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00:00Le carrefour de l'info sur Arabelle.
00:06Et dans votre carrefour de l'information, aujourd'hui on a deux invités pour parler identité, transmission et parcours de
00:13vie,
00:13avec des invités d'ailleurs passionnants, Rime Arara qui est chercheuse spécialisée dans les questions liées aux migrations,
00:19aux dynamiques identitaires et aux enjeux culturels. Bonjour.
00:21Bonjour M. Tariq.
00:23Et avec nous, Jamal Din Tedlawi, docteur en sociologie politique.
00:26Il travaille d'ailleurs depuis plusieurs années sur les dynamiques d'intégration des populations issues justement de l'immigration.
00:32Jamal Din Tedlawi, bonjour.
00:34Bonjour C. Tariq.
00:35Merci à vous deux d'être avec nous sur Arabelle.
00:37Peut-être que je vais commencer avec vous, je sais qu'honneur d'âme, mais exceptionnellement, je vais commencer avec
00:41C. Tedlawi,
00:41avec une première question toute simple pour commencer.
00:44Pourquoi avoir lancé cette recherche-action, disons, sur les Marocains de Belgique ?
00:48Qu'est-ce qui vous a, disons, manqué dans les études précédentes, existantes ?
00:52En fait, c'est une étude action. C'est sur la base du doctorat que RIM a pu faire à
01:01l'université qu'on a décidé de faire ce livre-là.
01:05Donc, elle serait à même mieux de parler de son parcours doctoral que moi.
01:12Moi, je l'ai accompagné dans la finalisation de son doctorat, mais tous les deux, on a convenu de faire
01:20ce livre-là sur les identités,
01:22la construction identitaire de ces trois générations de Marocains à partir des immigrés qui étaient là depuis 1960.
01:32On y reviendra dans quelques instants. Je vous pose justement aussi la question à vous, RIMARA, c'est quoi le
01:37déclic, finalement ?
01:38En fait, le déclic s'est arrivé quand je suis venue ici en 2008. Alors, je suis venue dans le
01:43cadre du regroupement familial.
01:45Et puis, j'ai été surprise par la présence massive des Marocains ici en Belgique.
01:50Je me suis dit, mais qu'est-ce qu'ils font ici ? Pourquoi ils sont là ?
01:54C'est à ce moment-là que j'ai décidé de faire un master en sciences du travail.
01:59Donc, j'ai étudié la question de l'immigration. D'abord, pourquoi les immigrés sont habilités à trouver du travail
02:06dans les associations,
02:07mais pas dans des jobs en tant que tels.
02:10Donc, c'était ma première expérience avec les immigrés.
02:13Puis après, j'ai poursuivi mes études avec un doctorat que j'ai commencé en 2013.
02:18C'est à ce moment-là que je voulais connaître les dynamiques migratoires.
02:22Pourquoi les Marocains sont-ils ici ? Qu'est-ce qu'ils font là ?
02:25Et cette arrivée massive des Marocains, c'est-à-dire, est-ce qu'ils sont bien reçus ?
02:31Est-ce qu'ils trouvent facilement du travail ?
02:33Eh bien, je voulais savoir, je me suis posé beaucoup de questions.
02:37Et c'est à travers ce doctorat que j'ai pu répondre à plusieurs questions.
02:40Et j'ai pu comprendre le parcours migratoire des Marocains de Belgique.
02:44Et puis après, j'ai commencé à m'intéresser à toutes les générations,
02:48c'est-à-dire aux trois générations depuis 1960 jusqu'à 2020.
02:52Alors justement, Réhbara, quand on parle de construction identitaire,
02:55ça peut sembler quelque part abstrait.
02:58Alors concrètement, ça veut dire quoi dans la vie de tous les jours ?
03:01Tout à fait.
03:01La construction identitaire est un procédé qui est très complexe.
03:06Donc dans la vie quotidienne, la construction identitaire,
03:09ce n'est pas quelque chose qui est d'abstrait ou de figé.
03:12C'est la manière dont les individus se définissent, se positionnent,
03:15en fonction des contextes dans lesquels ils évoluent.
03:18Donc l'identité est une construction composite qui se fait tout au long de la vie.
