00:017h49 et Benjamin Duhamel, ce matin votre invité est écrivain.
00:05Dans ses romans, il dissèque au scalpel l'exercice du pouvoir pour mettre en lumière ses dérives.
00:09Populisme, ingérence étrangère en prise du numérique,
00:12toute ressemblance avec des faits réels n'est évidemment pas fortuite.
00:16Bonjour Marc Dugain.
00:17Bonjour.
00:17Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:20Vous publiez Submersion aux éditions Albain Michel,
00:22un formidable roman de légère anticipation
00:25où l'on retrouve un président de la République
00:26qui doit gouverner un pays en proie au chaos.
00:29Quand on a, comme vous, écrit sur Hoover, le patron mythique du FBI,
00:33sur la Première Guerre mondiale avec l'immense succès de la Chambre des officiers,
00:36qu'est-ce qui fait qu'on a envie de raconter une vie politique
00:39dont on ne cesse d'entendre qu'elle est devenue médiocre
00:41et qu'elle suscite le rejet des Français ?
00:44Je crois que ce qui me motive essentiellement, c'est l'inquiétude.
00:48C'est l'inquiétude de voir...
00:50Moi je suis né exactement avec la Constitution.
00:54C'est-à-dire que j'ai l'âge de cette Constitution, c'est dire...
00:56Donc en 58 ?
00:58Non, en 57.
00:59C'est quelques mois avant, j'étais dans la préparation en fait.
01:02Et j'ai vécu une période relativement bénie en fait.
01:07Une période d'expansion économique,
01:09une période pendant laquelle De Gaulle
01:13a anticipé un certain nombre de choses
01:15qui font la France d'aujourd'hui,
01:16qui ont été fondamentales,
01:19comme le nucléaire,
01:20comme le fait d'avoir la bombe,
01:22l'indépendance militaire.
01:25Et finalement, ensuite on a eu Mitterrand,
01:31qui est d'une certaine façon...
01:34Moi je trouve que romanesquement Mitterrand
01:37est quelqu'un d'extrêmement intéressant comme président,
01:39parce qu'il vient juste d'être élu président,
01:42et on lui annonce qu'il va mourir puisqu'il a un cancer,
01:45et il tient les deux septennats
01:47d'une façon remarquable.
01:49Et ensuite,
01:52cette fonction que je trouve personnellement
01:54très intéressante,
01:55parce que je crois à cette constitution...
01:57Qui est la fonction de président de la République.
01:59Qui est la fonction de président de la République,
02:00qui est la base de mon livre.
02:02Cette fonction à laquelle je crois
02:04commence à s'effondrer
02:05à partir du moment où
02:09François Hollande ne peut pas se représenter.
02:12Ensuite, on a Nicolas Sarkozy
02:14qui est fini en prison,
02:16il faut bien le dire.
02:17Bon, il n'est pas resté des années,
02:19mais il a quand même passé un peu de temps symboliquement.
02:21C'est très très fort.
02:22C'est-à-dire qu'au fond, vous considérez,
02:23et d'ailleurs ça se voit dans le livre,
02:25sur cette question autour de la fonction présidentielle
02:27et de ses attributs,
02:28que depuis Mitterrand et Chirac,
02:31aucun n'ont correspondu
02:32à ce qu'était l'esprit de la Ve République, c'est ça ?
02:34J'ai l'impression, oui, que ça s'affaiblit.
02:36Ça s'affaiblit,
02:37et on le voit avec Emmanuel Macron,
02:39c'est quand même la première fois
02:40qu'on demande la démission,
02:42que certains demandent la démission d'un président
02:44avant la fin de son mandat.
02:46Et là, moi, ce qui me rend extrêmement sceptique,
02:52c'est de voir qu'on est à un an de la présidence,
02:55de la présidentielle,
02:57et que finalement, il ne se passe plus rien.
03:00Il ne se passe plus rien.
03:00C'est-à-dire que cette fonction cristallise
03:03tellement d'ambition,
03:04tellement de...
03:04Alors qu'on n'est quasiment plus dans la Ve République.
03:07C'est fini.
03:07C'est fini la Ve République.
03:09On est dans la Ve République.
03:10Finissant.
03:11Une espèce de mélange.
03:14Et donc, Marc Duguin,
03:15toutes ces inquiétudes font effectivement ce livre.
03:17Il faut planter le décor pour nos auditeurs
03:19sans bien sûr trop en révéler.
03:20Vous avez un président qui est un peu dépassé par les événements,
03:22qui doit faire face à des crises nationales et internationales.
