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Alors que Bruxelles consulte pour structurer l'écosystème des logiciels libres, la souveraineté numérique européenne reste largement théorique. Derrière les discours, qui maîtrise vraiment le code qui fait tourner nos infrastructures critiques ?
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00:03Début de janvier, la Commission européenne a lancé un appel à contribution en vue de définir sa stratégie en faveur
00:08des logiciels libres dans l'Union européenne,
00:11notamment pour en faire un levier dans sa stratégie en matière de souveraineté numérique.
00:16Alors en préambule, la Commission a fait deux constats.
00:20D'abord que les États membres et leurs entreprises sont lourdement dépendants des technologies non européennes, ça on le savait,
00:26mais qu'aussi en parallèle, elle existe dans toute cette Union européenne des communautés de développeurs open source dont le
00:33travail est conforme aux droits et principes numériques de l'Union européenne.
00:36Voilà pour le paysage, cette consultation a pris fin il y a quelques jours, alors qu'en sortira-t-il
00:42?
00:42On en parle aujourd'hui, c'est la une de Smartech avec Olivier Lambert.
00:46Bonjour Olivier, vous êtes le cofondateur de Vates, une entreprise française qui est spécialisée dans les solutions open source de
00:52virtualisation et de gestion d'infrastructures pour le cloud hybride.
00:56Et puis avec vous, Stéphane Fermigier, le fondateur et PDG d'Abilian, éditeur français de logiciel open source dans le
01:02domaine de la gestion de l'information d'entreprise et de la collaboration.
01:06Vous êtes aussi le co-président du Conseil national du logiciel libre et, j'irais, le cofondateur animateur du collectif
01:13Eurostack,
01:14qui a proposé justement une feuille de route pour qu'on ait un écosystème numérique ouvert, mais aussi compétitif et
01:21résilient.
01:22Bon, alors déjà, ma première question, c'est pourquoi la Commission a jugé utile d'ouvrir une consultation ?
01:28Est-ce qu'on avait besoin de se consulter pour savoir comment faire de notre écosystème open source un levier
01:35pour la souveraineté numérique ?
01:37Alors, cette consultation, oui, elle s'inscrit dans un calendrier qui est logique.
01:43La Commission, déjà, il faut savoir qu'elle a une stratégie open source, un document qui existe depuis les années
01:492000 et qui avait été remis à jour, déjà, il y a 5 ans, il y a 6 ans, en
01:542020.
01:55Il couvrait la période 2020-2023.
01:57Donc, on était déjà un petit peu en retard sur le fait de le remettre à jour.
02:02La version actuelle, ou la version précédente, si on veut, elle est intéressante.
02:06Elle donne une ambition, elle donne une vision, elle dit que l'open source est en accord avec les valeurs
02:12de l'Union européenne.
02:13Il y a des principes qui sont excellents.
02:16Mais le problème, c'est la réalisation, l'exécution.
02:19Et donc, ce qu'on attend de cette nouvelle version, d'une part, c'est que ça aille plus loin
02:26dans des contraintes, dans des recommandations qui soient suivies des faits, et qu'il y ait un véritable impact sur
02:34la filière du numérique.
02:35Qu'est-ce que vous savez de cette consultation ? Est-ce qu'elle a été bien suivie ? Il
02:39y a eu une affluence de propositions ?
02:41Alors oui, il y a eu 1650 réponses environ.
02:44C'est relativement énorme pour une consultation de la Commission européenne.
02:47J'ai pu en analyser déjà 500, je n'ai pas eu le temps de tout regarder, mais on voit
02:51qu'il y a beaucoup d'idées qui ont été proposées.
02:53Ce que je voulais préciser, c'est que cette stratégie, elle est à la fois de très haut niveau, puisque
02:57c'est une communication de la Commission, c'est le niveau le plus élevé qu'on peut imaginer,
03:04mais elle est limitée à un périmètre très restreint, qui est l'informatique interne de la Commission.
03:09Et nous, ce qu'on attend, en tant que filière du numérique ouvert, du logiciel libre, c'est qu'il
03:14y ait une véritable stratégie industrielle.
