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  • il y a 22 heures
Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:007h49 sur Inter, Benjamin Duhamel, vous recevez l'avocat de Marine Le Pen.
00:05Bonjour Rodolphe Bosslu.
00:06Bonjour Benjamin Duhamel.
00:07Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:09Alors que vous avez plaidé hier lors du dernier jour du procès en appel des assistants parlementaires du Front National,
00:14le jugement sera rendu le 7 juillet.
00:16Je rappelle les réquisitions très sévères contre Marine Le Pen.
00:194 ans de prison, dont 3 avec sursis et surtout 5 ans d'inéligibilité.
00:24Je vous cite au tribunal hier à la fin de votre plaidoirie, ouvrez les guillemets,
00:28mais ma cliente vous confie donc l'ouvrage de sa vie.
00:31Et la question est de savoir s'il se terminera ici ou s'il pourra être rebâti.
00:36Rodolphe Bosslu, vous en êtes réduit à espérer un miracle pour que Marine Le Pen puisse être candidate en 2027
00:41?
00:41C'est parce que vous citez la fin de ma plaidoirie, vous avez raison.
00:44La confiance que j'ai dans les moyens de relax n'exclut pas la vigilance.
00:50J'ai donc envisagé, évidemment, c'est une figure imposée quand on est avocat,
00:54l'hypothèse où une déclaration de culpabilité serait prise.
01:00Et effectivement, j'ai rappelé à la Cour que dans des affaires absolument similaires,
01:06c'est-à-dire des affaires de détournement de fonds publics qui confinent en définitive
01:11en un financement de partis politiques,
01:13l'affaire des emplois fictifs du RPR,
01:17l'enfer Urba-Graco,
01:19les affaires du Modem,
01:21les peines sont sans commune mesure
01:23avec ce qui a été prononcé
01:24et ce qui, en première instance, est réclamé en seconde.
01:27Sur l'affaire du Modem, les montants étaient
01:29très significativement inférieurs
01:30à ce qui est en jeu avec le Front National.
01:33Simplement, on avait vu
01:35en première instance les réquisitions qui avaient été suivies
01:37sur la question de l'inéligibilité.
01:38Qu'est-ce qui vous permet de dire que les juges en appel, là,
01:41décideraient d'une peine inférieure à deux ans d'inéligibilité
01:43qui est la seule condition
01:45pour que Marine Le Pen puisse être candidate en 2027 ?
01:47Rien ne me permet de le dire.
01:49Donc, vous n'êtes pas optimiste.
01:50Mais tout me permet de le plaider.
01:52Voilà ce que je dis, moi.
01:53Oui, c'est un peu mon métier.
01:57Maintenant, je ne suis pas à la place des magistrats.
01:59Je ne prendrai pas la décision, fort malheureusement.
02:02En ce qui me concerne, ce que je veux dire,
02:05c'est qu'aujourd'hui, je pense que dans ce mois d'audience
02:11qui s'est déroulé de façon beaucoup plus sereine, apaisée,
02:17la complexité du dossier a fait irruption dans l'enceinte.
02:22Et je pense que les magistrats,
02:24s'ils ont pris d'ailleurs un délibéré jusqu'au 7 juillet,
02:27c'est qu'ils ont, à mes yeux,
02:30à répondre à beaucoup de moyens de droit.
02:32Et on rentrera dans le fond du dossier dans un instant.
02:34Mais juste, vous avez eu cette expression dans votre plaidoirie.
02:36Vous avez dit que l'élection présidentielle,
02:37c'est l'éléphant dans la salle.
02:40Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
02:41Est-ce que dire cela, ça veut dire demander un traitement de faveur
02:44pour Marine Le Pen en vue de 2027,
02:45parce que c'est une responsable politique candidate à l'élection présidentielle ?
02:48Non, pas du tout.
02:49Mais pendant un mois, on a parlé de droit, de droit, de droit,
02:54ce qui est parfaitement normal.
02:55C'est l'endroit.
02:57Mais on a aussi constaté qu'il y a une sorte de sidération
03:02dans ce dossier où on considère que la politique
03:05entre par toutes les portes.
03:06Et la politique entre par toutes les portes
03:08parce qu'il y a eu une décision de première instance
03:10qui a prononcé une exécution provisoire
03:13dans des conditions qui sont manifestement disproportionnées.