03:24Et ça se joue aussi dans des situations très ordinaires,
03:27telles que la langue qu'on choisit de parler,
03:29selon qu'on est à la maison, selon qu'on est au travail, dans la rue, etc.
03:34La façon dont on se présente, je suis marocain, je suis belgo-marocaine,
03:38je suis bruxelloise, et aussi les pratiques culturelles ou religieuses
03:42qu'on adopte, qu'on adapte, ou parfois qu'on met à distance.
03:46Donc tout ça, ça nous rappelle que la construction identitaire est un concept qui est composite.
03:51On le fait, c'est-à-dire on le construit tout au long de la vie.
03:55Et ça s'influence, notre identité est influencée tellement par nos expériences,
04:02par nos vécus, par nos relations, etc.
04:05Alors vous avez évoqué les trois générations.
04:08On va parler de la première génération, celle des parents ou encore des grands-parents,
04:11qui a souvent été citée et décrite comme sacrificielle.
04:14Est-ce que votre recherche confirme cette idée finalement ?
04:19Si on dit que la première génération, elle est sacrificielle,
04:23c'est-à-dire que c'est une question qui mérite d'être nuancée.
04:26La première génération, elle s'inscrit souvent dans une logique de sacrifice, oui,
04:31parce qu'ils ont fait une... c'est une émigration économique,
04:33c'est l'abandon des familles au Maroc, c'est aller voir l'inconnu.
04:37Ils sont venus ici, ils ne connaissaient rien du tout,
04:39ils ne connaissaient pas la langue aussi.
04:41Et donc les conditions de travail dans lesquelles ils ont exercé leurs fonctions étaient très difficiles.
04:47Donc ce sont des gens aussi, cette première génération,
04:50elle a mis entre parenthèses ses projets de vie.
04:53Elle est venue ici, elle a sacrifié beaucoup de choses.
04:55Mais aussi, c'était une génération qui donne l'exemple pour toutes les autres générations.
05:05Donc c'est elle qui a milité, c'est elle qui a travaillé,
05:07c'est elle qui s'est résiliée, c'est elle qui a mis du courage,
05:12donc dans son sac à dos qui était vide de plusieurs choses,
05:16mais son sac, il était rempli de courage, de beaucoup de courage et de peu de rêves.
05:21Donc c'est une génération qui a montré le chemin aux générations subséquentes.
05:26Alors justement, les jeunes aujourd'hui, chez nous, nés en Belgique,
05:29est-ce qu'ils vivent toujours coincés entre deux mondes, problème identitaire,
05:32ou bien on est passé quelque part à autre chose ?
05:35Les jeunes, tout au long de leur vie, comme leurs aînés,
05:42ils sont dans un processus de construction d'identité.
05:44Donc il n'y a pas une fracture nette entre eux, ce que les parents ont vécu,
05:51et puisqu'ils continuent à concevoir, à vivre, à interagir avec le milieu dans lequel ils vivent.
05:57Donc c'est, comme on disait, comme le dit Amine Malouf,
06:03les identités, c'est des identités composites.
06:05Donc la socialisation primaire va permettre à ces jeunes-là d'avoir des bribes culturelles de leurs parents,
06:14de leurs grands-parents, et puis eux, ils s'approprient tout cela,
06:17ils les façonnent à leur goût, en fonction du contexte dans lequel ils sont,
06:21et quand ils sont, par exemple, dans cette deuxième socialisation, notamment ici en Belgique.
06:26Alors vous introduisez aussi un concept plutôt intéressant dans votre ouvrage,
06:30le capital associé.
06:31Alors dit comme ça, ça paraît un peu bizarre, intriguant.
06:34Est-ce qu'on peut nous expliquer un peu tout ça ?
06:36Oui, bien sûr.
06:37Alors le capital associé ou le capital associatif,
06:39ce sont l'ensemble des ressources que toutes les générations,
06:44elles ont mis en action dans les associations,
06:48puisque la première génération, c'est elle qui a initié les associations de type religieuse.
06:53Puis quand les générations sont venues,
06:55la deuxième génération, elle a introduit d'autres activités dans les associations,
06:59telles que les activités culturelles, sociales, les activités sportives, etc.
07:03Puis la troisième génération, elle est venue pour introduire aussi de nouvelles activités,
07:07plus politiques et autres, environnementales.
