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  • il y a 10 heures
Pr Alexandre G Lellouch, chirurgien plasticien et chercheur à l’HEGP, était l'invité de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, ce mardi 10 mars. Il s'est penché sur l'influence de l'IA sur le secteur de la santé, en particulier dans le domaine de la dermatologie, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Tech & Co, la quotidienne, l'invité.
00:06Professeur Alexandre Lelouch est avec nous, bonsoir professeur.
00:08Bonsoir.
00:08Merci d'être là, vous êtes chirurgien plasticien, chercheur à l'HEGP, vous vivez aux Etats-Unis.
00:14Vous êtes avec nous en ce moment, vous êtes sur Paris, vous êtes venu nous voir sur plateau Tech &
00:20Co
00:20parce que vous étiez à la conférence des progrès de l'IA en santé qui s'est tenue hier au
00:26rendez-vous Made in Tech.
00:27C'était au Parc Floral de Paris, ça devait être passionnant ce que vous avez raconté,
00:32on avait envie d'avoir un petit résumé, une petite session de rattrapage ce soir dans Tech & Co avec
00:37vous.
00:38Est-ce que vous pouvez déjà nous brosser un peu votre CV ?
00:40Vous êtes donc, je le disais, chirurgien plasticien, spécialisé en dermatologie, passionné de technologie d'IA, c'est ça ?
00:48Et puis allez-y, racontez-nous votre parcours.
00:50Alors rapidement, moi je suis chirurgien plasticien, j'exerce à Paris et à Los Angeles
00:56où j'ai un double rôle qu'on appelle de chirurgien-chercheur, c'est-à-dire, en anglais c'est
01:02scientist surgeon,
01:03c'est-à-dire le fait de pouvoir traiter les patients et de faire de la recherche
01:07et à travers la recherche justement d'améliorer les traitements.
01:10Et donc quand on est chercheur, on a plusieurs valences, c'est-à-dire qu'on est confronté à différentes
01:17technologies.
01:18Ça peut être l'ingénierie tissulaire, ça peut être l'immunologie, ça peut être la robotique
01:22et c'est vrai qu'aujourd'hui, c'est ça qui est assez fascinant, c'est qu'il y a
01:25une réunion en fait de tous ces domaines-là
01:27et c'est pour ça que nous, en tant que médecins, ce qui nous intéresse, c'est pas faire la
01:30technologie pour la technologie,
01:31c'est faire la technologie pour le patient.
01:33Et donc nous, en fait, en tant que clinicien, on doit dire, voilà, le cap à faire pour améliorer la
01:38santé des humains, c'est ça.
01:40Et donc j'essaye à mon niveau de pouvoir contribuer, d'apporter une petite pierre à l'édifice.
01:44C'est passionnant parce que vous êtes à la fois, je dirais, au cœur du recteur, vous soignez des gens
01:49et puis d'un autre côté, vous êtes chercheur.
01:52L'IA, on le voit et on en parle tous les soirs dans Tech & Co, est en train de
01:56bouleverser des secteurs entiers.
01:58On sait que la santé est en train d'être bouleversée par l'IA.
02:01Comment vous qualifieriez l'IA, vous en tant que médecin et chercheur ?
02:06Qu'est-ce que ça apporte ? Est-ce que c'est véritablement l'arrivée d'une nouvelle ère dans
02:10le monde de la médecine ?
02:11Alors clairement, c'est une nouvelle ère, surtout pour les profils de cliniciens-chercheurs,
02:16parce que vous savez, quand on est clinicien et chercheur, le problème c'est qu'à l'hôpital, vous n
02:20'êtes pas assez là.
02:21Dans le laboratoire, vous n'êtes pas assez là.
02:22Et donc aujourd'hui, on a des outils pour nous aider en clinique et en recherche,
02:26c'est-à-dire qu'en fait, on va décupler notre capacité à pouvoir faire notre job.
02:31Et c'est vrai que l'IA, par exemple pour la clinique, aujourd'hui, on garde les patients dans les
02:38yeux.
02:38Ça veut dire qu'on n'est plus sur notre ordinateur, il y a quelques années, elle s'est tout
02:42noté, etc.
02:43Aujourd'hui, les IA écoutent le patient, on est là et elles notent tout.
02:46Ça, c'est juste un exemple.
02:47En recherche, pareil, vous savez, quand on analyse des données extrêmement importantes,
02:52on fait des statistiques, etc.
02:53Aujourd'hui, on remplit, si vous voulez, des bases de données quasiment automatiquement.
02:59Et donc, en fait, pour moi, l'IA était plus un apport de liberté que de contrainte.
03:05Et c'est vrai que ça a permis, à mon avis, à beaucoup de chirurgiens-chercheurs,
03:10en fait, d'aimer encore plus leur métier parce qu'il y a une grosse partie administrative
03:14qu'on ne fait plus aujourd'hui.