03:25Et ce qui est assez stupéfiant,
03:27c'est de voir à quel point ce livre,
03:29ses intrigues résonnent avec l'actualité.
03:31Il est question de menaces géopolitiques
03:32qui sont incarnées par la Russie,
03:35par les États-Unis.
03:36Il est question d'un milliardaire propriétaire de presse
03:38qui veut influer sur le débat démocratique.
03:41Est-ce que vous vous attendiez, Marc Duguin,
03:43en écrivant ce livre,
03:44à voir vos intuitions, à ce point,
03:48se révéler dans l'actualité du quotidien ?
03:51Je ne sais pas si je m'y attendais.
03:52En même temps, je n'ai pas été surpris
03:54que tout ça arrive,
03:56parce que toutes les conditions étaient réunies.
03:58C'est-à-dire que
03:59ce qui est fondamental aujourd'hui,
04:02je pense,
04:03c'est l'encerclement dans lequel on est.
04:05C'est-à-dire que la France, en fait,
04:06est une puissance moyenne,
04:09mais importante en Europe,
04:11et qui est la cible,
04:12à la fois, aujourd'hui,
04:14des populistes américains
04:15pour essayer d'enfoncer un clou dans l'Europe,
04:18et de la Russie,
04:20qui considère qu'on est la seule puissance nucléaire continentale
04:24en Europe,
04:25donc c'est celle qu'il faut abattre.
04:26Et donc, on voit le jeu
04:28de ces deux puissances,
04:29dont l'une est censée être une puissance alliée,
04:31ce qui, évidemment, n'est plus du tout le cas.
04:35Et cette convergence
04:37fait que
04:38on est...
04:40Moi, j'ai le sentiment d'une menace
04:42qui est extrêmement forte.
04:44Et tout ça dans un contexte
04:45où on s'affaiblit d'abord
04:47par la dette,
04:48il faut bien le dire,
04:49et par des institutions
04:51qui sont à bout de souffle.
04:52Qui sont à bout de souffle
04:52parce qu'on ne les respecte plus.
04:54On a un président de la République
04:55et en même temps,
04:56on a une assemblée de la Troisième République.
04:58Donc, ça n'a plus de sens.
05:00Et moi, ce qui m'inquiète,
05:01c'est que dans un an,
05:03on va avoir une élection.
05:04Et cette élection,
05:06ensuite,
05:07à mon avis,
05:10non seulement,
05:10ce ne sera pas simple,
05:11mais il va y avoir des troubles derrière.
05:12C'est vrai qu'on ne sort pas
05:14extrêmement optimiste
05:15de la lecture de votre livre,
05:17Marc Duguin.
05:18Effectivement,
05:18ce n'est pas votre nature
05:19pour ceux qui ont attentivement
05:20lu votre œuvre.
05:21Vous parliez de ces institutions
05:22qui sont affaiblies.
05:23Ce qui est intéressant
05:24dans votre livre,
05:25c'est que ce président de la République
05:26décide de faire un référendum
05:28et de mettre son mandat
05:29dans la main des Français.
05:30C'est une sorte de référendum plébiscite
05:32comme De Gaulle en.
05:33En 69.
05:34S'il perd,
05:35il promet de démissionner immédiatement.
05:36C'est là qu'on retrouve la fiction.
05:38Parce qu'au fond,
05:39un responsable politique
05:40qui promet de partir
05:40s'il perd une élection,
05:41ça,
05:41il n'y a vraiment que dans les livres
05:42et que dans les romans
05:43de Marc Duguin
05:43que ça peut arriver, non ?
05:44Ça,
05:45ça n'existe plus.
05:45Oui.
05:46Ça n'existe plus.
05:48ce qui est intéressant
05:49avec la fonction présidentielle
05:51dans la Ve République,
05:53c'est la hauteur
05:54que prend le président.
05:55Évidemment,
05:55De Gaulle avait tous les arguments
05:56et avait la personnalité
05:58pour prendre cette hauteur.
06:00Et l'idée même
06:01de la Ve République,
06:02c'est d'avoir un président
06:03qui est au-dessus des partis.
06:04Alors,
06:04je sais que ce n'est pas simple
06:05parce qu'évidemment,
06:06il y a toujours une étiquette politique
06:07qui traîne.
06:08Mais à la fois,
06:09d'être au-dessus des partis
06:10et d'avoir un contact
06:12direct avec les Français.
06:13Et c'est l'idée
06:14de ce référendum.
06:15Et c'est ça,
06:15le référendum.
06:16Et ce qui est très intéressant,
06:17c'est que le référendum
06:18n'est plus utilisé.
