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  • il y a 2 jours
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Antoine Beauchamp. Journaliste, producteur de "Sciences chrono" sur France Culture nous parle de son rapport à la langue.

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Transcription
00:00Ce mot, vachement, quand je le dis, j'ai envie de sortir du studio et je rougis, quoi.
00:12Les deux, mon capitaine, ils sont à la fois inspirants quand ils sont gentils ou qu'ils nous suggèrent des
00:17sujets,
00:18ils sont contraignants quand les mots qui sont dits ne sont pas forcément sympathiques.
00:22Et en même temps, moi ce que j'aime bien dans ces messages, qu'ils soient gentils ou méchants,
00:25c'est qu'on se rend compte que les émissions qu'on fait appartiennent aux personnes qui nous écoutent
00:28et qu'on est un service public et que donc du coup, ce qu'on produit appartient aux personnes qui
00:34prennent le temps d'écouter
00:35et qui prennent même parfois le temps d'écrire des messages, qui ne disent pas toujours bonjour, ni au revoir,
00:41ni merci.
00:41Mais je dirais que c'est les deux à la fois et que c'est toujours un plaisir en tout
00:45cas de pouvoir y répondre.
00:47J'aime bien répondre aux gens qui sont méchants parce que généralement ils deviennent bien.
00:53C'est hyper important de bien s'exprimer par respect pour les personnes qui nous écoutent
00:57et aussi parce qu'on vit une époque où le langage est quand même pas mal attaqué.
01:01Et un langage riche, je pense que c'est un langage plus libre aussi,
01:04qui permet de donner des outils pour mieux comprendre le monde.
01:06On ne comprend pas la complexité du monde avec 50 mots de vocabulaire et 50 tournures de phrases.
01:11Donc je pense que notre devoir, c'est d'alimenter la richesse du langage,
01:15mais aussi de ne pas être hermétique non plus complètement à l'évolution.
01:22Oui, mais il m'échappe toujours, c'est le mot « vachement ».
01:24Alors ce n'est pas très punk non plus, mais ça introduit de la familiarité dans mon propos,
01:29mais c'est généralement quand je m'emballe et que je trouve que quelque chose est vachement intéressant
01:32ou vachement percutant ou intriguant.
01:35Et donc ce mot « vachement », quand je le dis, j'ai envie de sortir du studio et je
01:38rougis.
01:43Alors le mot « vachement » n'est pas un tic de langage,
01:45puisqu'il ne revient pas de façon si récurrente que ça, mais parfois il m'échappe.
01:49Et si j'ai des tics de langage, ce qui est certain, envoyez-moi des gentils mots,
01:53parce que je me réécoute peu, donc je ne sais pas vraiment s'il a des formulations
01:57qui reviennent de façon systématique.
02:02C'est une question extrêmement difficile, parce qu'il y a tellement de jolis mots,
02:06mais je dirais qu'à faire la liste comme ça, c'est le mot « promenade »,
02:10qui n'est pas joli en soi, mais j'aime bien ce que ça évoque.
02:13Je trouve que c'est devenu un luxe de se promener.
02:15On n'a plus forcément toujours le temps de se promener.
02:17Je pense que la promenade, c'est le premier pas vers la découverte.
02:22Je parle de science, d'archéologie dans mes travaux et dans mes émissions.
02:26Et parfois je me promène, je fais des reportages.
02:29Et je trouve qu'inviter les gens à se promener par les oreilles
02:32et à découvrir des choses dans le cadre de ces promenades, ça me plaît.
02:39C'est difficile aussi.
02:40Après, quand on parle de science, on est obligé d'être confronté à des anglicismes.
02:43Pour moi, il n'y a aucun problème à utiliser des anglicismes
02:45si tout de suite on traduit et qu'on donne la correspondance en français.
02:50Il n'y a pas de problème.
02:54Paradoxalement, l'image, parce qu'on peut voir beaucoup de choses avec les oreilles.
02:57Et j'en reviens à cette idée de promenade.
02:59Et en fait, j'ai toujours aimé la radio depuis tout petit
03:01parce que ça me permettait de m'évader par le son.
03:04On peut faire voir beaucoup de choses aux personnes qui nous écoutent
03:07en suggérant, en évoquant des choses, en décrivant des choses.
03:11Et c'est vraiment un espace d'imaginaire, la radio, dans le réel.
03:14C'est ça qui est beau en même temps.
03:15C'est qu'on s'imagine des choses qui existent, qu'on décrit.
03:18Et toutes les personnes qui nous écoutent ont une image différente
03:20de ce qu'elles écoutent.
03:21C'est ce qui me plaît.
03:22Donc, la radio, l'image.
03:27La voix de mon enfance, c'est Joël Collado,
03:29le présentateur de la météo sur France Inter.
03:31C'était une voix très particulière, avec un léger accent du sud.
03:35Il parlait un petit peu du nez.
03:36En même temps, ça me rassurait d'entendre cette météo dite par lui
03:40parce que c'était une espèce de voix constante.
03:42Ensuite, dans d'autres voix qui m'ont emporté,
03:44toujours sur France Inter, c'est Jean-Claude Amézen,
03:46qui avait une façon incroyable de mélanger poésie et science.
03:49C'est très inspirant pour nous, aujourd'hui,
03:52comme Natacha Triou et moi sur France Culture,
03:55on produit des émissions de science et on ne vient pas de la science.
03:57On vient plus des humanités, de la littérature, de ce genre d'études.
04:02Et pour moi, c'est toujours important de replacer la science
04:04dans une culture plus globale et de faire des ponts entre, par exemple,
04:07poésie et science, comme le faisait Jean-Claude Amézen
04:09avec sa superbe voix en plus.
04:10Et je pourrais vous parler, évidemment, de Marie Richeux,
04:13ma collègue à France Culture désormais,
04:15mais que j'écoutais quand j'étais étudiant
04:17et qu'il y avait une petite pastille qui s'appelait Les Polaroïdes,
04:20qui était magnifique de poésie aussi.
04:22Voilà, je suis entouré de gens inspirants,
04:23donc je ne veux pas me plaindre.

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