00:00Benjamin Duhamel, vous recevez le député socialiste de Corrèze et ancien président de la République.
00:07Bonjour François Hollande.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter pour votre première prise de parole après ce premier tour
00:12des municipales.
00:13On va bien sûr rentrer dans le détail de quelques villes symboliques dans un instant.
00:16Mais d'abord, vous avez pendant toute cette campagne eu des mots très durs contre la France insoumise et Jean
00:20-Luc Mélenchon.
00:21Sauf qu'Alefi apparaît ce matin comme un des gagnants de ce premier tour.
00:24Victoire à Saint-Denis, surperformance à Toulouse, à Lille, à Paris, à Limoges, à Roubaix.
00:30Est-ce que vous avez manqué de lucidité sur les attentes des électeurs de gauche ?
00:34Alors si on regarde les résultats, les surprises viennent de Paris, Lyon, Marseille.
00:40Là où il n'était pas attendu que la gauche, Or et les filles, arrivent largement en tête.
00:46À Paris, 12 points de plus que Madame Rachida Dati.
00:50À Lyon, il n'était pas attendu que le candidat écologiste soutenu par le Parti Socialiste soit en tête par
00:57rapport à M. Hollasse.
00:58Et à Marseille, dans une ville qui était revendiquée par le Rassemblement Social.
01:02Il était attendu que les deux candidats, Benoît Payan et Franck Alizeau, soient au coude à coude.
01:07Et avec une France insoumise qui, dans les trois villes, a fait à peine 10% suffisamment pour se maintenir.
01:13Alors, si vous voulez me faire dire que là où les filles étaient déjà forts, dans certains quartiers populaires,
01:21ou dans certaines villes, avec des députés déjà bien implantés, oui c'est vrai.
01:26Oui, dans certaines villes, vous en avez cité quelques-unes, Saint-Denis en particulier, mais on peut dire Lille, on
01:31peut dire aussi Toulouse.
01:33Oui, Toulouse où le candidat insoumis se retrouve devant le candidat socialiste.
01:36Mais aucune de ces villes ne sera potentiellement gagnée par la France insoumise,
01:43sauf bien sûr ce qui a déjà été gagné, c'est-à-dire Saint-Denis et potentiellement Roubaix.
01:48Et je dirais la même chose du Rassemblement National.
01:50Le Rassemblement National confirme son implantation, elle est incontestable,
01:54il conforte les maires qui sont sortants, mais ne va peut-être gagner aucune ville importante.
01:59Donc ça veut dire quoi ?
02:00Ça veut dire que je ne sous-estime pas la poussée de la radicalité, elle existe,
02:04même si elle est sans doute moins apparente, puisque le scrutin est essentiellement dans les grandes villes
02:10et pas dans les petites communes, là où il y a une dépolitisation.
02:15Simplement François Hollande, sur la France insoumise, on a beaucoup entendu dans cette campagne,
02:19une campagne qui tournait autour des polémiques liées aux propos de Jean-Luc Mélenchon,
02:23liées à ce soupçon d'antisémitisme.
02:25Comment est-ce que vous comprenez cette dynamique-là ?
02:27Ça veut dire que les électeurs en ont fait fi, que Jean-Luc Mélenchon,
02:31que la stratégie, ce qu'on a appelé le bruit et la fureur, en fait ça fonctionne ?
02:34Mais la France insoumise a un électorat qui représente 12 à 14% dans ce scrutin-là,
02:42c'est-à-dire moins qu'à l'élection présidentielle.
02:45Il ne faut jamais oublier que Jean-Luc Mélenchon a fait plus de 20%.
02:48Mais finalement, le résultat de ces élections, et on le constatera au deuxième tour,
02:53en fonction du nombre de villes gagnées par les uns ou gagnées par les autres,
02:56eh bien on verra que le LFI, même s'il peut connaître une certaine poussée,
03:00n'est pas en capacité de gagner, alors que le Parti Socialiste, les écologistes, la gauche,
03:06eh bien quand on fera le compte, et on fera aussi ce compte-là avec la droite républicaine,
03:10on verra que c'est le Parti Socialiste et les écologistes qui ont gagné le plus de villes.
