- il y a 12 heures
Lors d’un « Face aux lecteurs » exceptionnel, cinq lecteurs et lectrices du Parisien ont pu interviewer le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Cet épisode de Code source est raconté par Nicolas Charbonneau, directeur de la rédaction du Parisien, Charles de Saint Sauveur, chef du service international, et Ariane Riou, reporter au service international.
Crédits.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clémentine Spiler et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : Le Parisien.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le mardi 17 décembre, le Parisien a publié une longue interview du président ukrainien Volodymyr Zelensky.
00:17Interview menée par cinq lecteurs du Parisien, c'est ce qu'on appelle le face au lecteur, un format réservé
00:23aux plus grandes personnalités.
00:25Cela faisait près de trois ans que notre rédaction essayait d'organiser ce face au lecteur exceptionnel avec Volodymyr Zelensky.
00:33Dans Codesources, aujourd'hui, on vous raconte comment le Parisien a finalement décroché cette interview,
00:38comment elle s'est organisée, les coulisses et les moments les plus marquants de cet échange.
00:43Avec nous, trois journalistes du Parisien, Nicolas Charbonneau, directeur de la rédaction,
00:48Charles de Saint-Sauveur, chef du service international, et Ariane Rioux, l'une des reporters de ce service.
00:57Le lundi 16 décembre, à la fin du face au lecteur du président Zelensky,
01:01les cinq lecteurs du Parisien qui viennent de l'interview V prennent la pause à ses côtés, mais à distance.
01:08Il est à Kiev et nos lecteurs sont à Paris, en visio.
01:11Ariane Rioux, décrivez-nous ce moment.
01:13En fait, pour un face au lecteur, il est tradition à la fin de l'entretien de faire une photo
01:17entre les lecteurs et la personne interrogée.
01:20Et là, c'est un peu particulier, parce que l'interview s'est faite en visio.
01:24Donc les lecteurs s'installent de part et d'autre de l'écran, sur lequel on voit Volodymyr Zelensky, qui
01:29est en direct de Kiev.
01:30Super, continuez à tenir la pause, s'il vous plaît, vous êtes très bien.
01:33Tout de suite, le président ukrainien se prête au jeu.
01:35Il sourit, il fait même un signe de la main, même un pouce, il lève le pouce.
01:40Et en fait, on a tous un peu du mal à réaliser ce qui est en train de se passer.
01:43Merci, monsieur Zelensky. Ah bah ouais, nickel. Vous arrivez à la photo.
01:48Alors, on va voir comment on en est arrivé là, à cette interview-événement.
01:52Le président ukrainien qui répond à un panel de lecteurs du Parisien.
01:56Peu de temps après le début de la guerre en 2022, l'une des reporters du Parisien, Christelle Brigodeau,
02:01avait réussi à interviewer la femme de Volodymyr Zelensky, Charles Le Saint-Sauveur.
02:06Expliquez-nous comment elle a fait, comment ça a été possible.
02:08Tout commence par un reportage au tout début de l'invasion russe le 24 février.
02:12Un reportage de Christelle Brigodeau, donc à Kiev, à l'hôpital Ormadets, qui s'occupe notamment des enfants malades.
02:17Christelle fait un reportage très poignant sur les enfants atteints de leucémie, etc.,
02:21qui mènent une double guerre, en quelque sorte, contre leur maladie,
02:23et puis contre les missiles qui s'abattent sur Kiev, qui est encerclé à l'époque.
02:27Suite à la publication de cet article, qui fait la une du Parisien,
02:30la première dame, Brigitte Macron, prend contact avec Christelle, avec le journal,
02:34et se demande comment venir en aide.
02:36De là naît un échange entre Brigitte Macron et la première dame ukrainienne Olena Zelenska,
02:41avec l'idée d'exfiltrer les malades.
02:43Et le jour où les enfants sont exfiltrés, le Parisien, Christelle en l'occurrence,
02:47est là pour couvrir l'événement.