07:11Et toutes ces ressources-là, qu'ils ont mises ensemble dans les associations,
07:17ça représente un capital associatif qui leur a permis de s'intégrer,
07:22qui leur a permis une visibilité, mais aussi une reconnaissance.
07:27Donc ils sont là, ils ont agi sur leur société.
07:29Ils n'ont pas pris leur société en tant que telle,
07:31mais ils ont participé, ils ont transformé la société
07:35et par la suite, ils ont été visibles et reconnus dans la société d'accueil.
07:39Donc pour les Indes, bien sûr, la Belgique, c'est la société d'accueil des Indes,
07:42mais aussi c'est la société d'origine de la troisième génération
07:46et parfois de la deuxième génération.
07:48Donc ce sont des ressources qu'ils ont construites collectivement
07:53pour un bien-être collectif.
07:55Alors Rime Arara, Jamal Adin Tedlawi, ne bougez surtout pas,
07:57on marque une courte pause et on se retrouve juste après.
08:08Et on retrouve nos invités, Rime Arara et Jamal Adin Tedlawi.
08:12Je me tourne vers vous, Jamal Adin Tedlawi, justement,
08:14pour poursuivre un peu cet éclairage sur ce capital associé.
08:17Donc le capital associatif ou associé fait une suite relativement logique
08:24des différents capitaux développés par Bourdieu, il y a quelques années déjà,
08:29qui parlait du capital économique, du capital social et du capital symbolique.
08:33Nous, à l'issue de ce travail relatif à l'évolution des transmissions intergénérationnelles,
08:40on s'est rendu compte que le passage ou les différents passages successifs
08:43des trois générations dans les associations
08:45leur a permis de développer une dextérité, un nouveau sens
08:52pour pouvoir se l'approprier et s'intégrer.
08:57Donc s'intégrer veut dire avoir à devenir citoyen dans la société d'accueil,
09:02qui est la société belge.
09:03Donc cet élément-là, il ne nie pas ce que Bourdieu a déjà réalisé,
09:07mais il le poursuit, c'est une continuité, sans pour autant nier les découvertes précédentes.
09:17Donc nous, on veut mettre en valeur le rôle joué et par les acteurs
09:23qui sont impliqués dans les associations de différents types.
09:27Donc je peux même faire un petit glissement vers le Québec d'où je viens,
09:32où la place des associations est telle que, oui, c'est un passage obligé,
09:37on pourrait dire, pour les populations immigrées,
09:40afin de s'habituer des us et des coutumes, des nouveaux milieux,
09:45et puis de faire un tremplin vers le milieu de travail traditionnel.
09:49Voilà. Juste un clin d'œil par rapport au Québec,
09:53à signaler que vous êtes tous deux enseignants dans des universités à Montréal.
09:59Une précision peut-être là-dessus, Jamal Dintedlaoui ?
10:00Oui, j'enseigne dans les trois universités du Québec à Montréal,
10:04l'Université de Montréal et l'Université de Sherbrooke,
10:06où on a développé ce qu'on appelle un programme de médiation interculturelle,
10:11quelque chose qui est intéressant et qui est aussi intégré dans notre livre.
10:15Donc la dimension interculturalité a été traitée dans notre livre
10:18pour dire que les trois générations, en lien avec la société d'accueil,
10:25transmettent, reçoivent des idées de part et d'autre
10:29pour se former et accomplir ce capital associatif
10:34afin de bien s'intégrer dans la société d'accueil.
10:37Rima, aussi vous avez des attaches avec le Québec.
10:39Oui, oui, tout à fait.
10:40Donc je suis allée au Québec pour une mission.
10:43Donc j'étais project manager dans un centre communautaire
10:46où je faisais des activités pour les émigrés.
10:49Et c'est à partir de là que j'ai compris que les associations communautaires
10:53demeurent un levier justement d'intégration pour les émigrés.
10:56Pourquoi ? Parce que c'est dans ces associations-là qu'ils vont comprendre,
10:59ils vont apprendre déjà la langue du pays,
11:02ils vont apprendre le mode de vie du pays,
11:04ils vont apprendre plusieurs, ils vont acquérir plusieurs ressources
11:07qui vont leur permettre une visibilité, une reconnaissance,
11:11une participation citoyenne.
