00:00France Inter, la grande matinale.
00:047h48, Benjamin Duhamel, votre invité, le premier secrétaire du Parti Socialiste.
00:09Bonjour Olivier Faure.
00:10Bonjour Benjamin Duhamel.
00:12Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, alors que dans quelques heures,
00:15François Bayrou remettra formellement sa démission au Président de la République.
00:18Un nouveau Premier ministre doit être nommé dans les tout prochains jours, voilà ce que dit l'Elysée.
00:22Et vous avez demandé à Emmanuel Macron de choisir pour Matignon quelqu'un venant de la gauche,
00:27fort de vos 66 députés, le tout en voulant détricoter le bilan du macronisme.
00:32Vous croyez au miracle Olivier Faure ?
00:34Je crois à la lucidité, je crois à un pays divisé, je vois un pays exaspéré,
00:42et donc je pense qu'il est temps de cohabiter.
00:44On va rentrer dans le détail de ce qui pourrait advenir.
00:46Vous avez été contacté hier soir, vous disiez non, est-ce que dans la nuit,
00:50Emmanuel Macron a essayé de vous joindre, un message, un appel ?
00:53Oui, dans la nuit, je dormais sur mes deux oreilles, et donc je n'ai pas entendu le réveil,
00:57enfin le réveil, le téléphone sonner, et donc non.
00:59Donc, pas d'appel du Président de la République, vous parliez il y a quelques instants Olivier Faure de lucidité.
01:04Il y a quand même quelque chose de paradoxal.
01:05Depuis la dissolution, vous reprochez au Président de ne pas avoir tenu compte du résultat des élections,
01:09d'être dans une logique d'hégémonie, et là vous dites,
01:12on veut gouverner, on veut gouverner seul, sans aucun macroniste.
01:15Mais au fond Olivier Faure, vous subirez, si d'aventure Emmanuel Macron vous nommait,
01:19exactement le même sort que Michel Barnier et François Bayrou.
01:21La différence entre Michel Barnier, François Bayrou, et ce que nous pourrions faire,
01:26la gauche et les écologistes, c'est que nous respecterions le Parlement.
01:30Et donc, l'idée n'est pas de se proclamer majoritaire, nous ne le sommes pas, personne ne l'est.
01:35Et aucune coalition aujourd'hui ne peut dire, j'arrive au pouvoir parce que je suis majoritaire absolu.
01:41Et donc, il faut prendre acte de cette minorité, et faire tourner le Parlement,
01:45de manière à respecter les équilibres qui ont été, d'une certaine façon, décidés par les Français il y a un an.
01:50Et donc, un gouvernement qui propose, et ensuite un Parlement qui dispose.
01:55Députés, avec les écologistes et les communistes, on arrive à peu près à 120 députés.
02:00Au nom de quoi vous iriez à Matignon ?
02:02Mais au nom de quoi ? Au nom de simplement de ce que les Français ont pu dire,
02:06scrutin après scrutin, et leur volonté aujourd'hui de voir les choses changer.
02:10Et moi, ce que je crois, c'est que nous avons besoin aujourd'hui
02:13de sortir de cette séquence infernale dépressive dans laquelle nous sommes entrés.
02:17Et donc, qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ?
02:19Qu'on reprend la formule du guépard, de Visconti, en fait...
02:24Il faut que tu changes pour que rien ne change.
02:26Exactement.
02:26Eh bien, moi je pense que, justement, ce que veulent les Français,
02:29ce n'est pas qu'on leur repasse les mêmes plats en permanence, en changeant uniquement la salade.
02:33Vous avez entendu Jean-Luc Mélenchon, non seulement il refuse ce qu'il appelle votre tambouille,
02:37mais il considère que, si vous arriviez à Matignon, vous seriez obligé de vous entendre avec les macronistes.
02:42Mais Jean-Luc Mélenchon dira ce qu'il voudra.
02:44Moi, je me souviens très bien qu'il y a un an, y compris son propre groupe, celui de la FI,
02:50avait accepté l'idée du compromis parce qu'il n'est pas possible de faire autrement
02:54et que nous avons une obligation de chercher des accords au fur et à mesure sur nos bases,
03:01mais qui permettent d'avancer parce que ce pays ne peut pas rester immobilier.
03:04Donc, Olivier Faure, chercher des accords, ça veut dire que Jean-Luc Mélenchon n'a pas tort.
03:07Si vous arriviez à Matignon, vous seriez obligé de négocier avec les macronistes
03:12pour faire en sorte, non seulement de ne pas être censuré,
03:15mais aussi que votre budget, vos textes de loi puissent passer.
03:17Mais c'est exactement ce que disait Jean-Luc Mélenchon il y a un an.