03:16Un deuxième point sur lequel cette consultation va également influencer la Commission européenne, c'est sur l'élaboration d'une
03:22nouvelle directive,
03:23le Cloud and AI Act, la directive sur le cloud et l'intelligence artificielle, qui est prévue cette année.
03:29Et donc, on va espérer, et on pense, d'après les contacts qu'on a pu avoir avec les représentants
03:34de la Commission,
03:35que cette consultation va vraiment être disséquée, analysée, et que les idées que nous proposons, au moins une partie, va
03:44être retranscrites,
03:45à la fois dans cette nouvelle stratégie interne, peut-être, on l'espère, aussi stratégie industrielle,
03:51et puis cet effort législatif qui aurait un impact sur toute l'Union européenne et pas simplement sur la Commission.
03:58Est-ce que l'Europe vous semble vraiment prête à mettre l'open source au cœur, justement, de sa stratégie
04:03industrielle pour gagner son indépendance numérique ?
04:05Est-ce qu'on met tout ça dans les starting blocks ?
04:08C'est le moment ou jamais. Ça, ce qui est sûr, c'est que le contexte géopolitique fait que, je
04:13pense, que la pression augmente sur l'envie d'aller dans cette direction.
04:17Donc, je pense que c'est un petit peu, comme je disais, le moment ou jamais d'accélérer là-dessus.
04:22Donc, effectivement, on se construit une bonne base, une bonne analyse, on récolte les avis.
04:27Ce qu'on souhaite, nous, de notre côté, c'est qu'effectivement, il y ait des façons de flécher, d
04:32'orienter et de la développer de manière stratégique à long terme.
04:35Donc, c'est pour ça qu'on parle de politique industrielle. Ça nécessite une réflexion à long terme.
04:38Mais je pense qu'effectivement, avec la vision de ce qui se passe en dehors de l'Europe et des
04:44nouveaux pôles qui se forment,
04:46on a envie, je pense, en tant qu'Européens, de manière générale, d'où cette pression au sens populaire, une
04:52compréhension un petit peu de ces enjeux,
04:53qui a sans doute, je pense, aidé à rendre cette consultation populaire, en tout cas, un minimum.
04:58Et à quoi ressemble l'écosystème du libre en Europe, aujourd'hui ?
05:02Alors, moi, je représente deux associations.
05:05Le CNL, qui représente l'écosystème français, donc environ 300 entreprises en France.
05:10Pour ne parler que d'écosystème professionnel, parce que, bien sûr, il y a énormément de particuliers, de chercheurs aussi,
05:16au sein des laboratoires de recherche et des universités, d'utilisateurs, etc.
05:21Donc, 300 entreprises, 6 milliards de chiffre d'affaires en France, 10% du chiffre d'affaires de l'informatique
05:28en France passe par le logiciel libre,
05:31que ce soit des éditeurs de solutions logiciels libres ou que ce soit des intégrateurs qui font des travaux de
05:37développement, d'intégration autour de logiciels libres.
05:41Donc, ça, c'est la situation en France, 10% à peu près.
05:44On pense qu'en Europe, c'est à peu près 10% aussi.
05:46Donc, je représente aussi l'Appel, une association qui fédère l'ensemble des associations professionnelles existantes en Europe,
05:53à peu près une dizaine de pays, qui est en train de monter en puissance et avoir une présence à
05:58Bruxelles plus importante que précédemment.
06:01Et donc, on constate aussi que cet enjeu, il est multinational.
06:07Donc, on parle beaucoup de l'axe franco-allemand.
06:08Il y a des efforts franco-allemand.
06:10Il y a aussi des divergences de vues sur certains sujets, notamment la doctrine de l'achat européen.
06:17Mais ce qu'on espère, c'est d'arriver quand même à coordonner toutes ces associations et toutes ces entreprises
06:22pour arriver à monter finalement des offres communes, qui soient des alternatives aux offres des grands groupes.
06:28Et on a besoin de structurer encore cet écosystème.
06:31On a besoin de créer une masse critique plus importante, des entreprises qui ont plus de chiffres d'affaires.
06:38Aujourd'hui, c'est quoi ? C'est plein de petites PME, finalement ? C'est ça ?
06:41C'est assez fragmenté.
06:42Je pense qu'il y a une vraie volonté, à travers le travail de Stéphane, de justement vouloir regrouper.
