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  • il y a 10 heures
L’invité du 7h50 de Benjamin Duhamel est Marc Dugain, romancier et réalisateur, qui publie "Submersion" (Albin Michel). Dans ce nouveau roman d'anticipation, il décrit un président de la République en perdition face au chaos du monde. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-06-avril-2026-5574926
Transcription
00:017h49 et Benjamin Duhamel, ce matin votre invité est écrivain.
00:05Dans ses romans, il dissèque au scalpel l'exercice du pouvoir pour mettre en lumière ses dérives.
00:09Populisme, ingérence étrangère en prise du numérique,
00:12toute ressemblance avec des faits réels n'est évidemment pas fortuite.
00:16Bonjour Marc Dugain.
00:17Bonjour.
00:17Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:20Vous publiez Submersion aux éditions Albain Michel,
00:22un formidable roman de légère anticipation
00:25où l'on retrouve un président de la République
00:26qui doit gouverner un pays en proie au chaos.
00:29Quand on a, comme vous, écrit sur Hoover, le patron mythique du FBI,
00:33sur la Première Guerre mondiale avec l'immense succès de la Chambre des officiers,
00:36qu'est-ce qui fait qu'on a envie de raconter une vie politique
00:39dont on ne cesse d'entendre qu'elle est devenue médiocre
00:41et qu'elle suscite le rejet des Français ?
00:44Je crois que ce qui me motive essentiellement, c'est l'inquiétude.
00:48C'est l'inquiétude de voir...
00:50Moi je suis né exactement avec la Constitution.
00:54C'est-à-dire que j'ai l'âge de cette Constitution, c'est dire...
00:56Donc en 58 ?
00:58Non, en 57.
00:59C'est quelques mois avant, j'étais dans la préparation en fait.
01:02Et j'ai vécu une période relativement bénie en fait.
01:07Une période d'expansion économique,
01:09une période pendant laquelle De Gaulle
01:13a anticipé un certain nombre de choses
01:15qui font la France d'aujourd'hui,
01:16qui ont été fondamentales,
01:19comme le nucléaire,
01:20comme le fait d'avoir la bombe,
01:22l'indépendance militaire.
01:25Et finalement, ensuite on a eu Mitterrand,
01:31qui est d'une certaine façon...
01:34Moi je trouve que romanesquement Mitterrand
01:37est quelqu'un d'extrêmement intéressant comme président,
01:39parce qu'il vient juste d'être élu président,
01:42et on lui annonce qu'il va mourir puisqu'il a un cancer,
01:45et il tient les deux septennats
01:47d'une façon remarquable.
01:49Et ensuite,
01:52cette fonction que je trouve personnellement
01:54très intéressante,
01:55parce que je crois à cette constitution...
01:57Qui est la fonction de président de la République.
01:59Qui est la fonction de président de la République,
02:00qui est la base de mon livre.
02:02Cette fonction à laquelle je crois
02:04commence à s'effondrer
02:05à partir du moment où
02:09François Hollande ne peut pas se représenter.
02:12Ensuite, on a Nicolas Sarkozy
02:14qui est fini en prison,
02:16il faut bien le dire.
02:17Bon, il n'est pas resté des années,
02:19mais il a quand même passé un peu de temps symboliquement.
02:21C'est très très fort.
02:22C'est-à-dire qu'au fond, vous considérez,
02:23et d'ailleurs ça se voit dans le livre,
02:25sur cette question autour de la fonction présidentielle
02:27et de ses attributs,
02:28que depuis Mitterrand et Chirac,
02:31aucun n'ont correspondu
02:32à ce qu'était l'esprit de la Ve République, c'est ça ?
02:34J'ai l'impression, oui, que ça s'affaiblit.
02:36Ça s'affaiblit,
02:37et on le voit avec Emmanuel Macron,
02:39c'est quand même la première fois
02:40qu'on demande la démission,
02:42que certains demandent la démission d'un président
02:44avant la fin de son mandat.
02:46Et là, moi, ce qui me rend extrêmement sceptique,
02:52c'est de voir qu'on est à un an de la présidence,
02:55de la présidentielle,
02:57et que finalement, il ne se passe plus rien.
03:00Il ne se passe plus rien.
03:00C'est-à-dire que cette fonction cristallise
03:03tellement d'ambition,
03:04tellement de...
03:04Alors qu'on n'est quasiment plus dans la Ve République.
03:07C'est fini.
03:07C'est fini la Ve République.
03:09On est dans la Ve République.
03:10Finissant.
03:11Une espèce de mélange.
03:14Et donc, Marc Duguin,
03:15toutes ces inquiétudes font effectivement ce livre.
