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  • il y a 10 heures
Le 14 décembre, Gérard Houllier nous a quittés. Monument du football français, il a entraîné les plus grands clubs, français et anglais. Récit, par Christophe Bérard, journaliste au service sport du Parisien.


Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Journalistes : Marion Bothorel, Thibault Lambert, Raphaël Pueyo et Nathan Chatelain - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : Groupe BPCE, INA, ITV Sport channel.

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Transcription
00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Gérard Houllier était un monument dans le football.
00:15Il se plaisait à rappeler que personne n'était parti d'aussi bas que lui pour arriver aussi haut.
00:20Et c'est vrai, Gérard Houllier n'a jamais été joueur professionnel et pourtant,
00:23il a entraîné des clubs parmi les plus grands en France et en Angleterre.
00:27Il a même été sélectionneur de l'équipe de France.
00:30Gérard Houllier s'est éteint le lundi 14 décembre.
00:32Il avait 73 ans et dans CodeSource, nous avons voulu revenir sur son parcours exceptionnel
00:37avec le journaliste du Parisien Christophe Bérard.
00:44Christophe Bérard, vous travaillez au service des sports du Parisien.
00:48Vous connaissiez personnellement Gérard Houllier.
00:50Comment vous avez réagi en apprenant sa mort ?
00:52Évidemment avec beaucoup de tristesse, mais si je dois être franc,
00:55ça n'a pas été une grande surprise parce qu'on savait que Gérard Houllier était malade.
00:59C'était quelqu'un d'assez fragile du cœur depuis quelques années.
01:01Il avait subi deux opérations.
01:03Évidemment beaucoup de tristesse, mais c'était quelqu'un qui était très usé du cœur.
01:08Gérard Houllier, il est né en 1947 à Terroine dans le Pas-de-Calais.
01:12Il a une douzaine d'années quand il se met au foot.
01:14Est-ce qu'il a du talent ?
01:15C'est un joueur de bon niveau amateur.
01:17Évidemment, il aurait aimé monter plus haut, mais c'était beaucoup plus compliqué.
01:20Et même s'il a fait des études d'instituteur et ensuite qui l'ont mené à une profession de
01:25professeur d'anglais,
01:26il avait toujours eu en lui cette envie un jour de vivre et d'enseigner avec le football.
01:31Et pourquoi il est devenu professeur d'anglais ?
01:33À cette époque, le football ne nourrissait pas son homme.
01:35Il était simplement entraîneur de joueurs dans une petite équipe locale.
01:38Et donc, à côté de ça, il avait quand même des facultés intellectuelles plutôt reconnues dans sa famille.
01:42Donc il a fait l'école Norma Sub de Arras.
01:45Il est sorti instituteur.
01:46Il était très très bon en langue également.
01:48Il a fait quelques séjours en Angleterre.
01:50Il est ensuite devenu professeur d'anglais, mais il fallait bien vivre.
01:54En parallèle, il continue le football en amateur.
01:56Il va avoir une très honnête carrière de joueur qui va le mener en amateur dans le club du Touquet
02:01où il va finir entraîneur-joueur.
02:03Et puis ensuite, il va recevoir la proposition du club de Nolémine.
02:06Donc il va demander à être mis en disponibilité de l'éducation nationale
02:10pour se consacrer à sa tâche avec ce club du Pas-de-Calais qui est en 3e division
02:14avec un succès assez rapide à la clé
02:17puisqu'il va mener l'équipe de 3e division en 2e division.
02:20Il va même frôler l'année suivante la montée en 1e division,
02:24ce qui est un exploit incroyable pour ce petit club du Pas-de-Calais.
02:27Cette réussite locale va le faire remarquer très vite du grand club local,
02:32à savoir le Racing Club de Lens, qui va lui confier l'année suivante les clés de l'équipe.
02:36Comme c'est un enfant du Nord, c'est un honneur pour lui de diriger les 100 et or.
02:39Il faut savoir que le Racing Club de Lens à cette époque, c'est un petit club de l'élite.
02:43D'ailleurs, tous les pronostics en début de saison disent que ce club va jouer la descente jusqu'au bout.
02:48Au final, l'équipe va terminer 4e, va se qualifier pour la Coupe de l'UEFA
02:52en inscrivant, je crois, 64 buts, ce qui n'est jamais vu depuis longtemps dans le club.
02:56Sa première saison avec le Racing Club de Lens est une réussite totale.
