- il y a 1 semaine
Tout pour Investir, la masterclass. Entretien exclusif, signaux faibles sur les marchés, décryptage géopolitique et toutes vos questions. Une émission qui démystifie l’économie. Un regard expert avec Christopher Dembik.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:05BFM Business, tout pour investir, la masterclass Christopher Dembic.
00:10Bonjour à tous, bienvenue dans cette nouvelle masterclass, je suis Christopher Dembic et je
00:14vais vous aider à gérer votre épargne. On a deux grandes thématiques cette semaine,
00:17bien évidemment on va essayer de naviguer à travers ce conflit au Moyen-Orient, on regardera
00:21notamment comment il faut investir en période de guerre, Philippe Wechter va nous aider, est-ce
00:25qu'il faut paniquer notamment, et c'est un point qui est important, mais on a un autre sujet qui
00:29va
00:29peut-être être un peu plus durable, qui va plus marquer l'année en cours, c'est tout simplement
00:33la dette privée américaine, vous en avez peut-être entendu parler, on va essayer de voir si c'est un
00:37problème structurel pour les marchés et notamment bien évidemment pour votre épargne. Tout pour
00:42investir, c'est parti ! Un point qui est important et qui est certainement un peu plus important que la
00:53guerre au Moyen-Orient puisque globalement, en tout cas historiquement, on verra bien sûr comment ça va
00:58se dérouler cette fois-ci, mais historiquement les conflits géopolitiques ont un impact plutôt de
01:03court terme et pas de long terme, notamment sur les marchés actions. En revanche, on le sait très
01:07bien, quand on est sur des questions de dette, de crédit et notamment lorsque ça vient des États-Unis,
01:11ça peut provoquer quelques électrochocs. Alors on va essayer de discuter justement sur cette
01:15thématique de la dette privée américaine. On en parle aujourd'hui pour la première fois dans
01:19cette émission, mais il est sûr et certain que vous allez en entendre parler encore pendant longtemps.
01:22Je suis ravi d'en parler aujourd'hui avec Alain Pitouz, vous êtes Senior Advisor ESG. Alors on se
01:28connaît très bien, notamment via d'autres émissions, notamment celle de Marc Fiorentino. Le point qui est
01:33assez intéressant, j'ai vu sur votre compte X que vous avez beaucoup écrit, y compris sur
01:37LinkedIn, sur la dette privée américaine. Vous êtes l'un des premiers à être un peu alarmiste à cet égard,
01:43en tout cas en France. On a un point de vue qui est un peu opposé, je pense, donc ça
01:46va être intéressant
01:47en termes de discussion. Premier point, est-ce que vous pourriez juste nous expliquer très rapidement ce
01:52qu'est-ce qu'on entend par dette privée américaine pour tous nos auditeurs et téléspectateurs ? Et
01:56l'autre point, finalement, quel est le déroulement des faits ? On sait qu'il y a quelques sujets d
02:00'inquiétude
02:01et notamment quelques acteurs qui ont mis en place des décotes sur la portefeuille de
02:04dette privée américaine. Donc juste un état des lieux et on ira un peu dans le détail.
02:07Alors d'abord, pour faire très simple, une dette privée, c'est quoi ? C'est une entreprise qui a
02:12besoin
02:12d'argent, qui va s'endetter. Alors avant, elle s'endettait auprès de banques. Jusqu'en 2008, c'était la
02:18majorité des prêts qui
02:20étaient faits de cette manière-là pour des petites entreprises ou des entreprises de taille moyenne. Et puis, en fait,
02:24après la crise,
02:25ça s'est extrêmement durci pour les banques. Elles ont eu beaucoup plus de mal à prêter. Donc ce sont
02:30les fonds qui avaient de l'argent,
02:31qui ont prêté donc cet argent à des entreprises. Donc des fonds... Alors ça peut être des fonds chez BlackRock,
02:37Apollo. En Europe, il y a des TKO qui est un spécialiste de ce type de produit. Et donc avec
02:43plus de souplesse. Donc c'était intéressant pour
02:45tout le monde, c'est-à-dire intéressant pour les sociétés qui s'endettaient, parce qu'elles pouvaient
02:49accéder assez rapidement à un financement. Intéressant pour les fonds qui pouvaient aller
02:54directement à la source d'un produit et donc avoir des rendements un peu plus intéressants. Ils placent ça
03:00dans des fonds qui sont spécialisés dans ce type de produits et donc ne sont pas cotés tous les jours.
03:07C'est là qu'on va revenir. C'est la question de liquidité et de valorisation. Voilà, c'est ça.
03:11Et en fait, ce sont des...
03:12Donc comme ce sont des petits emprunts qui sont souvent souscrits en club, c'est-à-dire qu'en fait,
03:17on a un gros assureur,
03:19un institutionnel, une grande banque privée ou éventuellement via un fonds et puis des fonds spécialisés qui se retrouvent en
03:25face
03:25d'un émetteur qui donc s'endette de cette manière-là. Alors ce qui est intéressant pour, encore une fois,
03:31pour le fonds et pour le client qui porte ce fonds,
03:33c'est que les rendements, comme ce sont des petites entreprises avec des niveaux de rating qui sont souvent plus
03:38bas que les grandes entreprises,
03:40ont des rendements qui sont beaucoup plus élevés. Et alors ça s'est extrêmement développé. Si on regarde depuis 2008,
03:46c'est un marché qui a monté à peu près d'une quinzaine de pourcents par an, ce qui est
03:49énorme dans asset management.
03:51On a du mal, souvent, à se développer beaucoup au-delà de 3-4% l'an. C'est quand
03:56même une règle normale. Là, on est plutôt sur du 14-15%.
04:00Alors statistiquement, c'est le vieux qui vous parle, qui vous dit qu'en fait, quand il y a une
04:07affiche qui vous dit
04:08il y a un déjeuner gratuit quelque part, beaucoup de monde arrive à ce déjeuner gratuit, donc les investisseurs d
04:16'un côté
04:16et les promoteurs de produits qui ont trouvé une clientèle. Des arguments, parce qu'au début, ils gagnent beaucoup d
04:22'argent,
04:22donc ils peuvent afficher des performances qui sont hors normes par rapport à ce qui se passe classiquement sur le
04:28marché.
04:28Oui, d'habitude, sur le temps long, c'est supérieur au marché des actions.
04:32Oui, tout à fait. Et puis, avec un risque qui est finalement assez limité, puisque les coupons sont distribués,
04:37les dividendes sont donnés régulièrement. Vous êtes investisseur dans ce fonds-là.
04:41Vous récupérez une partie de vos investissements très rapidement. Et donc, au fil du temps, vous gagnez de l'argent,
04:46on va dire, assez simplement, assez facilement.
04:49C'est le premier, on va dire, c'est le pavillon témoin.
04:55C'est ça, voilà. Quand tout se passe bien, comment on voit l'argument ?
04:57On a vu que ça commençait à être plus difficile lorsqu'il y a eu notamment l'effondrement des logiciels,
05:04puisque certains de ces fonds ont en collatéral des entreprises logicielles.
05:07C'était un sujet en début d'année. On a vu donc les fonds qui ont fait des décodes dans
05:11leur portefeuille,
05:12donc essentiellement côté américain. On a eu aussi des demandes de rachat de la part des investisseurs.
05:17Il y a une catégorie de fonds qui est mise en avant.
05:20C'est les fonds Evergreen qui ont notamment été distribués à des particuliers.
05:23Je ne suis pas sûr que ça parle à tout le monde, notamment à nos téléspectateurs.
05:27Est-ce que vous pourriez juste revenir sur le fonctionnement de ces fonds Evergreen
05:30et pourquoi c'est finalement mis en avant à l'égard du particulier ?
05:32En fait, bien souvent, avant, les produits de private equity, d'infrastructures, avaient une durée de vie limitée.
05:40C'est-à-dire qu'en fait, je vous amène de l'argent dans une société de gestion,
05:45on m'offre un produit et puis on me rendra l'argent au bout de 4, 5, 8 ans, 10
05:50ans, parfois un peu plus.
05:52Généralement, c'est 8 ans à peu près, c'est la norme.
05:54Et pour le particulier, c'était de l'argent qui était vraiment bloqué
05:59avec des possibilités de sortie extrêmement restreintes
06:03et des possibilités d'entrée également effectivement aussi assez restreintes.
