Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 heures
Première vidéo de présentation de l'évolution de posture chez François Roustang : Porte parole puis révélateur

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:02Bonjour, a priori trois vidéos, je ne sais pas en commençant, mais a priori trois vidéos sur la
00:12posture. L'idée c'était de parler de la posture de l'Aïno parce que c'est quelque chose qui
00:20revient
00:20tout le temps dans toutes les formations et c'est le coeur des formations. La posture c'est pas
00:27fondamentale. Parfois on entend des thérapeutes qui disent oui mais le patient résiste. S'il se
00:35passe quelque chose, d'abord il n'y a pas de résistance, il y a de la peur, donc le
00:39patient
00:40est envahi par une peur. Et deuxièmement, c'est que le thérapeute n'a pas trouvé la bonne posture.
00:47C'est peut-être un peu violent ce que je dis, mais c'est le travail que fait le thérapeute
00:52sur sa
00:52posture qui permet aux choses de se faire. Alors ça c'est pas moi qui l'ai inventé. Vous trouvez
00:59ça
00:59d'une certaine façon, et c'est rare que je le cite, vous trouvez ça chez Lacan. La phrase c
01:08'est
01:08il n'y a qu'une seule résistance et c'est la résistance de l'analyste, mais n'empêche que
01:13ça
01:13veut bien dire ce que ça veut dire. Et vous trouvez ça alors chez Ericsson, alors c'est repris par
01:18Roustan, on va venir dans Influence, dans lequel il dit que pour Ericsson, l'attitude du thérapeute
01:26détermine les résultats obtenus. Au moins les choses sont claires. Voilà. Alors, de façon à travailler,
01:33à présenter ce qu'il en est de la posture de Laino, je me suis dit, on va prendre les
01:41choses en les
01:41inscrivant dans une histoire, plutôt que balancer ça comme ça. Et l'histoire de quelqu'un qui a eu
01:48tout un parcours passionnant, extrêmement riche, et qui est parti d'une certaine posture pour arriver
01:55à une autre posture qui est vraiment aux antipodes. Et il y a toute une démarche intellectuelle derrière,
02:01il y a une démarche de recherche derrière, qui pour moi bouleverse les choses. Et donc c'est ça que
02:07je vais
02:07vous présenter pour que ce soit concret, pour que ce soit accessible, pour que vous compreniez. Et puis
02:11parce que les errances par lesquelles est passé Roustan, quelque part on passe par là et beaucoup
02:19de gens ne vont pas s'arrêter en chemin. Donc, j'ai dit, je vais parler de l'évolution de
02:25la posture
02:26de François Roustan tout au long de sa carrière, qui est vraiment quelque chose que moi je trouve
02:31passionnant, et je vais essayer de vous communiquer ma passion pour cette évolution. Je vais m'appuyer sur
02:39des extraits décrits, sur des interviews, etc., sur des échanges aussi un petit peu que j'ai eu avec lui,
02:45de façon à ce que vous puissiez vérifier ce que je dis. Il y a des références derrière, c'est
02:51pas ce que dit
02:52Bernard, c'est ce que dit Roustan. Après, on arrivera un tout petit peu à ce que dit Bernard, mais
02:58c'est pas ça
02:58qui est important dans ce que je vais vous présenter. Alors, dans la première
03:03vidéo, a priori, je vais parler des deux
03:06premières périodes de Roustan, d'après moi,
03:11porte-parole, vous allez comprendre, et révélateur.
03:14La vidéo d'après, ce sera activateur,
03:18et puis enfin, la dernière vidéo, ce sera sur la dernière période,
03:22qui est à mon avis la plus passionnante, mais on ne peut pas la comprendre si on n'a pas
03:27compris, écouté, ce qui a été fait avant, c'est la période catalyseur.
03:32Voilà, puis on mettra quelques mots sur l'Aïno.
03:38Comme Roustan s'est appuyé dessus pour une partie de ses recherches,
03:42comme c'est aussi un des points d'appui de l'Aïno,
03:45je vais un peu élargir cet exposé à des éléments de taoïsme et de zen.
03:51Et on y va tout de suite. Je vais vous donner une petite
03:55un adage, une petite phrase que j'adore,
03:58que j'ai trouvé, moi,
04:00cité par Kodo Sawaki dans un livre qui s'appelle
04:03« À toi », mais c'est pas de Sawaki
04:07à la base, mais je trouve qu'il y a tout
04:10dedans, en même temps.
