00:007h50 sur Inter, Benjamin Duhamel, vous recevez la présidente de l'Assemblée Nationale.
00:06Bonjour Yael Brunpivet.
00:07Bonjour.
00:07Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:10On parlera dans un instant des débats qui continuent à l'Assemblée Nationale.
00:13A quoi pourrait ressembler l'épilogue de cette interminable séquence budgétaire ?
00:17Mais d'abord, le gouvernement a annoncé hier soir une accélération de la vaccination
00:20contre la dermatose dans le sud-ouest,
00:23ce qui n'empêche pas la colère agricole de s'étendre,
00:25entre blocages, appel à la mobilisation.
00:27Après la crise en janvier 2024,
00:30l'exécutif décidément ne sait pas comment parler aux agriculteurs, Yael Brunpivet.
00:34Je ne suis pas d'accord.
00:35Je pense qu'on est dans une situation extrêmement compliquée, très douloureuse.
00:40On le voit bien et on voit un gouvernement, des gouvernements successifs,
00:45s'être considérablement mobilisés, des parlementaires.
00:49Moi, je ne connais pas un parlementaire qui n'a pas été voir et discuter avec ses agriculteurs sur le terrain.
00:55Je crois qu'on est face à une situation difficile et il faut la gérer au mieux collectivement.
01:02Et dans la concertation, c'est ce que l'on fait.
01:04Et j'espère que l'on va pouvoir réussir à déployer toutes les mesures qui ont été annoncées hier
01:10par le Premier ministre, la ministre de l'Agriculture, de façon sereine.
01:14Parmi les raisons de la colère, Yael Brunpivet, il y a bien sûr la question de la dermatose nodulaire contagieuse
01:20avec des annonces qui ont été faites sur la vaccination.
01:22Mais il y a la question du Mercosur, le traité de libre-échange entre l'Union Européenne et les pays d'Amérique latine.
01:27Il faut rappeler que le gouvernement s'y oppose, a demandé à la Commission Européenne de repousser sa conclusion.
01:32Mais pour l'instant, c'est non.
01:33La Commission ne veut pas repousser cette échéance.
01:37La France, sans minorité de blocage, n'a pas la capacité de s'opposer seule au Mercosur.
01:42Qu'est-ce que vous dites ce matin aux agriculteurs ?
01:44La France est contre, je suis contre, mais on n'y peut rien.
01:48Alors on leur dit effectivement que le gouvernement est contre, mais le Parlement aussi.
01:51C'est exprimé à plusieurs reprises à travers des votes très nets.
01:54A l'unanimité.
01:55Et à l'unanimité, donc très transpartisans pour marquer leur opposition.
01:59Alors on n'est pas contre la totalité de l'accord.
02:02On est contre cet accord-là, puisqu'on a besoin de le modifier
02:05pour simplement, et c'est du bon sens, c'est dire en fait
02:08nos agriculteurs, on ne peut pas faire en sorte qu'ils aient des boulets au pied
02:12avec un certain nombre de réglementations qui ne vont pas s'appliquer aux autres.
02:16C'est de la concurrence déloyale et ça les met en difficulté.
02:19Mais sur le fond, il y a le bon de pied.
02:21Ces arguments, on les entend, mais simplement vous voyez bien
02:23qu'on a un président de la République qui dit
02:25ce traité n'est pas acceptable dans l'État.
02:26La ministre de l'Agriculture qui dit la même chose, vous-même encore à ce micro.
02:30Et pour autant, la suite logique des choses, c'est que la Commission Européenne
02:34avalise ce traité de libre-échange.
02:36Pour le moment, ça n'est pas fait.
02:37On continue de se battre.
02:39Il y a eu un vote important au Parlement
02:41pour lequel les députés de la majorité ont voté
02:44pour qu'il y ait des clauses de sauvegarde plus importantes.
02:48C'était pas plus tard qu'hier.
02:49Qui sont considérées comme n'étant pas suffisantes par les agriculteurs.
02:52Oui, mais on va continuer à se battre.
02:54C'est ça qu'il faut leur dire à nos agriculteurs.
02:56C'est qu'on est là, on est au front,
02:57on est là pour les défendre, pour défendre l'agriculture française
03:00dans laquelle on croit et on veut leur assurer une concurrence équitable et loyale.
03:05Eh bien, on est dans un contexte européen,
03:08il faut aller convaincre, il faut prendre son bâton de pèlerin
03:10et on le fait.
03:11C'est ce qu'on fait depuis des mois et des années.
03:13Et il ne faut pas renoncer.
03:15Mais vous qui vous êtes engagé en politique comme macroniste
03:18aussi au nom d'un combat européen,
03:21est-ce que là, il n'y a pas un problème de souveraineté ?
03:23On a l'intégralité de la classe politique qui est opposée au Mercosur.
03:26Vous rappeliez ces votes qui ont eu lieu sous votre autorité,
03:28si j'ose dire, comme présidente de l'Assemblée.
