00:007h48 sur Inter, Benjamin Duhamel, vous recevez le secrétaire général du parti Renaissance.
00:06Bonjour Gabriel Attal.
00:06Bonjour Benjamin Duhamel.
00:07Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:09Alors que ces dernières semaines, vous multipliez les prises de position sur les sujets internationaux,
00:14vraisemblablement dans la perspective d'une candidature à l'élection présidentielle.
00:17On va donc parler d'Europe dans un instant, mais juste avant, un mot sur les révélations de la cellule
00:21investigation de Radio France.
00:23Un diplomate français qui a échangé à de nombreuses reprises avec le pédocriminel Jeffrey Epstein,
00:28Jean-Noël Barraud, le ministre des Affaires étrangères, a saisi le procureur de la République.
00:32Et c'est dans ce contexte, avant les révélations je précise, qu'hier la présidente de l'Assemblée nationale,
00:36Yaël Bourne-Pivet, s'est opposée à la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le volet français de
00:41l'affaire Epstein.
00:42Au nom dit-elle de la séparation des pouvoirs, est-ce que vous seriez favorable comme président de groupe à
00:47une telle commission d'enquête ?
00:48C'est une affaire qui émeut et qui interroge à juste titre, pas seulement en France, mais partout dans le
00:54monde.
00:55Et on a vu que dans beaucoup de pays dans le monde, des enquêtes ont été lancées, des enquêtes judiciaires,
00:59et parfois des commissions d'enquête parlementaires ou l'équivalent.
01:03Moi je ne vois pas de raison de m'opposer à une commission d'enquête.
01:06Vous savez, tous les groupes parlementaires ont le droit, chaque année, de déclencher une commission d'enquête.
01:10Le choix que j'ai fait avec mes députés, c'est de déclencher une commission d'enquête sur l'impact
01:15des réseaux sociaux,
01:16sur la santé mentale des jeunes.
01:17C'est ça le sujet qui nous préoccupe.
01:18Si un groupe décide de déclencher une commission d'enquête sur ce sujet, je ne m'y opposerai pas et
01:23je n'ai pas de raison de m'y opposer.
01:24Mais vous ne serez pas à l'initiative d'une telle commission d'enquête ?
01:27Je vous ai dit que nous on a des sujets sur lesquels on travaille,
01:29qui sont notamment la protection qu'on doit à notre jeunesse, à nos jeunes, face au fléau des algorithmes.
01:34Il y a d'autres sujets sur lesquels on veut travailler, mais encore une fois je ne vois pas de
01:38raison de s'y opposer.
01:39Donc vous ne vous y opposerez pas.
01:40Parlons Europe, Gabriel Attal, alors qu'hier Emmanuel Macron, Dominique Sey en parlait il y a un instant,
01:45dans les colonnes de plusieurs journaux européens, le président a défendu notamment un emprunt commun des pays européens
01:50pour investir dans des secteurs stratégiques.
01:52Donc si je résume Gabriel Attal, la France n'a pas fait les efforts pour assainir ses finances publiques,
01:56est trop endettée pour investir et demande donc maintenant à l'Europe de s'endetter.
02:00C'est un peu gonflé, non ?
02:01Je crois d'abord que le moment qu'on vit aujourd'hui, en fait, il va conditionner l'avenir des
02:06jeunes français,
02:07des jeunes européens et des futures générations.
02:10On vit un moment d'accélération incroyable, on vit un moment de course technologique,
02:15une forme de moment spoutnik aujourd'hui entre la Chine et les Etats-Unis.
02:19Et la question qui se pose aujourd'hui, c'est est-ce que nos enfants, les générations qui viennent,
02:24auront des emplois plus tard ou est-ce que les seuls emplois qu'elles auront,
02:28ce sera de servir du thé aux Chinois ou du café aux Américains quand ils passent à Paris ?
02:32Et donc ce qui se joue aujourd'hui, c'est notre capacité en Europe à prendre les mesures nécessaires
02:37pour faire de nous une forme de puissance et pour être capable de rivaliser dans cette course-là.
02:41Est-ce que parmi ces mesures nécessaires, le fait d'engager un emprunt européen est une bonne idée ?
02:45Et là encore, je répète ma question, est-ce que quand on est à 5% de déficit,
02:48on est en capacité de demander à ses voisins européens d'emprunter ensemble
02:53alors qu'on n'a pas été capable de faire les efforts à l'échelle nationale ?
02:55Si vous me demandez si je considère que l'argent public et l'endettement peuvent régler tous les problèmes,
03:00la réponse est non.
03:00Je pense qu'il y a beaucoup de chantiers sur lesquels on doit avancer au niveau européen.
03:04Le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné par exemple,
03:07défend l'idée d'une préférence européenne en matière de marché public.
03:10Ça veut dire quoi ?
03:11Ça veut dire que les 2 000 milliards d'euros de marché public dépensés en Europe chaque année,
03:15on peut les flécher sur les entreprises européennes
03:17plutôt que sur des entreprises qui viennent en dehors de l'Europe.
03:20J'y suis très favorable.