06:19Je crois que la dernière fois,
06:20c'est Maastricht.
06:21En fait,
06:22qui en plus a été...
06:23Il y en a eu quelques autres depuis,
06:25mais c'est vrai que notamment
06:26Emmanuel Macron
06:27n'a cessé de dire
06:28je vais faire des référendums,
06:29je vais consulter les Français
06:30et ce n'est pas arrivé.
06:31Ce n'est pas arrivé
06:32et on voit bien
06:33que ce qu'on lui reproche
06:34le plus aujourd'hui,
06:35c'est qu'il n'a pas
06:36de contact direct
06:37avec les Français.
06:38Alors que c'est tout
06:39ce qu'on demande.
06:39Parce que cette figure
06:41du président de la République,
06:43évidemment,
06:44on cherche quelqu'un
06:44de charismatique,
06:45mais il y a une partie
06:46un peu sacrée aussi
06:47dans la fonction.
06:48Et on a perdu tout ça.
06:49C'est-à-dire que c'est devenu
06:50on ne sait pas
06:51si c'est un super premier ministre
06:53ou un sous-président en fait.
06:56Un dernier mot
06:56sur une thématique centrale
06:57de votre livre,
06:58c'est la puissance
06:59des géants du numérique
07:00face aux démocraties.
07:02Vous avez des scènes
07:03assez savoureuses
07:04où le président de la République
07:05dialogue avec Elon Musk,
07:06dialogue aussi avec
07:07le Trumpiste milliardaire
07:08ultra-conservateur Peter Thiel.
07:10On sent que le sujet
07:11vous fascine
07:12et qu'il vous obsède
07:13la question des interactions
07:15entre des régimes démocratiques,
07:17les démocraties libérales
07:19et les géants du numérique.
07:20Pourquoi est-ce que
07:20ça vous fascine à ce point ?
07:21Ça a commencé à me fasciner
07:22il y a un moment
07:23parce que j'ai écrit
07:23un livre qui s'appelait
07:25L'Homme nu,
07:26la dictature du numérique
07:27qui a maintenant
07:28avec Christophe Labbé
07:31du Canard Enchaîné,
07:31on a écrit ça,
07:32je crois que c'était en 2013.
07:34Et en fait,
07:37malheureusement,
07:38il se trouve que
07:39tout ce qu'on a écrit
07:39c'est réalisé,
07:40c'est-à-dire la façon...
07:41Ce qui m'inquiète
07:42pour répondre directement
07:44à votre question,
07:45c'est que le numérique
07:45a une composante idéologique
07:48qui se révèle,
07:50qui est l'idée que,
07:52finalement,
07:53je l'écris de façon
07:53un peu drôle dans le livre,
07:55mais il y a ceux
07:57qui sont dans la bulle numérique
07:58et les retardés,
07:59les attardés.
08:00C'est-à-dire,
08:00nous, on est les attardés
08:02et eux, c'est des génies.
08:03Et en fait,
08:04ils ont une conception
08:06eugéniste de l'humanité
08:09et derrière,
08:10en fait,
08:11ils ne croient pas à l'État.
08:12Ils ne croient pas à l'État,
08:13ils ne croient pas au bien commun.
08:15C'est ça qui est inquiétant.
08:17Et ils se croient plus fort
08:17que les démocraties
08:19et que les présidents
08:20auxquels ils s'adressent.
08:21Bien sûr,
08:22parce qu'ils pensent
08:22que l'État doit disparaître,
08:23ils pensent que l'impôt
08:24doit disparaître.
08:25Et en fait,
08:26pourquoi cette haine de Trump,
08:28cette haine de J.D. Vance,
08:30à notre égard,
08:31c'est parce qu'on taxe
08:32les gens du numérique.
08:34Et d'un autre côté,
08:35si on ne taxe pas
08:36le numérique,
08:38avec le déficit qu'on a,
08:40où est-ce qu'on va aller
08:40chercher l'argent ?
08:41Donc en fait,
08:41c'est vraiment
08:43une industrie émergente
08:45qui est colossale
08:46et qui en même temps
08:47porte une idéologie
08:49qui est totalement néfaste.
08:50Crise des institutions,
08:52élections numériques,
08:53voilà autant de thèmes
08:54qui sont traités
08:55dans votre roman.
08:56Submersion,
08:56c'est aux éditions
08:57Albin Michel.
08:58Merci beaucoup,
08:58Marc Duguin,
08:59d'être venu sur l'Attention Inter.
08:59Merci infiniment.
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