- il y a 2 jours
Croissance en panne, inflation en hausse : quelles perspectives pour l'économie française ?
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00:08Et ravi comme chaque samedi matin de vous retrouver pour les informer de l'écho, votre débat et votre décryptage
00:15de l'actualité économique et sociale du moment.
00:18Votre compagnie Emmanuel Cuny, bonjour.
00:20Bonjour à tous.
00:20Et je salue ce matin nos deux informés. Bonjour Natacha Vallard. Vous êtes économiste et présidente du Conseil national de
00:27la productivité, également doyenne de l'école de management et d'innovation de Sciences Po.
00:31Je salue également Patrice Joffron. Bonjour Patrice.
00:34Vous êtes membre du cercle des économistes, directeur du centre géopolitique de l'énergie et rattaché donc à l'université
00:40Paris-Dauphine.
00:42On va s'intéresser Emmanuel Cuny ce matin à l'état de l'économie française et notamment à l'aune
00:48du conflit au Moyen-Orient.
00:49Oui parce que le PIB est resté vraiment flat, le produit intérieur brut, c'est-à-dire la richesse nationale
00:55produite par nos entreprises.
00:56Et bien tout ça est resté stable au premier trimestre avant même le déclenchement de la guerre.
01:01C'est-à-dire que ce n'est pas la guerre qui a fait que notre PIB soit stagnant, c
01:05'est tout simplement la conjoncture qui était antérieure.
01:08Donc ça, ça interroge quand même. Mauvaise surprise, la Banque de France s'attendait à une hausse du PIB de
01:140,3%.
01:15L'INSEE plus 0,2% donc il n'en sera rien. C'est 0% pour le premier trimestre.
01:19En gros, on peut dire que ça fait un manque à gagner de 9 à 10 milliards d'euros quand
01:24même pour l'économie française.
01:25Alors faut-il y voir un signe annonciateur que le pire est à venir parce que la guerre, elle, continue
01:30évidemment.
01:31Un élément certain, la guerre a effectivement déclenché une résurgence, une hausse de l'inflation.
01:37On va y revenir en détail. Alors qu'à cela ne tienne, le ministre de l'économie et des finances,
01:42Roland Lescure, pense que le pire peut encore être évité.
01:45Il n'y a pas de raison de mettre une croix sur quoi que ce soit. Il reste trois trimestres.
01:49Donc si la croissance interrompt sa pause et reprend dans les deux, trois trimestres qui viennent, il n'y a
01:55aucune raison pour qu'on mette les choses à plat.
01:57Le conflit aujourd'hui est très incertain, intensité, durée. Et donc il faut suivre ça de très près.
02:02Et s'il faut adapter nos prévisions, on le fera. Mais à ce stade, il n'y a pas de
02:05raison de le faire.
02:06Le ministre de l'économie et des finances, jeudi matin sur RTL. Donc question, la France se dirige-t-elle
02:12vers une récession à proprement parler ?
02:14Comment limiter la casse ? Et est-ce qu'on va vers finalement le retour de l'État protecteur, l
02:20'État régulateur ?
02:21Mais quel argent peut-être ? On pourra aussi se poser la question.
02:24Je commence avec vous, Natacha Valla, déjà sur les grands chiffres du moment et le chiffre de la croissance, effectivement,
02:30qu'évoquait Emmanuel Cuny.
02:31Qui panne donc pour le premier trimestre, indépendamment de la guerre au Moyen-Orient.
02:36Quelles sont les explications qu'on peut avancer ?
02:39Alors ce qu'on voit quand on regarde la composition de cette croissance du premier trimestre, c'est assez intéressant
02:44parce que ça montre que ce ralentissement, il est assez large.
02:47C'est-à-dire qu'il concerne la plupart des éléments constitutifs de la croissance.
02:51On parle de la consommation des ménages, de l'investissement des ménages et des entreprises, de la performance sur les
02:58marchés internationaux, donc les exportations.
03:00En fait, ces trois moteurs sont vraiment à l'arrêt.
03:04Moi, ce qui me frappe le plus, sans doute, c'est la consommation des ménages.
03:07Pourquoi ? Parce qu'effectivement, on le disait, Emmanuel Cuny le disait tout à l'heure, c'était avant la
03:14guerre.
03:14Donc, avant les craintes de résurgence de l'inflation et donc les craintes sur le pouvoir d'achat qui peuvent
03:20et qui vont certainement, dans les mois et trimestres à venir, générer un peu d'épargne de précaution.
