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  • il y a 15 heures
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Marie Dupin, journaliste à la Cellule Investigation de Radio France nous parle de son rapport à la langue.

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Transcription
00:00Les mots ont un sens, et si on va dévoyer le sens des mots,
00:05on risque aussi de dévoyer le sens de l'information.
00:15Moi, je travaille à la cellule d'investigation de Radio France,
00:18donc c'est une cellule qui fait des enquêtes,
00:20et pour nous, les messages des auditeurs, ils sont extrêmement importants,
00:23puisque à la cellule d'investigation, on a une plateforme cryptée, sécurisée,
00:27donc les auditeurs peuvent nous écrire sur cette plateforme cryptée, sécurisée,
00:32qui permet de garantir leur anonymat.
00:34Pour nous, c'est extrêmement important, on fait vraiment une veille chaque jour
00:37de ces messages d'auditeurs, qui sont pour nous des pistes d'enquête,
00:40puisque les auditeurs vont nous amener des idées d'enquête,
00:43et beaucoup de nos enquêtes partent de nos auditeurs qui nous contactent
00:48et qui nous proposent des idées de sujets, parce que ce sont des lanceurs d'alerte,
00:52ils ont eu vent d'informations qu'ils nous transmettent,
00:56et ensuite, on va enquêter sur cette information.
00:59Donc oui, pour nous, c'est une source d'inspiration,
01:02et c'est très important.
01:07Oui, je dirais que c'est un impératif sur une antenne publique,
01:12même pour tout journaliste, puisque la précision des mots,
01:15la rigueur des mots, en fait, ça va aussi avec la précision des informations
01:20qu'on va donner, et c'est extrêmement important d'être précis
01:24quand on donne une information, les mots ont un sens,
01:27et si on va dévoyer le sens des mots, on risque aussi de dévoyer le sens de l'information,
01:34et ça peut avoir des conséquences graves,
01:36tout simplement parce que, ne serait-ce que quand on fait une enquête ou un reportage,
01:40il y a des risques de diffamation,
01:42donc on doit faire très attention à ce qu'on dit,
01:45et à ce que le message qu'on fait passer,
01:48que l'information qu'on donne soit la plus précise possible.
01:51Bien évidemment, ça va avec la précision des mots qu'on va employer pour donner cette information.
01:59Alors, je n'ai pas de formule ou de mot interdit,
02:02par contre, je m'interdis d'employer le conditionnel.
02:05Jamais vous ne m'entendrez dire « j'aurais » ou « il aurait »
02:10ou « telle personne aurait fait telle chose ».
02:13Quand je donne une information, je suis absolument sûre de ce que je dis,
02:17c'est une information fiable, vérifiée,
02:20et je considère que nos auditeurs n'ont pas à se poser des questions,
02:26que nous sommes là pour leur apporter une information vérifiée,
02:29et donc pas de conditionnel interdit chez moi et chez nous d'ailleurs.
02:34France Info s'interdit le conditionnel.
02:36C'est le mot éphémère.
02:41J'aime beaucoup la sonorité, j'aime beaucoup la musicalité de ce mot.
02:45Ce mot a beaucoup de sens pour moi,
02:47puisque je vis avec cette conscience que tout est éphémère et que tout passe,
02:51même les plus grands chagrins.
02:53Et quelque part, c'est peut-être pas un hasard si j'ai choisi de faire de la radio,
02:57puisque la radio, c'est quand même le média par excellence de l'éphémère.
03:04E-mail, OK, burn-out,
03:08il y a quelques mots comme ça qui vont venir plus facilement en anglais.
03:14Je ne vais jamais dire courriel dans la vie, je vais toujours parler d'email.
03:16Donc à la radio, je parlerai aussi d'email,
03:19puisque je parle à la radio comme je parle dans la vie.
03:25Il y a une citation de Roosevelt.
03:27Roosevelt dit que la radio, c'est le monde qui entre dans votre maison sans frapper.
03:33Je trouve que c'est vraiment ça.
03:35Quand on allume la radio, c'est le monde entier qui est dans notre maison.
03:39Ça, c'est en tant qu'auditrice.
03:40En tant que professionnelle de la radio, la radio, ça m'évoque la souplesse.
03:44C'est un média très léger.
03:47Ça va peut-être avec son côté éphémère, d'ailleurs.
03:50C'est beaucoup plus facile d'obtenir des témoignages avec un micro que quand il y a une caméra.
03:57Et puis, on peut travailler tout seul.
03:58On est très indépendant.
03:59On a un petit micro dans notre sac à dos.
04:01Pour moi, la radio, c'est la souplesse.
04:07Je m'attache beaucoup, au fond, à la façon dont les choses sont dites, écrites.
04:12Il y a des professionnels de la radio pour lesquels j'ai de l'admiration et de l'amitié.
04:16Je pense à Frédéric Carbone, qui était mon tout premier rédacteur en chef à Radio France,
04:20qui, pour moi, est un grand professionnel de la radio.
04:23J'aime beaucoup écouter le journal de 8 heures de France Inter d'Hélène Filly,
04:28qui a une capacité à vraiment faire entrer le monde dans nos maisons, dans sa façon d'écrire.
04:34Et puis, après, il y a tout un tas d'émissions de chroniqueurs de France Inter,
04:39notamment, que j'aime beaucoup, comme Charles Pépin,
04:41qui parle de philosophie, de la vie, des choses éphémères.

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