04:12Ce n'est pas toi qui cherches la voie,
04:15c'est la voie qui te cherche.
04:18À mon avis, tout est dit, mais encore,
04:20qu'est-ce que ça veut dire ?
04:21Voilà.
04:22Donc ça, ça va s'éclaircir, j'espère,
04:24au fur et à mesure de cet exposé.
04:27Alors, on commence par une petite présentation de Roustan,
04:30et puis comme ça, on va aller dans l'évolution de posture.
04:36François Roustan, donc, il est né en 1923 à Lausay,
04:41dans la Meuse.
04:42Il est mort à Paris en 2016.
04:44Voilà, ça, c'est fait.
04:46Et alors, il a été l'usage pendant très, très longtemps,
04:51et j'ai grandi là-dedans aussi,
04:53dans les familles bien pensantes,
04:55de donner l'un des enfants à l'Église catholique.
04:58C'est ce qui m'est arrivé aussi.
04:59Alors, je ne vais pas déblatérer sur moi sans arrêt,
05:01mais bon, les parallèles sont amusants.
05:04Simplement, moi, j'ai quitté le séminaire,
05:06je ne suis pas devenu prêtre.
05:08Et donc, quand on était donné comme ça à l'Église,
05:12ce n'était pas brutalement du jour au lendemain,
05:14toi, tu seras prêtre.
05:15Non, on grandissait avec une conviction d'être appelé par l'Esprit Saint.
05:21Ce n'est pas rien.
05:23Et on grandissait là-dedans, c'était comme une évidence.
05:25Donc, ce n'était pas discuté, ce n'était pas discutable,
05:28ça ne venait pas à l'esprit.
05:29Il n'y avait pas de remise en question possible,
05:34c'était une espèce de place.
05:37Et donc, François Roustan grandit en se croyant investi d'une place
05:42par la voie divine.
05:44Ce qui n'est pas prise de tête,
05:46c'est quelque chose, encore une fois, qui est posé.
05:50Alors, l'avantage, c'est qu'il n'y a pas vraiment de questions
05:52à se poser sur son avenir dans ce cas-là,
05:54parce que, ben, voilà, on sera prêtre, puis voilà, quoi.
05:58Mais c'est très, très intéressant
06:00parce que ça colore la relation aux autres, ça.
06:03Ça met dans un petit décalage.
06:05C'est-à-dire qu'on est comme habité par quelque chose,
06:08on est un petit peu à part,
06:10et puis on peut s'appuyer sur autre chose que des autres.
06:14Donc, voilà, c'est une petite relation.
06:17Mais si on va un petit peu plus en profondeur,
06:20ça implique la conviction qu'il y a quelque chose de plus grand
06:23que l'être humain, en tant que matériel,
06:28il y a une transcendance.
06:32Alors, je reviens sur François Routan.
06:34À l'école, c'est pas un enfant particulièrement brillant.
06:39Il le deviendra, mais à la base, non.
06:43Mais il redouble sa cinquième,
06:45et redoubler la cinquième,
06:46alors, pareil, moi j'ai redoublé la troisième,
06:49mais je veux dire, c'était vraiment la honte, quoi,
06:51redoubler, et puis c'était l'institution,
06:53l'école, c'est pas rien,
06:54qui nous disait, t'es débile, quoi.
06:56C'était extrêmement violent de redoubler,
06:59il faut se remettre dans le truc,
06:59on se prenait dans la figure,
07:00et puis les enfants entre eux ne sont pas tendres,
07:03donc quand on était redoublant dans une classe,
07:05on était vraiment à part.
07:07Mais il a eu la chance de croiser
07:10certains enseignants intelligents,
07:11dont un, alors qu'il est en quatrième,
07:13qui leur fait faire une rédaction sur les passions,
07:18et il lira à la classe sa rédaction sur les passions.
07:22Ce qui le...
07:23Voilà.
07:25Dans une interview, il dit...
07:31Ça m'a permis de saisir
07:32que j'étais pas totalement couillon.
07:34Voilà.
07:35Alors, cette expression pas totalement couillon,
07:38je la sors de l'échange magnifique
07:41qu'il a fait en janvier 2016,
07:44donc peu de temps avant sa mort,
07:45avec Stéphane Breton.