03:25Je pense que l'épargne, on en viendra à la commenter.
03:28Mais il y a ce phénomène, finalement, de tassement de la demande intérieure, consommation et investissement.
03:34Est-ce qu'on a une explication là-dessus ?
03:36L'environnement général, il faut dire quand même que la croissance tenait bien pour un environnement qui n'était pas
03:42forcément le plus favorable.
03:43Donc, on est sur une correction. Je crois que c'est le premier point.
03:46Et puis, le deuxième...
03:47Mais sur la consommation, comment on peut l'expliquer ?
03:50Dans l'ensemble, encore une fois, l'incertitude par rapport à l'état des finances publiques, ça fait quand même
03:54deux ans qu'on a des difficultés.
03:55Oui, c'était quand même le gros débat aussi du début d'année, de la fin d'année dernière.
03:58Souvenez-vous, complètement, si on se repositionne sur cette période-là, la période des fêtes et le début de l
04:04'année,
04:04on était dans un moment où on n'arrive même pas à avoir un budget.
04:07Quand on arrive à avoir un budget, il est quand même largement en déficit.
04:10Est-ce que ça va pouvoir tenir longtemps, etc.
04:12Donc, l'environnement était finalement un peu anxiogène, mais pour d'autres raisons.
04:17Et là, se sont substituées de nouvelles raisons.
04:19Il faut être très attentif maintenant à la façon dont on pourra soutenir ces éléments de demande intérieure.
04:24Et justement, Patrice Geoffron, déjà que ce n'était pas brillant, est-ce que, comme le disait Emmanuel Cuny, le
04:28pire est à venir avec la guerre ?
04:30Alors, le pire, en tout cas, il n'y a absolument aucune raison, contrairement à ce qu'indiquait le ministre
04:35à l'instant,
04:36que le deuxième trimestre soit un trimestre de rebond.
04:40Parce que finalement, l'effet de transmission...
04:42Le deuxième trimestre, on rappelle, c'est de mars à juin, en fait.
04:45Voilà, qui nous conduira jusqu'à l'été.
04:46Donc, on verra à ce moment-là se traduire.
04:49Et dans l'inflation, et très probablement, et assez mécaniquement, dans la croissance,
04:52l'effet de l'augmentation du prix des carburants.
04:56Et puis, les effets dits de deuxième tour ultérieurement.
04:59Donc, il peut y avoir des effets d'entraînement sur l'inflation.
05:03Donc, ça, c'est le premier point.
05:04Un peu plus loin.
05:04L'effet de deuxième tour, pardonnez-moi.
05:05L'effet de deuxième tour, c'est que quand le prix du pétrole augmente,
05:10le prix des transports augmente,
05:11et donc le prix de la pomme qui nous est livrée dans un grand magasin augmente également.
05:16Et puis, parce que le film plastique autour, qui lui-même est constitué de pétrole, coûtera plus cher.
05:23Donc, l'ensemble de ces éléments, eh bien, voilà, on va en avoir les effets mécaniquement.
05:28Un peu plus loin dans l'année, on en parle peu à l'heure actuelle,
05:31mais ce sera un effet mécanique également.
05:33On va être conduit à payer plus cher le gaz.
05:35Alors, ça va être le cas d'ores et déjà.
05:36C'est déjà le cas, là, plus de 15% de l'huillère.
05:38Voilà, c'est déjà le cas.
05:38Mais il y a une période, si on regarde en tout cas les ménages,
05:41dans lesquels on utilise évidemment moins,
05:44il y a une cyclicité, une saisonnalité dans les usages du gaz.
05:47Ce n'est pas forcément le cas pour l'industrie.
05:49Il y a une partie de l'industrie qui utilise du gaz plutôt en continu sur l'année
05:53et donc qui va en ressentir les effets d'ores et déjà.
05:56Donc, tout ça, ça nous annonce.
05:57Sinon, une récession, techniquement, une récession, ça suppose d'avoir.
06:01Mais bon, c'est vraiment des affaires d'économistes
06:04et on est un peu dans l'épaisseur du trait.
06:07Donc, il faudrait avoir deux trimestres d'affilée dans le négatif.
06:12Ça n'est pas le cas puisque le trimestre actuel est à zéro.
06:16Mais de fait, on va aller dans une année qui, de toute évidence,
06:19sera très morose en termes de croissance.