11:13Et combien de fois, c'est-à-dire des gens sont passés par le centre
11:18où je travaillais et par la suite, ces personnes ont eux-mêmes
11:22initié leur propre activité qui leur a permis un développement personnel,
11:27mais aussi communautaire.
11:28Et j'ai envie aussi de rebondir sur le capital associatif
11:31qui est une plus-value de notre livre.
11:33C'est parce que les émigrés, quand ils s'associent
11:38dans des associations communautaires, c'est là où il y a des soutiens divers.
11:43Le soutien affectif, le soutien de famille, le soutien moral,
11:47la confiance, il y a des relations de support.
11:51Donc la transmission, elle se fait d'une façon,
11:55c'est-à-dire pas de contraintes, pas de pressions,
11:58mais d'une façon normale.
12:00Et les transmissions, elles sont comprises entre les générations
12:03et par la suite, on va avoir une visibilité, une reconnaissance
12:06de toutes ces personnes-là qui travaillent dans les associations.
12:10Alors on va enchaîner à présent sur la question essentielle,
12:12celle des racines, le lien avec le Maroc.
12:15Est-ce qu'il reste assez fort chez les nouvelles générations
12:17ou au contraire, est-ce qu'on assiste à une forme, disons,
12:19d'ancrage pleinement belge aujourd'hui ?
12:22L'enracinement qui passe par le grand-père,
12:26qu'on appelle les exilés volontaires, les regroupés familiaux,
12:29les parents, il est relativement dilué,
12:35tout en ayant ces liens sporadiques, j'allais dire.
12:40On revient en vacances, on va découvrir d'autres choses,
12:44mais les grands-parents insistent beaucoup sur cette dimension
12:48d'ancrage culturel, religieux et au niveau de la langue.
12:55Donc c'est quelque chose, ce sont des éléments distinctifs,
12:59la langue est un élément distinctif de l'identité.
13:03Et les parents, les grands-parents notamment, ont beaucoup travaillé là-dessus
13:06afin qu'ils gardent ce lien, non seulement affectif,
13:09mais de vocabulaire, de sens et puis de rêve aussi à travers la langue,
13:14que ce soit arabe, pas classique, mais la derija ou bien tarifite
13:19des populations qui viennent du Rif du Maroc pour s'installer en Belgique.
13:24Alors justement, ce sentiment d'appartenance multiple,
13:27est-ce qu'il est vécu comme une richesse ou parfois comme un tiraillement ?
13:31Écoutez, d'après les récits de vie justement de la troisième génération,
13:35ils ont compris que c'est une richesse.
13:37Parce que la possession de culture pour ces personnes-là
13:40est un attribut identitaire fort et ils se considèrent comme riches
13:44par rapport à leurs collègues, que ce soit à l'école, que ce soit au travail,
13:50puisqu'ils détiennent de culture, de langue,
13:52ils détiennent des rites que les autres n'ont pas.
13:56Et on a remarqué que cette troisième génération,
13:58elle est plus attachée à la culture marocaine
14:03parce que c'est un attribut qu'eux, ils ne veulent pas perdre.
14:06Donc ils se sentent plus riches, ils ont des différentes choses plus que les autres.
14:13Donc ils sont particuliers et ce sont des attributs identitaires auxquels ils sont fiers.
14:19Alors dans votre livre, je le montre d'ailleurs à la caméra,
14:22« Construction identitaire et stratégie familiale »,
14:25on comprend que les jeunes deviennent quelque part, entre guillemets, des passeurs.
14:29Concrètement, ils font le lien entre qui et qui ?
14:32– Justement, l'idée du passeur, ce qu'on appelle dans le livre,
14:37ils sont tous les trois, les trois générations, sont des médiateurs qui s'ignorent.
14:42Donc ils font le lien entre le Maroc à travers le grand-père, le père,
14:47je parle du petit-fils ou du fils,
14:50et chacun va apporter une certaine plus-value de ce que vit chacun, chacune des générations.
15:01Donc ce lien que j'appelle médiation interculturelle,
15:06il y a certains qui vont travailler cette médiation culturelle.