03:00Gérard Houllier, c'est un entraîneur particulier.
03:02Il ne travaille pas comme les autres coachs, vous me le disiez.
03:04Il a un management très humain.
03:06C'est ça, c'est-à-dire qu'en fait, comme il n'a pas un vécu de joueur de
03:08haut niveau,
03:09dont il pourrait servir, c'est quelqu'un qui va simplement, déjà, au-delà de son amour pour le football,
03:13il va simplement ouvrir des livres de psychologie parce qu'il a compris avant beaucoup
03:17que le joueur de foot, ce n'est pas qu'une paire de crampons avec un short,
03:21c'est d'abord et avant tout un homme qui va d'abord s'adresser aux hommes.
03:24Une des grandes forces de Gérard Houllier, c'était ces causeries d'avant-match
03:27où des joueurs disaient à la fin, on n'avait qu'une envie, c'est que le match commence dans
03:30la foulée.
03:30Moi, j'avais une structure bien précise.
03:33D'abord, je rappelais le contexte du match.
03:35Ensuite, vous donnez la compétition de l'équipe, c'est-à-dire que vous ne l'avez pas seulement affichée,
03:40vous la révélez.
03:41Trois, voilà ce que j'attends de vous.
03:43C'est-à-dire qu'après, c'était les principes tactiques généraux.
03:46Et ensuite, le dernier point, c'est la note, disons, que vous passez une, deux minutes
03:51sur laquelle vous touchez plus l'émotion, l'amour propre, la confiance de vos joueurs.
03:58Il savait, comme personne, motiver les hommes et il a compris que la clé de la réussite
04:03sur le terrain, c'était simplement peut-être de s'adresser au cœur, aux tripes peut-être
04:07des joueurs.
04:08Il a profondément aimé ces joueurs qui, en retour, lui ont rendu sur le terrain dix fois,
04:12cent fois.
04:14En 1985, il décide de quitter sa région natale pour aller entraîner le Paris Saint-Germain.
04:19C'est vrai que Gérard Houllier, c'est une gloire locale à cette époque, il fait de très
04:22belles choses avec le Racing Club de Lens.
04:23Mais dans les années 80, le monde du football, un petit peu, a tendance encore à voir en
04:29lui l'ancien professeur, l'ancien instituteur.
04:31Il déteste qu'on lui rappelle qu'il ne vient de nulle part dans le milieu du football.
04:34C'est un peu à la manière des gloires locales qui ont envie de se faire un nom en montant
04:37dans la capitale pour que tout le monde les reconnaisse.
04:40Il va recevoir l'offre du Paris Saint-Germain.
04:42Là, il va même exploser dans ce club-là.
04:45Est-ce que vous pouvez me raconter ?
04:46Sa réussite avec le Paris Saint-Germain va être exceptionnelle parce que dès le début
04:49sa première saison, la saison 1985-1986, Paris va tout simplement finir champion de France.
04:55Mesdames, Messieurs, bonsoir.
04:56Cette fois, c'est fait.
04:58Le PSG est champion de France de foot 85-86.
05:02Une victoire que l'on attendait depuis 50 ans.
05:04Le premier type de l'histoire du Paris Saint-Germain.
05:07Ça paraît aujourd'hui presque simple de dire oui, Paris Saint-Germain a été champion.
05:10Non, à cette époque, c'était un exploit énorme.
05:12Il n'avait pas en plus une équipe de stars surpayées.
05:14Il avait des très bons joueurs.
05:16De ce côté-là, il a marqué les esprits parce qu'en plus, c'était du beau jeu.
05:18Point d'orgue de ce jour de gloire, si j'ose dire, un feu d'artifice.
05:23Bref, la fête au complet.
05:28Mais le PSG, à cette époque-là, est connu pour être un club qui renouvelle très régulièrement ses entraîneurs.
05:34Le PSG était un gros consommateur d'entraîneurs.
05:37Et on dit souvent que le plus difficile à Paris, ce n'est pas de gagner, c'est plutôt de
05:40durer.
05:41Et il y est resté trois ans, la première saison avec le succès qu'on sait.
05:44Puis ensuite, lentement, mais sûrement, son pouvoir, son aura s'est un petit peu érodé.
05:50Et à la fin, il avait pris un peu de recul.
05:52Il était devenu manager général.
05:54Il avait laissé les clés de l'équipe à un de ses proches.
05:56Il a très vite compris que pour lui, il était temps de s'en aller.