06:07C'est-à-dire qu'en fait, le fonds est lancé, il y a une période de souscription
06:11et puis ça s'arrête au bout de quelques mois quand le gérant a fait le tour de ses clients
06:17potentiels.
06:18Le fonds Evergreen, c'est un peu différent.
06:20Le fonds Evergreen est ouvert sur la durée avec quasiment les mêmes règles de liquidité,
06:24sauf qu'il y a deux caveats à cette règle de liquidité, c'est que vous pouvez souscrire.
06:30Généralement, il y a des fenêtres de souscription au fil du temps.
06:32C'est-à-dire que quand le gérant a des opportunités, il peut en faire profiter ses clients.
06:36Donc, il y a des fenêtres de souscription.
06:37Et puis, il y a aussi quelquefois, dans ce type de fonds, ce qui se pratique,
06:41c'est qu'on vous rend un peu d'argent au fur et à mesure.
06:43C'est-à-dire qu'on prête de l'argent à des entreprises en tant que gérants
06:46et puis au bout de quelques temps, on touche des dividendes de ces entreprises
06:49et puis on en rend une partie au client au fil du temps.
06:53Quelques fois par trimestre, quelques fois par année.
06:56Chacun a ses règles avec également des limites.
06:58C'est-à-dire que vous pouvez aller un peu au-delà en sollicitant de pouvoir sortir un peu plus.
07:05Il y a des règles comme ça de sortie qui sont mises en place.
07:09Vous évoquiez tout à l'heure le fait que ça a commencé avec la problématique du logiciel.
07:13En fait, ça a commencé un peu avant.
07:15C'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'intéresser à ce sujet.
07:19J'aime pas ces produits parce qu'en fait...
07:21Enfin, j'aime pas.
07:22J'aime pas qu'on fasse un mélange.
07:23C'est-à-dire que je préférais le fond fermé.
07:27On met une petite somme dedans par rapport à son patrimoine
07:30et puis on met ça de côté.
07:32Et il faut pas que ça excède un certain niveau d'investissement
07:34par rapport au patrimoine global.
07:36Et on en parle plus.
07:37Enfin, c'est comme le bon vin à la cave, vous savez.
07:39Et de temps en temps, il est un peu bouchonné.
07:41Mais globalement, vous avez quand même un bon vin quand vous le gardez.
07:45Là, on avait vendu quelque chose de presque liquide.
07:49C'est-à-dire qu'en fait, cette notion de manque de liquidité n'était pas tout à fait là.
07:53Et évidemment, quand on multiplie ce type d'investissement...
07:59Encore une fois, quand on fait une croissance de 15% l'an,
08:01si on regarde en 2025, je crois que les fonds de dette privée en Europe
08:05ont collecté 66 milliards.
08:07Enfin, vous imaginez la mécanique qu'il faut pour aller chercher des entreprises
08:11de taille moyenne qui sont parfois pas cotées,
08:13qui ont parfois pas la même logique de présentation des comptes qu'une entreprise cotée.
08:17Enfin, vous voyez, c'est extrêmement compliqué.
08:19Finalement, à la fin, ça relâche un peu la vigilance de l'investisseur
08:24qui, du coup, achète des produits...
08:27Enfin, fait des souscrits à des dettes qui sont de moins bonne qualité.
08:30Et le premier accident a lieu avec l'automobile.
08:32Oui, exactement.
08:33C'était Tricolore et l'autre, c'était First Brand qui ont fait défaut ou quasiment défaut.
08:41Et là, on commence les problèmes, en fait.
08:43C'est-à-dire que ça alerte un petit peu et puis on commence à aller un peu dans le
08:47détail...
08:48Sur la qualité.
08:49Voilà, sur la qualité.
08:50Sur les niveaux de valorisation.
08:51Exactement.
08:51D'où les décotes.
08:53Alors, les décotes, c'est après.
08:54C'est-à-dire qu'en fait, ça commence souvent comme ça.
08:56C'est-à-dire qu'en fait, ça commence par...
08:57Les clients viennent vous voir au début, vous redonnez l'argent comme c'est prévu.
09:01Et puis, le problème, c'est que quand ils demandent un peu plus,
09:05c'est-à-dire que quand ils demandent, ils disent,
09:06en fait, je suis un peu pas très rassuré sur ce qui se passe en ce moment.
09:11J'ai besoin de cash pour faire autre chose.
09:12Et puis, je demande un peu plus.
09:14Et là, ce jour-là, le gérant, lui, il a deux solutions.
09:18C'est soit il va pomper sur le cash pour vous donner de l'argent.
09:21C'est dangereux parce que ça aubère sa capacité à rendre de l'argent à d'autres clients dans quelques
09:26mois.
09:27Et puis, la deuxième solution, c'est d'aller sur le marché et dire,
09:29tiens, j'ai des super dettes, je vous fais un paquet et puis je vous le vends.
09:32Alors, statistiquement, là aussi, c'est pareil.
09:35On commence à vendre les bijoux de famille quand on fait ça.
09:37C'est-à-dire qu'en fait, on commence à vendre les trucs les plus liquides, les plus présentables.
09:41On fait un paquet et puis on vend ça.
09:43C'est ce qu'ont fait les gérants il y a quelques semaines.
09:46Blue Hall a fait ça.
09:47C'est-à-dire qu'ils ont vendu à des institutionnels qui étaient très contents de mettre la main sur
09:50des tickets
09:50qui rapportaient bien avec des bonnes qualités.
09:53Et ça veut dire que dans le sous-jacent, dans le portefeuille maintenant,
09:55il reste des produits de moins bonne qualité.
09:56Et donc, j'ai deux questions très rapides.
09:59Malheureusement, on y reviendra sur les sujets de dettes privées.
10:01Mais la première qui est assez rapide, est-ce qu'il y a une raison aujourd'hui de s'inquiéter
10:05?
10:06Et également, à l'instant T, en tout cas, on voit qu'il n'y a pas de contagion du
10:09côté européen.
10:10C'est plutôt une bonne nouvelle.
10:11Je sais qu'on a un avis un peu différent sur la contagion européenne.
10:14En fait, le problème, et là, on le voit avec l'accumulation des sujets depuis quelques jours,
10:19je vais faire très vite, c'est que ça commence par un problème ponctuel.
10:23Et puis, en fait, c'est tout à fait ce qu'a dit le patron de Morgan Stanley
10:27en disant quand il y a un cafard quelque part, c'est que souvent, il y en a d'autres
10:30ailleurs.
10:31Alors, ce n'est pas une très belle image pour les cafards, mais la réalité, elle est là.
10:34C'est qu'aujourd'hui, on commence à avoir des problèmes.
10:37Et puis, quand on regarde comment le marché analyse ce sujet,
10:41le marché pense que la décote devrait être de l'ordre de 20 à 25 %,
10:46ce qui commence à être quand même très fort.
10:50Et en fait, le sujet d'après, c'est qu'il faut voir que c'est les banques
10:53qui ont prêté de l'argent aux fonds pour faire ces investissements.
10:55C'est-à-dire que ce n'est pas que de l'argent des clients,
10:57c'est aussi l'argent des banques.
10:58Et là, on se retrouve avec le problème de 2008,
11:00c'est de la contamination aux banques.
11:01Et là, on ne sait pas du tout où ça en est.
11:03Mais quand on voit la manière dont agit Morgan Stanley,
11:06et JP Morgan, ils font la même chose,
11:07c'est qu'ils ont commencé à augmenter les garanties
11:09pour faire ces investissements.
11:11On peut bien vous prêter de l'argent,
11:12mais il faut des garanties supplémentaires.
11:14C'est une bonne attitude.
11:15Oui, c'est très bien.
11:17Sauf que ça veut dire quand même qu'il y a des doutes.
11:19Et quand il y a un doute, les gens s'abstiennent.
11:21Et le problème, c'est que ça risque de se transférer sur l'économie
11:24parce que ces entreprises ont besoin d'argent pour se développer.
11:27Donc, c'est un premier sujet.
11:28Et le deuxième sujet,
11:29et ça c'est...
11:30Très rapidement, on fait ça suite à la géopolitique.
11:33Le deuxième sujet, c'est que ce sont les mêmes entreprises
11:36qui sont en private debt qu'en private equity.
11:37Et là, si on commence à toucher le private equity,
11:39ça commence à être beaucoup plus lourd.
11:41Et alors, l'argument sur l'Europe, il est totalement fallacieux.
