- il y a 6 mois
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00:03Je vous le disais dans les titres de ce carrefour de l'information, on en parle aujourd'hui des enfants
00:08de la rue à Bruxelles.
00:09Le délégué général aux droits de l'enfant, sous la main de l'Agdim, alerte sur une précarité galopante.
00:15Il est d'ailleurs avec nous, notre invité aujourd'hui. Bonjour.
00:17Bonjour.
00:17Merci d'être avec nous sur Arabelle. Alors aujourd'hui, vous tirez la sonnette d'alarme.
00:21Est-ce qu'il y a réellement, pour les gens, pour les informer, des enfants qui dorment dehors à Bruxelles
00:26en ce moment ?
00:26Oui, malheureusement, la situation est assez catastrophique. On a franchi une ligne rouge depuis environ un an.
00:33Il faut savoir que les maisons d'accueil et l'aide sociale d'urgence ont toujours priorisé en disant qu
00:37'on donne la priorité aux familles avec enfants par rapport aux hommes solos.
00:42On va dire ça comme ça. C'est un choix qui est déjà discutable en soi. Mais même ça, aujourd
00:47'hui, on n'arrive plus à le faire.
00:48Et chaque semaine, c'est des centaines de familles avec enfants qui se retrouvent à la rue, donc littéralement, qui
00:52dorment sur des cartons.
00:54Et donc, en tant que délégué général aux droits de l'enfant, je suis non seulement indigné par cette situation,
00:59mais on voit que ces réalités vont handicaper la scolarité, le bien-être, le développement de l'enfant.
01:05Quand on parle d'enfants à la rue, de quoi parle-t-on concrètement ? Est-ce que c'est
01:10uniquement l'espace public ?
01:12Alors, pas spécialement. On a majoritairement dans l'espace public, mais on a aussi tout un public qui est en
01:17errance, qui parfois dort dans des voitures, dorme dans des garages, sont parfois aussi hébergés de manière tout à fait
01:22exceptionnelle chez des connaissances, dans un réseau élargi, mais donc qui n'ont pas un domicile fixe en réalité.
01:29Alors, est-ce qu'on pourrait avoir quelques chiffres pour illustrer un petit peu l'ampleur de ce fléau en
01:34termes de personnes mineures sans chez soi à Bruxelles ?
01:37Alors, sur Bruxelles, on est autour de 137 familles, donc c'est des moyennes. Et je suis très prudent dans
01:43les chiffres que j'avance, parce que ce sont des recensements qui sont des recensements visibles.
01:48Il y a toute la partie invisible, donc c'est probablement une sous-estimation. Et puis, vous savez, il y
01:53a des dispositifs hivernaux qui sont d'application jusqu'à fin mars.
01:57Et donc, ça veut dire qu'à partir de fin mars, on va perdre toute une série de places aujourd
02:00'hui qui sont consacrées à l'accueil de ces personnes et qui vont se retrouver à la rue.
02:06C'est d'autant plus inquiétant que les maisons d'accueil n'ont pas été pensées initialement pour accueillir des
02:10enfants.
02:11Donc, souvent, les enfants, en plus, lorsqu'ils sont accueillis, le SAMU social, par exemple, fait tout ce qu'il
02:16peut et de la meilleure manière possible,
02:18mais ils n'ont pas été conçus ou pensés pour accueillir des enfants. C'est des structures qui ont été
02:23pensées pour accueillir des adultes.
02:24Et donc, souvent, les enfants sont en plus les bagages de leurs parents et presque des objets.
02:28Alors, vous évoquez aussi des situations hors radar, des familles sur des canapés, dans des squats.
02:33Est-ce que c'est une réalité encore plus importante que ce que l'on imagine ?
02:37Oui, oui, oui. Les chiffres... Alors, on a vu les derniers chiffres de Stade Bell qui disent que c'est
02:42plus ou moins stable, les indicateurs de pauvreté.
02:46En réalité, ce n'est pas tout à fait vrai parce que quand on regarde ça à la loupe, on
02:50se rend compte qu'il y a des familles qui sont de plus en plus pauvres.
02:54L'écart ne fait que se creuser. Et on a de plus en plus de familles qui se rapprochent du
02:59seuil de vulnérabilité, c'est-à-dire qui risquent de basculer.