06:21Si, on ne va pas faire du mar de café ce matin,
06:24mais on n'aura de toute façon pas la croissance espérée initialement.
06:30Oui, je ne vois pas comment ça pourrait.
06:31Rappelez-nous, le chiffre, c'était combien ?
06:33Zéro ?
06:33Qui a été ramené à zéro, neuf dans les perspectives de cette année.
06:38Et donc, comme on sera au mieux à zéro dans le deuxième trimestre,
06:41probablement, il faudrait qu'il y ait un rebond particulièrement dynamique.
06:44Enfin, toute la croissance entrevue ou espérée sur l'année
06:47devra se faire au deuxième semestre.
06:48Et on rappelle que, voilà, ça peut paraître être un chiffre,
06:51mais quand on parle de croissance,
06:52on parle vraiment de richesse produite pour le pays.
06:54Donc, ce n'est pas simplement un grand chiffre et un...
06:56Zéro, un point de PIB, comme on dit,
06:58comme notre produit intérieur brut équivaut à 3 000 milliards d'euros.
07:02Zéro, un point, ça fait 3 milliards.
07:04Donc, si on perd 0,3 point de croissance,
07:07on fait 3 fois 3, ça fait déjà entre 9 et 10 milliards.
07:09Vous allez continuer, Emmanuel, puisqu'on a commencé à l'évoquer.
07:12Il y a la question de l'inflation aussi qui revient.
07:14Et ça, ça nous concerne directement.
07:16Alors, le chiffre, regardons de près.
07:18Pour avril, on est remonté à 2,2% de la hausse de l'indice des prix.
07:23En février, on était à 0,9% et en mars, on était à 1,7%.
07:28Donc là, on repasse au-dessus de 2%.
07:30Je rappelle que 2%, c'est le niveau idéal d'inflation
07:33au sens de la Banque Centrale Européenne.
07:36Il ne faut pas aller beaucoup plus loin,
07:37parce qu'après, ça commence à poser des problèmes.
07:39Il ne faut pas descendre non plus en dessous,
07:40parce que ça pose aussi d'autres problèmes pour les entreprises.
07:43Donc, on dépasse pratiquement l'objectif.
07:47Le SMIC devrait être compensé, justement.
07:50Ça, c'est une promesse, entre guillemets,
07:51du ministre de l'Économie, Roland Lescure.
07:54Il l'a dit récemment.
07:55Normalement, si l'inflation de 2,2% se maintient sur avril,
07:59le SMIC augmentera automatiquement, normalement,
08:01de 2% à partir du mois de juin.
08:03On a commencé à parler de la récession.
08:05Quand il y a une croissance à tonne face à une inflation qui s'envole,
08:10on est en période de stagflation.
08:12Donc, est-ce qu'on est déjà dans cette période de stagflation
08:15ou est-ce qu'on va réellement vers la récession ?
08:16C'est toute la question.
08:17Et aussi, la question qu'on peut se poser, Natacha Valla,
08:19est-ce qu'on se retrouve potentiellement dans un scénario
08:23qui est celui de 2022, celui du début de la guerre en Ukraine ?
08:26On a l'impression que ça n'est pas le cas,
08:29mais est-ce qu'à terme, si cette guerre se poursuit,
08:32on ne risque pas d'arriver là ?
08:33En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'on a un choc extérieur,
08:36un choc exogène qui met une pression à la hausse
08:41sur le niveau des prix.
08:42Ça a été rappelé, on a une inflation qui, mois après mois, augmente.
08:46Et ça, pour les banques centrales, de façon très univoque et assez saine,
08:50une inflation qui monte au-delà de la cible de 2%,
08:54elle induit une nécessité de resserrement des conditions financières,
08:58d'augmentation des taux d'intérêt.
09:00Ça veut dire plus difficile d'acheter une maison,
09:02plus difficile d'acheter une voiture.
09:03Non, c'est un effet qui va avoir un impact très concret
09:06sur le quotidien des Français qui ont recours au crédit.
09:10Donc ça, c'est une situation qui n'est pas facile du tout
09:13pour les banques centrales, parce qu'effectivement,
09:15elles font face à une mauvaise croissance,
09:17mais à une dégradation des conditions d'inflation,
09:20donc des prix qui augmentent.
09:21Elle doit agir pour juguler cette augmentation des prix.
09:25Et on voit bien à quel point c'est important d'avoir des prix stables,
09:27parce que ça permet aux ménages d'avoir un peu de visibilité
09:31sur leur budget.