07:47C'est un entretien passionnant,
07:51sur lequel je vais revenir plein de fois,
07:53ça s'appelle Hypnose, vide et sensorialité,
07:57c'est l'une des meilleures interviews de Roustan.
08:00Voilà.
08:01À la maison, c'est un enfant très sensible,
08:04qui va apprendre à ressentir des changements d'ambiance,
08:08à ressentir ce que les autres ressentent,
08:09notamment sa mère,
08:10pour pouvoir prendre soin d'elle.
08:12C'est quelque chose plein d'amour,
08:13c'est-à-dire que la sensibilité est associée,
08:17chez Roustan, à un affectif profond,
08:19et cette finesse sensorielle, évidemment,
08:23va être un élément extrêmement important de sa pratique.
08:27On va y venir, mais c'est quelque chose d'extrêmement profond.
08:32Alors, il intègre le séminaire pour devenir prêtre,
08:35il veut être jésuite.
08:36Alors, il y a les bénédictins, les franciscans,
08:39les dominicains, etc.
08:39Les jésuites, c'est les intellos.
08:42Les jésuites, c'est les intellos, pour faire simple.
08:46Mais même quand il est novice,
08:49alors que les autres livrent des ouvrages de piété,
08:54lui, il lit maître Eckhart,
08:57ce qui, à l'époque, est provocateur,
08:59il dit sinon j'aurais tout fait.
09:02C'est-à-dire qu'il va chercher dans autre chose.
09:04Il sort du moule.
09:08Et puis, il y a autre chose.
09:09C'est-à-dire que derrière ces lectures,
09:11se cache une recherche de cohérence
09:14et de compréhension,
09:17des traiteaux, donc,
09:18du pourquoi et du sens des choses.
09:20Et ça, tout au long de sa vie,
09:23Roustan va interroger la cohérence des auteurs.
09:26C'est pour ça aussi qu'il va essayer de lire les textes
09:28dans les versions originales.
09:30Quand je l'ai rencontré,
09:32il était en train de traduire un texte
09:34de je ne sais plus qui,
09:35qui parlait sur les réflexes.
09:37Et il était en train de chercher les incohérences,
09:40ou plutôt de chercher la cohérence de l'auteur
09:43derrière les incohérences apparentes.
09:45C'était passionnant.
09:46On en avait discuté, c'était passionnant.
09:48Donc, voilà.
09:49Et cette interrogation permanence
09:52de la cohérence des auteurs,
09:56évidemment, elle va se retrouver sur Freud,
09:58quitte à déranger.
09:59C'est-à-dire que c'est ça qui est marqué.
10:01Et puis, voilà, lisez ce qui est marqué.
10:06C'est-à-dire qu'il est aisé de lire ces questionnements
10:09comme une recherche des sous-bassements
10:11des constructions et des relations humaines.
10:14Il y a vraiment une question sur le fond.
10:16Et en tant que praticien, évidemment,
10:19ça va le conduire à des immenses changements de posture.
10:24Alors, en tant que prêtre jésuite,
10:26il est extrêmement brillant,
10:28je ne suis plus le diplôme qu'il a.
10:29Il se retrouve à diriger la revue Christus,
10:32qui est une revue qui existe toujours.
10:33C'est passionnant,
10:35les articles en général qu'il y a dans Christus.
10:37Moi, j'ai été longtemps abonné.
10:39Et puis, il va sortir un article qu'il rédige,
10:44qui s'appelle Le Troisième Homme,
10:46qui est un article extrêmement violent
10:47sur l'avenir de l'Église catholique.
10:49Et on s'attend à ce qu'à la fin de cet article,
10:52il y ait un truc du genre
10:53« Mais l'Église, comme d'habitude,
10:55saura trouver des chemins
10:56qui lui permettront de s'en sortir. »
10:58Et il n'y a pas.
10:59C'est-à-dire que c'est quelque chose
11:01d'extrêmement pessimiste,
11:02qui s'est avéré être réaliste,
11:04sur l'Église française.
11:06Et l'article ne passe pas,
11:08ça fait réagir jusqu'au pape
11:10qui le débarque.
11:11C'est-à-dire qu'il est pu à la tête de Christus,
11:14et il se retrouve nommé,
11:16parce qu'il n'est pas excommuniqué,
11:18quand même, il ne faut pas déconner,
11:18mais il se retrouve nommé
11:20simple prêtre de paroisse.