02:51Après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le 24 février 2022,
02:55Volodymyr Zelensky, l'ancien comédien et humoriste, se transforme en chef de guerre.
03:00Il éclate sur la scène internationale.
03:02Nicolas Charbonneau, j'imagine que le Parisien essaie de l'interviewer dès ce moment-là ?
03:06Dès ce moment-là, oui, bien sûr.
03:08C'est un personnage qui surgit sur la scène internationale.
03:12Certains l'ont comparé à Churchill ces trois dernières années,
03:15mais il arrive sur la scène internationale comme celui qui va faire barrage
03:19à l'immense, à l'ogre, à Vladimir Poutine.
03:22Donc, bien sûr que le Parisien se positionne dès le départ.
03:25Ça ne sera pas facile.
03:26C'est un personnage, une personnalité sollicitée par les médias du monde entier,
03:30absolument tous.
03:31Et ça ne va pas marcher tout de suite, bien évidemment.
03:33Vous décidez d'essayer vous-même, en tant que directeur de la rédaction du Parisien,
03:37de décrocher cette interview.
03:40Concrètement, vous faites comment ?
03:41Comment se passe la demande ou les demandes ?
03:43Alors, ça va se faire en plusieurs temps.
03:45On va aller voir avec Christelle Mriudo, dont on a parlé, qui est allée sur le terrain.
03:49On va aller voir avec Charles de Saint-Sauveur, qui est le patron du service international du Parisien.
03:55Et puis, je vais y aller moi-même.
03:56On va aller plusieurs fois, pas très loin d'ici, à l'ambassade d'Ukraine, avenue de Saxe,
04:02où on va à chaque fois arriver avec nos demandes, nos prétentions, notre plus-value aussi,
04:09dire quelle est la particularité du Parisien, qui est un journal pas comme les autres,
04:13qui s'adresse à hauteur d'hommes et de femmes,
04:16qui racontent le monde de manière différente, avec des personnages, des histoires.
04:21Et on va petit à petit tenter de les convaincre.
04:24C'est un très, très long chemin avant de pouvoir décrocher ce face-au-lecteur.
04:29On fait un saut dans le temps, cette année 2024, début décembre.
04:33La situation va se débloquer.
04:35La cérémonie de réouverture de Notre-Dame de Paris se prépare pour le samedi 7 décembre.
04:41Volodymyr Zelensky va y participer, ce sera confirmé au dernier moment.
04:45Mais avant ce déplacement, Nicolas Charbonneau, son bras droit, vient à Paris.
04:49André Yermak, qui est le numéro 2 du régime, le patron de l'administration ukrainienne sur place,
04:54est venu à Paris, à l'ambassade.
04:56Et il se trouve que ce jour-là, un vendredi soir, l'ambassade m'appelle, me dit
05:00« Ah, si vous êtes dans le coin, passez, venez lui dire bonjour, il est possible qu'il ait envie
05:06de vous voir. »
05:07Donc j'y vais ce soir-là, avec un Parisien sous le bras,
05:12Parisien dans lequel on avait fait un face-au-lecteur Emmanuel Macron,
05:16qu'on avait fait il y a quelques mois.
05:18C'est avec ce journal sous le bras qu'on va convaincre Yermak de repartir à Kiev.
05:24Il se trouve que Yermak va à son tour montrer notre journal à Volodymyr Zelensky,
05:31qui va subitement, en quelques instants, dire
05:34« Oui, je veux pour la première fois m'adresser à des lecteurs en direct, à des citoyens européens, en
05:39l'occurrence français. »
05:40Et du coup, à quel moment on a le feu vert définitif pour ce face-au-lecteur ?
05:44Alors l'ambassade nous appelle en milieu de semaine, le mercredi,
05:49et nous dit « Bon, voilà, le président Zelensky vous attend samedi dans son bunker à Kiev. »
05:55Simplement, face au lecteur, c'est un exercice un peu particulier.
