05le chef de la droite au Sénat,
11:07qui est quelqu'un de très conservateur,
11:08donc il ne veut pas du tout avoir une loi
11:11trop gentille avec les étrangers.
11:13Dans les dispositions répressives,
11:15il y a par exemple la suppression
11:17de l'aide médicale d'État,
11:18donc une aide de sécurité sociale
11:20pour aider les étrangers en situation irrégulière
11:23dans leurs soins médicaux.
11:24Il rétablit le délit de séjour irrégulier,
11:27par exemple, c'est-à-dire le fait d'être illégalement en France
11:29devient une infraction pénale.
11:32Il y a beaucoup de dispositions comme ça,
11:33mais il atténue aussi le volet intégration.
11:37Jusqu'alors, dans le texte,
11:38il était prévu que dans les métiers en tension,
11:40les étrangers qui travaillaient
11:41pouvaient prétendre à une régularisation de droit.
11:45Cette fois-ci, le Sénat l'empêche.
11:47Il y aura toujours la possibilité de faire une demande,
11:51mais c'est le préfet qui décide.
11:53Il n'est pas du tout obligé de l'accorder.
11:55C'est vraiment l'État qui garde la main
11:58selon des critères extrêmement restrictifs.
12:02Le projet de loi est voté par les sénateurs le 14 novembre.
12:05Il arrive ensuite à l'Assemblée en commission
12:07à partir du lundi 27 novembre.
12:10Racontez-nous ce qu'il se passe à ce moment-là en commission.
12:13La commission, c'est un petit groupe de travail,
12:14de députés qui préparent le texte
12:16et qui reflètent l'équilibre de l'Assemblée nationale.
12:19Donc en commission,
12:19il y a une majorité relative de Renaissance,
12:23mais il y a également un peu de LR, du RN,
12:26de LFI, du Parti Socialiste.
12:28Le point d'équilibre est donc beaucoup plus à gauche
12:30qu'au Sénat.
12:31Le président de la commission des lois,
12:33qui est la commission en charge de l'examen,
12:35c'est Sacha Houllier,
12:36c'est la figure de l'aile gauche de Renaissance.
12:38Donc lui a très à cœur
12:39de défendre la régularisation des étrangers
12:41dans les métiers en tension.
12:43Et donc il détricote le texte très répressif
12:46qui est sorti du Sénat.
12:47On est là pour appliquer les règles d'un État souverain,
12:50bien évidemment,
12:50mais rien dans le droit français
12:52ne permet de faire ce que vous faites.
12:54Gérald Darmanin est présent chaque jour
12:55dans cette commission.
12:57Quelle est son attitude
12:57pendant ce travail parlementaire ?
12:59Gérald Darmanin,
13:00quand il était au Sénat,
13:01approuvait le tourcissement de chaque mesure
13:03en disant, vous avez raison,
13:04il faut voter cette mesure plus répressive.
13:07Il fait exactement le contraire
13:08en commission des lois.
13:09Il ne s'oppose pas en tout cas
13:10au travail des députés
13:11qui reviennent à un texte de loi
13:13beaucoup plus proche
13:15de la copie originelle du gouvernement.
13:17Et ça, j'imagine que les Républicains
13:19n'apprécient pas ?
13:20Les Républicains n'apprécient pas du tout
13:21ce double langage
13:23et ils mettent en exergue
13:24les limites dues en même temps
13:26puisqu'il dit à l'Assemblée nationale
13:28à peu près l'inverse
13:29des positions qu'il a défendues
13:31quelques semaines plus tôt au Sénat.
13:35C'est pas banal qu'un ministre
13:37soit là tous les jours
13:38en commission des lois ?
13:39C'est vrai que Gérald Darmanin
13:40veut montrer qu'il est attaché
13:42au travail des parlementaires,
13:43il veut montrer qu'il est à leur écoute,
13:45donc il fait vraiment preuve
13:46de présentéisme.
13:47Il vient de longues heures,
13:48il ne compte pas ses heures,
13:49c'est vrai que tous les ministres
13:50ne font pas ça.
13:51Il a vraiment à cœur
13:52d'essayer de convaincre les députés
13:54parce qu'il ne veut absolument pas
13:56passer par le 49-3.
13:57Il veut marquer sa différence
13:59avec Elisabeth Borne
14:01qui, elle, a été obligée
14:02de passer par un 49-3
14:03pour faire adopter la loi retraite.
14:06Ludwig Gallet,
14:07le mercredi 6 décembre,
14:08trois motions de rejet sont déposées.
14:11C'est quoi une motion de rejet ?
14:12Alors c'est une procédure
14:14qui est permise par le règlement
14:15de l'Assemblée nationale
14:16qui permet à une majorité de députés
14:18de rejeter un texte
14:19avant même le début de son examen
14:21en séance publique.
14:22C'est une procédure
14:23qui a été utilisée
14:24par les oppositions
14:25à 45 reprises
14:26depuis 2022
14:28et à chaque fois,
14:29elles ont été rejetées
14:30par les députés.