05:58Mais il va rester dans la capitale.
05:59Il ne va pas aller dans un autre club.
06:01Il va rejoindre la direction technique nationale, la fameuse DTN, qui est un petit peu le cœur du réacteur du
06:05football français.
06:06C'est là où on forme les entraîneurs, c'est là où on forme les techniciens.
06:10Et dans ce rôle plus obscur de l'ombre, il va donner sa pleine mesure.
06:14Parce que n'oublions pas toujours, Gérard Aulier, c'est un ancien professeur, c'est un formateur dans l'âme.
06:19Et il va s'éclater dans ce nouveau rôle.
06:20Plus précisément, il devient l'adjoint du nouveau sélectionneur des Bleus, qui est donc Michel Platini en 88.
06:25Michel Platini, l'ancien, le triple ballon d'or, se voit confier sans expérience les clés de l'équipe de
06:30France.
06:30Mais évidemment, il a besoin d'un technicien à ses côtés.
06:33Il va directement chercher dans les bureaux, juste à côté, à la Fédération française.
06:36Il va demander à Gérard Aulier de l'épauler.
06:38Et ça va faire une espèce de duo très complémentaire.
06:41Platini, c'était l'instinctif.
06:42Et à côté, il y avait cette espèce de technicien très professoral, très compétent.
06:47Et ce duo va se révéler très bon pendant quatre ans.
06:49Et aller jusqu'à la phase finale de l'Euro 92, qui va malheureusement pour les Bleus être un énorme
06:54échec.
06:57C'est un énorme échec, au point que Platini démissionne.
07:00Et à ce moment-là, c'est à Gérard Aulier, justement, qu'on propose de prendre la relève.
07:04Pour Gérard Aulier diriger l'équipe de France, c'est un peu comme recevoir les palmes académiques.
07:10La reconnaissance du football français qu'il cherchait absolument, là, il est le patron de l'équipe de France.
07:16Il est donc sélectionneur de l'équipe de France à partir de 92.
07:19Et il a une mission, c'est de qualifier la France pour la Coupe du monde de football de 1994.
07:25Pour se qualifier pour le mondial 94 aux Etats-Unis, l'équipe de France n'a plus que deux matchs
07:30à jouer.
07:30Elle n'a besoin que d'un seul point.
07:32Et elle reçoit deux adversaires largement à sa portée, notamment le premier, l'Israël.
07:36Et ensuite, il y a la Bulgarie.
07:37Franchement, tout le monde a mis le champagne au frais.
07:39Tout le monde a déjà pris son visa pour les Etats-Unis.
07:41C'est quasiment mission réglée.
07:43Et à la surprise générale, d'abord, l'équipe de France va perdre son premier match.
07:47Le match qui bascule du côté israélien, car là, c'est pratiquement fini.
07:52On joue depuis trois minutes et demie au-delà du temps réglementaire.
07:55Trois buts à deux contre Israël.
07:57Quelle surprise !
07:58Énorme surprise, énorme déception.
08:01Mais heureusement, il reste encore ce deuxième match, cette deuxième chance contre la Bulgarie le 17 novembre 1993.
08:07D'un coup, le gouffre va s'ouvrir sous les pieds des footballs français.
08:10Il y a un partout, on est dans les arrêts de jeu.
08:12On est dans les 10 secondes de la fête du temps réglementaire.
08:16Il suffit de tenir le ballon et sur un contre...
08:18Attention Kostadinov !
08:20On lutte !
08:21Oh là là là là là !
08:23C'est la fin !
08:24Émile Kostadinov éteint le Parc des Princes et qualifie la Bulgarie et élimine à la surprise générale les Bleus.
08:30C'est une énorme claque dans la figure.
08:32On est éliminé.
08:33Et voilà, le Bulgarie est qualifié.
08:37Gérard Rouillet va extrêmement mal le vivre.
08:39Et il a compris que quelque part, ses jours à la tête des Bleus sont terminés.
08:43Sur un tel échec, il ne peut pas rester.
08:45Il va très mal gérer cet échec, y compris sur sa communication.
08:49C'est-à-dire que Gérard Rouillet, c'est un habile communicant, mais ce jour-là, il le reconnaîtra longtemps
08:53après,
08:53il a fait emporter par le dépit, il s'est présenté devant les micros et il a fait quelque chose
08:58qui ne se fait jamais.