03:21On doit prendre des mesures pour nous défendre, pour nous protéger.
03:24Exemple sur le véhicule électrique, je plaide, je défends l'idée que désormais,
03:29on doit conditionner l'accès au marché européen pour les industriels chinois
03:33au transfert de leur technologie à nos industriels et à des partenariats 50-50 avec nos industriels
03:38sinon on n'arrivera pas à rattraper le retard qu'on a technologique avec eux.
03:43Donc il y a beaucoup de réformes qu'on a engagées, beaucoup de mesures.
03:46Les eurobonds, comme c'est appelé, ça peut être une mesure, mais à quelques conditions je pense.
03:50D'abord, il faut garantir que ça suscite de l'investissement privé
03:54puisqu'à la fin c'est d'investissement privé dont on a besoin essentiellement pour investir.
03:58Et à condition que la France réforme et fasse des efforts pour précisément réduire son déficit.
04:03Pour moter les maux de la bouche, évidemment.
04:04Ça nécessite qu'on soit tous crédibles dans les dépenses publiques et dans le désendettement.
04:09Ça nécessite qu'on soit d'accord avec d'autres pays européens, bien sûr.
04:12Et ça nécessite de garantir qu'il y a un mode de financement sur le long terme de cet endettement
04:16puisque ça ne doit pas se traduire, pour moi c'est une ligne rouge,
04:19par des impôts supplémentaires ou une augmentation massive
04:22de la contribution de la France à l'Union Européenne.
04:24Sur les sujets internationaux, Gabriel Attal, il y a deux jours,
04:26vous avez pris la parole à l'occasion d'un rassemblement de soutien au peuple iranien
04:29en affirmant que le régime devait chuter.
04:31Et j'ai repensé à ces mots que vous aviez écrits début janvier
04:33quand Donald Trump est intervenu au Venezuela.
04:35Vous dénonciez, je cite, les déclarations de façade et les condamnations sans effet.
04:38Dire que le régime des MOLA doit chuter, c'est bien.
04:41Mais concrètement, quand on est président de groupe, patron du parti Renaissance,
04:47qu'est-ce que ça implique de dire que le régime doit tomber ?
04:49Moi je crois que la France doit prendre la tête d'une coalition d'États
04:52prête à s'investir à fond pour faire tomber le régime des MOLA
04:56et libérer le peuple iranien.
04:58C'est absolument abominable ce qui se vit en Iran aujourd'hui.
05:0130, 40 000, peut-être davantage de morts, des dizaines de milliers de personnes.
05:04Mais qu'est-ce qu'elle fait cette coalition internationale ?
05:06Pour moi, trois choses.
05:07La première, renforcer partout où c'est possible et rendre vraiment effectives les sanctions.
05:11Ce qui est déjà à peu près le cas.
05:13La France a notamment placé les gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes.
05:17Maintenant, il faut s'assurer que les gardiens de la Révolution
05:19ne peuvent plus mettre un pied en France et en Europe
05:21parce qu'ils sont classés comme organisations terroristes.
05:23Deuxième chose, des listes.
05:25Il faut que ces pays s'engagent ensemble à publier des listes extrêmement précises
05:29de tous les exécutants du régime.
05:31Je m'explique.
05:32On a aujourd'hui des listes qui ont été publiées.
05:34Ce n'est pas déjà le cas.
05:35On a des listes avec les leaders, les dignitaires du régime.
05:37Il faut maintenant publier des listes sur lesquelles il y a les noms et les fonctions
05:40de tous les exécutants.
05:42Le moindre commissaire de police, le moindre gardien de la prison
05:45qui participe à ce régime doit voir son nom et sa fonction sur une liste.
05:48Pourquoi ?
05:49Et ça, vous l'avez demandé à Jean-Noël Barraud.
05:51Je plaide pour ça depuis maintenant plusieurs mois.
05:53Pour qu'il se dise, cet exécutant, que le jour d'après va venir
05:56et quand le jour d'après viendra, on viendra le chercher
05:59parce qu'il fait partie des exécutants.
06:01Pour le pousser à se retourner dès maintenant contre les commanditaires
06:04et à lâcher les commanditaires.
06:06Et troisièmement, pour préparer le jour d'après.
06:08Parce que dire qu'on veut faire tomber le régime iranien, c'est bien.
06:11Mais il faut préparer l'après pour éviter évidemment la guerre civile, le chaos.
06:16Pardon Gabriel Attal, mais préparer l'après, ça impliquerait que le régime tombe.
06:18Ça impliquerait donc peut-être une intervention extérieure.
06:21En l'état, elle semble ne pas arriver.
06:24Vous savez, la situation me fait penser à 1956 et au soulèvement de Budapest.
06:31Il y a à l'époque des femmes, des hommes qui se sont levés contre la dictature communiste.
06:35Et à l'époque, tous les occidentaux à l'ouest leur passaient des messages en leur disant
06:38« Allez-y, mobilisez-vous, on arrive, on va venir vous soutenir ».
06:41Ils se sont levés, ils se sont mobilisés, ils ont fini écrasés par la répression
06:46parce que personne n'est venu.
