Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 15 heures
Ce vendredi 13 mars, Bertrand Tourmente, gérant fondateur d'Althos Patrimoine, a abordé les caractéristiques du crédit privé, les problèmes des fonds d'investissement dans le crédit privé aux USA, les risques d'exposition du crédit privé en Europe, et le mécanisme du gating, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00BFM Bourse, vos placements, nos conseils sur BFM Business.
00:05On va parler de dette privée, rien à voir avec les épaves dont on parle à l'instant,
00:08on va parler de dette privée, cette thématique d'investissement dont certains pensent que ce sera peut-être le signe
00:13noir,
00:13l'autre signe noir de cette année 2026 sur les marchés.
00:15Bertrand Tourmente nous rejoint, gérant fondateur d'Altos.
00:18Bonjour Bertrand, bienvenue.
00:19Bonjour.
00:20Il se trouve que vous connaissez bien cet univers parce que vous êtes un acteur du private equity,
00:24donc vous allez pouvoir nous expliquer ce qui se passe et nous on va pouvoir vous challenger.
00:27Est-ce que vous êtes prêt Bertrand ?
00:28Je suis prêt.
00:29On y va. Plusieurs fonds semi-liquides de dette privée ont bloqué les retraits ces derniers jours.
00:33On pense à BlackRock, Mangan Stanley, Blackstone, il y en a quelques-uns comme ça.
00:37Si bien que sur les marchés, certains évoquent un possible risque type 2008.
00:42Il se trouve que donc vous le pratiquez, ce marché, est-ce que vous pouvez nous rappeler ce que sont
00:45les fonds de dette privée,
00:46les fonds evergreen semi-liquides qui aujourd'hui posent problème ?
00:49Pour un investisseur, la dette privée consiste à prêter de l'argent à des entreprises pour financer leur croissance et
00:56leurs acquisitions.
00:57Ce sont des sociétés qui sont détenues par des fonds de private equity, donc les actionnaires qui sont plutôt sérieux,
01:02on va dire.
01:04Et en réalité, en contrepartie de ce prêt, l'investisseur peut récupérer un rendement, y compris entre 6 et 10
01:10% par an.
01:12Historiquement, aux Etats-Unis, parce que finalement cette classe d'actifs, elle est principalement détenue sur le marché américain,
01:19historiquement, ce marché était détenu vraiment à travers des grands investisseurs institutionnels
01:23qui bloquaient finalement leurs fonds sur une durée de 8 à 10 ans.
01:27Ils prenaient un engagement de déployer sur la classe d'actifs 8 à 10 ans.
01:30Depuis quelques années, on a les fonds evergreen, dits semi-liquides, qui sont arrivés, qui ont révolutionné le marché
01:36en disant « je vous offre exactement le même moteur de performance et je vous donne la liquidité qui vous
01:42permet,
01:43si vous le souhaitez et si le marché le permet, une forme de liquidité trimestrielle ».
01:47Et donc, ça a attiré énormément de liquidité, surtout également aux Etats-Unis, parce qu'encore une fois,
01:53c'est eux qui ont inventé ce mode de gestion, on va dire, et qui l'ont utilisé massivement.
01:57Et donc, aujourd'hui, on se retrouve avec des acteurs qui ont tellement collecté qu'il y a une crise
02:02de liquidité potentielle.
02:04Alors voilà, qu'est-ce qui est en train de se passer là ?
02:05On entend parler de fonds qui bloquent la liquidité, qui gèlent la possibilité donc de retirer son argent, l'argent
02:10qu'on avait investi.
02:11Je pense qu'en amont, il y a vraiment un sujet qui n'est pas traité, enfin qui est identifié
02:17par le marché,
02:18mais qui n'est pas encore digéré et débusqué, c'est quel sera l'impact de l'IA sur toutes
02:24les sociétés,
02:25et sur tous les business models de logiciels au sens large.
02:28C'est-à-dire que tout le monde se dit, qui va mourir et qui va en bénéficier ?
02:32Et donc, sur cette base-là, tout le monde est en train de screener ce qu'ils détiennent en portefeuille.
02:36On est tous en train d'ouvrir notre capot en disant, mais qu'est-ce que j'ai en portefeuille
02:39?
02:39Est-ce que c'est un actif à valeur ajoutée, ou est-ce qu'au contraire, ce en quoi j
02:43'ai misé ces dix dernières années,
02:45et qui me protégeait, qui me donnait une sérénité folle, finalement, me met en risque aujourd'hui ?
02:49Et donc, ce challenge-là, on n'a pas la réponse.