08:58Il a accusé un de ses joueurs, David Ginola, d'avoir, je cite, « commis un crime contre l'équipe
09:03».
09:04Le fait qu'un joueur ait craqué, à mon avis, a constitué sûrement une goutte d'acide importante.
09:10Parce que là, David Ginola a commis un crime contre l'équipe.
09:13C'est des mots qui sont extrêmement forts.
09:15Alors, encore aujourd'hui, les gens pensent qu'il fait allusion à ce centre manqué dans les arrêts de jeu,
09:19alors qu'il suffisait de conserver le ballon.
09:21Absolument pas.
09:22En fait, là où il est furieux contre Ginola, c'est que pendant toute la semaine, c'était déjà la
09:26grande rivalité PSG-OM.
09:27Et au sein de l'équipe de France, il y avait des joueurs issus de l'OM, des joueurs issus
09:30du PSG.
09:31L'entente n'était pas forcément formidable.
09:33Et David Ginola, le Parisien, n'était pas content de pas jouer.
09:36Et il accusait un petit peu en creux Houllier et quelques cadres de l'équipe de France de préférer les
09:42Marseillais.
09:42Et il s'en est plaint toute la semaine.
09:43Et c'est ce qui avait vraiment pourri la préparation de ce match.
09:46Gérard Rouillet, quelques années plus tard, quand on lui en parlait, il a dit « mais jamais j'aurais dû
09:50dire ça ».
09:50C'est l'erreur de communication de sa carrière.
09:53Il donne sa démission du poste des entraîneurs de l'équipe de France une semaine après ce match-là.
09:58Et il sera remplacé par Aimé Jacquet.
10:00Là, à ce moment-là, il est, pardonnez-moi l'expression, mais il est un peu cramé aux yeux du
10:03grand public.
10:04Gérard Rouillet, c'est le loser, c'est l'homme qui nous a fait perdre le Mondial 94.
10:07Et puis surtout qu'entre-temps, l'équipe de France se remet à gagner, emmenée par Aimé Jacquet.
10:12Donc il va s'occuper notamment des jeunes, mais avec un énorme succès.
10:15On l'oublie encore aujourd'hui, mais par exemple, il va être champion d'Europe 1996 avec une génération où
10:20il y a certains joueurs
10:21comme Nicolas Annelka, Thierry Henry, David Trezeguet, William Gallas.
10:24Il va les amener au succès, ces jeunes-là.
10:26Ils n'oublieront pas que leur premier titre avec l'équipe de France, ça a été grâce à Gérard Rouillet.
10:32Il redore un peu son image à ce moment-là.
10:34Il redore un peu son image, mais il est profondément blessé.
10:37Il sait qu'on met du temps à oublier les perdants en France.
10:39Et ça, il le sait.
10:40Et là, il y a quelque part, au fond, lui, il a compris que son salut viendrait peut-être d
10:44'Angleterre.
10:45Et donc, en 1998, à 51 ans, il rebondit justement en Angleterre.
10:49Il est contacté par Liverpool.
10:51Liverpool, légende du football d'outre-Manche, mais qui peine à redorer son blason depuis quelques années.
10:57C'est une légende, mais qui ne gagne plus grand-chose.
10:59Il faut savoir déjà que Gérard Rouillet est quand même reconnu au niveau européen.
11:03Il a une maîtrise parfaite de l'anglais.
11:04Et les dirigeants de Liverpool lui proposent d'abord de co-entraîner l'équipe avec l'entraîneur local
11:09qui s'appelle Roy Evans, qui ne donne pas forcément satisfaction.
11:12Mais très, très vite, Gérard Rouillet, il va manger, si vous m'autorisez l'expression, Roy Evans.
11:16Et il va prendre lui-même les commandes de Liverpool.
11:19Comme ça ne gagne pas depuis longtemps, il va faire un petit peu ce qu'il a envie.
11:21Et notamment, pour la petite histoire, il va découvrir assez vite un joueur qui s'appelle Steven Girard.
11:27Il a l'impression qu'il a quelque chose.
11:28Et ce type-là, ce Steven Girard, va devenir la légende de Liverpool.
11:31Il va jouer plus de 500 matchs.
11:32Il va aussi contribuer à l'éclosion d'un autre joueur, Michael Owens,
11:36qui va recevoir deux ans plus tard le ballon d'or.
11:39Oulier, il est dans son élément.
11:41Effectivement, en 2001, trois ans après son arrivée à Liverpool, il va connaître un véritable sacre.