03:30Ça ne pose pas un problème de souveraineté
03:31que ce traité Mercosur puisse malgré tout rentrer en vigueur,
03:34même si la France, qui est quand même la deuxième puissance européenne, s'y oppose ?
03:37C'est pour ça que nous, on doit essayer d'aller chercher des partenaires en Europe.
03:41On n'est pas tout seul.
03:42Donc effectivement, à partir du moment où on est dans un collectif européen,
03:46eh bien, il faut aller chercher des alliés.
03:48On ne décide pas tout tout seul.
03:49C'est le principe d'une union.
03:51C'est normal.
03:52Maintenant, il faut se battre.
03:53Il faut faire prévaloir nos vues.
03:55Et je pense que nous avons encore des possibilités de gagner et d'avancer.
03:59Yael Brunpivet, ces derniers jours, à ce micro,
04:01on a senti beaucoup de lassitude chez les responsables politiques,
04:03tous bords confondus, quand il était question du budget.
04:06Sans doute à l'image des Français,
04:07qui ont assisté à des tractations parfois peu claires en coulisses,
04:10à un camp présidentiel qui, Patrick en parlait,
04:12avalise la suspension d'une réforme des retraites défendue il y a encore quelques mois.
04:16Est-ce que vous avez le sentiment, du haut de votre perchoir,
04:19que ces débats ont raccommodé les Français avec la politique ?
04:24Alors, en tout cas, ils ont été assez dignes.
04:26Et ils ont été nombreux.
04:28Moi, vous parlez de coulisses ou de négociations d'arrière-cours.
04:32Ce n'est pas vrai.
04:33Il y a eu plus de 100 heures de débats dans l'hémicycle.
04:36Les compromis, moi, je les ai vus naître sous mes yeux
04:38à l'Assemblée nationale, entre parlementaires.
04:41Donc, il y a eu des discussions hyper fructueuses.
04:45Elles amènent à un compromis et à un vote
04:47qui a eu lieu hier à l'Assemblée nationale.
04:49Donc, je pense qu'on peut être fiers de ce qui vient de se passer
04:52sur le plan parlementaire.
04:53Au prix d'un déficit plus élevé, au prix de tête-à-queue idéologique.
04:57Vraiment, vous pensez que la façon dont les débats ont été menés
05:00sont à l'honneur de l'idée qu'on peut se faire de la politique ?
05:04Moi, je crois que les débats sont à l'honneur de la politique
05:07et de notre Parlement tel qu'il existe aujourd'hui.
05:10Attendez, moi, j'entends bien que certains voudraient faire prévaloir leur thèse.
05:13Mais quand ils ont 20 ou 30 députés sur 577, ça n'est pas possible.
05:17Donc, il faut être pragmatique et se tenir compte de la situation
05:20telle qu'elle est et pas telle qu'on voudrait qu'elle soit.
05:22Maintenant, comme vous le savez, moi, j'ai constaté que les règles
05:26de discussion budgétaire n'étaient pas appropriées.
05:29Et j'ai fait des propositions.
05:31J'ai demandé aux différents présidents de commissions
05:33de travailler à une réforme de nos règles budgétaires
05:36pour que, justement, le débat soit adapté à cette absence de majorité
05:41et qu'on puisse avoir une vision globale.
05:43Aujourd'hui, on n'a pas de vision globale.
05:44Donc, dans le débat, on avance petit bout par petit bout.
05:47Et c'est ça aussi qui perd nos concitoyens.
05:49Je pense qu'on aurait besoin de thématiser, d'avoir une vision globale,
05:53de mieux débattre.
05:54Et ça, on va s'y atteler dès la rentrée de janvier.
05:58Il y a, avant la rentrée de janvier, ce qui va se passer là,
06:00dans les jours qui viennent.
06:01Parce que le budget de la Sécurité sociale a été voté.
06:04Pour le budget de l'État, ça paraît beaucoup plus compliqué.
06:06Il faudrait pour cela, non seulement, qu'il y ait un accord
06:07entre les députés et les sénateurs.
06:08Il faudrait ensuite que les socialistes et les écologistes s'abstiennent.
06:12Ce qui est honnêtement un scénario assez improbable.
06:15Qu'est-ce qui va se passer ?
06:16En l'État, ça veut dire quoi ?
06:17Loi spéciale, c'est-à-dire on reconduit un budget.
06:20Et donc, on repart, comme dans le film Un jour sans fin,
06:22sur janvier, février, des débats budgétaires, une fois encore ?
06:25Alors d'abord, vous l'avez rappelé,
06:26les députés et les sénateurs vont se réunir ce vendredi.
06:29Et là, ils sont déjà en train de discuter
06:31pour voir quels sont les points d'accord.
06:33Donc, déjà, on ne peut pas se dire qu'ils n'y arriveront pas.
06:36Moi, je suis toujours optimiste, ils vont travailler
06:39et la commission mixte paritaire pourrait durer deux jours,
06:42vendredi, samedi.
06:43Donc, on va les laisser essayer de conclure un accord.