11:23Ce qui est un sacré changement.
11:27Donc, quittant les sphères intellectuelles,
11:30il se retrouve dans la posture
11:32de celui qui transmet.
11:35Et sa charge le conduit
11:37à se faire l'écho des principes
11:39et recommandations de l'Église.
11:42C'est-à-dire que, là, voilà,
11:44c'est la posture de porte-parole.
11:47C'est-à-dire que c'est une posture d'aide.
11:50Ça, oui, il aide les gens,
11:51mais en faisant abstraction
11:53de toute pensée personnelle.
11:55Il s'agit non de chercher
11:57ce que l'on souhaite dire,
11:59mais de se poser intérieurement
12:01la question de quelle est la parole
12:03de l'Église que je transmets.
12:05Qu'est-ce que dit l'Église, en fait ?
12:07Bon.
12:09Alors, ça peut surprendre,
12:10alors qu'en fait,
12:11c'est une posture extrêmement fréquente,
12:14le nombre de personnes
12:15qui, dans leur travail,
12:16ne cherchent pas par eux-mêmes,
12:18n'approfondissent pas par eux-mêmes,
12:19pour eux-mêmes.
12:21Ils cherchent ce que disent les maîtres.
12:23J'ai croisé des psychanalystes
12:25et des psychologues,
12:26j'ai eu le temps,
12:27depuis le temps que je traîne
12:30dans ces milieux-là,
12:33des psychanalystes
12:34ou des psychologues
12:35qui se demandaient
12:36« Qu'est-ce qu'aurait dit Freud ? »
12:39Je me souviens d'une dame,
12:40un truc d'accompagnement
12:41en fin de vie,
12:42qui, en réponse à une question,
12:44je ne sais pas,
12:45on était en 2000,
12:47quelque chose comme ça,
12:49avait répondu « Ben voilà,
12:50Freud en 1910 a répondu
12:52tatatat ! »
12:52Enfin, des trucs comme ça.
12:55Et j'en ai connu
12:56qui faisaient ça
12:57avec leur passion.
12:58C'est-à-dire qu'intérieurement,
13:00ils se disent « Mais qu'est-ce que Lacan
13:01aurait dit ? »
13:02« Qu'est-ce qu'il aurait fait ? »
13:03Et hop, il sorta.
13:04Et pareil vis-à-vis de Freud.
13:07Jung aussi, etc.
13:09Là où ça m'a complètement choqué,
13:11c'est quand j'ai entendu quelqu'un
13:13qui disait qu'elle faisait ça
13:15mais par rapport à Roustan.
13:16Qu'est-ce que Roustan aurait dit ?
13:18On va le voir exactement
13:19l'inverse de ce que souhaitait Roustan.
13:22Ensuite, il n'est plus là
13:23pour se défendre,
13:24mais c'est quand même pas mal.
13:26C'est une méconnaissance de Roustan
13:28assez fabuleuse.
13:32Cette posture de porte-parole
13:34est cohérente avec beaucoup d'enseignements.
13:38Les maîtres d'une discipline sont enseignés,
13:41on apprend la parole des maîtres,
13:43les paroles sont étudiées,
13:44donc à partir de là,
13:45ça paraît assez logique de les répéter
13:48et ça permet aussi de garder intacte
13:52la parole du créateur,
13:53de la discipline,
13:55ce qui permet aussi de se prémunir
13:57contre des dérives.
13:59Voilà.
14:02On va arriver au premier virage
14:05dans la posture de Roustan.
14:08Il est prêtre de paroisse
14:11et il tombe malade,
14:12d'après ce que j'ai compris,
14:13une très très grosse dépression.
14:16Et donc,
14:18comme c'est l'usage à l'époque,
14:20il va y avoir un psychanalyste.
14:22C'est ce qu'on faisait à l'époque.
14:23Et cette psychanalyse va tout bouleverser.
14:29Il va arriver sur un rien ne tient.
14:36Voici une petite citation sur la psychanalyse
14:38issue d'une interview menée par Daniel Friedman en 1983.
14:44On y va.
14:44Une des choses que m'a appris la psychanalyse,
14:48c'est que la vérité,
14:49c'est quelque chose qui était toujours relatif
14:53à une situation actuelle,
14:55relatif à mes désirs,
14:56relatif à mes relations
14:58et à mon système de relations
14:59avec les amis,
15:01les autorités,
15:02avec la langue,
15:03toutes les connaissances antérieures,
15:04etc.