05:58Il faut sélectionner des lecteurs, il faut aller à Kiev.
06:01On va négocier, nous, de pouvoir le décaler au lundi.
06:05Et à partir de là, il y a une vraie logistique qui va s'organiser ici, dans les locaux du
06:12Parisien,
06:12trouver les lecteurs, trouver les interprètes, des interprètes qui soient des interprètes officielles,
06:17de pouvoir établir une connexion entre un PC enterré.
06:20On ne sait pas où on va à ce moment-là, on ne sait pas où ça va se passer
06:23réellement.
06:23On nous dit à Kiev, mais Kiev, c'est la capitale d'un pays en guerre.
06:26Bon, voilà, tout ça va s'organiser très bien, très vite, très sérieusement aussi,
06:31jusqu'au moment où on va pouvoir effectivement partir avec Charles sur place dans le week-end.
06:41Ariane Rioux, le vendredi 13 décembre, les lecteurs du Parisien qui vont interroger Zelensky
06:46ne savent pas tout de suite qui ils vont interroger au départ.
06:49Non, en effet, on ne leur dit pas tout de suite qui c'est, parce que le sujet est sensible,
06:54parce qu'on n'a pas encore toutes les confirmations non plus,
06:57parce que la personnalité interrogée est surprotégée aussi.
07:00Donc on leur dit simplement qu'ils vont s'entretenir avec un chef d'État
07:04qui aura une dimension internationale et que ça sera en visio.
07:08Donc d'ailleurs, certains d'entre eux nous ont dit qu'ils pensaient au début que c'était Donald Trump.
07:11Et puis, en fait, quelques heures plus tard, ils ont appris qui était la personnalité interrogée.
07:15Le jour J arrive, le lundi 16 décembre, un panel de cinq lecteurs du Parisien
07:19est invité à la rédaction pour interroger à distance, donc en visio, le président ukrainien.
07:24Le Parisien est dans le 15e arrondissement de Paris, près de la Seine et pas très loin de la Tour
07:28Eiffel.
07:29Vous deux, Nicolas Charbonneau, Charles Saint-Sauveur, vous êtes donc à Kiev.
07:33D'abord, c'est compliqué d'aller à Kiev ?
07:34Assez, oui. L'espace aérien ukrainien est fermé depuis le début de la guerre,
07:39donc ça fait presque trois ans.
07:41Donc pour y aller, il faut passer par la Pologne, c'est quand même le plus simple.
07:44Ensuite, rejoindre la frontière en voiture, d'où par un train, un train de nuit ou un train de jour.
07:50Là, en l'occurrence, c'était un train de nuit qui vous amène à Kiev,
07:53qui est le seul moyen en gros de se rendre, après on peut y aller en voiture évidemment,
07:56mais en train et en train de nuit.
08:00Nicolas Charbonneau, à Kiev, est-ce qu'on voit qu'on est dans la capitale d'un pays en guerre
08:04?
08:05Oui, bien sûr, on le voit, mais on le voit, Charles évoque la frontière,
08:09on le voit d'une certaine manière de l'autre côté de la frontière tout de suite.
08:12On le voit avec les passagers de ce fameux train de nuit que nous avons emprunté,
08:16qui sont pour certains des femmes seules, beaucoup de femmes seules,
08:20parce que, et ça c'est quelque chose qui est assez caractéristique,
08:23donc quand on se promène dans ce pays, c'est que voilà, les hommes sont au front.
08:27On voit des blessés aussi, des jeunes, beaucoup, partout dans Kiev.
08:32On voit dans cette gare, quand on arrive à Kiev, l'une des premières sources,
08:35ce sont des panneaux d'affichage qui indiquent les destinations des trains
08:39qui partent de la gare de Kiev et qui vont vers des destinations qui sont Mariupol, Kharkiv, Odessa,
08:44donc qui sont des noms qui sont évocateurs.
08:48On voit surtout partout dans Kiev d'immenses fresques,
08:52des soldats qui sont morts au front.