02:51Et donc, une des classes actives qui se fait bousculer actuellement, c'est le marché de la dette privée aux
02:59États-Unis.
03:00Le premier qui est tombé, finalement, c'est un acteur qu'on ne connaît pas forcément en Europe,
03:03qui s'appelle Blue Howl, qui était spécialisé sur cette thématique-là,
03:07donc logiciel tech, qui n'avait quasiment que ça en portefeuille,
03:10et du coup, qui a été le premier à souffrir.
03:12Et là-dessus, on s'est dit, aïe, aïe, aïe, le premier acteur a déclenché des petits blogs.
03:17Donc, lui, il a gaité, c'est-à-dire qu'il a fermé l'accès pour protéger les investisseurs qui
03:22resteraient.
03:22Et donc, tout le monde s'est dit, mais finalement, si lui gait, tout le monde va gaiter,
03:25et tout le monde a gaité aux États-Unis, encore une fois.
03:27Aujourd'hui, la crise, elle est 100% US, c'est-à-dire qu'il n'y a pas encore
03:31de signaux sur la partie européenne,
03:32mais aux États-Unis, on voit les acteurs toutes les semaines qui ferment leurs portes les uns derrière les autres,
03:36et aux États-Unis, il y a énormément, effectivement, le private equity au sens large,
03:41investi, a toujours investi massivement sur le logiciel et sur la tech.
03:43Et donc, c'est pour cette raison qu'on a des sujets aux États-Unis.
03:46Mais du coup, oui, c'est peut-être lié tout simplement à la qualité des investissements,
03:49c'est-à-dire qu'on a eu une telle impression de frénésie qu'il y a des grands acteurs
03:53qui ont prêté à des sociétés qui n'étaient peut-être pas d'une santé redoutable
03:58et qui, du coup, n'avaient pas obtenu de prêts classiques, comme on peut en voir par ailleurs.
04:03Je pense que la qualité des sociétés, si on oublie l'intelligence artificielle,
04:07si on regarde dans le rétroviseur, elles étaient magnifiques, ces sociétés.
04:09C'est-à-dire que le logiciel, dès lors que vous êtes en monopole, etc.,
04:13et que vous êtes le roi du monde, et que vous remontez vos tarifs de 10% par an
04:16et que vos clients n'ont pas d'alternative, forcément, il y a une forme de sécurité à investir là
04:22-dedans.
04:22Maintenant, ils ont tellement remonté leurs tarifs qu'on peut se poser la question de se dire
04:25« Mais avec l'IA qui arrive, est-ce que je ne peux pas les remplacer et faire des économies
04:29gigantesques ? »
04:29Et donc, c'est la question qui est posée par le marché sur lequel on n'a pas la réponse.
04:33Mais je ne pense pas que ce ne sont pas des investissements qui sont potentiellement en risque.
04:37En revanche, le prix des valorisations de ces sociétés-là,
04:40est-ce que c'était légitime de valoriser ces boîtes-là 20 années de revenus ?
04:44C'est là où on se pose des questions.
04:45C'est une question, effectivement.
04:46Alors, l'autre question à laquelle vous tentiez de répondre tout à l'heure,
04:50c'est savoir si on est à l'abri en Europe.
04:53Bon, alors, c'est vrai qu'on n'a pas trop d'IA, donc on n'a pas eu cette
04:56frénésie, justement,
04:57et peut-être ce manque de discernement.
04:59Cela dit, Deutsche Bank, ils ont fait état de plusieurs dizaines de milliards d'euros d'exposition direct à ce
05:05phénomène.
05:06Là, il y a quelques heures.
05:08Est-ce que, par capillarité, on peut quand même éventuellement être touché de manière,
05:11je ne vais pas dire systémique, mais de manière un petit peu forte en Europe ?
05:16Ce qui est certain, c'est qu'imaginer que quelque chose qui se passe aux États-Unis
05:20ne peut pas nous arriver en Europe,
05:22ça serait complètement anachronique dans le monde dans lequel on vit.
05:27Donc, je pense que forcément, il y aura des répercussions sur le marché européen,
05:31d'où l'importance d'ouvrir le capot.
05:33Alors, quand on ouvre le capot, on se rassure quand même pas mal.
05:36C'est-à-dire que la qualité des sociétés financées et l'endettement est beaucoup plus faible.
05:40Les valorisations sont également beaucoup, beaucoup, beaucoup plus faibles.
05:42Et la part, notamment de logiciels, qui est la question, à mon sens, la plus sensible,
05:49ne représente que 10% de ce que l'on détient en Europe.