11:43Bien évidemment, ce sera la même chose en Europe qu'aux États-Unis
11:46parce que c'est les mêmes sujets, les mêmes problèmes.
11:48Donc, si les clients demandent de l'argent,
11:49il y aura des décotes,
11:50il y aura des sujets de dispersion dans les portefeuilles.
11:54Donc, ça ne peut pas se régler.
11:56Alors, c'est ce que vous disiez tout à l'heure,
11:57ça ne peut pas se régler très rapidement.
11:59Autant la crise en Iran...
12:01C'est un sujet sur le temps loin.
12:02L'Iran se mette d'accord autour d'une table.
12:03Bon, il va y avoir quelques semaines de flottement.
12:05On va le voir avec Philippe Wechter dans un instant.
12:07Par contre, ce sujet-là,
12:08ça ne peut se régler réellement valablement
12:11que le jour où la banque centrale remet de la liquidité
12:13parce que le problème est venu au moment
12:15où les banques centrales ont commencé à réduire la liquidité.
12:17Vous faites la transition un peu trop tôt pour la fin de l'émission,
12:20mais les banques centrales, on y reviendra.
12:22Merci beaucoup Alain Pitouz.
12:23Donc, vous l'avez compris, dans tous les cas,
12:24sur cette dette privée américaine,
12:25ce sera un sujet qui va revenir régulièrement sur la table.
12:28On se retrouve dans un instant pour l'entretien avec Philippe Wechter.
12:32On va bien sûr parler de cette situation en Iran, des marchés.
12:34Est-ce qu'il faut paniquer ?
12:35Est-ce qu'il faut s'inquiéter ?
12:36Et de l'impact pour l'inflation ?
12:41Bien évidemment, on se retrouve sur cette question de l'Iran.
12:44On en avait parlé déjà la semaine dernière.
12:46On en parlera aussi avec Mathieu Jolivet en deuxième partie d'émission,
12:49mais juste sur un angle uniquement géopolitique.
12:51Là, on va en parler d'un point de vue économique, marché financier.
12:54Je suis ravi de vous accueillir, Philippe Wechter.
12:56Vous êtes déjà venu régulièrement dans cette émission.
12:57Vous êtes extrêmement pédagogue,
12:59donc c'est parfait pour ce type de thématique.
13:01Vous êtes directeur de la recherche économique chez Ostrom Asset Management.
13:04Première question, c'est compliqué bien évidemment,
13:07ce n'est pas la question la plus aisée.
13:09Est-ce qu'on doit s'inquiéter à l'instant T en termes d'inflation ?
13:12Puisque tout le monde nous parle de pousses inflationnistes.
13:15Certains font même la comparaison avec 2022,
13:17la guerre en Ukraine et son impact sur les banques centrales.
13:21Est-ce qu'on est sur ce schéma-là ?
13:22Ou est-ce qu'à l'instant T, en tout cas, il ne faut pas paniquer ?
13:25Alors, on n'est pas sur le schéma de 2022.
13:27Rappelez-vous, 2022, on sortait de la pandémie.
13:33Il y avait tout un tas d'ajustements macroéconomiques du côté des entreprises.
13:37Aux États-Unis, Joe Biden avait donné aux ménages 400 milliards de dollars
13:44en quelques courtes semaines.
13:46Donc, il y avait une situation qui était perturbée par cet environnement.
13:52Le choc ukrainien arrive dessus,
13:56accentue le mouvement de hausse des prix de l'énergie
13:59qui était déjà en forte progression.
14:02Et cela a eu aussi une incidence sur les prix alimentaires
14:06puisque l'Ukraine est un gros fournisseur de céréales.
14:10Donc, on avait toute une série d'éléments
14:12qui ont effectivement engendré une inflation qui a duré jusqu'en 2024.
14:17Aujourd'hui, on a un choc énergétique.
14:20Et la question, pour savoir s'il y aura une incidence dans la durée,
14:26c'est de savoir si effectivement ce conflit iranien
14:32va durer une semaine, deux semaines, six mois ou un an.
14:36C'est cette question-là qui est majeure
14:38et on le voit bien dans les discussions qu'on peut avoir.
14:41C'est l'approvisionnement en pétrole et en gaz.
14:45Comment ça va se passer ?
14:48Et si effectivement, on a un vrai choc pétrolier,
14:52parce qu'il y a un déséquilibre offre-demande,
14:55on risque d'avoir de l'inflation
14:58avec des conséquences non négligeables.
15:01Mais ce sera une histoire très différente
15:03de celle qu'on avait vue en 2022.
15:05Oui, parce que dans le pire des scénarios,
15:07c'est uniquement un choc d'offre.
15:08Et je pense que le message que vous faites passer,
15:10c'est qu'il y a des envolées de prix.
15:12Je voyais par exemple ce matin, donc vendredi matin à Singapour,
15:16vous aviez le prix du kérosène qui avait atteint à Singapour,
15:18donc 200 dollars.
15:19Mais il y a aussi beaucoup d'excès sur le marché,
15:21puisque finalement, il y a une difficulté à savoir
15:23combien de temps on va avoir ces difficultés sur les hydrocarbures.
15:26Outre les hydrocarbures, on voit que si vous parliez d'alimentaire
15:29avec l'Ukraine, on voit aussi qu'il y a un sujet pour les engrais,
15:31notamment tout ce qui est urée qui passe par le détroit d'Hormuz.
15:34Est-ce que ce n'est pas peut-être encore plus important
15:36que le débat sur les hydrocarbures,
15:38ce qui va se passer notamment du côté des engrais ?
15:42Le prix des engrais, il y a deux choses.
15:45Il y a la disponibilité physique,
15:49mais aussi le prix des engrais est très dépendant du prix du gaz.
15:52Donc, ce qui avait été très pénalisant en 2022,
15:57c'était qu'il y a eu deux dimensions.
15:58Il y a eu la dimension au moment, après le 24 février,
16:02de se dire qu'on va avoir moins de céréales disponibles
16:06dans les mois qui viennent.
16:08Donc ça, c'était un premier choc.
16:10Et puis ensuite, le prix du gaz à partir du printemps
16:13a progressé de façon absolument spectaculaire
16:17et le prix des engrais est conditionné par le prix du gaz.
16:23Alors pour l'instant, on n'a pas ce choc-là.
16:26On a une montée du prix du gaz, oui,
16:29mais qui ne ressemble en rien à celui de 2022.
16:32Rappelez-vous, en 2022, le choc, c'est en juillet-août,
16:37le prix du kilowattheure était passé à 340 euros le kilowattheure
16:43contre 17 avant la crise.
16:46Donc il y avait eu un mouvement tout à fait spectaculaire.
16:49On n'est pas dans ces situations.
16:50On est à l'entour de 50 euros aujourd'hui.
16:54Donc on n'est pas dans cette dimension-là.
16:56Mais c'est quelque chose qu'on regarde forcément
16:59parce que cela pourrait avoir une incidence si la crise durait.
17:03Oui, j'ai vu notamment sur l'urée qui est essentielle
17:06à la fois en termes de détroit d'Ormousse
17:07mais pour la croissance des plantes.
17:09L'urée aujourd'hui à peu près,
17:10donc il y a plusieurs benchmarks régionaux,
17:12mais on est inférieur de 40 à 45% en termes de prix
17:15par rapport au pic de la guerre en Ukraine.
17:16Certes, il y a l'augmentation, mais il n'y a pas de panique encore à l'instant T.
17:19En termes d'inflation,
17:20est-ce que vous avez modifié vos perspectives d'inflation
17:22soit au niveau mondial, soit pour les principales économies ?
17:25Pour l'instant, il est un peu trop tôt.
17:26Je trouve qu'il ne faut pas se précipiter
17:30parce qu'on peut vite rentrer dans des scénarios terribles
17:34dans lesquels 1929 et après apparaîtraient presque une joyeuse rigolade.
17:41Non, attendons un petit peu.
17:43Le conflit est à 15 jours,
17:46donc c'est quand même très court,
17:50mais au bout de 15 jours,
17:57on commencera à regarder franchement
17:59si effectivement on doit modifier nos scénarios à court et moyen terme.
18:05Je suis complètement d'accord.
18:06Je pense que c'est extrêmement sage comme parole.
18:08Il y a une deuxième partie que je voulais aborder avec vous,
18:10un peu sur les marchés.