03:18Et ce n'est pas moi qui le dis.
03:19Rappelez-moi, qui dans la foulée du jour en première instance
03:21n'a cessé de répéter sur tous les plateaux de télévision
03:23et dans les studios de radio que c'était une décision politique ?
03:25C'est une décision.
03:26Et justement, c'était tout le débat hier.
03:28C'était de rappeler que ce qui a rendu la décision politique,
03:33c'est l'emploi de façon manifestement disproportionnée.
03:38Quand je dis de façon disproportionnée,
03:40ce n'est pas l'avocat de Marine Le Pen qui parle,
03:42c'est l'avocat de Marine Le Pen qui évoque les réquisitions en appel
03:45et que cette machine infernale qui a voulu à un moment,
03:50au titre d'une exemplarité dont on a du mal à s'expliquer
03:54pourquoi dans ce dossier et pas dans d'autres,
03:56voilà ce qui est arrivé.
03:57Mais Rodolphe Postu, quand vous dites
03:58la présidentielle c'est l'éléphant dans la scène,
04:00est-ce que vous demandez au juge d'appel
04:02de considérer que compte tenu de la situation politique
04:04et de l'échéance présidentielle,
04:06il faut qu'il juge avec une main tremblante
04:10la possibilité d'infliger une peine d'inéligibilité à Marine Le Pen ?
04:14Pas du tout.
04:14J'ai rappelé ce qu'était la jurisprudence habituelle
04:17et j'ai surtout rappelé au juge qui ne l'ignore pas
04:21que la décision de Marine Le Pen sur la candidature
04:24se prendra après leur décision.
04:27Et quand je dis après leur décision,
04:29et ce n'est pas une menace vis-à-vis des juges
04:31ou une pression quelconque,
04:33c'est qu'imaginer qu'on va prendre une décision
04:35au moment où un éventuel cassation interviendrait
04:40n'a pas de sens.
04:41Et c'est vrai que Marine Le Pen a dit
04:42qu'elle prendrait cette décision le jour,
04:43en tout cas dans la foulée du jugement en appel.
04:45Sur le fond, vous avez essayé hier pendant votre plaidoirie
04:47de récuser l'idée d'un système organisé de détournement de fond.
04:50Vous avez même paraphrasé le général de Gaulle.
04:52On peut sauter comme un cabri en disant
04:54le système, mais le système ne repose sur rien.
04:57Donc, Rodolphe Bosslu,
04:58quand le trésorier Valrand de Saint-Just,
04:59alerté sur le risque d'emploi fictif,
05:01répond dans un mail, ouvrez les guillemets,
05:03je crois bien que Marine sait tout cela.
05:04Si ce n'est pas un système, c'est quoi ?
05:06Est-ce que c'est juste une brebis galeuse
05:08pour reprendre l'expression à la mode au Rassemblement National ?
05:10C'est un peu la difficulté pour un avocat
05:13qui a plaidé deux heures
05:14de répondre en 30 secondes
05:16sur un des arguments qui a été évoqué.
05:18Mais ce que j'ai voulu dire, c'est qu'effectivement,
05:21il n'y a pas de système,
05:22et nous le prouvons parce qu'il n'y a pas
05:23le début du commencement d'une instruction,
05:25et le mail auquel vous faites référence.
05:28Contrairement à tout ce qui a été,
05:30semble-t-il, démontré à l'audience ?
05:32Démontré, non, soutenu par la poursuite.
05:34Ce n'est pas pareil.
05:36Et ce que je dis, c'est que ce mail,
05:38je l'ai d'ailleurs qualifié
05:40selon un vieil adage romain,
05:42à l'époque, le mail n'existait pas, bien sûr,
05:44mais mailis unus, mailus nullus.
05:48Vous voyez, un mail pour un système,
05:50ça fait peu quand même.
05:51Mais ça veut quand même dire un trésorier
05:53qui reconnaît le fait...
05:55Un trésorier qui se débarrasse
05:58d'un important qui lui casse les pieds.
06:00Après, les interprétations sur le mail...
06:02Ça, c'est quoi ton interprétation ?
06:02Non, non, ce n'est pas mon interprétation,
06:04c'est l'interprétation sur le mail
06:05de M. Valorant de Saint-Just.