14:31L'une de ces motions de rejet
14:32est déposée par
14:33le président des Républicains
14:35à l'Assemblée,
14:35Olivier Marlex.
14:36Quelle est son idée ?
14:38Olivier Marlex est très opposé
14:39à ce texte
14:40qu'il trouve beaucoup trop laxiste
14:42et en plus,
14:43il déteste vraiment personnellement
14:45Gérald Darmanin
14:45donc il veut vraiment
14:46faire obstacle à ce texte
14:48et il dépose,
14:48sans même avoir consulté
14:50ses troupes,
14:50une motion de rejet.
14:51Le but, c'est vraiment
14:52de mettre un coup
14:53au gouvernement.
14:58Comme on peut voter
14:59une seule motion de rejet,
15:01il y a un tirage au sort.
15:02C'est la motion
15:03d'Europe Écologie Les Verts
15:04qui est tirée
15:05et qui sera donc soumise
15:06au vote des députés.
15:08Alexandre Sulzer,
15:09à ce moment-là,
15:10quelle est la position
15:10de Marine Le Pen,
15:11la présidente du groupe
15:13RN à l'Assemblée ?
15:14Marine Le Pen n'a pas du tout
15:15vu le coup venir.
15:17Elle avait vraiment
15:18préparé ses troupes
15:19à deux semaines de travail
15:21sur le texte immigration,
15:22sinon un sujet
15:23qui est au cœur
15:24de son programme politique.
15:25Donc elle pensait
15:26qu'elle aurait une tribune politique
15:27intéressante à exploiter
15:28pendant ces deux semaines.
15:29Quand tombe cette nouvelle-là,
15:30elle n'est pas du tout
15:31dans cet état d'esprit.
15:32D'ailleurs, elle dit à Eric Souty
15:33« Nous, on ne va pas la voter
15:34parce qu'on a une tribune,
15:36on ne va pas s'en priver. »
15:37Que se passe-t-il
15:37pendant le week-end
15:38des samedis 9
15:39et dimanche 10 décembre ?
15:40Pendant ce week-end-là,
15:41des articles de presse
15:42font état
15:43de la volonté
15:44des Républicains,
15:45vraiment,
15:46même s'ils sont
15:47comme à chaque fois divisés,
15:48quand même peut-être
15:49de soutenir
15:50cette motion-là.
15:51D'ailleurs,
15:51Eric Souty,
15:52le président du parti
15:53dans les colonnes du Parisien,
15:55laisse entendre
15:55qu'ils vont la voter.
15:57Donc la perspective
15:57que cette motion passe
15:59devient crédible.
16:00Donc la position
16:02de Marine Le Pen
16:02commence à évoluer.
16:03Elle se dit
16:04qu'il y a un coup à jouer
16:05et qu'effectivement,
16:06il y a du pour
16:07et du contre
16:07à cette motion.
16:09Mais finalement,
16:09la plus-value
16:10de mettre un coup politique
16:12contre Gérald Darmanin
16:13emporte l'arbitrage
16:14de Marine Le Pen.
16:16Alexandre Sulzer,
16:17le lundi 11 décembre
16:18vers 15h30,
16:19les députés RN
16:20se retrouvent
16:21autour de Marine Le Pen
16:22dans une salle
16:22de l'Assemblée,
16:24réunion,
16:24où Marine Le Pen
16:25annonce sa décision.
16:26Oui, alors,
16:27elle a donné rendez-vous
16:28à 15h30
16:29dans un sous-sol
16:29de l'Assemblée nationale.
16:30Tous les députés RN
16:31convergent par l'ascenseur
16:33et se dirigent
16:33vers ce lieu secret
16:34où elle donne
16:35sa position.
16:36Elle demande,
16:37et il n'y a pas
16:38de liberté de vote,
16:38à tous les députés RN
16:39de voter pour
16:41la motion de rejet
16:42du texte,
16:42avec une consigne également
16:44que l'effet de surprise
16:45soit maximal
16:46pour piéger le gouvernement.
16:48Donc,
16:48le secret doit être
16:49absolu.
16:53L'immigration
16:54est une des grandes questions
16:55de notre temps.
16:56À 16h,
16:57Gérald Darmanin
16:58défend son projet de loi
16:59à la tribune
17:00de l'hémicycle.
17:01Alexandre Sulzer,
17:02il est comment ?
17:02Et qu'est-ce qu'il dit ?
17:03Gérald Darmanin
17:04est de plus en plus stressé
17:05au fil des heures.
17:07Ses équipes
17:08ne pensaient pas
17:08effectivement qu'il puisse
17:09y avoir une majorité
17:10de députés
17:11pour voter la motion de rejet.
17:12Il devient de plus en plus nerveux
17:14à la tribune.
17:15Il fait une anaphore
17:16en mode
17:17comment peut-on refuser
17:18le débat
17:19pour empêcher
17:20ou tenter d'empêcher
17:21l'opposition
17:22de voter cette motion de rejet.
17:23Refuser de débattre
17:25de l'immigration,
17:26c'est donc refuser
17:27de parler des sujets
17:28qui intéressent les Français.