03:02Des familles qui, parfois, ou les deux parents travaillent, mais qui ont des salaires qui sont à peine plus élevés
03:09qu'un revenu d'intégration sociale.
03:11Donc, c'est très compliqué.
03:12Solaïmal Lagdim, selon vous, quelles sont, je dirais, les principales causes de cette situation ?
03:17Crise du logement, politique migratoire, expulsion, un peu de tout, finalement ?
03:21C'est un peu de tout. En tout cas, on voit aujourd'hui de plus en plus des politiques d
03:25'austérité qui viennent s'opposer à des politiques de solidarité.
03:29Et en plus, ça se fait de manière simultanée à différents niveaux de pouvoir, sans presque aucune concertation.
03:35Et donc, toutes ces politiques, elles sont prises simultanément et elles touchent toujours les mêmes personnes.
03:40On pourrait citer des publics, il y a des ménages monoparentaux qui subissent de plein fouet toute une série de
03:45mesures à différents niveaux de pouvoir.
03:46On a les enfants en situation de migration, les familles en situation de migration pour qui c'est très, très
03:52compliqué.
03:52Et où on est dans un discours très dur à leur égard, même très déshumanisant.
03:57D'ailleurs, même dans la manière de les aborder.
04:00On parle de mineurs étrangers non accompagnés.
04:03On parle de sans-papiers.
04:04Donc, on les renvoie à une situation administrative au lieu de dire que ce sont des personnes qui sont en
04:09grande vulnérabilité et qu'il faut aider.
04:10– Vous avez évoqué les familles monoparentales, on parle donc souvent de mères seules avec des enfants dans ces situations.
04:18Est-ce que le phénomène est en augmentation aujourd'hui ?
04:20– Alors, aujourd'hui, en tout cas, il y a une étude de la Fondation Roi Baudouin qui a été
04:24faite, qui nous dit quoi ?
04:26Qui nous dit que les ménages monoparentaux, c'est environ 85% de mamans solos.
04:31Souvent, ce sont des mamans qui ont la garde exclusive de leurs enfants, c'est-à-dire le papa est
04:36totalement absent,
04:37pas de pensions alimentaires qui sont payées, des contrats d'une précarité assez terrible.
04:42Et en fait, on évalue qu'ils ont quatre fois plus de risques de basculer dans la pauvreté.
04:47Donc, ça ne veut pas dire que tous les ménages monoparentaux sont pauvres,
04:50mais statistiquement, il y a quatre fois plus de risques de basculer dans la pauvreté.
04:54– Je voulais revenir sur un point.
04:56Vous l'avez évoqué brièvement tout à l'heure, la fermeture de places pour familles à partir du 31 mars.
05:01Et on parle d'un possible effet falaise.
05:04Alors, qu'est-ce que ça signifie concrètement ?
05:06– Vous savez, vous pouvez être dans le déni de la réalité.
05:09La réalité, elle est là.
05:11J'entendais dernièrement la ministre de l'Asie et de l'Immigration
05:13qui se targuait de dire que sa politique était hyper efficace
05:17parce qu'il y avait une diminution des demandes,
05:19ce qui est peut-être vrai dans le système, sauf que les gens sont toujours là.
05:22Or, les gens, s'ils ne sont pas pris en charge, ils sont dans la rue, ils sont en mode
05:25survie.
05:26Et vous savez, ce n'est pas un problème de gauche ou de droite,
05:28c'est d'abord une vraie cause en termes de dignité humaine
05:33et de respect de nos engagements internationaux en la matière.
05:37Et puis, si vous ne faites rien, vous avez un risque sérieux pour la sécurité publique.
05:42Donc oui, il faut davantage de solidarité, il faut davantage de politique sociale ambitieuse,
05:48il faut davantage d'efforts de solidarité par rapport au groupe à risque de pauvreté.
05:52Et puis, il y a deux leviers, si vous voulez lutter contre la pauvreté,
05:55il y a le coût et les revenus.
05:56Donc, faire en sorte que tout le monde ait un revenu décent pour vivre correctement
05:59et puis le coût des services, faire en sorte qu'il soit le plus accessible possible.
06:05Vous voyez qu'on a fait l'inverse ces derniers mois.