06:07Il y en a autant que d'intervenants dans le dossier.
06:09Rodolphe Bossu, dans la foulée de la condamnation
06:11en première instance,
06:11Jordan Bardella avait dénoncé la tyrannie des juges.
06:14Un député Rassemblement National,
06:15c'était Yohann Gillet.
06:16Une tentative d'assassinat politique.
06:18Marine Le Pen s'était même comparée
06:20à Alexei Navalny,
06:21mort dans les geôles russes.
06:23On a constaté, vous le disiez,
06:24que la tonalité du procès en appel
06:25était beaucoup plus apaisée.
06:26Avec le recul, est-ce que vous regrettez
06:28ces attaques contre les magistrats
06:30dans la foulée de la décision en première instance ?
06:32Je n'ai pas jugé la réaction.
06:34Moi, j'aurais préféré comme avocat
06:36que les choses soient évidemment sans doute
06:39moins virulentes, moins vives
06:41et moins excessives pour certaines.
06:44Ça ne fait aucun doute.
06:45Mais ce que j'ai voulu rappeler hier
06:46en introduction de ma plaidoirie,
06:48c'est qu'il est bien difficile aujourd'hui
06:51de dire que la délégitimation
06:53de l'institution judiciaire
06:55a été uniquement le fait de ma cliente.
06:58J'ai rappelé des attendus du jugement
07:00qui sont quand même, pardon de le dire,
07:03à mon avis contraires.
07:05Et on est revenu dans ce studio
07:06notamment sur la question du trouble
07:08à l'ordre public démocratique.
07:09Si Marine Le Pen est condamnée en appel,
07:10est-ce que ce sera un sort similaire
07:13à Alexei Navalny ?
07:14Ah mon Dieu !
07:15Ce n'est pas ce à quoi j'ai pensé,
07:19ce n'est d'ailleurs même pas ce que j'ai plaidé.
07:21Je dis simplement que ce serait en l'occurrence,
07:23pour rester franco-français,
07:25un sort bien plus grave que celui
07:28qui a été réservé à des affaires similaires.
07:29Mais ce sera une décision politique
07:30si elle est condamnée en appel ?
07:32Je n'ai pas d'idée sur ça.
07:33Moi je dis que ce serait une décision judiciaire.
07:35C'est exactement ce que vous m'aviez dit
07:36dans la foulée du jugement en première instance,
07:37que c'était une décision politique.
07:39C'est-à-dire que quand on prend
07:40une décision d'exécution provisoire
07:44dont les avocats généraux,
07:46c'est-à-dire la poursuite en cause d'appel,
07:49dit que cette décision était excessive,
07:51on peut après imaginer
07:53ce qui fonde une telle décision.
07:55Un tout dernier mot, Rodolphe Gosslu,
07:57sur un aspect plus personnel.
07:58Vous connaissez Marine Le Pen depuis 30 ans,
08:00vous l'avez dit.
08:01Et au-delà des éléments de langage,
08:03combattive, prête à faire triompher sa vérité.
08:05Est-ce que vous pouvez nous dire
08:06dans quel état d'esprit est Marine Le Pen ?
08:08Beaucoup qui l'ont vue
08:10pendant le procès en appel
08:11l'ont trouvée résignée.
08:13Elle est résignée, Marine Le Pen ?
08:15J'ai plaidé qu'elle était,
08:17mais ce n'était pas pour ce procès,
08:19je crois qu'elle a un fond fataliste.
08:21Comme j'ai dit,
08:22elle était entre le Fatum et le Mektoub.
08:25Nous verrons bien.
08:27Donc Marine Le Pen, fataliste,
08:29est-ce qu'au fond d'elle,
08:29elle a compris que vraisemblablement,
08:30elle ne sera pas candidate en 2027 ?
08:32Je pense qu'après l'audience d'hier,
08:37cette décision, ce sentiment,
08:38elle le prendra le 7 juillet.
08:40Mais entre-temps,
08:41je pense qu'encore une fois,
08:43la Cour a à répondre à beaucoup de moyens
08:45et nous ne sommes peut-être pas
08:47à l'abri d'une bonne surprise.
08:49Merci beaucoup, Rodolphe Gosslu,
08:51d'avoir été sur France Inter.
08:51Et merci Benjamin Duhamel.
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