15:11Il y a une différence entre l'interculturel, le culturel et le transculturel.
15:16Chacune des générations va avoir une niche de médiation en fonction de ce qu'elle a
15:21pour pouvoir le transmettre, le partager et en se l'appropriant à travers cet espace associatif.
15:29Il faut le garder en tête.
15:30Donc le lien du petit-fils avec le transculturel, avec le Maroc, il est là.
15:37Mais il se l'approprie de différentes façons.
15:42Pas comme le cadet, la génération pivot, les deuxièmes générations ou les premières générations.
15:48Alors oui, un complément.
15:50Est-ce que je peux revenir ?
15:51Je vais t'expliquer aussi par rapport à l'image ici, à l'illustration.
15:56Dans cette image-là, il y a le grand-père, le père et le petit-fils qui sont autour d
16:02'une table.
16:02Ça veut dire qu'il y a une transmission circulaire.
16:05Mais cette transmission, elle est en même temps ascendante et descendante.
16:09Chacun transmet à l'autre génération ce qu'elle voit utile, nécessaire.
16:15Et ils sont engagés tous dans une transmission.
16:18Ce qui est aussi important de dire, c'est que la troisième génération, qui sont les cadets,
16:23ils transmettent aussi.
16:24Ils transmettent quoi ?
16:25Ils transmettent tout ce qui est informatique.
16:27Tout ce qui est, par exemple, ce sont eux qui ont aidé leurs parents et grands-parents
16:32à avoir le WhatsApp, à avoir le web, à être toujours connectés.
16:40Voilà.
16:40Donc ça, c'est une transmission qui est particulière par rapport à la jeunesse.
16:43Mais les aînés aussi, ils ont des transmissions culturelles, culturelles,
16:48des transmissions de solidarité, que ce soit la solidarité avec la famille d'ici
16:53ou la famille de là-bas.
16:55Donc tout ça, ça reste des transmissions diversifiées entre les trois générations.
16:59Et si je peux rebondir, c'est que la transmission ne se limite pas à une niche particulière.
17:07On passe autant des valeurs, on parle de la langue, d'accord ?
17:12Et du sens de la vie.
17:14Du sens de la vie.
17:15Donc les jeunes qui sont nés ici en Belgique, donc ils essaient d'apprendre la langue enseignée
17:23à la maison, que ce soit le Darija ou le Tarifit ou le Tashlehit.
17:27Donc les parents, ils ont quand même un certain scrupule d'une certaine façon.
17:35Ils auraient souhaité que leur progéniture apprenne davantage l'arabe,
17:40apprenne davantage les rites et les rituels, etc.
17:43Mais les jeunes, ils l'apprennent en fonction de leurs appropriations.
17:47Donc en s'adaptant dans leur milieu de vie, tout en étant eux-mêmes.
17:51Donc hormis les différentes difficultés qu'on peut vivre dans un espace d'immigration
17:57pour les premières et les deuxièmes générations.
18:00Alors quelques mots à présent, si vous voulez bien, de la réussite sociale.
18:04Est-ce que d'après vous, ça change un petit peu la manière de vivre son identité ?
18:08La réussite sociale est un ascenseur.
18:11C'est un ascenseur social qui permet de prendre davantage de place au soleil.
18:18Et les grands-parents ont beaucoup travaillé, y compris avec les cadets,
18:24la génération pivot, afin que la troisième génération puisse faire des études longues,
18:29puisse se spécialiser dans telle ou telle sphère de la vie,
18:33et puis qu'ils soient dans les différents espaces, même de décision.
18:40Comme on le voit aujourd'hui, on ne les a pas étudiés dans notre livre.
18:43On s'est rendu compte qu'il y a beaucoup de Marocains qui font de la politique, par exemple.
18:48Donc, et des commerçants, des gens qui ont des espaces de développement assez significatifs.
18:56– Alors, je peux aussi ajouter et corroborer ce que professeur Jamel Dinh vient de dire,
19:02c'est que la première génération, quand elle est venue ici en Belgique, elle était illettrée.
19:06La deuxième génération, elle avait fait une partie de ses études au Maroc,
19:09puis elle les a complétées ici, à travers les écoles professionnelles et techniques.