06:47Donc si je suis le parallèle, vous demandez à Donald Trump d'intervenir en Iran ?
06:49Ce que je dis, j'ai été Premier ministre, j'ai été responsable de la Défense Nationale.
06:53Je sais que ce sont des décisions que vous prenez à la lumière d'informations classifiées
06:57dont vous disposez, qui vous disent si oui ou non, une intervention permettrait de faire tomber un régime.
07:01Si un État décide d'intervenir, je me garderai bien de le condamner pour ces raisons-là
07:06parce que c'est qu'il aura eu des informations qui lui permettent d'attester qu'une intervention peut être
07:11efficace.
07:11Deux sujets de politique intérieure, Gabriel Attal.
07:13Premier sujet, la nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des Comptes.
07:17François Ruffin dénonce la République des Copains.
07:20Est-ce que vous, Président, vous auriez nommé une ministre en fin de quinquennat
07:22qui peut rester, Patrick le disait, 28 ans à la tête de la Cour des Comptes ?
07:25Je suis respectueux des institutions.
07:27C'est un choix qui relève du Président de la République.
07:29Vous savez qu'il y a certaines nominations qui doivent être validées par le Parlement.
07:32Dans ces cas-là, à chaque fois, je prends position en tant que Président de groupe.
07:35Ce n'est pas le cas de la Présidence de la Cour des Comptes.
07:37Mais est-ce que ça envoie un bon signal ?
07:38Est-ce que ça ne donne pas l'impression qu'il y a une forme de recasage
07:40en fin de quinquennat à la tête de ces institutions ?
07:43On peut probablement reprocher des choses à Amélie de Montchalin.
07:46Moi, j'ai eu moi-même des choses à reprocher sur le budget
07:48tel qu'il a été présenté et décidé par le gouvernement.
07:52Je pense que personne ne peut lui reprocher une très grande compétence
07:54sur tous ces sujets-là.
07:56Dernière question, Gabriel Attel.
07:57Vous étiez hier soir en meeting en soutien à Pierre-Yves Bournazel
08:00avec Edouard Philippe, deux potentiels concurrents sur scène en vue de 2027.
08:06Et nos confrères du Nouvel Ops écrivent que votre parti Renaissance
08:08refuse une éventuelle fusion entre Pierre-Yves Bournazel et Rachid Alati en vue du second tour.
08:12Est-ce que c'est le temps de la grande clarification que vous, patron de Renaissance,
08:14vous disiez ce matin qu'il n'y aura aucune fusion pour Paris au second tour
08:20entre Pierre-Yves Bournazel et Rachid Alati, quitte à faire perdre la droite et Rachid Alati ?
08:25D'abord, Pierre-Yves Bournazel s'est exprimé sur le sujet hier soir.
08:29C'est important de l'écouter puisque je rappelle que c'est lui le candidat
08:31et donc c'est lui à la fin qui prendra la décision.
08:33Il a dit que beaucoup de journalistes et beaucoup de commentateurs,
08:36et vous venez de relayer un article,
08:38l'interrogent en permanence sur ce qu'il fera au deuxième tour et pour qui il votera.
08:41Et que la réponse qu'il donne, c'est qu'il votera pour Pierre-Yves Bournazel.
08:44Oui, ce qui s'appelle ne pas répondre à la question.
08:46Et vous êtes en train de faire à peu près la même chose.
08:47Non, c'est une réponse à la question. Il a dit que je voterais pour Pierre-Yves Bournazel.
08:50Est-ce que vous fermez la porte à une fusion entre la liste de Pierre-Yves Bournazel
08:53et la liste de Rachid Alati ?
08:54Puisque Rachid Alati appelle au rassemblement.
08:55Ce que je dis, c'est qu'il faut une alternance à Paris,
08:57parce que ça fait 12 ans, parce que ça a été mal géré,
09:00et que celui qui permet véritablement l'alternance à Paris,
09:02c'est Pierre-Yves Bournazel.
09:03Regardez le sondage qui est sorti hier.
09:06Il y a un sondage qui est sorti hier
09:07qui montre que Pierre-Yves Bournazel
09:10fait un meilleur score au second tour
09:13face à l'équipe municipale sortante
09:14que les autres compétiteurs.
09:16Sauf que Rachid Alati est près de 15 points devant Pierre-Yves Bournazel
09:19au premier tour, donc je répète la question.
09:20Est-ce qu'il pourrait y avoir une fusion au second tour ?
09:22Il va présenter son projet
09:23et je crois qu'il va convaincre.
09:25Encore une fois, moi je le dis ici,
09:27on soutient Pierre-Yves Bournazel
09:28et j'espère qu'au deuxième tour,
09:30il sera en situation de rassembler derrière lui
09:32d'autres candidats qui aujourd'hui se présentent pour l'alternance,
09:35mais non, moins de moyens que lui de la faire arriver.
09:38Vous reviendrez le 16 mars pour nous répondre peut-être
09:40à cette question Gabriel Attal.
09:42Merci.
09:42Vous m'invitez, c'est mon anniversaire.
09:43Et merci Benjamin Duhamel, à tout à l'heure.
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