03:17Il faut planter le décor pour nos auditeurs
03:19sans bien sûr trop en révéler.
03:20Vous avez un président qui est un peu dépassé par les événements,
03:22qui doit faire face à des crises nationales et internationales.
03:25Et ce qui est assez stupéfiant,
03:27c'est de voir à quel point ce livre,
03:29ses intrigues résonnent avec l'actualité.
03:31Il est question de menaces géopolitiques
03:32qui sont incarnées par la Russie,
03:35par les États-Unis.
03:36Il est question d'un milliardaire propriétaire de presse
03:38qui veut influer sur le débat démocratique.
03:41Est-ce que vous vous attendiez, Marc Duguin,
03:43en écrivant ce livre,
03:44à voir vos intuitions, à ce point,
03:48se révéler dans l'actualité du quotidien ?
03:51Je ne sais pas si je m'y attendais.
03:52En même temps, je n'ai pas été surpris
03:54que tout ça arrive,
03:56parce que toutes les conditions étaient réunies.
03:58C'est-à-dire que
03:59ce qui est fondamental aujourd'hui,
04:02je pense,
04:03c'est l'encerclement dans lequel on est.
04:05C'est-à-dire que la France, en fait,
04:06est une puissance moyenne,
04:09mais importante en Europe,
04:11et qui est la cible,
04:12à la fois, aujourd'hui,
04:14des populistes américains
04:15pour essayer d'enfoncer un clou dans l'Europe,
04:18et de la Russie,
04:20qui considère qu'on est la seule puissance nucléaire continentale
04:24en Europe,
04:25donc c'est celle qu'il faut abattre.
04:26Et donc, on voit le jeu
04:28de ces deux puissances,
04:29dont l'une est censée être une puissance alliée,
04:31ce qui, évidemment, n'est plus du tout le cas.
04:35Et cette convergence
04:37fait que
04:38on est...
04:40Moi, j'ai le sentiment d'une menace
04:42qui est extrêmement forte.
04:44Et tout ça dans un contexte
04:45où on s'affaiblit d'abord
04:47par la dette,
04:48il faut bien le dire,
04:49et par des institutions
04:51qui sont à bout de souffle.
04:52Qui sont à bout de souffle
04:52parce qu'on ne les respecte plus.
04:54On a un président de la République
04:55et en même temps,
04:56on a une assemblée de la Troisième République.
04:58Donc, ça n'a plus de sens.
05:00Et moi, ce qui m'inquiète,
05:01c'est que dans un an,
05:03on va avoir une élection.
05:04Et cette élection,
05:06ensuite,
05:07à mon avis,
05:10non seulement,
05:10ce ne sera pas simple,
05:11mais il va y avoir des troubles derrière.
05:12C'est vrai qu'on ne sort pas
05:14extrêmement optimiste
05:15de la lecture de votre livre,
05:17Marc Duguin.
05:18Effectivement,
05:18ce n'est pas votre nature
05:19pour ceux qui ont attentivement
05:20lu votre œuvre.
05:21Vous parliez de ces institutions
05:22qui sont affaiblies.
05:23Ce qui est intéressant
05:24dans votre livre,
05:25c'est que ce président de la République
05:26décide de faire un référendum
05:28et de mettre son mandat
05:29dans la main des Français.
05:30C'est une sorte de référendum plébiscite
05:32comme De Gaulle en.
05:33En 69.
05:34S'il perd,
05:35il promet de démissionner immédiatement.
05:36C'est là qu'on retrouve la fiction.
05:38Parce qu'au fond,
05:39un responsable politique
05:40qui promet de partir
05:40s'il perd une élection,
05:41ça,
05:41il n'y a vraiment que dans les livres
05:42et que dans les romans
05:43de Marc Duguin
05:43que ça peut arriver, non ?
05:44Ça,
05:45ça n'existe plus.
05:45Oui.
05:46Ça n'existe plus.
05:48ce qui est intéressant
05:49avec la fonction présidentielle
05:51dans la Ve République,
05:53c'est la hauteur
05:54que prend le président.
05:55Évidemment,
05:55De Gaulle avait tous les arguments
05:56et avait la personnalité
05:58pour prendre cette hauteur.
06:00Et l'idée même
06:01de la Ve République,
06:02c'est d'avoir un président
06:03qui est au-dessus des partis.
06:04Alors,
06:04je sais que ce n'est pas simple
06:05parce qu'évidemment,
06:06il y a toujours une étiquette politique
06:07qui traîne.
06:08Mais à la fois,
06:09d'être au-dessus des partis
06:10et d'avoir un contact
06:12direct avec les Français.
06:13Et c'est l'idée
06:14de ce référendum.