18:11En début d'année et même en 2025,
18:14vous aviez cette thématique de debasement trade
18:16ou en tout cas peu importe la définition qu'on donne exactement,
18:19mais perte de confiance à l'égard du dollar, on va dire,
18:21notamment à cause de Trump,
18:22à cause des sujets de déficit public aux États-Unis.
18:25Finalement, on se rend compte que le dollar a parfaitement,
18:27à l'instant T en tout cas, joué son rôle de valeur refuge,
18:29comme le franc suisse,
18:30moins d'ailleurs le yen japonais
18:31pour des raisons qui sont plus liées notamment à la politique monétaire japonaise.
18:35Finalement, cette thématique de perte de confiance dans le dollar,
18:38est-ce que ce n'était pas un peu exagéré
18:40en termes de narrative des marchés
18:42et finalement en période de risque géopolitique,
18:44le dollar s'en sort toujours très bien ?
18:47Moi, je trouve qu'au regard de l'incertitude qui est créée,
18:52le dollar s'est apprécié par rapport aux chiffres d'avant-conflit,
18:58mais pas tant que ça finalement.
19:00– C'était limité, oui.
19:01– Quand on voit la vitesse à laquelle il s'est déprécié
19:06le jour du Liberation Day,
19:08le jour où Donald Trump a annoncé les droits de douane,
19:12on a eu là une vraie problématique qui était de dire
19:16on crée de l'incertitude.
19:18Normalement, quand on a de l'incertitude,
19:21le dollar sert de monnaie refuge, ça n'a pas été le cas.
19:24Donc, on est passé très vite à 1,16, 1,17.
19:28On est revenu à 1,15.
19:31– En termes d'amplitude, ce n'est pas extraordinaire.
19:33– En termes d'amplitude, ce n'est pas aussi significatif que ça.
19:36On retrouve des mécanismes habituels, mais pas aussi forts
19:42que ce qu'on aurait pu imaginer au regard des expériences passées.
19:46– Et votre avis sur l'or ?
19:47Parce que c'est souvent présenté comme un pare-feu contre les valeurs refuge.
19:52Peut-être que vous avez…
19:53Moi, je sais que j'ai même eu des voisins qui m'ont sollicité
19:56« Est-ce qu'il faut acheter de l'or ? »
19:57Donc, ça montre à quel point c'est bien ancré dans les esprits.
20:00Mais quand on regarde l'évolution du cours de l'or,
20:02alors certes, ça a augmenté, mais c'était un peu fluctuant.
20:04Et là encore, c'est un peu décevant.
20:05Est-ce que selon vous et votre expérience,
20:07l'or, c'est vraiment un pare-feu en période de risque géopolitique
20:10ou c'est un peu erroné cette conception ?
20:12– Ça peut jouer ce rôle.
20:18Il y a un point qui est intéressant,
20:21c'est qu'à un moment donné, en regardant 2024 par exemple,
20:25on avait le bitcoin et l'or qui avaient à peu près le même profil.
20:30Et avec l'idée que l'or ou le bitcoin seraient des remparts
20:36contre une situation monétaire qu'on ne maîtrisait pas.
20:42Le bitcoin depuis a franchement changé d'allure.
20:46Et on ne l'imagine plus comme étant le rempart
20:50à un système monétaire qui partirait à volo.
20:53L'or concerne ce statut-là.
20:56Et c'est en cela que son prix reste fort.
21:01Après, est-ce qu'il va monter à 6 000, 10 000 ou revenir à 3 000 ?
21:06Très compliqué.
21:07On a vu depuis quelques semaines qu'il a corrigé le mouvement qui n'était pas tenable.
21:14Là, on avait un mouvement qui était quasiment vertical.
21:18Ça n'était pas tenable.
21:20Mais probablement qu'il va rester à un niveau élevé.
21:23On voit que les banques centrales, notamment des pays émergents et en Asie, achètent de l'or.
21:28On a une situation où il est d'une certaine manière remonétisé.
21:35Mais voilà, je pense qu'il y a un côté très rassurant.
21:44Après, ça n'est que de l'or.
21:46Oui, je vois ce que vous voulez dire en termes d'investissement.
21:48En termes d'investissement, aujourd'hui, si vous investissez sur l'or à 5 000 dollars,
21:55il faut que vous anticipiez d'être à 5 500 ou 6 000 très rapidement.
21:59Ce qui, aujourd'hui, paraît un peu compliqué.
22:02Complètement.
22:03Sur les marchés actions, certes, ça a baissé,
22:06ce qui est assez logique, je voudrais dire, vu les incertitudes.
22:08Mais encore une fois, j'ai trouvé que la baisse des marchés actions est plutôt limitée
22:11par rapport à tous les scénarios noirs qui circulent.
22:14puisque là, vous avez des scénarios.
22:16Chacun y va de son estimation sur le prix du baril de pétrole,
22:19de 150, etc. dollars.
22:22Est-ce que, finalement, je me souviens que j'avais lu une étude
22:25qui avait été ensuite publiée par la Réserve fédérale, mais elle datait de 2010.
22:29Cette étude, ils avaient analysé 28 conflits internationaux
22:32en se basant sur le MSCI World, donc l'indice de référence.
22:35Et ils se rendaient compte, finalement, qu'il n'y avait pas une corrélation particulière
22:38et qu'en règle générale, une fois le conflit terminé,
22:41l'impact sur le marché des actions était quasiment nul.
22:43Il mettait notamment en avant même que la guerre en Irak en 2003
22:46avait été plus oppositive pour le MSCI World.
22:49Est-ce que, du point de vue d'un investisseur,
22:52que ce soit institutionnel ou même particulier,
22:53là, je pense que ça s'applique aux deux,
22:55est-ce que, pour vous, le conflit, c'est une opportunité ?
22:58Est-ce qu'il faut faire le dos rond ?
22:59Ou est-ce qu'effectivement, il faut paniquer,
23:01revoir complètement sa stratégie ?
23:02Quand vous voyez des clients, quel est le message ?
23:05Il y a toujours trois mouvements sur les marchés boursiers.
23:08Il y a le moment panique, au moment du déclenchement, on s'interroge,
23:12on ne voit pas à quel moment les choses vont pouvoir s'arrêter.
23:16Et puis, à un moment donné, alors qu'on ne voit souvent pas sur l'instant,
23:23qu'on voit un petit peu après, c'est le point bas,
23:27où, d'un seul coup, le climat change.
23:29Le climat sur le conflit, le climat sur les marchés.
23:34Et c'est normalement, à ce moment-là, qu'il faudrait investir.
23:38Ce qu'on ne fait jamais, parce que c'est impossible à faire.
23:42Mais on voit bien ce mouvement, généralement,
23:45une espèce de V ouvert.
23:47Et progressivement, les marchés reprennent et retrouvent,
23:51au bout de 2, 3, 4, 5 ans, 6 ans, parfois,
23:54les niveaux d'avant-crise.
23:56Donc, c'est ça qu'il faut avoir en tête.
24:00Mais quand on est dedans, parce que quand on regarde après,
24:05c'est toujours très facile.
24:07Oui, et le V, on le voit bien.
24:08Le V, on le voit très très bien.
24:09Sur le coup, là, l'interrogation,
24:12c'est combien de temps le conflit va durer ?
24:16Est-ce que le détroit d'Hormuz va rester bloqué durablement ou pas ?
24:20Et prendre du risque, aujourd'hui, est quelque chose de compliqué.
24:25Et il me semble un peu rapide, aujourd'hui,
24:30de se dire, vite, remettons-nous sur les marchés.
24:34On manque encore un peu de repères pour ça.
24:37J'ai deux autres questions.
24:38Je les pose tout de suite dans la foulée.
24:40Comme ça, ça vous permettra de réfléchir pour la dernière.
24:43La première question, c'est qu'on a les banques centrales
24:45qui se réunissent la semaine prochaine.
24:47A priori, c'est le statu quo monétaire.
24:49On sait qu'elles font, en général, dorons
24:50lorsqu'on est face à ce type de conflit,
24:53cette éventualité de choc d'offres.
24:54Est-ce que, potentiellement, on pourrait avoir des mesures
24:56de soutien de liquidité, par exemple, du côté de la Fed ?
24:59Est-ce que ça rentre dans votre scénario ?
25:00Et juste pour conclure, ensuite,
25:03quel est le message en deux ou trois mots
25:05que vous adresseriez à nos téléspectateurs et auditeurs
25:09pour un peu les rassurer, grosso modo, sur ce conflit en Iran ?
25:11Parce qu'on voit un peu tout.