08:54On voit des immeubles dont les vitres sont fracassées.
08:58On voit à côté de notre hôtel, il y avait une centrale électrique qui a été bombardée,
09:02qui était à 200 mètres de notre hôtel.
09:04On voit sous l'hôtel le parking dans lequel on est descendu dans la nuit
09:09parce qu'il y a eu une alerte, donc le parking souterrain qui est transformé en abri
09:12quand il y a des missiles ou des drones qui passent au-dessus.
09:15On voit des taxis, par exemple, ou des habitants de la ville de Kiev
09:18qui ont des applications sur leur téléphone mobile dès qu'il y a une alerte.
09:22On a vécu une alerte également, mais il y en a tous les jours,
09:25des alertes avec cette sirène.
09:27Et les gens savent, en fonction de ce qu'ils ont sur l'abstice,
09:30c'est un drone, si c'est un missile, si ce sont plusieurs drones,
09:33et quelle est la menace.
09:34Et puis on a aussi, sur la fameuse place, le Maïdan, le célèbre Maïdan.
09:38On a d'innombrables petits drapeaux,
09:41des milliers, des milliers, des milliers de petits drapeaux
09:43qui correspondent aux milliers, milliers, milliers de morts.
09:47Il y a des bougies, voilà.
09:48C'est un pays en guerre, oui, bien sûr, c'est un pays en guerre, et ça se voit.
09:56Alors racontez-nous le tout début de ce rendez-vous avec Volodymyr Zelensky.
09:59Comment ça se passe au départ ?
10:01En fait, on nous donne rendez-vous dans Kiev à une adresse inconnue.
10:05On arrive à cette adresse avec Charles, et là, il n'y a rien à cette adresse.
10:08Il y a une caserne de pompiers, un peu plus loin, personne.
10:11Et puis surgit d'un seul coup un homme qui nous dit
10:14« Venez, suivez-moi, montez dans cette estafette ».
10:17On monte dans cette estafette, on se dit « Bon, on va voir où on va ».
10:21Et c'est à bord de ce minibus qu'on va rentrer dans le quartier interdit de Kiev.
10:26C'est un quartier vraiment sécurisé, interdit.
10:29On passe un premier poste de contrôle, un deuxième, une ER, des chicanes, etc.
10:33On rentre sous le porche d'un immeuble.
10:36Vraiment, tout ça est très sombre.
10:38Il fait en ce moment à Kiev à peu près nuit, 18h sur 24.
10:43Et par ailleurs, le ciel est plombé, il pleut, il y a de la neige.
10:46Voilà, donc c'est une atmosphère très particulière, bien évidemment.
10:51Et puis quand on arrive là-bas, alors après, on rentre dans ce qui fait office de bureau présidentiel.
10:57Enfin, les bureaux de la présidence.
10:59Avec, vous l'imaginez, alors là, des sacs de sable devant les entrées.
11:05Toutes les entrées, toutes les fenêtres sont obstruées.
11:07Il y a des sacs de sable également, de haut en bas, des portes-fenêtres, des portiques de sécurité.
11:13Nos portables, nos téléphones portables sont passés à la moulinette de tout ce qu'on peut essayer de trouver, etc.
11:19On laisse tout sur place.
11:21D'ailleurs, nos portables nous seront confisqués définitivement un petit quart d'heure avant l'arrivée du président Zelensky.
11:28Enfin, voilà, il y a une sécurité comme moi, je n'en ai jamais vu.
11:31Une anecdote, c'est que j'avais apporté un numéro du Parisien.
11:36On avait publié quelques jours plus tôt un hors-série sur Notre-Dame.
11:39Je voulais lui offrir ce numéro.
11:41Et parce qu'il y a une photo où il est, avec tous les chefs d'État,
11:44on m'a interdit de lui donner ce numéro.
11:47Si cet exemplaire n'avait pas été passé au détecteur d'explosifs, de poisons, je ne sais quoi.