09:33Ça permet effectivement aux salaires de maintenir un pouvoir d'achat
09:37sans avoir des boucles prix-salaire.
09:39C'est des salaires qui augmentent trop rapidement,
09:42ce qui induit une inertie sur l'inflation pour le futur.
09:46Donc on a cette nécessité, malheureusement,
09:49de resserrer, de remonter ces taux d'intérêt
09:51pour stabiliser l'inflation,
09:53ayant pour effet aussi, malheureusement,
09:55de ralentir encore un peu l'inflation, la croissance.
09:58Comment peut-on répondre à cette situation ?
10:01C'est la question qu'on va se poser dans la deuxième partie
10:03des Informés de l'Éco.
10:04C'est juste après l'info.
10:05En une minute, il est 10h moins 10.
10:07Voici Théomé Thorejimbault.
10:08La militante iranienne des droits humains
10:11et prix Nobel de la peine, Arjes Mohamadi,
10:14hospitalisée en urgence après un problème de santé important
10:16en prison.
10:17Elle est détenue depuis le mois de décembre
10:20et condamnée à plusieurs peines de prison,
10:22notamment pour rassemblement en vue de commettre
10:24des crimes ou encore propagande.
10:26L'accès à l'avortement aux États-Unis
10:28est un peu plus restreint.
10:30Encore une cour d'appel fédérale suspend provisoirement
10:32l'acheminement par voie postale de la pilule
10:35utilisée dans la majorité des IVG.
10:38Plus d'un quart des avortements aux États-Unis
10:40sont prescrits par télémédecine.
10:42Depuis 2022, l'avortement n'est plus garanti
10:44au niveau fédéral dans le pays.
10:46Un Premier ministre délinquant dénonce Manon Aubry,
10:50eurodéputé LFI, invité de France Info,
10:52ce matin après l'appel de Sébastien Lecornu
10:55à un boulanger contrôlé hier 1er mai
10:57pour avoir ouvert son commerce
10:59alors que la loi ne l'autorise pas.
11:01Dernier week-end, des vacances pour la zone C,
11:04celle des Parisiens notamment.
11:05Et les routes d'Île-de-France sont oranges
11:07dans le sens des retours.
11:09La circulation sera un peu plus difficile demain
11:12dans le quart nord-ouest du pays.
11:17France Info
11:19Les informés de l'écho
11:22Emmanuel Cuny
11:23Adrien Beck
11:24Et toujours avec nos deux économistes
11:26Natacha Vallat, noix, doyenne de l'école
11:28de management et d'innovation de Sciences Po
11:30et Patrice Joffron, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie.
11:35Emmanuel Cuny, nous évoquons donc ces risques d'inflation
11:38qu'on commence à bien cerner,
11:39ce risque d'absence de croissance voire de récession
11:42que nous commençons aussi à bien entrevoir
11:44et chacun fait des propositions déjà sur la question des prix.
11:48Oui, on en a reparlé cette semaine largement.
11:51La surtaxe sur les super profits,
11:53notamment des pétroliers censés se refaire du gras
11:57sur la variation des prix du pétrole sur les marchés.
12:00Il y a également l'encadrement des prix des distributeurs,
12:03voire le blocage de ces prix.
12:05Alors il faut toujours faire attention à ce qu'on peut dire sur le papier.
12:09C'est facile politiquement d'agiter des grands principes économiques.
12:13On sait que les politiques ne sont pas forcément au top
12:15sur les grandes théories de l'économie.
12:18Donc il faut voir.
12:19Il faut voir.
12:20Et ce que nous montre surtout la crise actuelle,
12:23c'est qu'on ne peut pas forcément tout attendre de l'État.
12:25Donc est-ce que le blocage des prix peut jouer ?
12:28Est-ce que les super profits,
12:29ce n'est pas finalement un handicap pour les entreprises
12:30qui veulent investir, notamment face à la transition énergétique ?
12:33Il y a plein de questions en suspens.
12:34Patrice Joffron, je rappelle que vous êtes un des vrais experts de l'énergie.
12:39Parlons.
12:40Je vais essayer de vous poser la question simplement.
12:42Pour avoir une réponse simple,
12:43le blocage des prix, prôné notamment par la France insoumise,
12:46c'est réaliste ou pas ?
12:47Non.
12:48Merci, on enchaîne.
12:50Lorsqu'on est sur...
12:51Comment dire ?