06:48Mais j'étais encore cette semaine à un événement qui se tenait dans la banlieue de Grenoble,
06:53qui a eu un très gros succès, qui s'appelle l'Alpo SS, qui regroupait des acteurs de l'open
06:56source de France entière,
06:57mais qui venait, mais on voyait le succès.
06:59On a eu effectivement des événements, pas que en région parisienne,
07:03qui montrent que le libre est quand même très fort en France.
07:06On a beaucoup d'acteurs, on a beaucoup de gens intéressés.
07:09Donc il y a un travail un petit peu, peut-être, d'industrialisation de tout ça,
07:12pour arriver à travailler main dans la main.
07:14Ça veut dire quoi, industrialisation ?
07:15Ça veut dire, je pense, qu'il y a une idée de proposer ensemble des catalogues,
07:20des solutions, et de bien les flécher, et de travailler ensemble.
07:23Donc ça, c'est effectivement un travail de rassembler tous ces acteurs.
07:26Il y a effectivement une responsabilité publique de fléchage,
07:29mais il y a une responsabilité des acteurs eux-mêmes de travailler ensemble,
07:31de ne pas rester dans leur coin.
07:32Donc ça, c'est aussi un effort à faire de ce côté-là.
07:35Et une prise de conscience aussi, je pense, à la fois des décideurs et du public
07:39sur les enjeux d'achat de ces logiciels, pour moins dépendre.
07:43Donc il faut à la fois offrir une solution, avoir de la visibilité, et comprendre le problème.
07:46Est-ce qu'on a un problème aujourd'hui de financement de l'open source ?
07:50Alors oui, il y a des problèmes de financement à plusieurs niveaux.
07:52Pour nous, le financement, je pense que la majorité des acteurs qu'on représente,
07:57le financement premier, c'est les clients.
07:59Donc c'est le chiffre d'affaires, c'est la commande.
08:01Et là où la puissance publique a le plus d'impact, évidemment, c'est sur la commande publique.
08:08Donc nous, ce qu'on réclame depuis des années, c'est une réforme,
08:11ou en tout cas c'est des ajustements de la commande publique,
08:13aussi bien sur des détails juridiques, mais qui peuvent éventuellement,
08:16dans certains cas, pénaliser les acteurs du logiciel libre,
08:19que, de manière plus radicale, une préférence, une priorité au logiciel libre.
08:24Alors, il faut que ça existe dans la loi, il faut que ça existe aussi dans les faits.
08:28Après, au niveau européen aujourd'hui, et même au niveau français,
08:33tout l'écosystème du numérique réclame cette préférence française-européenne,
08:37pas forcément libre.
08:37Je ne vais pas aller jusqu'à ce niveau de granularité.
08:40Il y a deux axes.
08:41Vous allez me dire oui, parce que vous êtes partie prenante.
08:43Il y a deux axes.
08:44Il y a la « by open source » et « by European ».
08:46Et nous, finalement, on fait la synthèse et on dit « by European open source ».
08:50Alors, l'open source, attention, c'est un phénomène mondial.
08:52Ça limite.
08:53C'est un phénomène mondial.
08:55Ça veut dire acheter de l'open source,
08:57y compris des solutions qui sont développées de manière internationale.
09:00Il n'y a pas de raison de se priver des talents qui viennent des autres continents,
09:04mais d'acheter les prestations auprès d'opérateurs européens en priorité.
09:10Mais ce qui nous concerne plus aujourd'hui, c'est la stratégie open source.
09:13Donc, c'est la priorité à l'open source.
09:15Donc, en France, il y a déjà la loi République numérique,
09:17mais qui ne parle que d'un encouragement.
09:19Donc, on est très loin d'une préférence.
09:21Mais il faut savoir qu'il y a des pays européens où il y a cette vraie préférence.
09:24En Italie, c'est plus qu'une préférence.
09:26C'est une obligation d'utiliser le logiciel libre.
09:30avec ce qu'on appelle un mécanisme appliqué ou expliqué.
09:34Donc, soit on applique la loi,
09:36soit on doit se justifier de ne pas avoir utilisé le logiciel libre.
09:40Qu'est-ce qui se passe en Italie ?