03:20Pas tout à fait.
03:21Si.
03:21Non.
03:22Non, il a tout dit.
03:23Enfin, c'est vrai, vous avez raison, il a beaucoup dit des choses très différentes.
03:25Mais enfin, moi, je me souviens que Lucie Casté, au mois d'août,
03:28écrit avec l'ensemble des présidents de groupe du NFP
03:32et dit, en fait, nous n'avons pas de majorité,
03:35nous devrons chercher des compromis texte par texte.
03:38C'est très exactement ce que je dis aujourd'hui.
03:39Il faut trouver des compromis texte par texte.
03:42Et je mets au défi, Jean-Luc Mélenchon, demain,
03:44de s'opposer à la taxe Zuckman,
03:46de s'opposer à la suppression de la réforme des retraites,
03:47de s'opposer à un gouvernement qui voudrait rendre le pouvoir d'achat aux Françaises et aux Français.
03:51Olivier Faure, là, la base de discussion, c'est votre contre-budget,
03:55celui que vous avez présenté, un effort de 22 milliards contre 44 pour François Bayrou.
03:58Là encore, une question très précise.
04:00Est-ce que vous pouvez me citer une économie budgétaire
04:03que vous proposez au Parti Socialiste,
04:05qui ne soit pas ni la suppression d'un crédit d'impôt,
04:08ni le rabotage d'une niche fiscale ?
04:11Une économie ?
04:12Je vais le faire, mais enfin,
04:14pourquoi devrait-on renoncer à ce que vous venez de dire ?
04:17Pourquoi est-ce qu'on devrait considérer encore aujourd'hui
04:19que sur 91 milliards d'exonérations de cotisations sociales patronales,
04:24on ne peut pas en prendre 2,9 ?
04:26On est loin de la prise du palais d'hiver par les bolcheviques.
04:29C'est pas ma question, Olivier Faure.
04:30Mais si, moi c'est ma réponse.
04:31Vous voulez pour vous dire...
04:32Oui, bien sûr.
04:33Il y a des économies à faire, et vous le reconnaissez.
04:35Est-ce que vous pouvez me donner un exemple d'une économie à faire
04:37qui ne serait pas la suppression d'une niche fiscale
04:41ou un crédit d'impôt qui disparaîtrait ?
04:44Je vous en donne plusieurs.
04:45Un premier qui est, par exemple, sur le fonctionnement de l'État.
04:47On a prévu de reprendre 5,4 milliards.
04:49Et qui viennent d'où, les 5,4 milliards ?
04:51Mais tout simplement, en fait, dans la régulation,
04:53par exemple, les politiques d'achat de l'État,
04:56par exemple, sur la régulation du fonctionnement des agences de l'État.
05:01Je pense aussi aux politiques de prévention.
05:01Les agences, le Sénat dit maximum 540 millions d'euros qu'on peut économiser.
05:05Je ne sais pas comment vous arrivez à 5 milliards.
05:07Je ne parle pas que des agences.
05:08Je parle de la politique d'achat de l'État qui, aujourd'hui, peut être centralisée.
05:13Il y a pas un nombre de choses que l'on peut réaliser.
05:15Et donc, nous avons chiffré à 5 milliards la possibilité de revenir sur le train de vie de l'État de manière générale.
05:21Donc, ce voilà un premier exemple.
05:22Mais il y a aussi des politiques de prévention.
05:24Comment est-ce qu'on fait pour aujourd'hui que...
05:26Sur la balle bouffe.
05:27Comment est-ce qu'on fait pour qu'on ait des politiques de prévention
05:30qui permettent de réaliser des économies de long terme ?
05:32Je pourrais vous donner un autre exemple.
05:33Quand c'est des hausses d'impôts, c'est clair.
05:35Mais quand c'est des baisses de dépenses, c'est beaucoup plus flou.
05:36Mais je vous donne un autre exemple.
05:37Non, non, pas flou du tout.
05:38Je vous donne un autre exemple.
05:40Non, parce que les vraies économies, ce sont celles de long terme.
05:43Je vous donne une économie de long terme qui est indispensable.
05:46Vous avez aujourd'hui des Françaises et des Français qui sont mal logés.
05:50Qui vivent dans des passeurs thermiques qui sont trop chaudes l'été, trop froides l'hiver.
05:54Ça a des conséquences sur leur santé.
05:56Le coût a été évalué, c'est 500 millions par an.
05:58Le coût de ces rénovations, c'est 6 milliards et demi.
06:01Ça veut dire qu'en 13 ans, on a complètement rentabilisé les 6 milliards et demi qu'on a investis.