12:52À l'heure actuelle et à la différence de 2022,
12:54on a une menace qui est une menace sur les prix,
12:57mais qui n'est pas une menace de pénurie,
12:59contrairement au débat qui a pu y avoir ces derniers jours.
13:01Donc, il y a un approvisionnement en gaz, en pétrole.
13:05Il y a la question du kérosène qu'on peut mettre à part,
13:07mais qui se fait dans des conditions
13:08qui ne sont pas extraordinairement tendues à l'heure actuelle.
13:11En revanche, on doit faire face à des prix qui sont des prix assez élevés.
13:14Si, dans ce contexte, on devait plafonner les prix,
13:18et encore une fois, dans un marché qui est extraordinairement instable,
13:21sur la manière dont Trump se réveille le matin, etc.,
13:24et ses déclarations de la nuit, le prix du baril...
13:25Ça peut faire plus 3, moins 3, moins 5, plus 5.
13:28Oui, oui, plus ou moins 10 % par jour, c'est de fait du jamais vu.
13:33Donc, si, dans ce contexte, on devait avoir la tentation de plafonner les prix,
13:40tout ça ne pourrait aboutir qu'à des problématiques in fine dans la distribution.
13:45Ça veut dire quoi ?
13:48Un énergéticien va dire, en fait, moi, mon pétrole, je l'envoie ailleurs ?
13:51Alors, pas forcément, je l'envoie ailleurs.
13:52Il y a une partie importante de la distribution,
13:56même majoritaire de la distribution de carburant en France,
13:58qui se fait via la grande distribution,
14:01qui a des marges extrêmement réduites,
14:02et donc qui pourrait avoir des difficultés, très concrètement, à s'approvisionner.
14:06Donc, je pense qu'il faut être très, très attentif à ce type de...
14:10Alors, par ailleurs, et Emmanuel l'a dit,
14:12il y a la question de ce qu'on peut appeler des surprofits.
14:15Enfin, économiquement, on appelle ça des profits qui tombent du ciel.
14:19Les wind for profit, eh bien...
14:21On n'a rien fait pour les obtenir, en quelque sorte.
14:23Voilà, mais c'est la manière dont fonctionne une économie dite de rente.
14:28C'est la problématique des marchés pétroliers.
14:30BP, la veille, avant Total Energy, avait annoncé le même type de surprofits.
14:35Enfin, de profits, en tout cas, bien plus élevés que ça n'avait été le cas auparavant.
14:39Bon, il me semble que dans ce cas, de la bonne politique,
14:41ça pourrait être, on va dire, d'échanger avec Total,
14:44de telle manière à voir comment Total pourrait investir,
14:47par exemple, au travers d'un fonds de dotation en France
14:49qui permettrait d'accélérer le leasing social sur les véhicules électriques.
14:54Une sorte de donnant-donnant, vous faites des profits, mais vous investissez...
14:57Oui, voilà, parce que ce qui est demandé à l'heure actuelle,
14:59en tout cas, ce à quoi qu'on sent Total,
15:01c'est-à-dire de plafonner le prix à la pompe dans ces stations,
15:05n'est pas vraiment satisfaisant.
15:07Pourquoi ? Parce que ça ne leur coûte pas grand-chose ?
15:09Alors, ça peut être très coûteux, puisque finalement,
15:12tout ça est subordonné au prix du baril qui, lui, n'est pas maîtrisé par quiconque.
15:16Mais surtout, ça met le bazar dans la distribution, vraiment,
15:19puisque vous pouvez avoir des différences de plusieurs dizaines de centimes.
15:22Et donc, vous avez des engorgements dans les stations de Total.
15:26Total s'est engagé à faire des restournes spécifiques
15:29dans les grands week-ends de mai que nous avons devant nous.
15:33Et tout ça, par ailleurs, introduit des mécanismes de distorsion de la concurrence.
15:37Et puis, par ailleurs, ne résout pas le problème.
15:39La résolution du problème, encore une fois, pour affronter les prochaines crises,
15:42elle est liée à notre capacité à aller, en termes de mobilité,
15:46vers plus d'électricité.
15:47Oui, il est là aussi le sujet de fond, Natacha Valla,
15:49parce qu'on peut en appeler à l'État protecteur,
15:52mais c'est presque plus à l'État stratège, là, qu'il faudra en appeler.
15:55Complètement. Et c'est là qu'il y a un alignement assez unique
15:58entre les impératifs de long terme,
16:00qui sont liés à la transition, effectivement,
16:02et la conjoncture à court terme,
16:05qui, par le signal des prix, assez librement exprimé,
16:09nous dit, voilà, il faut sortir de ces énergies fossiles.