03:16On dit que dans le domaine de la recherche, l'IA va accélérer des traitements.
03:20C'est vrai, ça ?
03:22Vous êtes témoin de cette accélération de la recherche ?
03:26Alors, sans doute, il y a énormément de choses.
03:29Je vous donne quelques exemples pour que ça parle un petit peu.
03:30C'est que, par exemple, si avant, on voulait tester une molécule, par exemple, en expérimental,
03:38eh bien, aujourd'hui, on peut tester beaucoup plus de molécules grâce à des modélisations informatiques.
03:44On l'appelle les fameux jumeaux numériques.
03:45Voilà, exactement.
03:46Et on peut faire ça sur absolument tous les domaines.
03:49Et moi, j'ai fait quasiment 10 ans de recherche sur l'animal.
03:52Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on a de moins en moins besoin de faire de la recherche sur
03:55l'animal.
03:56Et d'ailleurs, heureusement, quand on est chercheur, et en particulier sur l'animal,
03:58eh bien, on essaie de... Tout ce qu'on peut faire sans avoir recours animal, on le fait.
04:02Et c'est vrai qu'aujourd'hui, eh bien, avec les organoïdes, avec beaucoup de choses,
04:06eh bien, on peut se passer de ça.
04:08Et c'est vrai que l'IA, en fait, va potentialiser chaque technologie.
04:12Alors, votre spécialité, c'est la dermato.
04:15En quoi la dermato est bouleversée, révolutionnée, accélérée par la tech et par l'IA ?
04:22Alors, ma spécialité, c'est la chirurgie plastique.
04:24Mais c'est vrai que je m'intéresse beaucoup, en particulier à la chirurgie du cancer de peau.
04:30Pour plein de raisons.
04:31En fait, c'était initialement, c'est que nous, c'est dans les services de chirurgie plastique,
04:36on traite énormément de patients avec des cancers en particulier de la face.
04:39Et d'ailleurs, on a des reconstructions très complexes à faire.
04:42Plastique esthétique, c'est pas pareil ?
04:44Alors, en fait, tous les chirurgiens esthétiques ont une base de reconstruction,
04:48parce que vous savez que la chirurgie esthétique est née de la reconstruction.
04:50Et donc, tous les chirurgiens qui ont cette formation esthétique font les deux.
04:55Après, ils peuvent choisir de faire l'une ou l'autre.
04:57À titre personnel, je pratique les deux.
04:59Et en tout cas, la reconstruction, une base majeure de reconstruction,
05:03c'est les tumeurs cutanées.
05:05Et parce qu'on doit, justement, on enlève une grosse partie du corps
05:08et on doit la reconstruire.
05:09Et donc là, comment la tech et l'IA a changé votre métier ?
05:15Alors, à changer ma métier, c'est un des projets que j'ai mené avec mon confrère,
05:18le docteur Assouline.
05:19On a cofondé Maison Abeille.
05:22Et en fait, on était parti d'un constat qu'il y a beaucoup de patients
05:27qui ont du mal, dès qu'ils ont un grain de beauté suspect
05:29ou dès qu'il y a une tumeur cutanée qui apparaît,
05:33à savoir qu'est-ce qu'il va aller voir, le dermatologue, le chirurgien, etc.
05:35Et donc aujourd'hui, on a essayé d'associer un peu tout ça
05:38avec un triptyque, médecin généraliste, dermatologue et chirurgien plastique
05:43où, si vous voulez, le patient vient en cabinet.
05:46On a mis en place des machines qui utilisent des cartographies cutanées
05:49pour avoir vraiment une vision de tout le corps.
05:52Et on utilise l'IA, justement, pour nous donner une aide au diagnostic.
05:58Ce n'est pas l'IA qui fait le diagnostic, mais c'est l'humain.
06:00Mais c'est une aide au diagnostic.
06:01Et on va combiner les deux, donc le côté clinique-IA
06:06et aussi on fait la chirurgie dans le même temps de la consultation.
06:11Vous travaillez même sur la greffe d'œil,
06:14ce qui est quelque chose qui, aujourd'hui, n'existe pas.
06:16Alors la greffe d'œil, c'est assez passionnant.
06:18En fait, ça vient initialement, vous savez que la première greffe de main
06:20a été faite en France, en 1998.
06:24Et en fait, moi, j'ai été passionné.
06:26C'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu faire ce métier,
06:28chirurgien plasticien, et donc il y a eu les greffes de main
06:32et les greffes de face pour lesquelles j'ai participé à deux reprises,
06:35en 2018 et en 2021, à l'hôpital européen Georges Pompidou.
06:40Et en fait, la greffe d'œil...
06:42Juste à côté, d'ailleurs.