05:51Donc, 10% des positions, il y a de fortes chances pour que finalement,
05:55on arrive à traverser, pour une fois, en Europe,
05:58beaucoup mieux que ce qui se passe aux États-Unis, et c'est ce qui nous donne confiance.
06:01– Le risque, du coup, c'est la contagion psychologique.
06:03– Exactement, c'est le coût de la pompe à essence.
06:05C'est-à-dire que quand on vous dit qu'il n'y a plus d'essence,
06:07tout le monde attrape sa voiture et va faire le plein.
06:09Et donc, quand on dit, vous vous souvenez, je vous ai dit que c'était super
06:11parce qu'on a accès à de la liquidité,
06:14alors qu'avant, on ne pouvait pas l'avoir.
06:17Et là, je vous dis, maintenant que vous avez pris goût à cette liquidité,
06:19si je vous dis que ça ferme, vous avez tendance à vouloir partir.
06:21– Sauf que c'était dans le contrat.
06:22C'est ça qu'il faut quand même préciser,
06:24c'est qu'en réalité, personne n'est pris à revers dans cette histoire aux États-Unis.
06:27C'est dans le contrat qu'au-delà de tel pourcentage 5% en moyenne, je crois, de retrait,
06:31on ne peut plus retirer son argent.
06:32C'était écrit d'avance, c'était écrit au sens propre, d'avance.
06:34– Oui, alors après, le système de gating, en fait,
06:38si on le caricature, c'est 5% par trimestre.
06:40Donc, vous avez une liquidité à peu près de 20% par an.
06:43Et ces fonds-là ont systématiquement 10% de cash,
06:46plus 10% sur des loans,
06:47c'est-à-dire des obligations de taille un peu plus importante,
06:51un peu moins rentable, mais très liquide.
06:52Et donc, il y a 20% de liquidité structurellement dans le portefeuille
06:57et on a des gates à partir de 20%.
06:59L'espérance de vie d'une dette privée, c'est 3-4 ans.
07:04Donc, ça veut dire que 25 à 30% du portefeuille revient chaque année
07:07et apportent de la liquidité.
07:08Donc, de toute manière, à horizon 12-18 mois,
07:12on ne voit pas pourquoi ça continuerait finalement à poser problème
07:15vu les flux importants quand même et les besoins de la classe d'actifs.
07:19– Bon, il en reste 8 minutes, Bertrand, le temps passe toujours trop vite.
07:22Dans ce contexte-là, en tant qu'acteur de ce secteur,
07:25aussi de cette classe d'actifs, vous dites quoi ?
07:27Vous dites on maintient la cadence ou, je ne sais pas,
07:30des réactions de clients vous amènent à peut-être ajuster la voilure ?
07:33Comment on fait là ? Est-ce qu'on trouve des opportunités ?
07:34Est-ce qu'au contraire, on se réfugie ? Comment on agit ?
07:36– Alors, aujourd'hui, de toute manière, il ne se passe rien.
07:38Quand vous écoutez finalement les différents acteurs,
07:42février était un mois de record de collecte, etc.
07:43Mais comme on l'a vu aux Etats-Unis, ça peut se retrouver très vite.
07:46Il y a deux solutions, aujourd'hui, qui nous permettent de bénéficier de cela.
07:49C'est les fonds de secondaire de dette privée.
07:52Et les fonds de secondaire sont tout neufs, ça date vraiment de 2025.
07:55Donc finalement, ils n'ont aucun stock en portefeuille.
07:57Ils vont grandir et grossir dans la crise,
07:59un peu à la façon des SCPI et des nouvelles SCPI,
08:01qui vont rafler un peu la mise par rapport aux vieilles SCPI,
08:03qui se cassent un peu la figure.
08:04Donc il y a tout le train de cette façon.
08:06Et puis, il y a l'invention de l'ETF 2.0 qui arrive,
08:11qu'on appelle le run-off,
08:13qui lui, finalement, a un peu tous les avantages.
08:16C'est-à-dire que vous êtes bloqué trois ans à la souscription,
08:23le cash est 100% bloqué,
08:25le fonds est 100% déployé, donc il n'y a pas de cash.
08:27Et quand vous voulez sortir,
08:28vous attendez que les lignes se débloquent automatiquement.
08:31Et donc, il n'y a plus de stress de liquidité.
08:33Par contre, vous attendez votre retour pour sortir.
08:35Et ça, ça coche toutes les cases, et c'est le marché d'avenir.
08:37Merci beaucoup.
08:38Bertrand Tourmante avec nous aujourd'hui.
08:40Altos, bon retour Bertrand.
Commentaires

Recommandations