06:06Voilà une économie qui est une économie très vertueuse.
06:09Parce qu'elle permet à la fois à tout le monde de vivre mieux.
06:11Et en même temps à l'état d'économiser au bout de 13 ans.
06:14Donc voilà des sujets sur lesquels nous devons intervenir.
06:17Et moi, je ne crois pas simplement à ce que vous pouvez dire.
06:20C'est-à-dire qu'on n'est pas obligé de créer une purge pour les Français.
06:24Et d'aller chercher dans les poches de la classe moyenne et de la classe populaire.
06:27Ce que François Béroud a fait.
06:28Olivier Faure, le plus probable reste la nomination d'un Premier ministre issu de ce qu'on appelle le socle commun.
06:33Alors, je n'ai toujours pas compris votre position.
06:36Si un macroniste est nommé à Matignon, par exemple Sébastien Lecornu, est-ce que vous le censurez automatiquement ou pas ?
06:43Mais pour l'instant, je ne répondrai pas à cette question.
06:45Moi, ce que je souhaite, c'est que ce soit la gauche et les écologistes qui aillent à Matignon.
06:48Mais ça, on a compris.
06:49Mais simplement là, Emmanuel Macron dit nomination d'un Premier ministre dans les prochains jours.
06:52Mais je n'ai pas entré dans un récit qui serait celui de dire ce que je ferai avec tel ou tel.
06:57La réalité, c'est que pour l'instant, nous devons nous revendiquer le pouvoir et faire en sorte que cette possibilité existe.
07:04Mais pardon Olivier Faure, mais si vous ne répondez pas, ça veut donc dire qu'il n'y a pas de censure automatique du Parti Socialiste d'un éventuel Premier ministre issu du Bloc Central.
07:11Je ne vous ai pas parlé, je ne vous ai pas répondu. Donc ne dites pas ce que j'aurais dit, je n'ai rien dit.
07:16Et pourquoi vous ne dites rien ? Est-ce qu'il n'y a pas un message de clarté envoyé aux Français de savoir ce que fait le Parti Socialiste ?
07:20La clarté, c'est aujourd'hui que nous voulons le changement. C'est simple, Benjamin DiMamel, le changement.
07:24En sorte que les Français qui sont dans la rue, qui vont manifester et qui expriment à tour de rôle leur exaspération,
07:31puissent enfin trouver un débouché politique à travers un changement qui ne peut pas être, de mon point de vue, la continuation de ce qui se fait depuis 8 ans.
07:39Il n'y a pas de censure automatique du Parti Socialiste si Sébastien Lecornu, Catherine Vautrin est nommé à Matignon.
07:45Mais vous avez la tête dure, mais moi aussi.
07:48Oui. Bon, écoutez, vous ne répondrez pas. Là encore, les auditeurs jugeront.
07:52Pour terminer, Olivier Faure, un mot sur la mobilisation sociale de demain.
07:55Et ce mot d'ordre « bloquons tout » que vous souhaitez accompagner, c'était vos mots il y a une dizaine de jours,
08:01ça veut dire que vous approuvez les blocages de raffinerie, d'axes autoroutiers, de lycées, d'universités qui sont prévus demain ?
08:05Ça veut dire que je comprends que les Françaises et les Français aient envie d'adresser un message au chef de l'État.
08:12Est-ce que ça veut dire que je suis d'accord avec des propositions qui seraient violentes, qui créeraient le chaos ?
08:18La réponse est non.
08:19Parce que je pense qu'au contraire, toutes celles et ceux qui veulent le changement n'ont pas intérêt à redonner la main au chef de l'État
08:25en permettant de passer d'un sujet qui est un sujet économique, social, environnemental, à un sujet qui viendrait sécuritaire.
08:32Donc vous n'êtes pas favorable à ces blocages ?
08:34Mais je viens de vous répondre, je viens de vous dire que je ne souhaite pas d'action violente,
08:37je ne souhaite pas qu'on puisse donner le sentiment que celles et ceux qui aujourd'hui manifestent leur désaccord avec le chef de l'État
08:44donnent le sentiment qu'ils sont pour le chaos.
08:47Je ne suis pas pour le chaos, je suis pour des solutions.
08:49Je souhaite que nous puissions rendre au pays une capacité à espérer.
08:54Ce que nous proposons dans notre contre-projet dont vous avez évoqué rapidement le sens,
08:59c'est que nous pensons que nous pouvons à la fois réduire les déficits,
09:03nous pouvons relancer l'activité et nous pouvons rendre le pouvoir d'achat.
09:06Voilà ce que nous voulons.
09:07Merci Olivier Faure et donc Nicolas on sort de l'ambiguïté, casser des pans.
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