06:43Juste à côté, juste en face.
06:44Justement, la greffe d'œil, c'est comme une greffe de main,
06:47ou comme c'est ce qu'on appelle dans le domaine des allogreffes d'issue composite.
06:51La différence majeure, c'est qu'on a réussi à faire des greffes de main
06:54et des greffes de face parce qu'on greffait un tissu.
06:56Mais en fait, l'œil, vous savez qu'il y a déjà eu une greffe d'œil
06:58qui a été faite à New York, il y a quelques années, il y a 2-3 ans maintenant.
07:02Le problème, c'est qu'on sait que quand on greffe un œil,
07:04c'est avec la clartère, la veine, l'œil marche, c'est-à-dire qu'il est viable,
07:07mais il ne voit pas.
07:08Aujourd'hui...
07:09C'est-à-dire qu'il n'est pas connecté au cerveau, c'est-à-dire qu'il n'est
07:11pas connecté au cerveau, c'est-à-dire ?
07:11Il n'est pas connecté au cerveau, c'est-à-dire que tout son moteur fonctionne ?
07:14Exactement, c'est-à-dire que mais il ne voit pas.
07:17Et c'est comme un patient avec un cécité qui a encore son œil,
07:20où on voit qu'il a un œil, mais il ne marche pas, parce qu'il n'y a pas
07:22de bonne connexion.
07:23Et c'est vrai qu'aujourd'hui, alors ça, c'est un projet qui est fait aussi à Los Angeles,
07:27avec 6 autres partenariats pour lesquels il y a eu des financements pour ça.
07:32Et en fait, aujourd'hui, c'est non seulement les anastomoses chirurgicales qui se font,
07:35mais c'est aussi la pose d'implants intravitréens et d'implants dans le cerveau
07:40pour pouvoir justement fournir les bons signaux électriques
07:43pour rééduquer en fait le cerveau à pouvoir voir avec le qu'on va greffer.
07:47Donc créer l'interface entre le nouvel œil et le cerveau.
07:50C'est encore en recherche, on a commencé, on a 6 ans de recherche sur ça,
07:53mais on a commencé, il y a 2 ans, on a déjà publié 2 papiers scientifiques
07:56avec mon confère, le docteur Eza Moubari,
07:59et notre équipe entre Harvard et Cédar Sanae,
08:02on a déjà 2 papiers publiés, papiers scientifiques,
08:06et c'est vrai que c'est un sujet, moi, qui me passionne complètement.
08:08Et puis bien évidemment, la peau artificielle,
08:10qui est un sujet que vous suivez de près,
08:13puisque vous travaillez sur ce projet de peau artificielle,
08:15qui a même obtenu un financement,
08:18et qui donne évidemment beaucoup d'espoir à toutes les personnes
08:20qui sont brûlées ou qui ont justement des tumeurs cancéreuses.
08:25Exactement, alors justement, la peau artificielle,
08:26c'est un PEPR 2030 qu'on a eu avec le professeur Smaja,
08:30pour lequel je suis à l'hôpital européen Georges Pompidou,
08:32et le docteur Fortunel,
08:33et c'est un projet en deux mots,
08:37c'est-à-dire qu'aujourd'hui, ça fait depuis 40 ans
08:39que la peau artificielle existe,
08:40et pourquoi elle n'est pas dans les hôpitaux ?
08:42En fait, c'est pour une raison assez simple,
08:43c'est que la peau, on rejette la peau.
08:46C'est-à-dire que si ce n'est pas ma peau,
08:48et si ce n'est pas des autogreffes,
08:49et bien ça rejette.
08:50Un peu comme tous les organes, finalement.
08:51Comme tous les organes,
08:52mais encore plus la peau,
08:53parce que la peau est l'organe le plus immunogène du corps humain.
08:55Et en fait, si jamais vous avez une solution
08:58pour mettre des cellules immunocompétentes,
09:02donc c'est notre projet 2030,
09:04qu'on a eu avec le PEPR,
09:05si vous arrivez à avoir des cellules immunocompétentes,
09:08et bien vous pouvez faire cette peau artificielle universelle.
09:12Et ça, c'est ça notre sujet,
09:14et j'espère qu'on va y arriver dans les 3-4 prochaines années.
09:17Passionnant de vous écouter.
09:18Merci d'avoir pris le temps,
09:19d'être passé sur le plateau Tech&Co
09:21pour expliquer quelques-uns de vos travaux.
09:23Et écoutez, avançons,
09:26et puis vous serez toujours le bienvenu
09:27pour nous expliquer vos travaux.
09:29Avec grand plaisir.
09:30Professeur Alexandre Lelouch,
09:32chirurgien plasticien et chercheur
09:34à l'HEGP pour terminer ce Tech&Co.
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