11:55Donc, mon exemplaire est parti pendant une dizaine de minutes avant de revenir.
11:59On est vraiment dans un dispositif de sécurité, mais voilà, comme vous pouvez l'imaginer.
12:06Décrivez-nous Volodymyr Zelensky quand vous le voyez arriver.
12:09Alors, en fait, on voit arriver une silhouette au bout du couloir.
12:13C'est un couloir, c'est vraiment, on est dans une pénombre.
12:15Il y a juste la lumière des issues de secours, à peu près, pour vous donner un peu une idée
12:19de à quoi ça ressemble.
12:21Et donc, il arrive comme ça, c'est un peu fantomatique.
12:24Ce n'est pas un grand gabarit, Zelensky, mais c'est déjà une boule d'énergie.
12:27Il arrive, il est souriant, il est content de nous voir, voilà, il voit qu'il a des journalistes de
12:32la presse étrangère qui sont venus jusqu'à lui.
12:34Il sait qu'il va se livrer un exercice qu'il n'a jamais fait avec les lecteurs du Parisien.
12:39Il a une poignée de main énergique, on se salue, ça va très vite.
12:44C'est quand même un grand pro de la communication, donc il sait à qui il parle.
12:47Il a fait des centaines et des milliers d'interviews ces trois dernières années, donc voilà.
12:50Et puis, voilà, on lui présente le dispositif, il va s'asseoir en bout de table, il regarde l'écran.
12:55C'est un écran, cet écran sur lequel d'habitude il discute avec Donald Trump, avec Emmanuel Macron, qu'il
13:02appelle Emmanuel, son ami Emmanuel.
13:03Mais tout ça est très chaleureux, il est dans de l'énergie, vraiment c'est de l'énergie positive.
13:10Ariane Rioux, pendant ce temps donc, les cinq lecteurs du Parisien s'installent dans une grande salle de réunion du
13:15journal.
13:16Il y a Nicolas, 45 ans, qui est consultant.
13:19Rip Simé, 51 ans, consultante elle aussi.
13:21Jean-Michel, 55 ans, qui est maraîcher bio.
13:24Julie, une étudiante de 22 ans.
13:26Et enfin Firat, 36 ans, qui travaille dans le BTP.
13:29Ariane, est-ce qu'il y a un peu de tension avant ce rendez-vous avec le président Zelensky ?
13:33Oui, il y a un mélange de stress et d'excitation aussi.
13:37Les lecteurs sont tous ravis d'être là, de se prêter au jeu, d'interroger un président en exercice et
13:44un chef de guerre qui plus est.
13:45Il y en a beaucoup qui nous disent, on ne fait pas ça tous les jours, ce n'est pas
13:48un lundi comme les autres.
13:49Surtout que ce n'est pas un face-au-lecteur classique.
13:52Ils sont en visio, l'entretien est traduit en direct.
13:55Et la présidence ukrainienne ne nous a accordé qu'une heure.
13:59Donc en fait, tout l'enjeu, c'est de choisir les questions les plus importantes pour arriver à toutes les
14:05poser dans le temps imparti.
14:06Donc ça ajoute en effet un peu de stress à l'exercice.
14:13Vous avez aidé en effet les lecteurs à agencer leurs questions pour que tout ça, au bout du compte, donne
14:18un entretien bien structuré.
14:20Quelle est la première question posée ?
14:22La toute première porte sur sa visite à Paris pour l'inauguration de Notre-Dame.
14:27À son arrivée dans la cathédrale, il a été chaleureusement applaudi.
14:31Donc Ripsimé, l'une de nos lectrices, lui a demandé si cet accueil lui avait fait chaud au cœur.
14:37Le public vous a chaleureusement applaudi. Est-ce que ça vous a fait chaud au cœur ?
14:45Il dit qu'en effet, ça lui a fait vraiment plaisir.
14:48Que c'était aussi un signal pour lui, dit que ses applaudissements n'étaient pas pour lui, mais représentés quelque
14:55chose de bien plus large.
