00:00La langue est vivante, la langue évolue, la langue est belle, et dans notre langue il y a des anglicismes.
00:04Donc quand ils viennent, ils sont là, mais quand on peut essayer de trouver d'autres mots, j'essaie de
00:08le faire.
00:15C'est un peu les deux, parce qu'autant il y a des messages qui sont très bienveillants,
00:19même s'ils nous reprochent des choses, on a beaucoup de messages par exemple sur des erreurs de français qu
00:24'on peut faire,
00:24ou sur des erreurs tout bêtement qu'on a dites pendant l'interview,
00:27et quand c'est formulé avec bienveillance et avec gentillesse,
00:30je remercie grandement les auditeurs de nous signaler ces erreurs pour qu'on puisse les corriger,
00:35et je le prends vraiment très bien et au contraire.
00:37Par contre on a aussi quand même quelques messages qui sont plus durs,
00:41avec des messages parfois insultants ou que je trouve injustes,
00:45et tout est une histoire de ton en fait.
00:48Quand c'est bien dit, on est ravis d'apprendre,
00:51quand c'est plus véhément voire insultant, c'est des messages qui peuvent un peu peser tout le long de
00:55la journée.
00:59Oui, il faut défendre la langue française,
01:00on est dans une radio de service public, pour moi c'est quand même très important,
01:04après il faut rappeler que quand on fait du direct, qui est mon cas,
01:08c'est difficile, on ne parle pas comme dans des dictionnaires,
01:10on ne parle pas comme dans des livres,
01:11on est aussi là pour parler la langue que les gens parlent,
01:14on parle avec des êtres humains,
01:15et donc tout ça fait que parfois on l'utilise mal cette langue française,
01:20à mon grand désarroi, j'aimerais la parler mieux,
01:23mais parfois des formules nous échappent,
01:25mais j'y tiens, en tout cas j'essaie de faire attention,
01:28et justement ces messages d'auditeurs qui précisent en disant
01:31non ce verbe là il est intransitif, vous l'avez mal utilisé,
01:33j'essaie de le retenir pour moins faire l'erreur la prochaine fois.
01:39J'essaie de rien m'interdire parce que ce que j'ai appris pendant les quelques années de direct
01:44que j'ai pu faire ici à France Culture, la grande leçon c'est d'être au présent,
01:48je crois qu'une bonne interview et une bonne façon de communiquer
01:51pour que l'auditeur reste avec nous et soit attentif à ce qui est en train de se passer,
01:55c'est d'être parfaitement au présent,
01:56et pour ça il faut préparer bien sûr, mais pas trop,
02:00et si on s'interdit des choses, si on se met des barrières,
02:02on perd cette notion de spontanéité du direct qui m'est chère et précieuse,
02:07donc je dirais que je ne m'interdis rien.
02:12J'ai un titre de langage, je l'ai appris grâce aux auditeurs aussi,
02:15apparemment et souvent dans les parties plus critiques,
02:17je suis aussi critique sur cette chaîne,
02:18je dis l'adverbe assez, mais je me rends compte en me réécoutant
02:23que ce sont des bétilles en fait, comme on a envie de dire plein de choses
02:26et qu'on a un temps très court, il faut formuler,
02:29il faut articuler sa pensée le plus vite possible
02:31et que ces adverbes sont là pour nous faire gagner quelques secondes dans le raisonnement,
02:34et donc je comprends que ce soit pénible,
02:36parce que quand je m'enthousiasme par exemple,
02:38quand je dis qu'un spectacle est formidable,
02:40je vais dire, c'est quand même assez formidable,
02:42ce qui ne veut rien dire, je le conçois,
02:44mais c'est cet adverbe qui revient et que j'essaie maintenant d'éliminer.
