00:01Tech & Co, la quotidienne, l'invité.
00:06Professeur Alexandre Lelouch est avec nous, bonsoir professeur.
00:08Bonsoir.
00:08Merci d'être là, vous êtes chirurgien plasticien, chercheur à l'HEGP, vous vivez aux Etats-Unis.
00:14Vous êtes avec nous en ce moment, vous êtes sur Paris, vous êtes venu nous voir sur plateau Tech &
00:20Co
00:20parce que vous étiez à la conférence des progrès de l'IA en santé qui s'est tenue hier au
00:26rendez-vous Made in Tech.
00:27C'était au Parc Floral de Paris, ça devait être passionnant ce que vous avez raconté,
00:32on avait envie d'avoir un petit résumé, une petite session de rattrapage ce soir dans Tech & Co avec
00:37vous.
00:38Est-ce que vous pouvez déjà nous brosser un peu votre CV ?
00:40Vous êtes donc, je le disais, chirurgien plasticien, spécialisé en dermatologie, passionné de technologie d'IA, c'est ça ?
00:48Et puis allez-y, racontez-nous votre parcours.
00:50Alors rapidement, moi je suis chirurgien plasticien, j'exerce à Paris et à Los Angeles
00:56où j'ai un double rôle qu'on appelle de chirurgien-chercheur, c'est-à-dire, en anglais c'est
01:02scientist surgeon,
01:03c'est-à-dire le fait de pouvoir traiter les patients et de faire de la recherche
01:07et à travers la recherche justement d'améliorer les traitements.
01:10Et donc quand on est chercheur, on a plusieurs valences, c'est-à-dire qu'on est confronté à différentes
01:17technologies.
01:18Ça peut être l'ingénierie tissulaire, ça peut être l'immunologie, ça peut être la robotique
01:22et c'est vrai qu'aujourd'hui, c'est ça qui est assez fascinant, c'est qu'il y a
01:25une réunion en fait de tous ces domaines-là
01:27et c'est pour ça que nous, en tant que médecins, ce qui nous intéresse, c'est pas faire la
01:30technologie pour la technologie,
01:31c'est faire la technologie pour le patient.
01:33Et donc nous, en fait, en tant que clinicien, on doit dire, voilà, le cap à faire pour améliorer la
01:38santé des humains, c'est ça.
01:40Et donc j'essaye à mon niveau de pouvoir contribuer, d'apporter une petite pierre à l'édifice.
01:44C'est passionnant parce que vous êtes à la fois, je dirais, au cœur du recteur, vous soignez des gens
01:49et puis d'un autre côté, vous êtes chercheur.
01:52L'IA, on le voit et on en parle tous les soirs dans Tech & Co, est en train de
01:56bouleverser des secteurs entiers.
01:58On sait que la santé est en train d'être bouleversée par l'IA.
02:01Comment vous qualifieriez l'IA, vous en tant que médecin et chercheur ?
02:06Qu'est-ce que ça apporte ? Est-ce que c'est véritablement l'arrivée d'une nouvelle ère dans
02:10le monde de la médecine ?
02:11Alors clairement, c'est une nouvelle ère, surtout pour les profils de cliniciens-chercheurs,
02:16parce que vous savez, quand on est clinicien et chercheur, le problème c'est qu'à l'hôpital, vous n
02:20'êtes pas assez là.
02:21Dans le laboratoire, vous n'êtes pas assez là.
02:22Et donc aujourd'hui, on a des outils pour nous aider en clinique et en recherche,
02:26c'est-à-dire qu'en fait, on va décupler notre capacité à pouvoir faire notre job.
02:31Et c'est vrai que l'IA, par exemple pour la clinique, aujourd'hui, on garde les patients dans les
02:38yeux.
02:38Ça veut dire qu'on n'est plus sur notre ordinateur, il y a quelques années, elle s'est tout
02:42noté, etc.
02:43Aujourd'hui, les IA écoutent le patient, on est là et elles notent tout.
02:46Ça, c'est juste un exemple.
02:47En recherche, pareil, vous savez, quand on analyse des données extrêmement importantes,
02:52on fait des statistiques, etc.
02:53Aujourd'hui, on remplit, si vous voulez, des bases de données quasiment automatiquement.
02:59Et donc, en fait, pour moi, l'IA était plus un apport de liberté que de contrainte.
03:05Et c'est vrai que ça a permis, à mon avis, à beaucoup de chirurgiens-chercheurs,
03:10en fait, d'aimer encore plus leur métier parce qu'il y a une grosse partie administrative
03:14qu'on ne fait plus aujourd'hui.
03:16On dit que dans le domaine de la recherche, l'IA va accélérer des traitements.