09:41C'est pareil.
09:43En tout cas, ce n'est pas mieux qu'ailleurs.
09:44La loi qui date d'il y a presque 15 ans, maintenant, 2010 ou 2012,
09:49n'a pas changé, n'a pas fait bouger les lignes.
09:52Donc, ce qu'on demande, c'est effectivement des lois un peu plus contraignantes,
09:56des directives ou des lois,
09:57et puis une application effective avec toutes les mesures d'accompagnement
10:01et aussi les mesures un peu plus coercitives
10:04pour que les acheteurs soient vraiment forcés
10:09ou en tout cas fortement incités à aller vers les solutions logiciels libres.
10:13Et comment est-ce qu'on s'assure
10:14qu'en allant vers l'open source, le logiciel libre,
10:19on va favoriser vraiment une indépendance technologique ?
10:24Alors, c'est une très bonne question qui soulève certaines analyses
10:27de qui aujourd'hui paye pour les développeurs qui font du logiciel libre.
10:31C'est vrai que c'est déjà mieux d'utiliser du logiciel libre
10:34que du logiciel propriétaire, à l'inverse,
10:36pour avoir justement au moins une indépendance
10:39dans la façon dont on va opérer ce logiciel.
10:41Mais derrière, on peut aller encore plus loin
10:42dans la question de maîtrise de la technologie
10:45avec les développeurs payés par des entreprises européennes.
10:48Et là-dessus, le constat, il est qu'on est encore un petit peu en retard en Europe.
10:51Aujourd'hui, si on prend l'exemple du noyau Linux, par exemple,
10:53qui est quand même un élément central dans les systèmes d'exploitation,
10:57il est à plus de 50% développé par des développeurs
11:00qui peuvent être européens,
11:01mais qui sont payés par des sociétés américaines.
11:03Et donc, il y a un effort aussi à faire en Europe
11:05d'avoir plus de maîtrise sur la technologie
11:07et pas juste l'opérer.
11:08C'est un autre besoin de financement, ça ?
11:10C'est aussi différent, c'est-à-dire une prise de conscience
11:12de participer à l'open source
11:13et de se dire qu'on ne va pas seulement le consommer,
11:15mais on va y participer, être partie prenante.
11:17Ce qui veut dire qu'on a des Européens payés
11:19par des entreprises européennes
11:20qui travaillent et qui maîtrisent.
11:22Et si du jour au lendemain, pour X raisons,
11:24on a un souci avec des acteurs extra-européens,
11:26on est toujours autonome, voire souverain,
11:28sur les choix qu'on fait sur le logiciel.
11:30Et ça, est-ce que c'est la stratégie des communs numériques
11:33qui peut répondre à ça ?
11:34Alors, pas uniquement,
11:35parce que ce qu'il faut savoir,
11:36c'est qu'en Europe, en fait,
11:37je me permets de te corriger un petit peu,
11:41le nombre de développeurs open source européens,
11:43en fait, est supérieur au nombre de développeurs
11:45open source américains,
11:46selon certaines métriques.
11:47Donc, globalement, il y a vraiment un écosystème
11:49qui est extrêmement favorable.
11:50Il y a des développeurs,
11:52on s'en va du développeur individuel
11:54qui fait un projet,
11:56qui met à disposition,
11:58mais qui a quand même son utilité
11:59pour d'autres développeurs,
12:01jusqu'à un certain nombre de grandes sociétés
12:04qui, effectivement, ont mis en libre,
12:07qui ont libéré, comme on dit dans notre jargon,
12:09le code de solutions
12:11qui ont, au départ, été développées en interne
12:13et qui deviennent, finalement, un projet collectif.
12:17Donc, on peut parler de biens publics numériques
12:19ou de communs numériques,
12:21ça désigne des logiciels
12:23qui sont disponibles pour tout le monde
12:26et qu'on peut ensuite modifier,
12:28opérer selon ses besoins.
12:30Ça va beaucoup plus loin que cette notion,
12:32simplement, d'avoir des communautés un peu abstraites.
12:35L'important, c'est aussi d'avoir un engagement
12:38d'éditeurs de logiciels
12:40qui sont les garants de la pérennité,
12:43de l'évolution, de l'innovation
12:46des solutions qui sont développées
12:48ou des briques technologiques qui sont développées.