14:55C'était pour les soldats, c'était pour les ukrainiens.
14:58Mais que ça lui a fait chaud au cœur que c'était aussi un signal envoyé à son pays.
15:01Quels sont les autres sujets abordés ensuite ?
15:03Évidemment, dans la foulée, il y a quand même beaucoup de questions diplomatiques.
15:07Parce que l'Ukraine est en ce moment à la croisée des chemins.
15:10Et il y aura notamment l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche,
15:13qui est un gros morceau, qui peut avoir un impact sur l'aide que les États-Unis vont apporter à
15:18l'Ukraine dans la poursuite de cette guerre.
15:20Il y a aussi Vladimir Poutine qui menace d'utiliser l'arme nucléaire.
15:24Donc les lecteurs lui posent la question. Est-ce qu'il a peur ? Est-ce qu'il prend la
15:28menace au sérieux ?
15:29Monsieur le Président, est-ce qu'une menace de Poutine d'utiliser l'arme nucléaire, vous faites-il peur ?
15:38Là, il répond que oui, en effet, ça lui fait peur qu'il est humain et que oui, cette menace,
15:42il faut la prendre au sérieux.
15:43Et qu'évidemment, comme tout homme, il est effrayé par ça.
15:47Et puis, ils l'ont aussi interrogé sur la poursuite de la guerre, sur le moral des troupes, ou même
15:53sur les négociations de paix.
15:55Charles Saint-Sauveur, actuellement, l'Ukraine est en mauvaise posture sur le terrain.
15:59Et il a des mots très durs envers Vladimir Poutine.
16:02Oui, on pouvait s'attendre, puisque certains lui prêtent des désirs de négociation, on pouvait s'attendre à ce qu
16:06'il ait des, non pas des beaux conciliants, certainement pas,
16:09mais en tout cas, qu'il n'aille pas aussi loin dans ce qu'il dit sur Vladimir Poutine, à
16:13qui il ne pardonnera pas, très clairement.
16:16Personne aussi ne doit parler au nom de l'Ukraine, puisqu'on annonce des négociations qui se feraient sur le
16:21dos, des négociations forcées, en quelque sorte,
16:24qui obligerait Zelensky à accepter une paix avec des conditions qu'il ne veut pas.
16:29Donc, au contraire, il a un message extrêmement ferme et extrêmement dur à l'égard de Vladimir Poutine, vraiment qu
16:33'il accuse de tous les maux.
16:36Vous êtes à la même table que lui quand il répond au lecteur du Parisien. Il est comment dans cet
16:40exercice ?
16:41Alors moi, je suis à 1m50 de lui, Nicolas encore plus près. On est évidemment absorbé par son visage pendant
16:46qu'il parle.
16:46Il est très intense, très concentré, vraiment un pro de la com, ça on l'a dit.
16:51On voit tous les stades de l'émotion passer dans ses yeux, dans son visage.
16:55Moi, j'ai été très frappé, par exemple, quand il parle de Vladimir Poutine à un moment donné.
16:59La caméra n'est plus sur lui, c'est une question qui lui est posée.
17:02Il pose son stylo après avoir tapé du poing sur la table et il a vraiment une mine rageuse, en
17:08quelque sorte, vraiment une moue qui en dit long sur la détestation qu'il peut avoir de ce personnage.
17:14Et par ailleurs, on a vu aussi ses yeux luire, on s'est fait la réflexion avec Nicolas, notamment quand
17:20il parle des Ukrainiens et quand il parle de la vie de famille, tout ce qui est impacté par cette
17:25guerre.
17:25Vraiment une émotion qui affleurait, qui était évidente sous nos yeux.
17:29Oui, il a beaucoup parlé des familles qui sont endeuillées actuellement en Ukraine.
17:33Volodymyr Zelensky comprend à qui il s'adresse, il s'adresse à des gens normaux, des lecteurs, des familles en
17:38quelque sorte.