03:20C'est vrai, ça ?
03:22Vous êtes témoin de cette accélération de la recherche ?
03:26Alors, sans doute, il y a énormément de choses.
03:29Je vous donne quelques exemples pour que ça parle un petit peu.
03:30C'est que, par exemple, si avant, on voulait tester une molécule, par exemple, en expérimental,
03:38eh bien, aujourd'hui, on peut tester beaucoup plus de molécules grâce à des modélisations informatiques.
03:44On l'appelle les fameux jumeaux numériques.
03:45Voilà, exactement.
03:46Et on peut faire ça sur absolument tous les domaines.
03:49Et moi, j'ai fait quasiment 10 ans de recherche sur l'animal.
03:52Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on a de moins en moins besoin de faire de la recherche sur
03:55l'animal.
03:56Et d'ailleurs, heureusement, quand on est chercheur, et en particulier sur l'animal,
03:58eh bien, on essaie de... Tout ce qu'on peut faire sans avoir recours animal, on le fait.
04:02Et c'est vrai qu'aujourd'hui, eh bien, avec les organoïdes, avec beaucoup de choses,
04:06eh bien, on peut se passer de ça.
04:08Et c'est vrai que l'IA, en fait, va potentialiser chaque technologie.
04:12Alors, votre spécialité, c'est la dermato.
04:15En quoi la dermato est bouleversée, révolutionnée, accélérée par la tech et par l'IA ?
04:22Alors, ma spécialité, c'est la chirurgie plastique.
04:24Mais c'est vrai que je m'intéresse beaucoup, en particulier à la chirurgie du cancer de peau.
04:30Pour plein de raisons.
04:31En fait, c'était initialement, c'est que nous, c'est dans les services de chirurgie plastique,
04:36on traite énormément de patients avec des cancers en particulier de la face.
04:39Et d'ailleurs, on a des reconstructions très complexes à faire.
04:42Plastique esthétique, c'est pas pareil ?
04:44Alors, en fait, tous les chirurgiens esthétiques ont une base de reconstruction,
04:48parce que vous savez que la chirurgie esthétique est née de la reconstruction.
04:50Et donc, tous les chirurgiens qui ont cette formation esthétique font les deux.
04:55Après, ils peuvent choisir de faire l'une ou l'autre.
04:57À titre personnel, je pratique les deux.
04:59Et en tout cas, la reconstruction, une base majeure de reconstruction,
05:03c'est les tumeurs cutanées.
05:05Et parce qu'on doit, justement, on enlève une grosse partie du corps
05:08et on doit la reconstruire.
05:09Et donc là, comment la tech et l'IA a changé votre métier ?
05:15Alors, à changer ma métier, c'est un des projets que j'ai mené avec mon confrère,
05:18le docteur Assouline.
05:19On a cofondé Maison Abeille.
05:22Et en fait, on était parti d'un constat qu'il y a beaucoup de patients
05:27qui ont du mal, dès qu'ils ont un grain de beauté suspect
05:29ou dès qu'il y a une tumeur cutanée qui apparaît,
05:33à savoir qu'est-ce qu'il va aller voir, le dermatologue, le chirurgien, etc.
05:35Et donc aujourd'hui, on a essayé d'associer un peu tout ça
05:38avec un triptyque, médecin généraliste, dermatologue et chirurgien plastique
05:43où, si vous voulez, le patient vient en cabinet.
05:46On a mis en place des machines qui utilisent des cartographies cutanées
05:49pour avoir vraiment une vision de tout le corps.
05:52Et on utilise l'IA, justement, pour nous donner une aide au diagnostic.
05:58Ce n'est pas l'IA qui fait le diagnostic, mais c'est l'humain.
06:00Mais c'est une aide au diagnostic.
06:01Et on va combiner les deux, donc le côté clinique-IA
06:06et aussi on fait la chirurgie dans le même temps de la consultation.
06:11Vous travaillez même sur la greffe d'œil,
06:14ce qui est quelque chose qui, aujourd'hui, n'existe pas.
06:16Alors la greffe d'œil, c'est assez passionnant.
06:18En fait, ça vient initialement, vous savez que la première greffe de main
06:20a été faite en France, en 1998.
06:24Et en fait, moi, j'ai été passionné.
06:26C'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu faire ce métier,
06:28chirurgien plasticien, et donc il y a eu les greffes de main
06:32et les greffes de face pour lesquelles j'ai participé à deux reprises,
06:35en 2018 et en 2021, à l'hôpital européen Georges Pompidou.
06:40Et en fait, la greffe d'œil...
06:42Juste à côté, d'ailleurs.
06:43Juste à côté, juste en face.