15:05Donc,
15:06il n'y a pas de vérité en soi.
15:13Pour une personne qui,
15:15quand il va consulter
15:17le psychanalyste
15:18et est en train de porter
15:19la vérité divine,
15:20la vérité d'église,
15:22parole révélée,
15:24arriver à un
15:25« il n'y a pas de vérité en soi »
15:27mais c'est une donnée relative
15:28qui dépend du contexte,
15:29qui dépend, etc.
15:31C'est quand même un sacré pas.
15:34Une autre fois,
15:35il revient sur l'analyse
15:36qu'il a suivie
15:37lors d'une interview de 2011.
15:39Ça s'appelle
15:41« Itinéraire d'un thérapeute »
15:43c'est en DVD
15:44et il est interrogé
15:45par Martin Legros.
15:50Je cite
15:50« Une force vive
15:52qui a fait exploser
15:55toutes les superstructures
15:56qui m'avaient soutenu
15:57pendant les années précédentes.
16:00Ça s'est fait très douloureusement
16:02parce qu'on ne change pas de peau
16:05sans que ça fasse mal.
16:08mais une fois
16:09que ça a été fait,
16:10c'est-à-dire en quelques mois,
16:12une fois que la mue
16:13a été faite,
16:15je me suis senti
16:16libre,
16:18tranquille,
16:19heureux
16:20et prêt
16:21à une nouvelle aventure
16:24alors que je n'avais
16:25aucune garantie sociale. »
16:28Et là,
16:28on voit l'intégrité de Roustan,
16:30c'est-à-dire qu'il ne peut pas
16:31rester prêtre,
16:32il n'y croit plus
16:34et donc il quitte l'Église
16:36et il n'a rien
16:39et l'Église n'aime pas trop
16:40qu'on la quitte
16:45et il a été tellement
16:47bouleversé par sa psychanalyse
16:50qui a été très rapide
16:51pour une psychanalyse,
16:52je crois que c'est deux ans et demi
16:53ou je ne sais pas quoi,
16:53je ne suis pas sûr.
16:56Il s'installe comme psychanalyste
16:58et là,
16:59il est très brillant
17:00et donc assez vite,
17:02il est convoqué,
17:04parce que c'est comme ça
17:05que ça se passait,
17:06par Lacan
17:07qui le veut dans son équipe
17:08et Lacan deviendra
17:10son superviseur
17:11et franchement,
17:12je n'ai jamais rencontré Lacan
17:14mais j'ai regardé pas mal de films
17:15et puis je suis un ancien lacanien.
17:18J'ai rencontré Roustan,
17:20j'imagine les deux personnalités,
17:22à mon avis,
17:23la supervision ne devait pas être triste.
17:26Alors,
17:26l'analyste,
17:27la posture
17:28d'analyste de Roustan.
17:30L'analyste soigne
17:32l'analysant,
17:33c'est-à-dire le patient,
17:34en permettant
17:35à ce qui est inconscient
17:37de devenir conscient.
17:39Ça, c'est la base.
17:40C'est donc un travail intellectuel
17:42alternant constat
17:44et élaboration
17:44de modèles de compréhension
17:48et ça,
17:49ça m'a fait penser
17:50à quand on faisait
17:51la photo argentique,
17:52on mettait un papier
17:53qui était passé sous le...
17:55je ne sais plus comment ça s'appelait,
17:57le machin,
17:57on mettait la lumière
17:58et puis on le mettait
17:59dans une bassine
18:00où il y avait un produit
18:01qui s'appelait
18:01le révélateur.
18:03Et la feuille
18:04qui était blanche,
18:05on voyait l'image
18:06qui apparaissait.
18:08Et c'est vraiment ça.
18:09C'est-à-dire que
18:10le psychanalyste,
18:11c'est un révélateur.
18:17Le psychanalyste,
18:18lui, travaille
18:19sur ses propres résistances
18:21en les comprenant.
18:22Toujours,
18:22c'est une démarche
18:24intellectuelle.
18:25C'est très, très important.