25:12Donc, je pense beaucoup à la s'affole.
25:14Quel serait le message que vous donneriez ?
25:16– Alors, du côté des banques centrales,
25:19pour l'instant, on est sur un choc énergétique.
25:23Et les banques centrales ont l'habitude, face à cela,
25:27de ne pas bouger.
25:28La BCE avait bougé en 2022
25:32parce qu'il y a eu ce choc sur le prix du gaz
25:35dans la deuxième partie de l'année
25:37qui changeait la donne et qui était beaucoup plus structurelle.
25:42Et d'un seul coup, l'Europe n'avait plus accès au gaz russe
25:45et il fallait trouver autre chose.
25:47Donc, on était sur un changement de perspective.
25:51Mais généralement, elles n'interviennent pas
25:53parce qu'imaginez qu'aujourd'hui,
25:56la BCE augmente ses taux d'intérêt
25:59en se disant qu'il va y avoir de l'inflation.
26:01Elle n'a pas plus d'informations que vous ou que moi
26:04sur le niveau du baril dans six mois.
26:07Complètement.
26:08Donc, si dans six mois, le baril est à 50 dollars, hypothèse,
26:13elle aura fait un coût qui aura pénalisé l'activité
26:17en remontant ses taux d'intérêt pour rien.
26:20Donc, généralement, les banques centrales préfèrent ne rien faire.
26:24Après, elles peuvent éventuellement apporter des liquidités
26:27si c'est nécessaire sur tel secteur ou sur tel élément.
26:32Mais elles sont plutôt neutres dans ce cas-là.
26:37La difficulté est plutôt du côté de la Fed, comme vous le soulignez,
26:41parce qu'il y a une attente de la Maison-Blanche qui est très forte.
26:46On a vu, je crois, jeudi soir, un autre message de Donald Trump
26:49disant qu'il faut absolument une baisse de taux aujourd'hui,
26:51même pas en attendant la semaine prochaine.
26:53Oui, mais on sait que Jay Powell est plus prendre la distance
26:59par rapport à ça et c'est très bien.
27:01mais voilà, on est sur ce type de situation.
27:07Voilà, donc moi, les banques centrales, pour l'instant,
27:10elles font le gros dos.
27:11Elles parleront au plus pressé si nécessaire.
27:14S'il y a des problèmes de crédit privé, de dettes privées,
27:18comme c'était évoqué précédemment, elles le feront.
27:20Mais elles ne veulent pas précipiter le mouvement
27:23et aller trop vite par rapport aux évolutions qui s'observent.
27:30Après, le message aujourd'hui, c'est de dire,
27:36on est dans une situation qui est complexe.
27:40Ce qui est nouveau par rapport à tout ce qu'on connaissait auparavant
27:45et qu'on a connu sur les 20 dernières années,
27:47c'est que tout le monde semble jouer avec ses propres règles.
27:51Les États-Unis jouent avec leurs règles,
27:52les Chinois avec les leurs.
27:54À nous, Européens, de créer nos propres règles.
27:57Et c'est ça, aujourd'hui, le message important,
28:00c'est que globalement, on est très dépendants du reste du monde,
28:05des services informatiques américains,
28:10de tout un tas de productions chinoises.
28:13À nous, Européens, de créer les conditions
28:15pour qu'effectivement, on soit plus autonomes.
28:20Après la guerre en Ukraine, on a vu en Europe
28:23un mouvement extrêmement fort sur les énergies renouvelables,
28:28qui fait qu'aujourd'hui, on utilise plus de renouvelables
28:31pour produire de l'électricité que du gaz.
28:33– Complètement. – Donc, prenons ce cas comme exemple
28:37et participons à la situation et disons,
28:41on peut créer notre propre trajectoire.
28:45Et c'est ça, l'intérêt des crises,
28:48c'est que d'un seul coup, vous prenez conscience d'une situation
28:52et vous dites, allons-y, on a une opportunité aujourd'hui,
28:58prenons-la et l'Europe s'en tirera beaucoup mieux
29:02qu'en attendant de voir ce qui pourrait se passer à Washington ou à Pékin.
29:07– Merci beaucoup, Philippe Wester.
29:09Donc, un message d'espoir, renaissance européenne.
29:11On se retrouve dans un instant pour le question-réponse
29:14et bien sûr aussi la partie géopolitique avec Mathieu Jolivet.
29:18– Tout pour investir, la masterclass, Christopher Dembic vous répond.
29:22– On se retrouve pour le question-réponse.
29:25Alors, on a trois questions comme d'habitude aujourd'hui.
29:27N'hésitez pas d'ailleurs à nous poser vos questions
29:29si vous le souhaitez via mon compte X notamment.
29:31On y répond chaque semaine.
29:33Passons déjà à la première question de Thierry
29:35qui a lien notamment avec ce qu'on a vu précédemment avec Philippe Wester.
29:39On parle de stagflation, donc je rappelle stagflation,
29:42c'est inflation élevée et croissance plutôt faible,
29:44de nouveaux chocs pétroliers.
29:45C'est effectivement ce qui est souvent mis en avant.
29:47Pourtant, les anticipations d'inflation à long terme restent basses.
29:50Comment on explique ce décalage ?
29:52C'est vrai que si on regarde les anticipations
29:54notamment du côté américain par exemple à 5 ans typiquement,
29:57on reste sur des anticipations qui sont plutôt contenues.
30:00Donc, on n'a pas une inquiétude qui est très particulière
30:02et je pense que ça fait écho à ce qui avait été dit par Philippe Wester
30:05en termes d'entretien.
30:07C'est ce qui est important aujourd'hui,
30:08c'est qu'effectivement la guerre a commencé depuis à peu près deux semaines.
30:11Il y a beaucoup d'inquiétudes.
30:12Vous avez énormément de scénarios noirs.
30:14On peut avoir bien sûr des évolutions sur les anticipations d'inflation,
30:17mais la réalité, c'est l'enjeu,
30:19c'est que tant le conflit ne perdure pas
30:21et notamment la hausse des prix énergétiques
30:23ou encore des engrais ne perdure pas dans le temps,
30:25donc ça veut dire au moins un mois, deux, trois mois
30:27à des niveaux très élevés
30:28et aujourd'hui personne, j'insiste, n'est en mesure de le savoir.
30:31Philippe Wester était également sur cette même ligne-là.
30:33Il n'y a pas de raison que les anticipations d'inflation
30:35notamment sur le temps long,
30:36typiquement on pensera à celle à cinq ans,
30:38et soit impactée de manière extrêmement nette.
30:41Donc je pense qu'il faut être extrêmement humble
30:42dans ce genre de situation.
30:44C'est très dur de savoir les effets d'entraînement.
30:46Et aussi, n'oublions pas qu'il y a un point qui est important,
30:48c'est qu'on en parlait lorsqu'on est face à un choc d'offres,
30:51les banques centrales ont assez peu de leviers pour intervenir.
30:53En revanche, les États,
30:55et on voit déjà dans le débat français que c'est un sujet,
30:57les États aussi peuvent, si c'est nécessaire,
30:59s'ils ont une latitude budgétaire potentiellement,
31:01mettre en place aussi des mesures
31:03afin d'atténuer la hausse des prix.
31:04Donc ça reste encore très compliqué,
31:06ce qui explique qu'on n'a pas une panique sur les anticipations
31:08d'inflation à moyen long terme.
31:10On les surveillera bien sûr dans cette émission
31:12et dans tout pour investir plus globalement.
31:14La deuxième question, et je suis ravi
31:16qu'on ait un invité en plateau pour y répondre,
31:19d'abord la question de Perrine.
31:20Perrine nous demande, ces dernières semaines,
31:23il y a eu plusieurs scandales à propos des produits structurés.
31:26Est-ce qu'il faut s'en inquiéter ?
31:27Je suis ravi d'accueillir Céline Merez,
31:29vous êtes directeur général de Solvest.
31:31Donc c'est un sujet qui va être sûrement sur la table
31:33pendant une grande partie de l'année.
31:35Vous l'aviez suggéré avant qu'on entre en plateau,
31:37d'évoquer un peu déjà ce qu'est un produit structuré.
31:39Je pense que c'est salutaire pour nos téléspectateurs, auditeurs,
31:41et nous dire un peu, est-ce qu'il y a des raisons de paniquer ?
31:44Bonjour Christopher.
31:46Déjà, c'est quoi un produit structuré ?