06:44Justement, la greffe d'œil, c'est comme une greffe de main,
06:47ou comme c'est ce qu'on appelle dans le domaine des allogreffes d'issue composite.
06:51La différence majeure, c'est qu'on a réussi à faire des greffes de main
06:54et des greffes de face parce qu'on greffait un tissu.
06:56Mais en fait, l'œil, vous savez qu'il y a déjà eu une greffe d'œil
06:58qui a été faite à New York, il y a quelques années, il y a 2-3 ans maintenant.
07:02Le problème, c'est qu'on sait que quand on greffe un œil,
07:04c'est avec la clartère, la veine, l'œil marche, c'est-à-dire qu'il est viable,
07:07mais il ne voit pas.
07:08Aujourd'hui...
07:09C'est-à-dire qu'il n'est pas connecté au cerveau, c'est-à-dire qu'il n'est
07:11pas connecté au cerveau, c'est-à-dire ?
07:11Il n'est pas connecté au cerveau, c'est-à-dire que tout son moteur fonctionne ?
07:14Exactement, c'est-à-dire que mais il ne voit pas.
07:17Et c'est comme un patient avec un cécité qui a encore son œil,
07:20où on voit qu'il a un œil, mais il ne marche pas, parce qu'il n'y a pas
07:22de bonne connexion.
07:23Et c'est vrai qu'aujourd'hui, alors ça, c'est un projet qui est fait aussi à Los Angeles,
07:27avec 6 autres partenariats pour lesquels il y a eu des financements pour ça.
07:32Et en fait, aujourd'hui, c'est non seulement les anastomoses chirurgicales qui se font,
07:35mais c'est aussi la pose d'implants intravitréens et d'implants dans le cerveau
07:40pour pouvoir justement fournir les bons signaux électriques
07:43pour rééduquer en fait le cerveau à pouvoir voir avec le qu'on va greffer.
07:47Donc créer l'interface entre le nouvel œil et le cerveau.
07:50C'est encore en recherche, on a commencé, on a 6 ans de recherche sur ça,
07:53mais on a commencé, il y a 2 ans, on a déjà publié 2 papiers scientifiques
07:56avec mon confère, le docteur Eza Moubari,
07:59et notre équipe entre Harvard et Cédar Sanae,
08:02on a déjà 2 papiers publiés, papiers scientifiques,
08:06et c'est vrai que c'est un sujet, moi, qui me passionne complètement.
08:08Et puis bien évidemment, la peau artificielle,
08:10qui est un sujet que vous suivez de près,
08:13puisque vous travaillez sur ce projet de peau artificielle,
08:15qui a même obtenu un financement,
08:18et qui donne évidemment beaucoup d'espoir à toutes les personnes
08:20qui sont brûlées ou qui ont justement des tumeurs cancéreuses.
08:25Exactement, alors justement, la peau artificielle,
08:26c'est un PEPR 2030 qu'on a eu avec le professeur Smaja,
08:30pour lequel je suis à l'hôpital européen Georges Pompidou,
08:32et le docteur Fortunel,
08:33et c'est un projet en deux mots,
08:37c'est-à-dire qu'aujourd'hui, ça fait depuis 40 ans
08:39que la peau artificielle existe,
08:40et pourquoi elle n'est pas dans les hôpitaux ?
08:42En fait, c'est pour une raison assez simple,
08:43c'est que la peau, on rejette la peau.
08:46C'est-à-dire que si ce n'est pas ma peau,
08:48et si ce n'est pas des autogreffes,
08:49et bien ça rejette.
08:50Un peu comme tous les organes, finalement.
08:51Comme tous les organes,
08:52mais encore plus la peau,
08:53parce que la peau est l'organe le plus immunogène du corps humain.
08:55Et en fait, si jamais vous avez une solution
08:58pour mettre des cellules immunocompétentes,
09:02donc c'est notre projet 2030,
09:04qu'on a eu avec le PEPR,
09:05si vous arrivez à avoir des cellules immunocompétentes,
09:08et bien vous pouvez faire cette peau artificielle universelle.
09:12Et ça, c'est ça notre sujet,
09:14et j'espère qu'on va y arriver dans les 3-4 prochaines années.
09:17Passionnant de vous écouter.
09:18Merci d'avoir pris le temps,
09:19d'être passé sur le plateau Tech&Co
09:21pour expliquer quelques-uns de vos travaux.
09:23Et écoutez, avançons,
09:26et puis vous serez toujours le bienvenu
09:27pour nous expliquer vos travaux.
09:29Avec grand plaisir.
09:30Professeur Alexandre Lelouch,
09:32chirurgien plasticien et chercheur
09:34à l'HEGP pour terminer ce Tech&Co.
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