18:30Dans l'interview
18:31avec Martin Legro,
18:32Roustan dit
18:33« La seule résistance
18:35sur laquelle
18:36l'analyste doit
18:38s'interroger,
18:41c'est sa résistance
18:43propre. »
18:45Donc,
18:45il y a vraiment,
18:47dès cette posture
18:48de psychanalyste,
18:49de révélateur,
18:50il y a un questionnement
18:51sur soi
18:52et qui n'est pas mince.
18:54Encore une fois,
18:55chez une personne
18:56qui sait qu'il n'y a pas
18:56de vérité absolue.
18:58Donc,
18:58c'est plutôt
18:58question sur
18:59tout le maillage
19:00qui est autour.
19:03Et puis,
19:04il y a une vision
19:05de la fin de l'analyse
19:06que j'ai trouvée
19:07croustillante,
19:08passionnante.
19:09Alors ça,
19:10on la retrouve
19:10dans l'interview
19:11avec Friedman.
19:13Je cite
19:15« Ce qui est pour moi
19:17la pierre de touche
19:18de la fin de l'analyse,
19:20c'est l'acquisition
19:22minimale
19:23d'un sens de l'humour.
19:25Je veux dire
19:26que ce qui me paraît
19:27fondamental
19:28dans une psychanalyse,
19:29c'est que l'analysant
19:31par rapport
19:32à lui-même
19:32acquiert
19:33une distanciation
19:36telle
19:36qu'il ne se prend
19:37plus au sérieux,
19:39qu'il ne se prend
19:40pas au sérieux
19:41dans son existence,
19:42même s'il fait
19:43les choses sérieusement
19:44et même
19:45s'il est psychanalyste,
19:47de telle sorte
19:48que cette distanciation
19:49lui permet
19:50de jouer
19:51avec l'existence.
19:53Je dirais
19:53que l'un des buts
19:54de la psychanalyse,
19:55c'est d'ouvrir
19:56un espace
19:57de jeu
19:58qui permet
19:58à l'analysant
19:59après
20:00de jouer
20:01dans son existence.
20:03Alors là,
20:03on a tout
20:04roustan,
20:05c'est-à-dire que
20:06je n'ai jamais pris au sérieux,
20:08ce qui n'a rien à voir
20:09avec la profondeur.
20:10En ce temps,
20:10c'est une profondeur
20:11extrême,
20:15mais on y va,
20:16voilà,
20:16et on est prêt
20:17à tout déconstruire.
20:19Et puis,
20:20il y a cette notion
20:20de jeu,
20:21c'est-à-dire,
20:22il ne s'agit pas
20:22que les choses
20:23soient figées,
20:24c'est du mouvement.
20:25Voilà.
20:26À un autre moment
20:27de la même interview,
20:28il dit,
20:30un analyste
20:30qui se prend au sérieux,
20:32pour moi,
20:32c'est la catastrophe
20:33en personne.
20:35Et malheureusement,
20:36je crois qu'il y en a
20:37pas mal
20:38qui se prennent
20:39au sérieux.
20:40Là,
20:41prenez-vous ça
20:41dans la figure.
20:42Bien.
20:43Arrêtez de se prendre
20:44au sérieux,
20:45tout en étant
20:45extrêmement profond.
20:47C'est un fil conducteur
20:49de toute l'oeuvre
20:50de Roustan.
20:51À chaque fois
20:52que je l'ai rencontré,
20:54nous avons ri
20:55à un moment.
20:57Bon,
20:58il n'y a que
20:58lors du dernier
20:59échange téléphonique,
21:01trois mois avant sa mort,
21:02que nous n'avons pas ri,
21:03mais en matière
21:04de profondeur,
21:05cet échange-là
21:06est toujours très présent
21:07pour moi.
21:08On a parlé de sa mort.
21:09C'était
21:11waouh !
21:12C'était plein.
21:13Bien.
21:14Les autres fois,
21:15oui,
21:17on avait bien rigolé.
21:21Pour avancer
21:22sur la posture
21:23de Roustan
21:23en tant qu'analyste,
21:24donc en tant que
21:25révélateur,
21:26après avoir été
21:27porte-parole,
21:28nous connaissons
21:29tous la phrase
21:30de Lacan
21:31comme quoi
21:31l'analyste
21:32ne s'autorise
21:33que de lui-même.
21:35Chez Roustan,
21:36elle devient,
21:37toujours lors
21:38de l'interview
21:39avec Friedman,
21:41le psychanalyste
21:42n'est lié
21:44à aucune doctrine,
21:46même pas
21:47la doctrine
21:49analytique.