12:51Un autre sujet, c'est effectivement
12:52les briques technologiques.
12:53C'est-à-dire qu'on a énormément
12:54de petits acteurs
12:56ou de petits projets,
12:58mais qui, chacun, ont leur rôle précis
13:00et qui, ensuite, peuvent être assemblés
13:02pour créer les solutions.
13:03Et donc, ce qu'on a envie d'encourager,
13:05et ça fait partie des propositions
13:07qu'on a mises en avant
13:08dans notre réponse à la consultation,
13:10c'est la mise en avant
13:12de la notion de briques technologiques fondamentales
13:15et des...
13:16Et de briques technologiques fondamentales
13:18européennes ?
13:19Européennes de préférence.
13:21Après, dans une optique
13:23de collaboration internationale,
13:25on peut et on doit considérer
13:28que cette maîtrise technologique,
13:29le fait d'avoir des développeurs en Europe
13:32qui collaborent avec d'autres développeurs
13:34à travers le monde, est aussi un atout
13:36de soft power, si on veut,
13:39de soft power technologique.
13:41Oui, il faut s'assurer de continuer
13:42à avoir suffisamment de développeurs
13:44pour garder soft power de ce côté-là.
13:46Absolument, c'est ça le point essentiel.
13:48Donc, toutes nos propositions,
13:49elles tournent aussi...
13:49Enfin, certaines de nos propositions
13:51tournent aussi sur l'importance
13:52de l'éducation,
13:53depuis le secondaire,
13:55voire le primaire,
13:56sur les notions fondamentales,
13:57jusqu'à la formation des futurs ingénieurs.
13:59Et puis ensuite, la formation continue
14:02sur des sujets émergents,
14:04ou plus tellement émergents maintenant,
14:07mais autour des spécificités juridiques,
14:11technologiques de l'écosystème
14:13du logiciel libre.
14:14Mais Olivier a quand même raison
14:15de rappeler que les briques fondamentales
14:19de l'open source sont quand même
14:20de l'autre côté de l'Atlantique,
14:23et que les financements de l'open source
14:24étaient majoritairement américains,
14:27enfin, je dis étaient, sont majoritairement américains.
14:31Donc, moi, ce qui m'interroge aussi,
14:35c'est que nous, on est en train
14:36d'essayer de construire notre stratégie
14:39open source,
14:39mais les États-Unis, qu'est-ce qu'ils font ?
14:41Ils l'abandonnent, cette stratégie open source ?
14:43Non, aujourd'hui, ils sont...
14:45Est-ce que c'est vrai qu'on ne les entend plus
14:46tellement là-dessus ?
14:47Oui, alors, je pense que...
14:48Une sorte de désinvestissement, non ?
14:50Oui, de toute façon, l'open source
14:51est rentrée aujourd'hui,
14:52depuis déjà une vingtaine d'années,
14:54dans les systèmes de financement classiques
14:56par venture capitaliste, etc.,
14:58c'est devenu une façon de faire du business
15:00qui est devenue normale,
15:02et pour les Américains,
15:03il n'y a aucun souci là-dessus.
15:05Par contre, effectivement,
15:06moi, ce que j'aime bien regarder,
15:07c'est la dimension qui paye ses développeurs,
15:08parce que même si on a plus de développeurs en Europe,
15:11ils sont payés souvent par des grandes structures américaines,
15:13et donc, si du jour au lendemain,
15:14on décide de dire,
15:16on veut les rapatrier chez nous,
15:18est-ce qu'on a les moyens financiers de le faire ?
15:19Donc, ce sont des questions qu'on pose,
15:21et nous, on a envie, en tant qu'éditeurs aussi,
15:23de montrer que c'est possible de le faire.
15:25Et donc, c'est pour ça que nous,
15:27chez VATES particulièrement,
15:28notre R&D est concentré en France et en Europe,
15:29en disant, on prend la maîtrise des logiciels libres,
15:32et on essaye,
15:33on est un peu plus maximaliste, on va dire,
15:34sur cette vue-là,
15:36de dire, il faut non seulement que ça soit open source,
15:38mais si en plus,
15:39on peut faire que les payés par des entreprises européennes,
15:42c'est encore mieux.