31:48Un produit structuré, c'est une solution d'investissement qui est sur mesure,
31:52qui combine généralement deux éléments.
31:55Une protection en capital, qui peut être totale ou partielle,
31:59et une composante de performance,
32:01qui est liée généralement à l'évolution d'un actif sous-jacent.
32:05Ça peut être une action, un indice boursier,
32:08les matières premières, le taux d'intérêt, etc.
32:10Donc c'est une alternative aujourd'hui
32:12à un investissement en direct en bourse,
32:15ou bien dans un dépôt à terme.
32:17Donc c'est vraiment entre les deux.
32:20Mais la force d'un produit structuré, ça réside dans la lisibilité.
32:24C'est-à-dire, aujourd'hui, contrairement à une gestion discrétionnaire
32:28ou une gestion traditionnelle,
32:30le scénario de gains, les barrières de protection sont connues à l'avance.
32:36C'est-à-dire, il y a une formule, il y a un scénario,
32:39il y a plusieurs scénarios qui sont à maturité.
32:41On explique pour ce scénario-là, le gain sera de temps, etc.
32:44C'est-à-dire, il n'y a vraiment pas de surprise à la fin.
32:47Cette classe d'actifs-là, elle s'est développée depuis plus de 25 ans.
32:53Et c'est cette classe qui a le plus progressé, on va dire, dans les portefeuilles,
32:58qu'il s'agisse de l'allocation des investisseurs institutionnels
33:01ou bien de la clientèle privée à travers les CGP, les banques privées et les réseaux bancaires.
33:07Donc, aujourd'hui, c'est ça, cette classe-là qui a bien progressé
33:11et qui a aujourd'hui une excellente performance.
33:13On a les chiffres de 2023-2024, ceux de 2025 vont sortir.
33:17La performance moyenne en France pour 2023 et 2024 était de 8,3% annualisée pour tous les produits échus.
33:29Frais inclus, c'est ça ?
33:30Frais inclus.
33:31C'est-à-dire, nous, en général, quand le produit structuré est vendu, par exemple en quantitres,
33:35c'est net de frais.
33:36Quand il est vendu en assurance-vie, il faut retirer après les frais de l'assurance-vie.
33:39Mais ça fait 8,3% quand les taux d'intérêt sont à 2, 2,5%.
33:44Donc, c'est-à-dire, c'est une classe qui offre quand même cette protection-là
33:47mais qui peut offrir aussi des hauts rendements qui sont connus à l'avance.
33:51On a eu quelques accidents, on pensera par exemple à Peugeot, etc.
33:55Oui.
33:55Est-ce qu'il faut s'inquiéter et quels sont justement les critères éventuellement à prendre en compte ?
34:00Par exemple, on met souvent en avant qu'un produit structuré adossé uniquement à une seule action,
34:04ce n'est peut-être pas la meilleure idée du monde.
34:07Vous avez une excellente question parce que c'est exactement ça le cœur du sujet.
34:13Avant tout, quand on vend un produit, nous sommes responsables.
34:16Quand on vend un client soit institutionnel, soit privé, on doit être pédagogue.
34:21C'est-à-dire, on va expliquer tous les avantages mais surtout les risques du produit.
34:29Mais pas uniquement à maturité parce que le produit aujourd'hui, il y a une partie qui est payée à
34:34maturité, on va dire.
34:36Le pay-off, ça donne tant si jamais l'indice a progressé, votre capital est protégé jusqu'à moins 50
34:42ou moins 60 % de baisse.
34:44Tout ça, c'est écrit.
34:45Mais aussi, qu'est-ce qui se passe en cours de vie ?
34:47C'est-à-dire, les gens, à mon avis, qui ont crié au scandale notamment quand ils ont investi sur
34:52certaines actions automobiles notamment,
34:54qui ont perdu beaucoup parce que le sous-jacent lui-même, l'action elle-même, elle a énormément baissé.
35:01C'est pour ça…
35:01Plus que ce qui était privé en termes de sous-jacent.
35:04Tout à fait.
35:04Tout à fait.
35:05C'est pour ça, aujourd'hui, moi, si je suis investisseur et nous, c'est ce qu'on conseille à
35:09nos clients, n'investissez pas sur une action.
35:13C'est mieux d'investir dans un indice boursier.
35:15Un indice, en général, il est bien diversifié.
35:17Il faut savoir que les indices boursiers, quand on prend l'Eurostox, le CAC 40, etc.,
35:23c'est des indices qui sont indexés à tout moment sur les plus grosses capitalisations d'une zone ou d
35:29'un secteur.
35:30Et vous lissez votre risque sur une myriade d'entreprises ?
35:34Bien sûr.
35:34Exactement.
35:35Et qu'est-ce qui se passe quand une entreprise parmi l'indice ne performe pas ?
35:39Elle va sortir de l'indice et on va faire rentrer celle qui a performé le mieux les derniers temps.
35:44C'est-à-dire que l'indice a lui-même une dynamique positive.
35:47C'est pour ça qu'on observe sur de long terme.
35:51L'indice, il est tiré vers le haut par rapport à un panier statique.
35:55Vous prenez aujourd'hui l'Eurostox 50 il y a 25 ans.
35:58Vous prenez le même panier qui a composé l'Eurostox il y a 25 ans et vous comparez la performance.
36:04Vous allez voir que l'Eurostox 50 surperforme de loin le panier qu'il composait à l'époque.
36:09Pourquoi ? Parce que l'indice...
36:10Vous avez une rotation, effectivement.
36:12Vous avez des changements à cette égale.
36:13Exactement.
36:14Merci beaucoup Céline Mérès.
36:15Vous êtes directeur général de Solves.
36:17Donc si je le résume, vraiment énormément de prudence et même vous déconseillez si c'est très clair.
36:22Même quand c'est adossé à une seule action, c'est ça ?
36:24Quand c'est une seule action, il faut vraiment ne pas mettre tous les œufs dans le même panier.
36:29Il faut vraiment diversifier.
36:31C'est la règle de l'investissement.
36:33Complètement.
36:34Merci beaucoup.
36:34Et la dernière question, c'est une question que j'aime beaucoup et je n'ai aucune expertise.
36:39Je suis investisseur à titre personnel sur le sujet, mais je vous avoue que là, c'est intéressant d'avoir
36:43une expertise d'un expert.
36:44C'est une question de Florent.
36:46Est-ce que le marché de l'art est un bon moyen de se protéger face aux regains de risques
36:50en bourse ?
36:51Notamment dans le contexte actuel, je suis ravi d'accueillir avec nous Stéphane Aubert.
36:56Vous êtes directeur associé chez Art Curial.
36:59C'est une question peut-être qui vous a été posée ces derniers temps, notamment dans le contexte guerre en
37:04Iran.
37:04Donc effectivement, ne pas mettre ses œufs dans le même panier.
37:07Est-ce que l'art peut être une alternative ?
37:08On n'a pas énormément de temps sur le sujet, mais en tout cas au moins une réponse un peu
37:12rapide sur cette première partie.
37:15Alors effectivement, l'art a toujours été une valeur refuge et l'est peut-être encore…
37:20Ça va bien, la part de toi.
37:24Vous m'entendez ?
37:25Oui, très bien, je vous en prie.
37:29Je disais que l'art a toujours été une valeur refuge et l'est peut-être encore un peu plus
37:34aujourd'hui,
37:36car c'est un bien qui est tangible, c'est quelque chose qu'on a chez soi.
37:43Et évidemment, c'est assez rassurant d'avoir quelque chose qu'on peut avoir sur ses murs ou en tout
37:49cas dans son coffre.
37:51Et on sent aujourd'hui en tout cas que le marché de l'art tient bien,
37:55puisqu'on a beaucoup de collectionneurs, d'acheteurs qui investissent sur le marché
38:03et ça leur permet aussi de diversifier leur patrimoine.
38:08Je rajoute une question supplémentaire à cet égard.
38:12Alors pour nos auditeurs, téléspectateurs et certains, j'imagine, n'investissent pas ou n'ont pas pensé investir dans l
38:17'art,
38:18pour une sorte de premier achat en termes de diversification de son portefeuille.
38:22Quels sont les quelques critères que vous metterez en avant ?
38:25Est-ce qu'il faut acheter des artistes qui sont connus ?
38:27Est-ce que justement il faut plutôt essayer de miser sur des artistes qui sont émergents ?