06:46Cet accord, il doit être votable par l'Assemblée nationale et par le Sénat.
06:50Et donc, il faut que ce soit un accord de compromis
06:52entre les différentes forces politiques,
06:55je pense les mêmes,
06:56qui ont accepté de rentrer dans cette logique de compromis
06:58pour le budget de la Sécurité sociale.
07:00Mais moi, je me souviens, on me disait,
07:01c'est impossible pour le budget de la Sécurité sociale.
07:04On l'a fait.
07:04Donc, ne partons pas là-dessus.
07:05Donc là, vous croyez à la possibilité,
07:09avant le 31 décembre,
07:10qu'il y ait un vote sur le budget de l'État.
07:11Moi, je crois que c'est possible.
07:13Après, si nous ne parvenons pas
07:15à avoir ce compromis en commission mixte paritaire
07:17votable par l'Assemblée nationale,
07:19eh bien, nous avons des outils juridiques.
07:21Ils existent, vous les connaissez.
07:22Ils sont prévus par notre Constitution.
07:25Nous avons le principe d'une loi spéciale.
07:26Nous avons le principe des ordonnances
07:29si le délai de débat a été dépassé.
07:32C'est encore une option, ça, les ordonnances ?
07:34Ça, c'est à la main du gouvernement.
07:37Moi, la seule option qui m'importe,
07:39c'est que le Parlement puisse continuer à débattre
07:42et voter au bout du compte.
07:43Moi, je suis très opposée à l'utilisation,
07:46à quelques moments que ce soit,
07:47du 49-3 sur le vote du budget.
07:50J'entends des voix qui s'expriment.
07:51Même si ça permettait d'accélérer les choses
07:53et de passer à d'autres sujets en janvier, février.
07:55Mais oui, mais dans une démocratie,
07:57je pense que le Parlement doit pouvoir dialoguer,
08:01débattre et voter.
08:02Le gouvernement l'a dit à de très nombreuses reprises.
08:05Il a eu raison sur le PLFSS.
08:07Continuons dans cette voie-là.
08:08Un dernier mot, Yael Bonne-Pivet,
08:09sur la commission d'enquête sur le dévisel public.
08:11Depuis le début des travaux,
08:13on assiste à des auditions musclées.
08:14Un rapporteur, Charles Aloncle,
08:16qu'on recevait à ce micro il y a quelques jours,
08:19qui publie en direct des vidéos,
08:20des échanges sur les réseaux sociaux.
08:22Comme présidente de l'Assemblée,
08:23vous êtes la garante du bon fonctionnement
08:24des institutions et de l'institution de l'Assemblée.
08:27Est-ce que pour vous, ces débats correspondent
08:29à ce que doit être une commission d'enquête
08:30ou est-ce qu'il y a un côté politique spectacle ?
08:33Il y a un peu de ça dans cette commission,
08:36comme il y en a eu dans plusieurs autres.
08:38Parfois, les commissions d'enquête
08:40peuvent être dévoyées ou utilisées
08:42à des fins politiques.
08:43Il faut faire attention,
08:44parce que c'est un formidable outil de contrôle
08:46du Parlement sur l'action
08:49des pouvoirs publics.
08:51Et donc, il faut veiller au respect des règles.
08:53Et les rapporteurs, les présidents doivent le faire.
08:57Donc, effectivement, les live tweets,
08:59le fait que des personnes auditionnées
09:01ou qui vont l'être soient,
09:03l'apprennent par voix de presse interposées
09:05avant même de recevoir une convocation,
09:07on voit bien que parfois les auditions
09:09sont compliquées.
09:10Donc, moi, j'appelle en tout cas chacun,
09:13le président et le rapporteur,
09:15à essayer de garder le maximum de dignité
09:19à cette commission d'enquête.
09:20Il en va de la crédibilité des travaux du Parlement.
09:22Vous leur avez dit, vous avez échangé
09:23à ceux qui animent cette commission d'enquête ?
09:25Je suis en train, effectivement,
09:27de rappeler à l'ordre le rapporteur
09:29pour lui demander, effectivement,
09:31de revenir à un respect de nos règles
09:34et de nos usages,
09:35de telle sorte que la crédibilité
09:36de la commission d'enquête
09:37ne soit pas remise en cause.
09:39Donc, vous allez lui écrire ?
09:41Il y a des sanctions possibles ?
09:43Alors, il y a des sanctions possibles, évidemment.
09:45Mais en tout cas, on n'en est pas là.
09:47Donc là, c'est un simple rappel à l'ordre.
09:49Mais je suis l'ensemble des travaux
09:52de l'Assemblée nationale,
09:52comme vous le dites.
09:53J'en suis la garante.
09:55Et à nouveau, c'est la crédibilité,
09:57c'est la respectabilité de ce que nous faisons.
09:59Et donc, il est important
10:00de se conformer à nos règles
10:01et à nos usages.
10:02Merci beaucoup, Yael Brandpivet,
10:03d'être venue au micro d'Inter.
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