03:14Et un scrutin, ça se vérifie avec un indicateur, combien de villes vous avez gagnées,
03:18combien de villes vous avez perdues, et qu'est-ce qui se passe à la fin.
03:20Et avant ce second tour, François Hollande se posera la question des alliances.
03:24Du côté de la France insoumise, on appelle à la constitution d'un front antifasciste,
03:27c'est l'expression utilisée.
03:28Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, lui dit ne pas vouloir d'alliance à l'échelle nationale.
03:33Qu'est-ce que vous dites ce matin, François Hollande ?
03:36Est-ce que sous aucun prétexte il ne faut d'alliance entre le PS et les insoumises ?
03:40C'est ce que vous disiez avant ce premier tour.
03:42Ou est-ce qu'il peut y avoir des exceptions locales, fonction du contexte et des circonstances ?
03:48D'abord dans les grandes villes, je les ai citées, là où les socialistes sont arrivés en tête avec les
03:53écologistes.
03:55Aussi bien M. Payan que M. Grégoire, que c'est un écologiste, M. Doucet,
04:02ont clairement dit qu'ils ne voulaient pas d'alliance avec la France insoumise.
04:06Pas Grégory Doucet qui a ouvert la porte à une fusion avec la candidature insoumise.
04:10Donc je ne vais pas là-dessus l'engager.
04:12Mais autrement dans la plupart des villes, à Montpellier, à Strasbourg, à Lille, à Rennes,
04:18la quasi-totalité, je n'en connais pas, disent quand ils sont en tête qu'ils voudraient que la France
04:24insoumise se désiste.
04:25Elle ne le fait pas, elle se maintient partout.
04:28La France insoumise se maintient partout, tout en prétextant qu'il y a un front antifasciste à faire.
04:33C'est quand même assez paradoxal de dire le fascisme serait à nos portes, mais nous on se maintient partout.
04:38Alors là où la France insoumise est arrivée en tête, je comprends que ce soit difficile pour les socialistes,
04:43pour les candidats qui ont fait ce qu'ils pouvaient pour arriver en premier,
04:47qui n'y sont pas parvenus, je pense notamment à Toulouse et à Limoges.
04:50Et dans ce cas-là, qu'est-ce qu'il faut faire ? Est-ce qu'il faut que les
04:52socialistes se désistent ?
04:54Le principe, c'est plutôt la clarté, compte tenu de ce qu'ont été les positions.
04:58Je ne parle pas des militants de la France insoumise ou des électeurs de la France insoumise,
05:02mais des dirigeants et en particulier le premier d'entre eux, je pense.
05:05Moi, je ne veux pas leur donner de consigne, ce n'est pas mon rôle, mais l'avis que je
05:08peux formuler,
05:10c'est dire là où nous ne sommes pas en capacité de l'emporter, là où la France insoumise est
05:15en tête,
05:15la meilleure des solutions, c'est soit le retrait, soit le maintien.
05:18Donc, retrait ou maintien, par exemple dans les villes où les socialistes sont derrière les insoumis,
05:22on pense à Toulouse ou à Limoges, je n'ai toujours pas bien compris dans les villes
05:26où, pour gagner, les socialistes doivent faire alliance à la France insoumise.
05:29Vous avez par exemple Nantes avec Johanna Roland, vous avez aussi la situation à Brest de François Cuyandre.
05:35Là, pour le coup, quand on regarde les résultats, s'il n'y a pas d'alliance avec la France
05:38insoumise,
05:38ça veut vraisemblablement dire des villes perdues.
05:41Non, quand on regarde les résultats au premier tour, c'est ça.
05:43Parce que les dynamiques électorales se construisent entre les deux tours.
05:46Et la clarté, c'est une dynamique.
05:48Je ne sais pas ce que ce sera la proposition.
05:50La clarté veut dire quoi ?
05:51La clarté, ça veut dire qu'on ne fait pas d'alliance et on mobilise tous les électeurs qui veulent
05:55faire gagner la gauche.