38:31Et peut-être, alors ça reste très complexe,
38:33et j'ai conscience que le marché de l'art est aussi, vous avez une myriade de prix,
38:38mais quel est le montant que vous pourriez conseiller pour investir dans un premier temps
38:42dans un aspect investissement-découverte sur le marché de l'art ?
38:46Alors plusieurs points. D'abord, il faut acheter ce qu'on aime.
38:50Ça c'est avant tout une règle de base pour l'art.
38:56Acheter ce qu'on aime, acheter des artistes ou des œuvres qui ont une certaine solidité
39:02ou qui sont confirmées.
39:05Par exemple, évidemment Picasso fait partie des grands,
39:11et on peut acheter avec, on peut commencer à une collection ou commencer à acheter le ticket d'entrée.
39:19Il n'est pas forcément extrêmement élevé.
39:22On peut avoir une très belle estampe à 5, 6, 8000 euros.
39:28Et évidemment, après il n'y a pas de limite.
39:30Et un autre point qui est important, c'est également la provenance, le pédigré,
39:35c'est-à-dire d'où vient l'œuvre, si elle provient d'une collection importante.
39:44Là également, ça donne une plus-value à la pièce, à l'objet, à l'œuvre d'art.
39:48Et c'est quelque chose que vous revendrez en tout cas plus tard encore mieux
39:53si vous avez un pédigré, une provenance, une collection attachée à cette œuvre d'art.
40:00Je me permets une troisième question, je trouve le sujet assez intéressant.
40:04Juste très rapidement, est-ce qu'on doit notamment acheter plutôt dans des enchères ?
40:09Est-ce qu'on doit s'adresser aux galeries d'art ?
40:11Quelqu'un qui ne connaît pas, quelle est la démarche pour un premier achat ?
40:16Alors les deux, il y a le premier marché, c'est les galeries d'art.
40:21Il y en a beaucoup à Paris, évidemment.
40:25Alors ce sera plutôt l'art contemporain, l'art moderne ou le design.
40:30Et le second marché, donc chez Arcurial, par exemple, on a 25 spécialités.
40:35Et là, vous avez la possibilité soit d'acheter, je ne sais pas, des tableaux, des bijoux,
40:40des objets dans tous les domaines.
40:43Le second marché, donc la vente aux enchères, c'est un prix qui est finalement concurrentiel,
40:50puisque tout le monde est mis en concurrence et on dit souvent que c'est le juste prix.
40:56Et on a la chance d'avoir des spécialités et un spectre très large
41:02qui permet une diversification peut-être importante dans le cadre d'un premier achat
41:08ou suivant les goûts des collectionneurs.
41:11– Merci beaucoup Stéphane Aubert pour cette première approche.
41:14En tout cas, elle méritera d'aller un peu plus en avant.
41:17Vous êtes directeur associé chez Arcurial.
41:20Et bien sûr, on se retrouve pour la partie géopolitique
41:22« Quand le monde s'affole » avec Mathieu Jolivet.
41:31– Bonjour Mathieu, vous nous avez manqué la semaine dernière.
41:34On a essayé de faire sans vous, mais ne manquez pas, vous étiez en vacances.
41:38– Le cœur y était, le cœur y était.
41:40– J'espère que vous étiez dans un endroit plaisant.
41:42Bon, sans surprise, ce sera bien sûr l'Iran aujourd'hui.
41:45Et c'est assez intéressant puisqu'on en a parlé avec Philippe Wächter,
41:48mais plutôt sur un angle très économique, qui est tout sur l'inflation, etc.
41:52C'est important aussi de regarder ce qui se passe vraiment sur le terrain
41:55du point de vue géopolitique.
41:56Et notamment, ce qui est peut-être assez surprenant, c'est la résistance du régime.
42:02– C'est ça, c'est d'essayer de comprendre pourquoi le régime des Molas est aussi résilient.
42:06En fait, ça fait plusieurs années qu'ils ont mis en place une doctrine,
42:10une stratégie de défense qui est appelée la défense mosaïque.
42:13L'idée, c'est qu'en fait, vous avez 30 mini-commandements
42:19totalement autonomes, indépendants, qui sont éclatés dans 30 provinces iraniennes.
42:24Et cette structure de gouvernance, ça permet quoi ?
42:27Ça permet de faire en sorte, d'avoir en sorte que si vous avez l'état-major,
42:32la chefferie qui est totalement neutralisée,
42:35ce qui était le cas fin février à Téhéran,
42:38et bien vous avez vos 30 mini-armées qui peuvent,
42:41chacune de manière totalement autonome,
42:43choisir n'importe quand, envoyer n'importe quel missile,
42:47n'importe où, sur n'importe qui,
42:50et surtout sans en avoir à référer à Téhéran,
42:53sans avoir le feu vert de Téhéran.
42:55Et ça, en fait, c'est vraiment quelque chose qui complique la donne
42:58pour les forces américaines et israéliennes.
43:01Et si vous rajoutez à ça que vous avez aussi une gouvernance
43:05qui a été pensée par le régime des Mola,
43:08qui fait que si un chef tombe,
43:11vous avez automatiquement quatre remplaçants qui sont proposés,
43:15et bien vous avez tous les ingrédients d'une structure
43:17qui est certes peut-être beaucoup moins dotée financièrement ou technologiquement
43:22que les États-Unis ou Israël,
43:24mais qui fait preuve de résilience.
43:25Et qui dit résilience, dit durée.
43:29Et sur ce type de théâtre d'opération,
43:32si le conflit dure,
43:34c'est stratégiquement plutôt à l'avantage de l'Iran.
43:37Et ça semble assez compliqué,
43:39puisqu'on a eu, alors un peu moins, mais au tout début du conflit,
43:41des appels de Donald Trump, notamment en disant
43:43on fait le job, mais ensuite c'est la rue iranienne
43:46qui va remplacer le pouvoir politique des Mola.
43:50C'est quand même compliqué de changer de régime.
43:52En plus, dans ce contexte-là,
43:53vous nous mettez en avant sur la structure de l'armée,
43:55c'est peu probable que la rue puisse réussir.
43:58Un changement de régime uniquement via des attaques aériennes,
44:01en règle générale, ça ne marche pas.
44:03Donc on se retrouve dans...
44:04Quel peut être l'objectif ?
44:05C'est compliqué, effectivement, de se dire qu'il y a une porte de sortie immédiate.
44:08En fait, il se retrouve clairement dans une impasse stratégique.
44:12Et vous avez raison de le rappeler.
44:13Ça, en fait, ça ne se passe absolument pas comme prévu pour Donald Trump.
44:18Et en fait, si vous regardez l'histoire des conflits modernes,
44:24il y a une constante qui se dégage.
44:27C'est qu'à chaque fois qu'il y a eu une stratégie aérienne,
44:31donc de bombardement par les airs,
44:33ça n'a jamais suffi à faire tomber un régime.
44:39Donc en fait, le risque de cette stratégie aérienne,
44:42c'est l'enlisement et c'est l'escalade.
44:45Et en fait, vous voyez bien ce qui s'est passé.
44:47C'est exactement en fait ce qui s'est passé au Vietnam.
44:49C'est ce qui s'est passé en Irak.
44:51C'est ce qui s'est passé en Afghanistan.
44:53Et là, regardez ce qui s'est passé fin février.
44:56Vous avez les États-Unis et Israël qui ont fait une frappe ultra ciblée
45:03avec une approche technologique et de renseignement infaillible.
45:08Ils ont décapité toute la chefferie.
45:11Et en fait, ça a été un énorme succès tactique,
45:14mais qui ne s'est pas confirmé par un succès politique.
45:17Et c'est ça en fait, tout le danger de cette stratégie aérienne.
45:22C'est que, on vient de le rappeler,
45:25mais vous avez un régime d'Emola qui est super résilient et résistant,
45:32qui continue à être très actif.
45:34Et dans ce type de conflit, quand vous avez des bombardements extérieurs
45:41qui ne suffisent pas, et là on le voit, à annihiler un régime tout de suite,
45:46derrière, ça pousse Israël et les Américains à intensifier les bombardements.
45:55Intensifier les bombardements, ça a pour implication,
45:59et ça on le voit, c'est une autre leçon des guerres modernes,
46:03de parfois, et même souvent, souder une population contre l'ennemi extérieur.
46:09Quand bien même cette population est en conflit avec son régime en cours.
46:18Et donc ça, c'est vraiment ce qui est en train de se passer en ce moment.