17:31Alors,
17:32mes chers collègues,
17:33nous allons maintenant
17:34procéder au scrutin.
17:35Le vote de la motion de rejet
17:37est organisé à 17h40.
17:39La présidente de l'Assemblée
17:40qui est membre
17:41du parti présidentiel
17:42Renaissance,
17:43Yael Brown-Pivet,
17:44vote elle aussi.
17:45Oui, c'est rare
17:46parce que normalement
17:47la présidente de séance
17:48s'abstient de voter.
17:50Mais là,
17:50l'enjeu est tellement important.
17:51L'écart de voix
17:53semble tellement faible
17:54qu'elle-même
17:55participe au vote.
17:56Le résultat est dévoilé
17:57instantanément.
17:5817h41,
18:00270 voix
18:01pour la motion de rejet,
18:03265 voix contre.
18:04l'examen du projet de loi
18:06sur l'immigration
18:06est bloqué.
18:07Pour 270
18:09contre 265.
18:11Alexandre Suzer,
18:12décrivez-nous l'Assemblée
18:13à ce moment-là.
18:14Une clameur expose
18:15dans l'hémicycle.
18:16Personne ne s'attendait
18:18vraiment à ce résultat-là.
18:20Vraiment,
18:20on sent une forme
18:21d'électricité
18:22dans l'hémicycle
18:23puis résonne
18:24dans les bancs
18:26des députés
18:27des Darmanins
18:28démission.
18:35Gérald Darmanin
18:35présente donc
18:36sa démission
18:37à Emmanuel Macron
18:37qui la refuse.
18:38Alexandre Suzer,
18:39c'est une gifle
18:40pour l'exécutif ?
18:41Oui, bien sûr,
18:42puisqu'il n'avait
18:43absent pas vu
18:44le coup venir.
18:45Il y avait
18:46des communications
18:47du ministre de l'Intérieur
18:48qui étaient prévues
18:48pour se féliciter
18:49de ce succès.
18:50Le président de la République
18:52n'aime pas trop
18:53qu'on lui rappelle
18:54qu'il n'a pas de majorité
18:55à l'Assemblée nationale,
18:57mais là,
18:57la réalité,
18:58l'a rattrapée.
18:59Ludwig Gallet,
19:00le gouvernement
19:00peut encore
19:01faire passer ce texte ?
19:02Tout à fait,
19:03et c'est même
19:03son intention
19:04puisqu'il a décidé
19:05de renvoyer le texte
19:06en commission mixte paritaire,
19:08ce qui signifie
19:08que sept députés
19:09et sept sénateurs
19:10vont devoir trouver
19:11un accord sur ce texte.
19:13Mardi soir,
19:14Emmanuel Macron
19:15a réuni toute sa majorité
19:17pour un dîner
19:17à l'Elysée
19:19et il a enjoint
19:20tout le monde
19:21à l'unité,
19:22la rapidité
19:23et l'efficacité.
19:25Alexandre Suzer,
19:26au-delà de ce texte,
19:27qu'est-ce que cet épisode
19:28va changer
19:29pour Emmanuel Macron
19:30et sa majorité ?
19:31Ça oblige en tout cas
19:32Emmanuel Macron
19:32à une remise en question
19:33de son fonctionnement,
19:34de prendre en compte
19:35encore une fois
19:36la réalité politique
19:37et qu'il n'a pas
19:38la majorité absolue.
19:40Certains, en tout cas,
19:40lui suggèrent
19:41de dissoudre
19:41l'Assemblée nationale
19:42pour repartir
19:43sur de nouvelles bases.
19:44C'est, semble-t-il,
19:46une option
19:46qu'il ne semble pas
19:47privilégier pour l'instant.
19:49Ça suppose peut-être
19:50sinon de revoir
19:51la composition
19:52du gouvernement,
19:54c'est-à-dire
19:55remercier
19:55Elisabeth Borne
19:57et repartir
19:57avec un nouveau
19:59Premier ministre
20:00pour essayer
20:00de former
20:01une nouvelle
20:02coalition gouvernementale,
20:04engranger
20:04une nouvelle dynamique,
20:05mais là encore,
20:06c'est plus facile
20:07à dire qu'à faire
20:08parce qu'il sera
20:09toujours confronté
20:10aux limites
20:10du en même temps
20:11s'il prend une personnalité
20:12à droite,
20:13son aile gauche
20:13risque de se braquer,
20:15s'il prend une personnalité
20:16trop chimiquement pure
20:18de son parti politique,
20:20quelqu'un qui est
20:21vraiment issu
20:21de Renaissance,
20:22la droite comme la gauche
20:23ne s'y associeront pas,
20:25donc l'équation
20:26est extrêmement compliquée
20:27pour lui.
20:37Merci à Alexandre Sulzer
20:38et Ludwig Gallet.
20:39Ce podcast a été produit
20:40par Barbara Gouy
20:42et Raphaël Pueillot.
20:43Réalisation,
20:44Pierre Chaffanjon.
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