17:39Et c'est pour ça qu'il a décidé sans doute de faire un entretien qui ne ressemblait pas du
17:42tout aux interviews qu'il a pu accorder jusqu'à présent.
17:45C'est-à-dire une interview vraiment à portée d'humanité.
17:49En gros, cette guerre, ce n'est pas seulement des territoires qui sont conquis, c'est aussi des familles qui
17:53sont cassées, brisées.
17:54C'est des Noëls qui ne se referont plus avec tout le monde autour de la table.
17:57C'est des gens blessés, des enfants psychologiquement traumatisés.
18:02Voilà ce que c'est que cette guerre.
18:03Et c'est vraiment du début jusqu'à la fin, c'est vraiment le message qu'il veut faire passer.
18:10Nicolas Charbonneau, à un moment, l'un des lecteurs du Parisien, Nicolas, le consultant de 45 ans,
18:15demande à Volodymyr Zelensky s'il pense pouvoir un jour refaire rire les Ukrainiens.
18:20Pardonnez-moi si la question peut être un peu déplacée, mais vous vous êtes fait connaître en faisant rire les
18:26gens.
18:26Est-ce que vous pensez un jour pouvoir les faire rire à nouveau ?
18:32C'est peut-être l'une des questions qui, moi, m'a le plus marqué et qui a d'ailleurs
18:38provoqué peut-être la réponse la plus émouvante
18:41et en tout cas, moi, que je n'avais jamais entendu de la part de Zelensky.
18:45Et c'est une question que seul un lecteur peut poser.
18:48Vous voyez, un journaliste n'aurait jamais posé cette question-là.
18:50On est à un mètre de Zelensky à ce moment-là, on voit ses yeux qui sont...
18:54Il hésite longuement, vraiment, il y a un grand silence.
19:02Il a cette réponse, il dit « je ne sais pas ».
19:04En fait, je ne sais pas parce que ça dit toute la douleur, un homme meurtri,
19:09qui s'est transformé un jour en chef de guerre, qui n'a qu'une obsession depuis trois ans,
19:14c'est d'en finir avec cette guerre, de ramener la paix,
19:18parce qu'il a aussi des réponses très belles sur le fait que qu'est-ce qui fait qu'un
19:22jour,
19:22quelqu'un rentre chez vous et vous oblige à faire ça, vous dit comment vous allez faire, vous confise.
19:27Et ça, c'est toute cette rage envers Poutine.
19:29Et là, il y a toute l'humanité du président Zelensky qui sort à travers cette réponse à cette question.
19:36Est-ce que vous pensez un jour pouvoir faire rire à nouveau ?
19:38À la fin de l'interview, l'un des lecteurs du Parisien, Jean-Michel, celui qui est maraîcher,
19:44demande à Volodymyr Zelensky ce que cette épreuve lui a appris sur lui.
19:49Vous portez l'uniforme depuis trois ans. Vous êtes devenu un chef de guerre.
19:53Qu'avez-vous appris sur vous-même ?
19:58Alors, sa réponse, elle dit toute la profondeur d'un homme et toute la profondeur de cet entretien,
20:02en tout cas, j'ai trouvé, puisqu'il dit souvent qu'un homme parcourt le monde à la recherche du
20:08bonheur
20:08et qu'en fait, il faut apprécier les choses simples.
20:10Ça, c'est autour de nous. C'est nos proches, c'est nos amis, c'est notre amour.
20:14Je pense qu'il parlait de sa femme.
20:15C'est aussi notre terre, la terre d'Ukraine qui est convoitée par Vladimir Poutine.
20:21Nicolas Charbonneau, à ce moment-là, Jean-Michel, encore lui,
20:24lui demande ce qu'il compte faire quand la guerre sera terminée.
20:28En fait, il compte redevenir un homme simple, un père de famille.
20:34Il voudrait jouer au foot avec son fils.
20:36Il voudrait parler de l'université et des études avec sa fille.