16:13Donc ça, c'est une question qui devient une question
16:15de politique industrielle pour les entreprises,
16:19une question de pouvoir d'achat pour les ménages.
16:22Il faut savoir que vous avez évoqué la question
16:24de la... Est-ce qu'on a les moyens d'avoir des politiques
16:27qui nous permettraient de protéger le consommateur
16:30et de mitiger l'impact sur les prix à la pompe
16:33et sur les prix, comme le disait Patrice tout à l'heure,
16:35de façon un peu plus large ?
16:37On l'a fait de façon massive après le choc de 2022.
16:41Ça nous a coûté trop cher.
16:42L'avantage, quand même, c'est qu'on a eu une inflation plus basse
16:45que nos voisins.
16:46Et nous sommes devenus plus compétitifs,
16:49au sens des coûts,
16:50en termes d'économie française,
16:52par rapport notamment à nos voisins allemands.
16:55Mais ça aurait pu être possible, pardonnez-moi,
16:58en ciblant un peu mieux, peut-être ?
16:59Eh bien, très certainement, même avec certitude.
17:01Et je pense qu'avec certitude et des mécanismes
17:04qu'on aurait engagés déjà à l'époque,
17:06ça fait quatre ans.
17:07Il ne faut pas oublier qu'à partir du moment
17:08où on prend des décisions sur le long terme,
17:10le compteur commence à tourner
17:12et puis les années tournent vite.
17:14Et puis le long terme, c'est aussi la réindustrialisation,
17:16parce que ça, c'est un point important.
17:18On l'a vu notamment dans la transition énergétique.
17:21Le court terme, c'est bien pour aider les secteurs en difficulté,
17:23mais quand on écoute, réécoute,
17:25alors je ne sais pas si tout le monde aura la référence,
17:27il y avait un grand capitaine d'industrie
17:28qui s'appelait Serge Churuc,
17:31qui, il y a une vingtaine d'années,
17:33c'était le patron d'Alstom,
17:34et il disait, oh, la France,
17:35allez, on va externaliser toute l'industrie,
17:38on va garder une industrie de services.
17:40On voit le manque de stratégie,
17:42de vision industrielle totale.
17:43Et on en paye aujourd'hui les frais.
17:45En fait, c'est ça le problème.
17:46Complètement.
17:47Et avec le travail sur le mix énergétique
17:49où la France a un point de départ
17:51qui n'est pas forcément le plus difficile,
17:53justement, on a des atouts.
17:55Vous parlez du nucléaire.
17:56Oui, en grande partie,
17:57mais j'ai un expert beaucoup plus spécialiste ici.
18:01Précisez en un tout petit mot, Patrice Joffron,
18:02de quoi on parle.
18:03Oui, le Premier ministre l'a dit,
18:06il faut aller plus rapidement vers l'électrification
18:09d'un certain nombre de nos usages,
18:10donc c'est la mobilité, les pompes à chaleur.
18:12Dans l'industrie également,
18:13on a un enjeu absolument extraordinaire dans ce domaine.
18:17Alors toute la difficulté,
18:18c'est d'impulser cette dynamique
18:20ou de l'accélérer avec un état désargenté,
18:23désargenté notamment parce que les mesures transversales
18:25qui ont consisté à protéger très, très largement en 2022
18:30ont coûté à peu près 70 milliards.
18:32Et donc, évidemment,
18:34il faut procéder désormais avec discernement.
18:36Comme on n'a plus d'argent,
18:37on est dans l'obligation de le faire.
18:38Alors après, évidemment...
18:40Cibler sérieusement.
18:41Cibler sérieusement.
18:41Et notamment, il y a une urgence vers les professions
18:44les plus directement impactées.
18:47Dès lors que je suis devant un micro,
18:48je parle notamment des soignantes et des soignants.
18:51Merci beaucoup Patrice Geoffron.
18:54Vous êtes membre du Cercle des économistes
18:57et vous êtes également directeur du Centre des géopolitiques de l'énergie,
19:01ainsi que Natacha Vallat, économiste également,
19:03et doyenne de l'École de Management et d'Innovation de Sciences Po.
19:06Je remercie également Emmanuel Cuny.
19:08Merci à vous.
19:09Emmanuel, restez avec nous sur France Info.
19:11Bon week-end.
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