21:50Alors ça,
21:51je vous laisse
21:51laisser infuser.
21:53Le psychanalyste
21:55n'est lié
21:55à aucune doctrine,
21:56même pas
21:57la doctrine
21:59analytique.
22:00On va revenir
22:00un peu après
22:01sur la déconstruction
22:03de la doctrine
22:03analytique,
22:04mais c'est très important.
22:06Il n'y a que lui.
22:07Avec Martin Lecrot,
22:09il dira
22:10dire que l'analyste
22:12est quelqu'un
22:13qui ne peut s'appuyer
22:14sur aucune doctrine,
22:16sur aucune théorie,
22:18il ne s'autorise
22:19que de lui-même,
22:21ça veut dire
22:23qu'il ne peut
22:24s'appuyer
22:24que sur lui.
22:26Et là,
22:26on a quelque chose
22:27qui va évoluer
22:28dans la forme,
22:30c'est-à-dire
22:30qu'on va passer
22:31d'un appui intellectuel
22:33à un appui corporal,
22:34mais de présence,
22:35mais c'est quelque chose
22:36qui est là
22:37en fil rouge
22:37tout le temps.
22:40C'est une des bases
22:41de sa pratique.
22:45On arrive un petit peu plus
22:46à sa façon
22:47à lui d'être analyste
22:48parce que c'est une question
22:48que je me posais.
22:50OK, c'est bien beau
22:51dans la vidéo,
22:52il fume la pipe,
22:52mais c'était la mode.
22:54Bon.
22:57Dans l'interview
22:57de Friedman,
22:58dans la partie
23:00centrée
23:00sur la pratique
23:01psychanalytique,
23:02il dit
23:02qu'il y avait
23:02des gens très malades,
23:03je ne sais plus quoi,
23:04et il emploie la phrase
23:05en parlant
23:07de ces gens-là
23:08qui me demandaient
23:09une dépense
23:10d'énergie formidable.
23:12Et là,
23:13quand j'ai entendu ça,
23:14je me suis dit
23:15dépense d'énergie
23:16formidable.
23:19Alors,
23:19ça donne
23:21des éléments
23:21sur la posture
23:22de psychanalyste
23:23de Roustan.
23:26Moi,
23:26j'ai connu
23:26des psychanalystes
23:27qui semblaient
23:28somnolés,
23:29alors que là,
23:29pas du tout.
23:31on est en présence
23:32d'une personne
23:32qui veut aider l'autre,
23:34donc il y a une volonté
23:35très forte
23:35d'aider l'autre.
23:38Ça,
23:38je vous invite
23:39en tant que révélateur,
23:41il veut aider l'autre.
23:41Voilà.
23:42Parce que vous allez voir,
23:43ça va changer.
23:45Et qui met
23:46toute son énergie,
23:48il y met
23:49toute son énergie
23:50et toute sa puissance
23:50intellectuelle.
23:51C'est quelque chose
23:52de phénoménal.
23:52ça évoque
23:53la posture
23:54de Freud.
23:54Freud,
23:55quand il raconte
23:55comment il travaillait,
23:57c'est vivant.
24:00Cette puissance
24:00intellectuelle
24:01est nourrie
24:02par la conviction
24:03qu'il n'y a pas
24:03de vérité.
24:05Elle repose
24:06donc sur une richesse
24:07et une inventivité
24:10permanente.
24:10C'est un feu
24:11d'artifice
24:12intellectuel.
24:14Alors,
24:15on peut retenir
24:16de sa façon
24:17d'être un révélateur
24:19et d'aider l'autre,
24:21énergie,
24:21richesse intellectuelle.
24:25Et il dérange.
24:27Philologue,
24:27investi dans la déconstruction
24:29des concepts
24:30de l'analyse,
24:31cherchant à comprendre
24:31les fondements,
24:32il dérange,
24:34il bouscule.
24:34Il y a un texte
24:35que j'adore
24:36qui s'appelle
24:37Sur l'épistémologie
24:38de la psychanalyse.
24:40Il est paru
24:40dans Le moi et l'autre,
24:42qui est un recueil
24:43de différents articles
24:44de psychanalystes
24:45en 1985
24:46chez De Noël.
24:48Je vous invite
24:49à vérifier ça.
24:50Il écrit.
24:51Je donne un tout petit extrait.