05:56Et on dit aux électeurs qui ont voté insoumis au premier tour, avec des niveaux qui ne sont d'ailleurs
06:01pas très élevés,
06:02écoutez, venez préserver la conduite d'une politique à gauche, à Brest, à Rennes, à Nantes,
06:09et dans la plupart des villes où le bilan porte plutôt à conséquence.
06:13Est-ce que vous considérez qu'Olivier Faure, quand il dit pas d'alliance à l'échelle nationale, est suffisamment
06:17clair ?
06:18Vous avez été vous-même premier secrétaire du Parti Socialiste, c'est au patron du PS de donner une ligne.
06:21Est-ce qu'il est suffisamment clair, Olivier Faure ?
06:22C'est déjà bien qu'il ait pu dire qu'il ne fallait pas d'accord.
06:26Maintenant, il faudra qu'il puisse utiliser toute son autorité, si elle existe,
06:31pour faire en sorte que la position que je viens de définir soit suivie.
06:36Vous parliez du Rassemblement National François Hollande, il y a effectivement une perspective de victoire à Marseille,
06:42puisqu'on voit bien que c'est extrêmement serré entre Benoît Payan-le-Mer-Sortant et Franck Alizio.
06:46Là, vous avez un candidat à LFI, dans le cas d'Espèce Sébastien Delogu,
06:50qui appelle à une alliance pour battre le Rassemblement National.
06:53Est-ce que là, le principe de responsabilité, quand on est candidat de gauche,
06:57n'est pas de tout faire et de tendre la main pour éviter que la deuxième ville de France passe
07:00au Rassemblement National ?
07:01Le principe de responsabilité, comme vous dites, il est du côté de M. Delogu et de la France Insoumise.
07:07On parle d'un front antifasciste.
07:09Là, en l'occurrence, à Marseille, c'est quand même l'extrême droite.
07:11Ce n'est pas comme à Paris, ce n'est pas comme à Lyon.
07:13Là, c'est l'extrême droite.
07:15Donc, la responsabilité d'une formation politique qui veut lutter contre, soi-disant, le fascisme,
07:21c'est de se retirer, purement et simplement.
07:23Et M. Payan a eu la bonne position en disant, il ne fera pas d'alliance, qu'il se retire.
07:27En fait, François Hollande, pour tenter de résumer, de ramasser ces résultats et la discussion qu'on a là,
07:32quand on regarde les dynamiques à l'œuvre du côté de la France Insoumise, du côté aussi du Rassemblement National,
07:37on se dit ce matin que ceux qui peuvent se frotter les mains en vue de l'élection présidentielle
07:40s'appellent respectivement Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon.
07:43Est-ce qu'on a fait hier soir un pas de plus vers ce second tour-là ?
07:47Et je dis ça à quelqu'un qui pourrait avoir vocation à incarner la gauche réformiste qui, semble-t-il,
07:53a du mal à trouver un espace ?
07:54Non, je trouve que ce scrutin-là, même s'il faut le regarder dans tous ses détails,
08:00il est intéressant parce qu'il montre qu'il y a un plafonnement de l'extrême droite et de la
08:05France Insoumise.
08:06La preuve, combien de villes vont être gagnées par l'extrême droite et par la France Insoumise ?
08:12Très peu. Et encore bien moins que ceux qui, notamment au Front National, au Rassemblement National,
08:19avaient imaginé l'emporter, je pense, notamment au Pas-de-Calais, Lens, qui était une ville emblématique.
08:25Et donc, qu'est-ce que ça veut dire ?
08:27Ça veut dire qu'au moment de choisir son maire et demain, au moment de choisir son président,
08:32les Français, ils ont un moment de réflexion et plutôt un bon réflexe.
08:37Merci beaucoup François Hollande qui appelle donc ce matin sur France Inter
08:40à ce qu'il n'y ait pas d'alliance entre le Parti Socialiste et la France Insoumise.
08:43Merci Benjamin Duhamel, on se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien.
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