19:14Alors que la troisième génération, elle a fait des études supérieures, universitaires, etc.
19:19Et malgré la détention de ces diplômes, cette troisième génération n'est pas arrivée à s'accomplir dans le monde
19:28du travail.
19:29Elle a toujours... Il y a des gens, bien sûr, qui ont réussi,
19:32mais des gens qui... D'autres personnes de la troisième génération
19:35qui n'arrivent pas à trouver un emploi ou qui rament.
19:40Donc, c'est pour ça qu'on voit que, oui, les diplômes, c'est un ascenseur social,
19:46mais parfois, il peut être un handicap aussi pour la troisième...
19:50Notamment pour certaines personnes de la troisième génération
19:53à ne pas aller plus loin dans leur réussite professionnelle.
19:56Alors, on va parler de votre présence chez nous, en Belgique,
19:59pour faire quelque part aussi la promotion de votre ouvrage.
20:02Vous êtes là pour pas mal de temps.
20:04C'est une vraie tournée qui a déjà commencé.
20:06Quels sont un petit peu vos objectifs ?
20:08Nos objectifs, c'est de mettre de l'avant
20:13certains éléments en lien avec l'immigration.
20:16D'accord ? L'immigration, et puis en comparaison avec ce qu'on vit
20:21dans le champ migratoire au niveau du Canada, etc.
20:25D'abord, les associations, les associations qui sont mal vues,
20:30indexées très souvent par les gouvernements,
20:32d'être marginales, d'être...
20:36Manipulées.
20:37Pardon ? Manipulées, instrumentalisées, radicalisées, etc.
20:41Notre livre vient pour dire, mais écoutez,
20:43il faut que vous puissiez changer votre regard
20:46par rapport à ces associations-là,
20:47qui permettent et qui travaillent à la place des gouvernements
20:51en vue d'intégrer, de différentes façons, certes,
20:55les personnes issues d'immigration,
20:57mais c'est quelque chose qui est clair et net,
21:01dans la mesure où, aussi, les grands-parents
21:03sont venus seulement en pensant à un aller-retour.
21:08Mais ils sont restés.
21:09Donc, ils ont développé ce capital associatif
21:11pour autant asseoir leurs arrières,
21:16tout en gardant les liens avec le pays d'origine.
21:21Donc, il est un, ce capital associatif.
21:25Deuxièmement, c'est que le cheminement de ces trois générations
21:30n'est qu'un alibi, n'est qu'un alibi
21:32qui pourrait être utilisé pour analyser,
21:36travailler les différents autres mouvements migratoires,
21:39que ce soit au Québec, que ce soit en France ou ailleurs.
21:42Donc, ce sont les, selon nous,
21:44à moins que Rime veuille ajouter quelque chose là-dessus,
21:46parce que c'est les deux éléments essentiels,
21:49la mise en valeur des associations,
21:51en vue qu'ils prennent aussi un autre ancrage,
21:54un autre regard sur leur travail qu'ils font
21:59en découvrant ce capital associatif, notamment.
22:01Alors, il nous reste quatre petites minutes.
22:03Encore deux, trois questions.
22:04On va essayer peut-être d'aller un peu plus rapidement.
22:06Peut-être, vous voulez ajouter quelque chose ?
22:08Oui, merci beaucoup Tarek.
22:10Donc, ce que je voulais ajouter,
22:11c'est qu'il faut rendre à César ce qui appartient à César,
22:14parce que la première génération,
22:15elle a milité pour être ici,
22:17pour faciliter l'intégration des autres générations.
22:22Donc, cette première génération,
22:23on aimerait bien lui la saluer
22:26et lui présenter franchement
22:28tous les honneurs qu'elle mérite.
22:31Et puis, que le parcours migratoire
22:33de ces trois générations
22:34soit enseigné dans les écoles,
22:39qu'il soit, on va dire,
22:41divulgué dans les espaces publics,
22:43parce qu'ils ont fait beaucoup de choses
22:45pour la société belge.
22:47Et c'est grâce aussi à ces trois générations
22:50que le développement s'est institué en Belgique
22:53et il faut le dire, il faut l'enseigner
22:55et il faut le proclamer partout.
22:57Alors, je reviens à la tournée.
22:59Donc, vous allez à la rencontre du public.