02:50C'est le mot épiphanie, d'abord parce que je le trouve joli à dire,
02:54je ne savais pas tout à fait ce qu'il voulait dire quand j'étais enfant,
02:56mais j'aimais bien le dire,
02:57et puis plus j'ai appris sa signification, plus je le trouve beau,
02:59l'étymologie d'épiphanie c'est la manifestation, l'apparition,
03:03et quand ça arrive dans un direct,
03:05quand on est en face de quelqu'un, d'un invité, d'une interview,
03:08et que l'épiphanie advient,
03:10je trouve que c'est les plus beaux moments de radio,
03:12que ce soit pour ceux qui la font,
03:14ou les auditeurs, c'est-à-dire que quelque chose advient,
03:17et ce quelque chose c'est souvent de la joie,
03:19de la lumière, de l'émotion,
03:20donc épiphanie c'est un mot très important pour moi,
03:23que j'essaie d'employer dès que possible,
03:26dès que ça se justifie.
03:30Quand un équivalent français existe,
03:32j'aime beaucoup le chercher,
03:33par exemple, divulgacher,
03:35c'est un mot que j'aime beaucoup,
03:36qu'on essaie d'employer pour dire
03:38qu'on ne veut pas divulgacher la fin de l'histoire,
03:40par exemple, ou la fin du spectacle,
03:41c'est un mot qui nous vient du Québec,
03:43on comprend tout à fait ce que ça veut dire,
03:44et ça évite de dire spoiler, par exemple.
03:47C'est pas non plus une règle absolue,
03:49la langue est vivante, la langue évolue,
03:51la langue est belle,
03:51et dans notre langue il y a des anglicismes,
03:53donc quand ils viennent, ils sont là,
03:55mais quand on peut essayer de trouver d'autres mots,
03:57j'essaie de le faire.
04:00Ça évoque tout ce que l'image ne peut pas,
04:03et pour moi c'est quand même quelque chose de très important,
04:04on vit dans un monde où l'image est première,
04:06mais pour moi le son, l'écoute,
04:09est beaucoup plus porteuse d'émotions,
04:12de sensations et de pensées que l'image.
04:15J'ai l'impression qu'en écoutant quelqu'un,
04:18et justement quand on n'a pas l'image,
04:19en l'écoutant, on entend mieux,
04:21l'information arrive mieux,
04:23en tout cas moi,
04:23elle ne me parvient plus directement dans mon cerveau.
04:25Donc je trouve que la radio est supérieure à l'image
04:28en termes de pensée,
04:29et évidemment d'émotion,
04:30quand il y a une voix qui se brise,
04:32on se sent très bien quand l'invité est en train de dire
04:34quelque chose d'important pour lui,
04:36et les silences à la radio,
04:37c'est peut-être ce qu'il y a de plus beau,
04:38avec cette émotion et cette vibration dans la voix.
04:42Donc oui, c'est ça que ça évoque.
04:46Je crois que le premier nom qui m'est venu en tête,
04:48c'est Masha Béranger,
04:49alors même que je ne l'écoutais pas
04:50quand elle était à l'antenne,
04:51pour ce qu'elle représente,
04:53pour ce que j'ai compris d'elle après,
04:55pour sa voix en fait,
04:56pour les trois tonnes de cigarettes
04:58qu'elle trimballait,
04:59et ses nuits blanches,
05:00et puis surtout pour la nuit,
05:01parce que vous me demandiez
05:03ce qu'évoquait la radio pour moi,
05:04je crois qu'il y a aussi un rapport
05:05à la nuit très important,
05:07à ces temps où on est seul,
05:09et où parfois une seule voix vous accompagne,
05:12et c'est celle de la radio,
05:13et pour moi, Masha, c'est ce qu'elle représentait,
05:15donc c'est elle que je citerais,
05:17mais à vrai dire,
05:17je n'ai pas de fétichisme sur les noms,
05:20mais plutôt sur la radio,
05:22en tant qu'instrument de voyage
05:25et de possibilité d'aller voir ailleurs.