06:15Et c'est ça,
06:15le référendum.
06:16Et ce qui est très intéressant,
06:17c'est que le référendum
06:18n'est plus utilisé.
06:19Je crois que la dernière fois,
06:20c'est Maastricht.
06:21En fait,
06:22qui en plus a été...
06:23Il y en a eu quelques autres depuis,
06:25mais c'est vrai que notamment
06:26Emmanuel Macron
06:27n'a cessé de dire
06:28je vais faire des référendums,
06:29je vais consulter les Français
06:30et ce n'est pas arrivé.
06:31Ce n'est pas arrivé
06:32et on voit bien
06:33que ce qu'on lui reproche
06:34le plus aujourd'hui,
06:35c'est qu'il n'a pas
06:36de contact direct
06:37avec les Français.
06:38Alors que c'est tout
06:39ce qu'on demande.
06:39Parce que cette figure
06:41du président de la République,
06:43évidemment,
06:44on cherche quelqu'un
06:44de charismatique,
06:45mais il y a une partie
06:46un peu sacrée aussi
06:47dans la fonction.
06:48Et on a perdu tout ça.
06:49C'est-à-dire que c'est devenu
06:50on ne sait pas
06:51si c'est un super premier ministre
06:53ou un sous-président en fait.
06:56Un dernier mot
06:56sur une thématique centrale
06:57de votre livre,
06:58c'est la puissance
06:59des géants du numérique
07:00face aux démocraties.
07:02Vous avez des scènes
07:03assez savoureuses
07:04où le président de la République
07:05dialogue avec Elon Musk,
07:06dialogue aussi avec
07:07le Trumpiste milliardaire
07:08ultra-conservateur Peter Thiel.
07:10On sent que le sujet
07:11vous fascine
07:12et qu'il vous obsède
07:13la question des interactions
07:15entre des régimes démocratiques,
07:17les démocraties libérales
07:19et les géants du numérique.
07:20Pourquoi est-ce que
07:20ça vous fascine à ce point ?
07:21Ça a commencé à me fasciner
07:22il y a un moment
07:23parce que j'ai écrit
07:23un livre qui s'appelait
07:25L'Homme nu,
07:26la dictature du numérique
07:27qui a maintenant
07:28avec Christophe Labbé
07:31du Canard Enchaîné,
07:31on a écrit ça,
07:32je crois que c'était en 2013.
07:34Et en fait,
07:37malheureusement,
07:38il se trouve que
07:39tout ce qu'on a écrit
07:39c'est réalisé,
07:40c'est-à-dire la façon...
07:41Ce qui m'inquiète
07:42pour répondre directement
07:44à votre question,
07:45c'est que le numérique
07:45a une composante idéologique
07:48qui se révèle,
07:50qui est l'idée que,
07:52finalement,
07:53je l'écris de façon
07:53un peu drôle dans le livre,
07:55mais il y a ceux
07:57qui sont dans la bulle numérique
07:58et les retardés,
07:59les attardés.
08:00C'est-à-dire,
08:00nous, on est les attardés
08:02et eux, c'est des génies.
08:03Et en fait,
08:04ils ont une conception
08:06eugéniste de l'humanité
08:09et derrière,
08:10en fait,
08:11ils ne croient pas à l'État.
08:12Ils ne croient pas à l'État,
08:13ils ne croient pas au bien commun.
08:15C'est ça qui est inquiétant.
08:17Et ils se croient plus fort
08:17que les démocraties
08:19et que les présidents
08:20auxquels ils s'adressent.
08:21Bien sûr,
08:22parce qu'ils pensent
08:22que l'État doit disparaître,
08:23ils pensent que l'impôt
08:24doit disparaître.
08:25Et en fait,
08:26pourquoi cette haine de Trump,
08:28cette haine de J.D. Vance,
08:30à notre égard,
08:31c'est parce qu'on taxe
08:32les gens du numérique.
08:34Et d'un autre côté,
08:35si on ne taxe pas
08:36le numérique,
08:38avec le déficit qu'on a,
08:40où est-ce qu'on va aller
08:40chercher l'argent ?
08:41Donc en fait,
08:41c'est vraiment
08:43une industrie émergente
08:45qui est colossale
08:46et qui en même temps
08:47porte une idéologie
08:49qui est totalement néfaste.
08:50Crise des institutions,
08:52élections numériques,
08:53voilà autant de thèmes
08:54qui sont traités
08:55dans votre roman.
08:56Submersion,
08:56c'est aux éditions
08:57Albin Michel.
08:58Merci beaucoup,
08:58Marc Duguin,
08:59d'être venu sur l'Attention Inter.
08:59Merci infiniment.
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