23:00Il y a des conférences, des débats.
23:02Qu'est-ce qui se passe ?
23:03Oui, tout à fait.
23:04Donc, on est allé à Liège,
23:06on est allé à l'université de Liège,
23:08à l'IRFAM avec le CRIPEL.
23:10On est allé aussi à...
23:14Aujourd'hui, c'est à Rabel
23:16et puis le consulat du Maroc à Bruxelles.
23:18Et puis, le samedi,
23:20c'est la maison des aînés de Charleroi
23:23avec le CRIC de Charleroi.
23:24Et le mardi prochain, le 31,
23:26c'est avec le musée de la migration de Bruxelles.
23:30Et donc, notre objectif, c'est de faire valoir
23:33justement cette immigration marocaine
23:35ici en Belgique.
23:36Et surtout, c'est d'inviter les lecteurs
23:41de ce livre-là
23:42à travers les échanges qu'on a eus
23:44avec les étudiants, avec les enseignants,
23:46avec les politiques,
23:47qui puissent se dire
23:49qu'il y a une autre grille de lecture
23:51de ce que vivent les associations
23:53et les générations immigrantes,
23:56notamment marocaines.
23:58Donc, ce sont des citoyens,
24:01comme les autres citoyens nés ici.
24:03Et il faut qu'ils aient toute la place,
24:05qu'elle soit médiatique,
24:07qu'elle soit économique,
24:08qu'elle soit politique
24:09et qu'elle soit au niveau
24:11de cette reconnaissance de la dignité.
24:14Alors, si un jeune ou une jeune
24:16marocain, marocaine de Belgique
24:17nous écoute aujourd'hui,
24:18si vous avez un message
24:20à lui faire passer, par exemple,
24:21Aïma Rara ?
24:22Moi, ce que j'aimerais bien passer,
24:24c'est que soyez fiers
24:25de votre culture,
24:26de vos parents,
24:28du cheminement de vos parents,
24:29de l'immigration
24:31par laquelle est passé
24:32vos parents, vos aînés.
24:34Donc, vous êtes là.
24:35C'est vrai que les jeunes
24:37n'ont pas connu
24:39de cheminement migratoire,
24:40mais ils sont là,
24:40ils sont nés ici.
24:42Ils doivent être,
24:43c'est-à-dire,
24:44traités au même niveau
24:45que les Belges.
24:46Donc, soyez corrects,
24:48surtout dans vos études,
24:51espérez,
24:52ayez des rêves
24:53dans ce pays-là,
24:54parce que tout est possible,
24:55il y a le monde
24:56de possible ici.
24:57Donc, réalisez vos rêves,
24:59allez très loin
25:00dans vos aspirations
25:02et que Dieu vous aide.
25:04Alors, il reste encore
25:04une petite minute,
25:05peut-être vers vous,
25:07Jamal Dintedlaoui,
25:08une question simple,
25:09mais aussi importante,
25:10si on peut résumer,
25:11je sais que ce n'est pas évident,
25:12mais résumez votre ouvrage
25:13en une phrase forte,
25:15symbolique,
25:15ce serait quoi ?
25:16Ça serait créativité,
25:19médiation,
25:22le mieux vivre ensemble
25:24et le respect citoyen
25:25de la dignité humaine.
25:27Voilà, c'était Jamal Dintedlaoui,
25:29je rappelle que vous êtes docteur
25:30en sociologie politique,
25:32vous travaillez depuis plusieurs années
25:33sur les dynamiques d'intégration
25:35des populations ici
25:35de l'immigration,
25:36également avec nous,
25:37Rima Rara,
25:38qui est chercheuse spécialisée
25:40dans les questions
25:40liées aux migrations,
25:42aux dynamiques identitaires
25:43et aux enjeux interculturels.
25:45Merci à vous deux
25:46d'avoir été avec nous
25:47et je rappelle le titre
25:48de votre ouvrage
25:49Construction Identitaire
25:50et Stratégie Familiale
25:51à découvrir partout chez nous
25:53dans toutes les bonnes librairies.
25:55Merci beaucoup.
25:56Merci à vous.
25:57On se retrouve dans quelques instants
25:58pour la suite
25:58de votre Carrefour de l'Info.
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