11:45Ça va être l'année du quadruplet historique de Liverpool.
11:48Le quadruplet, c'est-à-dire qu'il va remporter les quatre coupes disputées par Liverpool.
11:52La prestigieuse Coupe d'Angleterre, la Coupe de la Ligue, la Super Coupe d'Europe et la Coupe de l
11:57'UEFA.
11:58Combien d'entraîneurs français ont gagné une Coupe d'Europe ?
12:00C'est très simple.
12:01Il y a eu Luis Hernandez avec le PSG en 1996.
12:04Il y a Zinedine Zidane avec le Real Madrid.
12:06Et Gérard Houllier avec Liverpool encore.
12:09Clairement, dans le football français, trois entraîneurs seulement, encore aujourd'hui,
12:12peuvent se targuer d'avoir gagné une Coupe d'Europe.
12:15Gérard Houllier fait partie des trois.
12:21À ce moment-là, Gérard Houllier, il est au sommet.
12:23Il n'y a rien qui semble pouvoir l'arrêter.
12:25Et pourtant, le 13 octobre 2001, il va frôler la mort.
12:29Il est victime d'une rupture de la horte.
12:31Il est transporté en urgence à l'hôpital.
12:33Il reste plus de dix heures, je crois, sur la table d'opération.
12:36Là, c'est clairement le coup d'arrêt total.
12:38Il va s'en sortir vivant.
12:40Il va être un tout petit peu diminué, mais il gardera son envie d'entraîner.
12:43Il va revenir à Liverpool.
12:44Mais au fond de lui, d'ores et déjà, il sait qu'il y aura un avant et un après
12:48cette première alerte cardiaque.
12:52C'est quelque chose qui va le marquer.
12:53Je me souviens, un jour, j'étais dans ses bureaux.
12:55Il avait pris une feuille de papier et il m'avait montré l'opération qu'il avait subie
12:59en me détaillant exactement où est-ce qu'on lui avait coupé la horte et où est-ce qu'on
13:01l'avait remise, etc.
13:03Il avait conscience qu'il était un survivant.
13:05Il avait complètement étudié.
13:06C'était presque un cardiologue qui me parlait.
13:08Il voulait savoir ce qu'on lui avait fait et il savait parfaitement.
13:11Après son opération, comment se passe son retour à Liverpool ?
13:13Tout le public d'Anfield, du stade de Liverpool, va chanter son nom et me dire encore
13:17« j'en avais encore la chair de poule ».
13:33Il va revenir, il va quand même regagner une coupe en 2003, mais quelque part la magie Houllier, elle est
13:39un petit peu cassée.
13:40Quelque part, il y a une forme de lui qui est parti quand même sur la table d'opération.
13:43Il le sent et donc il a préféré tout bêtement reprendre du recul et retourner en France.
13:48Celui qui va donner un nouveau souffle à sa carrière, c'est Jean-Michel Aulas, le directeur de l'Olympique
13:53lyonnais.
13:53En fait, c'est simple. Lyon cherche, après le départ surprise de Paul Le Gouen, un nouvel entraîneur,
13:57mais un entraîneur capable de, pour suivre les mots de Jean-Michel Aulas, conduire la Formule 1.
14:02Et il va regarder, il va se dire en termes de pilote expérimenté, Jean Voisquin, c'est Gérard Houllier.
14:06Et Houllier va venir avec ses certificats médicaux attestant qu'il est capable encore de supporter la pression énorme que
14:12subit un entraîneur de foot.
14:13Il va signer pour trois ans, il va rester deux ans.
14:16J'ai suivi l'Olympique lyonnais ces années-là.
14:17C'est peut-être le plus beau football de l'Olympique lyonnais qui a été joué tous les années Houllier,
14:22parce qu'ils avaient une équipe extrêmement forte qui jouait très bien.
14:25Et Houllier, en plus, a transformé le club en profondeur dans les vestiaires.
14:29Il avait changé plein de petits détails.
14:30Gérard Houllier, c'était un homme de détail.
14:32Par exemple, l'alimentation, ça en faisait partie.
14:34Il y avait encore quelques relâchements professionnels chez certains joueurs.
14:38Et lui, en fait, il voulait surveiller ça.
14:39Il a amené cette rigueur.
14:40Aujourd'hui, par exemple, elle est presque naturelle dans les grands clubs français.