06:09Alors, Solémane Lagdim, d'une manière plus générale,
06:11notre pays, la Belgique, s'est engagée à mettre fin au sans-abris d'ici 2030.
06:14Alors, est-ce que c'est un objectif encore crédible et réalisable aujourd'hui ?
06:18Là, en tout cas, on prend la direction inverse.
06:21Alors, vous insistez aussi sur la responsabilité collective des différents niveaux de pouvoir.
06:26Qui doit finalement agir en priorité ?
06:27Mais en fait, tout le monde, et c'est un peu le problème qu'on a
06:30avec le morcellement institutionnel de notre pays,
06:32qui souvent, ce n'est pas juste une question de moyens,
06:35c'est un système qui se court-circuit lui-même très très souvent.
06:38et souvent, on a des compétences qui sont partagées,
06:44mais qui ne sont pas assumées.
06:45Et en fait, tout le monde devrait assumer ces compétences.
06:50Pareil, si on prend par exemple le cas de la santé mentale,
06:53la santé mentale, ce n'est pas juste l'aspect sanitaire qu'il faut aborder,
06:56c'est des différents aspects, c'est le logement, c'est l'éducation.
06:59Et souvent, on a des compétences comme ça qui ne sont pas assumées
07:01par les différents niveaux de pouvoir.
07:04Donc, remettre de la cohérence dans le pilotage de nos politiques publiques
07:07serait une bonne chose, au-delà des moyens.
07:09Alors, au-delà de l'urgence, des solutions structurelles
07:12pourraient vraiment changer la situation.
07:14Vous avez aujourd'hui le sentiment que les autorités
07:17prennent cette alerte suffisamment au sérieux ?
07:19Non, non, parce que vous savez, quand vous avez des enfants à la rue,
07:22il y a toute une série d'études, d'analyses,
07:27notamment du monde académique, mais pas que,
07:29de docteurs en économie qui ont fait des études très sérieuses
07:31qui montrent que c'est un non-sens économique
07:34de ne pas intervenir de manière précoce au niveau de la pauvreté.
07:37Au plus, on intervient de manière précoce au niveau de la pauvreté,
07:39au plus, on a un impact conséquent sur le long terme.
07:42En fonction des départements, on estime qu'un euro investi,
07:44parce que ce sont des investissements, il faut le rappeler,
07:46un euro investi, c'est entre 7 et 15 euros gagnés sur le long terme.
07:50Donc, au-delà du choix politique,
07:51c'est un choix économique qui n'a pas de sens de ne pas le faire.
07:55Encore une question, si vous le voulez bien.
07:57Vous avez un message qui est relativement clair.
07:59Zéro enfant en rue.
08:00Qu'est-ce qu'il faudrait faire aussi concrètement,
08:02décider des deux mains, pour essayer du moins de se rapprocher
08:06de cet objectif ?
08:07Alors, il y a plein de mesures à prendre.
08:09La première, c'est avoir une politique de logement
08:11qui soit très accessible.
08:13On sait qu'il y a un lien très très fort entre l'accès à un logement décent
08:16et le basculement vers la pauvreté.
08:18Donc, en réalité, dans nos différentes politiques,
08:21ça devrait être la colonne vertébrale de toutes nos actions politiques,
08:24parce que le logement, c'est aussi un secteur économique
08:27qui peut avoir des retombées très favorables
08:30d'un point de vue économique.
08:31Donc, c'est investir massivement dans des politiques sociales,
08:34c'est avoir des politiques de soutien à des groupes
08:38qui sont plus vulnérables, les plus fragilisés,
08:41les plus abîmés de notre société.
08:42On sait que des politiques à leur égard
08:44sont des politiques qui profitent à l'ensemble de la société,
08:47pas uniquement à eux.
08:48Et puis, agir sur les revenus et les coûts,
08:50comme je le disais tout à l'heure.
08:51– Agir, la conclusion du délégué général aux droits de l'enfance,
08:55Solémane Lagdim, qui alerte donc sur cette précarité galampante
08:58les enfants de la rue à Bruxelles.
08:59Merci en tout cas pour votre éclairage.
09:01– Merci, merci.
09:01– On se retrouve dans quelques instants
09:02pour la suite de votre Carrefour de l'Info.
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