20:40Et puis, alors, il a quand même un grand projet familial qui est d'aller au cinéma.
20:44Il nous dit...
20:46C'est très troublant d'entendre ce chef de l'État, ce chef de guerre
20:49qui mène seul ou presque la guerre contre Poutine,
20:53de dire moi, je voudrais aller au cinéma avec ma femme et mes enfants
20:56et peu importe le film, une comédie.
20:59Et je voudrais aussi qu'il y ait du pop-corn.
21:02Et il rajoute à la fin parce qu'il est vraiment fatigué.
21:04Mais comme je suis fatigué, je pense que je m'endormirais.
21:09Ariane Rioux, les lecteurs, ils se disent quoi juste après,
21:11une fois qu'ils ont raccroché avec Woldimir Zelensky ?
21:14Ils sont très heureux d'avoir participé à ce moment-là.
21:19Ils sont aussi très touchés par la fin de l'entretien
21:22qui, comme on l'a dit, était assez émouvante.
21:25Woldimir Zelensky s'est livré.
21:27Ils sont aussi un peu abasourdis.
21:29Je me souviens de Julie, notamment,
21:31qui, il y avait beaucoup de bruit autour d'elle,
21:33tout le monde parlait de ce qui venait de se passer,
21:35qui s'est mise un peu à l'écart avec son thé qu'il buvait
21:37et qui m'a dit, j'ai besoin d'un petit moment
21:40pour réaliser ce que je viens de vivre.
21:42Donc, c'est ça qui m'a le plus marquée.
21:44C'est ce côté, qu'est-ce qu'on vient de faire ?
21:47À quoi on vient de participer ?
21:48Ils ont l'impression un peu d'avoir participé à un moment d'histoire.
21:51Nicolas Charbonneau, à Kiev,
21:53est-ce que Woldimir Zelensky dit quelques mots
21:55après la fin de cet échange ?
21:56On n'a pas très longtemps.
21:59On a poursuivi cinq minutes.
22:01Charles, le président Zelensky et moi.
22:04Il avait un emploi du temps, vous l'imaginez,
22:06qui est assez pris.
22:07On a feuilleté ensemble le hors-série du Parisien
22:11sur Notre-Dame.
22:12On a regardé cette photo à l'intérieur de Notre-Dame
22:15où il s'est cherché sur la photo.
22:17Il ne savait plus très bien où il était,
22:19de quel côté, derrière Donald Trump.
22:22Et on a regardé aussi ensemble le hors-série
22:24des 80 ans du Parisien,
22:26nos fameuses 81,
22:28avec une de ses unes qui avait été consacrée à l'époque,
22:31il y a trois ans, au début de la guerre.
22:33Et puis, il est reparti faire la guerre,
22:35au fond du couloir, dans la pénombre,
22:37avec ses sacs de sable,
22:38avec quatre ou cinq hommes de sécurité
22:40qui ne le quittent pas jour et nuit.
22:44Et la porte s'est refermée.
22:46On s'est retrouvés, Charles et moi,
22:47en se disant,
22:47bon, ben voilà,
22:48on vient de faire,
22:49on vient de réaliser l'interview
22:50d'un personnage qui est déjà dans l'histoire.
23:06Merci, Ariane Rioux,
23:08Nicolas Charbonneau,
23:09Charles de Saint-Sauveur.
23:10Cette interview de Volodymyr Zelensky
23:12est évidemment toujours disponible
23:13sur leparisien.fr.
23:16Cet épisode de Code Source
23:17a été produit par Clémentine Spiller
23:19et Pénélope Gualquier-Roti.
23:21Réalisation, Pierre Chaffanjon.
23:23On vous invite à écouter
23:24le second podcast du Parisien,
23:26Crime Story,
23:27chaque samedi,
23:28une grande affaire criminelle
23:29racontée par Claudia Prolongeau
23:30avec Damien Delsenis,
23:32le chef du service
23:33Police Justice du Parisien.
23:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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