46:23On assiste à une forme d'escalade,
46:30et aussi on assiste peut-être aux premières divergences tactiques
46:35entre Benyamin Netanyahou et Donald Trump.
46:38Ça c'est aussi ce qu'on voit, parce que vous avez, en toile de fond,
46:42il se trouve qu'ils ont eu une fenêtre de tir avec un intérêt commun de frapper maintenant,
46:48mais des objectifs qui ne sont pas forcément les mêmes.
46:52Il faut avoir en tête que Benyamin Netanyahou,
46:54lui, il était le numéro 2 de l'ambassade d'Israël à Washington en 1982,
46:59juste après la révolution islamique,
47:01et il avait à l'époque des portes d'entrée à la Maison Blanche en 1982,
47:05et déjà à l'époque, il faisait de l'Iran une menace existentielle pour Israël,
47:14et donc un objectif prioritaire.
47:16Il faut neutraliser l'ennemi iranien.
47:19Ça fait 40 ans que la sécurité de la région est totalement liée à une menace existentielle,
47:29alors que Donald Trump, lui, c'est quelqu'un qui continue à dérouler un plan business, en fait.
47:35On le voit, oui, c'est assez clair.
47:37Oui, et en fait, vous voyez, il avait annoncé à Davos la création de son conseil de la paix,
47:43qui est censé remplacer l'ONU, etc.
47:46Mais en fait, un des premiers objectifs de ce conseil de la paix de Donald Trump,
47:52c'était quoi ? C'était de faire dialoguer les pays arabes avec Israël,
47:59et de faire des ponts entre les deux.
48:02Ce qu'il avait commencé à faire avec Riyad, etc., et faire l'intermédiaire,
48:06c'est aussi pour ça qu'il s'est beaucoup appuyé ces derniers temps sur son gendre Jared Kushner
48:12et son fidèle ami dans le business, Whitcoff.
48:18Et donc, derrière en toile de fond, c'est quoi ?
48:20Il n'y a pas de menace existentielle pour les États-Unis.
48:23En toile de fond, c'est faire du Moyen-Orient une terre de business
48:28et une sécurisation peut-être aussi énergétique pour les États-Unis.
48:33Donc, on n'a pas non plus les mêmes objectifs pour l'un ou pour l'autre.
48:37Et vous avez aussi une échéance électorale.
48:41Ils ont tous les deux à l'automne les mid-terms pour Donald Trump
48:44et des élections pour Netanyahou.
48:47L'un est mieux positionné que l'autre, a priori, quand même.
48:49Oui.
48:49Les chandages peuvent évoluer.
48:51Oui, mais ce que je veux dire, c'est que là encore,
48:54vous avez des intérêts divergents.
48:55Donald Trump a intérêt à se désengager de ce bourbier
49:00Moyen-Oriental le plus rapidement possible avant les mid-terms.
49:05Alors que lui, Netanyahou, s'il y est encore,
49:08il arrive à ses élections à l'automne auréolé de son costume de chef de guerre.
49:13Voilà, je fais le job.
49:14Je fais le job contre vents et marées et ça prendra le temps qu'il faut.
49:18Qui crée un peu d'union sacrée,
49:19en tout cas qui évite qu'on ait du côté israélien
49:22effectivement beaucoup d'opposition à cet égard.
49:23Voilà, on n'a pas pu tout aborder.
49:25Mais comme on n'a pas pu tout aborder,
49:27j'aimerais que vous nous parliez de votre podcast géopolitique
49:29puisqu'on peut vous suivre justement sur le podcast que vous avez.
49:32Oui, ça s'appelle L'Ordre du Monde.
49:35L'Ordre du Monde, je le présente avec Annalisa Capellini.
49:39On le met en ligne tous les jeudis.
49:41Et justement, tous ces aspects de résilience,
49:44de divergence tactique et stratégique entre Donald Trump et Netanyahou,
49:50on vous en parle, ça dure 20 minutes.
49:53On essaye d'être le plus pédagogique, clair et sympathique possible
49:57pour parler de sujets extrêmement compliqués.
50:01Vous pouvez scanner le QR code qui s'affiche.
50:03On vous parle aussi des enjeux de l'île de Cargue.
50:06Oui voilà, qu'on n'a pas eu le temps d'évoquer aujourd'hui malheureusement.
50:08Exactement, qui est un nœud stratégique au nord du Golfe Persique.
50:15Si Donald Trump met la main sur l'île de Cargue,
50:18en gros il coupe le robinet financier pour le régime des Mollahs.
50:22Parce que c'est par là que transite 90% de l'exportation du pétrole iranien.
50:25On vous parle aussi de l'uranium, des enjeux de l'uranium.
50:28Bref, c'est l'Ordre du Monde et vous pouvez flasher ce flash code
50:35pour ceux qui nous regardent.
50:38J'espère que ça vous intéresse à l'Ordre du Monde.
50:41Je vous écoute régulièrement et donc à écouter, c'est vraiment passionnant.
50:44Et merci encore Mathieu, on se retrouve la semaine prochaine.
50:47À la semaine prochaine.
50:47Avec plaisir.
50:57L'agenda de la semaine prochaine, on l'a un peu évoqué,
51:00donc je vais être très rapide lorsqu'on était avec Philippe Wächter.
51:02On a beaucoup de banques centrales qui vont se réunir.
51:04La Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne,
51:07la Banque nationale suisse.
51:08La réalité, qu'est-ce qui va se passer ?
51:10C'est qu'aucune ne va bouger.
51:11Philippe l'a rappelé à juste titre, c'est complètement mon point de vue.
51:14Lorsqu'on est face à un choc d'offres avec énormément d'incertitudes
51:17sur l'évolution des prix, notamment de l'énergie et des engrais,
51:20les banques centrales ont tout intérêt à faire le d'euro.
51:23Donc pas de baisse de taux dans l'immédiat.
51:25Il y en a deux qui auraient pu les baisser éventuellement.
51:27La Banque d'Angleterre où il y a un sujet pour baisser davantage les taux.
51:30On est actuellement à 3,75%.
51:33Mais sinon, du côté de la Réserve fédérale aussi,
51:35c'est repoussé pour plus tard.
51:37Donc il faudra regarder dans les prochains mois
51:38ce qui va se passer du côté de la Fed et de la Banque d'Angleterre.
51:41C'est les deux grands sujets en Europe
51:43où il y a d'éventuelles baisses de taux qui sont supplémentaires.
51:46Et bien sûr, je suis ravi d'accueillir en plateau
51:49pour évoquer l'agenda de la semaine prochaine.
51:51Qu'est-ce qu'on va regarder lundi ?
51:52Vous allez te charger, j'imagine, mais...
51:54Oui, ça va, vous ?
51:55Ça va, ça va.
51:56On tient le coup, hein ?
51:57Oui, oui.
51:58Alors, lundi, justement, on va se consacrer à vous, investisseurs
52:01qui avaient des finances personnelles à gérer.
52:04Scrutez un petit peu votre état d'esprit.
52:05On va voir Maximeuse, notre confrère de La Tribune,
52:08qui viendra nous présenter son baromètre périodique
52:11du moral des investisseurs
52:13pour prendre un petit peu le pouls
52:15en cette période vraiment très troublée, très agitée.
52:17On sera avec Julien Nébenzal-Ditoro
52:19pour faire un peu de finances comportementales,
52:21comme tous les lundis.
52:22Donc, on va rester dans la psycho.
52:24Et puis...
52:25Ah, c'est utile sur le marché énergie d'éthique.
52:27C'est important.
52:28Et puis, on terminera par un point sur l'or aussi,
52:30avec François Delassus, d'or en cash.
52:33Ben oui, l'or qui n'arrive plus à retrouver
52:34ses couleurs de valeur refuge.
52:35C'est le dollar...
52:36Philippe Wester était un peu sceptique
52:37sur le lien entre or et risque géopolitique.
52:40Et effectivement, ça ne fonctionne pas toujours.
52:42Merci beaucoup.
52:43Donc, on se retrouve bien sûr lundi
52:45pour la suite de Tout pour investir.
52:47De notre côté, pour la Masterclass,
52:49on se retrouve vendredi à 11h.
52:50Merci à tous pour votre fidélité.
52:52Vous pouvez nous visionner, nous écouter
52:54sur toutes les plateformes de BFM Business.
52:56Très bon week-end.
52:57Et maintenant, place aux experts de l'IMO.
53:01Tout pour investir.
53:03La Masterclass sur BFM Business.
Commentaires