24:54La plupart du temps,
24:55nous oublions
24:56et cela arrive souvent
24:58à Freud lui-même
24:59que l'inconscient
25:01est une hypothèse.
25:05Un peu plus loin,
25:06il écrit.
25:08Dire
25:08que l'on va tenter
25:11de déchiffrer
25:12l'inconscient
25:13suppose
25:15que l'inconscient
25:16non seulement
25:17a acquis une existence,
25:20mais qu'il est devenu
25:21subrepticement
25:23un fait
25:25ce qui est
25:26proprement
25:29inadmissible.
25:30Tout le monde
25:30parle de l'inconscient.
25:31Tout le monde
25:32entend que l'inconscient
25:33existe.
25:34tatata, tatata, tatata.
25:35Et là,
25:36il est en train
25:37de remettre
25:37les choses
25:39à leur place.
25:41Un peu plus loin
25:42dans ce texte,
25:44et là,
25:44sur l'ensemble
25:45des théories
25:46psychanalytiques,
25:49il dit
25:50c'est exactement
25:53proposer un mythe.
25:58Vous comprenez
25:59que dire
26:00à des psychanalyses
26:01que, oui,
26:02il y a une hypothèse
26:03inconsciente,
26:03mais rien ne dit
26:03que ce soit vrai,
26:04que ça n'est pas avéré,
26:06que ça n'existe pas,
26:08en fait,
26:08un point c'est tout,
26:09c'est pratique,
26:10le maître Mollet,
26:10mais ça n'existe pas.
26:12Et puis,
26:12toute la théorie analytique,
26:13la déconstruction analytique,
26:15c'est une mythologie,
26:18ça n'a pas
26:19enchanté
26:19tout le monde.
26:27Alors,
26:30nous arrivons
26:31au deuxième virage.
26:35Je vous donne les bases
26:36et après,
26:37on va arrêter là
26:38cette première vidéo.
26:40Dans sa déconstruction,
26:42déconcept,
26:44Roustan bute
26:45sur la question
26:46du transfert.
26:47Or,
26:47Dieu sait
26:47si le transfert,
26:48quand on est analyste,
26:49c'est quelque chose
26:50d'important.
26:51Il est question
26:51tout le temps
26:52du transfert.
26:53Ceux qui connaissent
26:54se souviennent
26:54du mouvement
26:55de Lacan
26:57à l'université
26:58de Louvain.
26:59Le transfert,
27:00c'est l'amour.
27:02C'est là tout le temps.
27:05Mais Freud
27:05n'a pas vraiment
27:07traité
27:10le transfert.
27:11Pourquoi ?
27:11Parce que,
27:12d'après Roustan,
27:14Freud voulait
27:15que la psychanalyse
27:15soit une science.
27:16Et le transfert,
27:18ça lui posait problème.
27:19Donc,
27:19il occulte.
27:22Parmi les principaux
27:23proches de Freud,
27:25celui qui a travaillé
27:27le plus sur le transfert,
27:28c'est Ferenzi.
27:31Ferenzi pense
27:32que le transfert
27:33est révélateur
27:34d'un autre plan relationnel,
27:36non explicité en analyse.
27:38Il parle de communication
27:40d'inconscient à inconscient.
27:41Et Ferenzi va être,
27:43excusez-moi l'expression,
27:45mais massacré par Freud.
27:46Et du coup,
27:47il va arrêter.
27:47Il ne va pas creuser.
27:51mais suivant Ferenzi,
27:52Roustan va chercher
27:53de quoi est constitué
27:56cet autre plan relationnel,
27:57parce que c'est là,
27:58le transfert,
27:59et il ne peut pas
27:59ne pas le déconstruire.
28:01Alors,
28:03il va partir sur un constat
28:05que c'est une relation
28:06d'influence,
28:06c'est le moins qu'on puisse dire,
28:07qui s'effectue
28:08de corps à corps.
28:10OK.
28:12C'est quoi l'influence ?
28:14C'est quoi cette histoire
28:14de corps à corps ?
28:15Donc,
28:16il va creuser
28:17deux sillons,
28:18l'influence et le corps.
28:23La suite.
28:25Prochaine vidéo.
28:26C'est quoi ?
28:27C'est quoi ?
28:30C'est quoi ?
28:31C'est quoi ?
28:33Merci.
Commentaires

Recommandations