14:43Mais avec Gérard Houllier, c'est lui qui a amené ça aussi.
14:46C'est aussi le premier à parler de la difficulté du métier.
14:49Non, ce n'est pas le premier.
14:50Mais lui, en tout cas, il a verbalisé la souffrance que pouvait ressentir un entraîneur.
14:54Parce que c'est celui qui est le plus proche du terrain.
14:56C'est celui qui souffre le plus, mais qui ne peut pas agir quelque part.
14:58C'est un stress épouvantable.
15:04Ce stress le pousse à ne pas honorer jusqu'au bout son contrat de trois ans avec l'OL.
15:09À un an de la fin, il retourne à la direction technique nationale, où il ne restera que très peu,
15:14puisqu'une nouvelle fois, il est rattrapé par l'Angleterre et l'amour de ses joueurs.
15:18Il n'avait aucune raison objective de retourner en Angleterre, mais il a eu envie.
15:22Il n'avait rien à gagner.
15:24Il va signer à Aston Villa, un club londonien, mais qui n'est pas un grand club.
15:28Rapidement, il va avoir un nouvel accident cardiaque.
15:30Parce que ce n'est pas bon, tout simplement.
15:31Son épouse l'avait interdit.
15:33Il y est allé.
15:33Il y a eu une forme de péché d'orgueil.
15:35Et à nouveau, il a frôlé la mort.
15:37Une deuxième fois.
15:38Et cette fois, il a compris que c'était définitivement terminé.
15:41Le métier d'entraîneur, c'était fini.
15:42Il avait compris que quelque part, s'il avait encore un rôle à jouer dans le football,
15:45ce ne serait pas au bord de touche.
15:47Ce serait dans les bureaux.
15:48En 2012, il devient directeur sportif de l'équipe des Red Bulls de New York.
15:52Et en 2016, il renoue avec Jean-Michel Aulas et rejoint l'Olympique Lyonnais en tant que conseiller extérieur.
15:57Il ne peut pas se passer du foot, en fait, même en dehors du terrain.
16:00Non, il aime le football passionnément.
16:01Il ne peut pas se passer du football, Gérard Rouillet.
16:03Ça reste toujours un bâtisseur, un homme, mais toujours dans l'ombre.
16:06Non, non, c'est quelqu'un qui est un énorme travailleur.
16:07Il bossait encore énormément.
16:09Je l'avais encore croisé il y a quelques temps.
16:10Il bossait beaucoup, beaucoup, mais plus sur le terrain.
16:13Gérard Rouillet s'est toujours inquiété de la trace qu'il allait laisser dans le football.
16:16Il est décédé le 14 décembre dernier.
16:19Christophe Bérard, finalement, ce n'est pas uniquement ce match France-Bulgarie qui restera.
16:23Gérard Rouillet, il était très, très attentif à son image.
16:26Et surtout, il était très attentif à l'image, la trace qu'il allait laisser dans le football français.
16:32Et il nous disait toujours, je suis persuadé que le jour de ma mort,
16:34on ne parlera que de France-Bulgarie.
16:36On repassera en boucle le but de Kostadinov et on ne se souviendra que de ça.
16:40Alors, il n'avait pas forcément tort parce qu'évidemment, on a parlé de ça au moment de son décès.
16:44Mais on n'a pas parlé que de ça.
16:45On a souligné aussi à quel point Gérard Rouillet avait su gagner avant et surtout avait su gagner après.
16:50Parce que c'est rare de se remettre d'un tel échec dans le football français.
16:53Il y avait un Raymond Domenech qui n'a jamais pu rien faire après ses évents échecs avec l'équipe
16:56de France.
16:57Il disait souvent, le talent, c'est le rebond.
16:59Et Gérard Rouillet, rendons-lui cette grâce, il a su largement rebondir.
17:04Ça a été réellement un des très grands entraîneurs du football français.
17:12Merci à Christophe Bérard.
17:14Cet épisode a été produit par Marion Bottorel, Thibaut Lambert et Nathan Chatelain.
17:18Il a été réalisé par Julien Moncou-Kiol.
17:21Codesource est le podcast d'actualité du Parisien et il est disponible chaque soir, du lundi au vendredi.
17:27N'hésitez pas à nous écrire codesource.fr.
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17:34Vous pouvez tous les écouter sur Apple Podcast ou Google Podcast et vos applications préférées.
17:40Et puis dites-le nous en laissant des petites étoiles ou un commentaire.
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