15:43Voilà, donc, c'est une nuance, j'allais dire,
15:45mais nous, on cherche à avoir une ambition
15:47un petit peu plus lointaine
15:49qu'uniquement l'open source,
15:50en disant, on a des super développeurs,
15:53mais maintenant, s'ils pouvaient être payés
15:54par des entités européennes,
15:55ça serait encore mieux,
15:56parce qu'on aurait un contrôle,
15:57au in fine, encore meilleur.
15:59Je me permets de corriger quand même,
16:00il y a énormément de briques technologiques
16:02qui se sont développées,
16:03ou ont été inventées en Europe,
16:05d'une part,
16:06d'autre part,
16:06il existe des systèmes de financement,
16:09notamment à travers le programme Horizon Europe,
16:11qui est un programme de financement
16:13de la R&D classique,
16:15R&D collaborative,
16:16entre différentes entités,
16:17mais qui a un défaut important
16:21si on veut penser à la diffusion du logiciel libre
16:24en tant que produit à mettre sur le marché,
16:26et pas simplement objet de recherche et développement,
16:29et qui est que ça ne finance que les phases amont,
16:31les phases de recherche et de développement initial,
16:34et ce dont il y a besoin,
16:36c'est, un, de financer la maintenance des logiciels,
16:38une fois qu'ils ont été écrits,
16:39il faut les faire évoluer,
16:40il faut éventuellement corriger les bugs,
16:42les problèmes de sécurité
16:43qui deviennent de plus en plus importants,
16:45et c'est pour ça qu'on a proposé,
16:46plusieurs organisations proposent
16:48un Sovereign Tech Fund,
16:49un fonds de souveraineté numérique
16:52orienté open source,
16:53d'un montant,
16:54on a demandé 300 millions d'euros
16:57sur 5 ou 7 ans,
17:00qui viendrait compléter
17:01le financement initial
17:03de la recherche et développement
17:06par Horizon Europe.
17:07Et puis deuxièmement,
17:07après c'est de passer par les entreprises européennes,
17:10leur passer des commandes,
17:11et faire en sorte que ces commandes
17:12viennent ensuite financer des développeurs
17:14qui soient en Europe.
17:16Mais ma question, c'était,
17:18est-ce qu'aujourd'hui,
17:19on fait un front open source européen,
17:22ou est-ce qu'on peut imaginer
17:23un front avec l'open source,
17:25je veux dire,
17:26international, pratiquement,
17:27avec les Américains,
17:28avec la Chine,
17:29avec l'Inde aussi,
17:31qui parle beaucoup de sa stratégie open source ?
17:33Par définition,
17:34l'open source est international,
17:35donc effectivement,
17:36quand on va,
17:37et c'est une très bonne initiative,
17:39ce fonds,
17:39il permet justement de financer
17:41des développeurs en Europe
17:42qui peuvent maîtriser
17:43ce dit logiciel,
17:44mais les contributions peuvent venir
17:45du monde entier.
17:46Mais ce qui est très important
17:47dans cette maintenance,
17:48c'est justement de comprendre
17:49ces contributions qui viennent de l'étranger
17:51et de la maîtriser.
17:52Et quand on maîtrise,
17:53et bien effectivement,
17:54on a notre indépendance,
17:55finalement.
17:55Et donc,
17:56c'est une très bonne initiative,
17:57ce fonds,
17:58il permet justement
17:59d'avoir cette maîtrise
18:00qu'on n'a pas forcément directement
18:01vis-à-vis des entreprises,
18:02comme je le disais tout à l'heure,
18:03mais de l'avoir en amont
18:04avec un abondant fonds
18:06qui va payer de l'expertise européenne
18:08sur ces sujets.
18:09Mais encore une fois,
18:10effectivement,
18:11de toute façon,
18:11c'est international
18:12et on profite du travail.
18:13On partageait les mêmes valeurs.
18:15Exactement.
18:16Pour répondre à cette question,
18:17c'est un vrai sujet de débat
18:18que l'on a actuellement
18:20au sein des différentes organisations,
18:21y compris des organisations américaines
18:24qui viennent un peu s'insérer
18:26et qui ont répondu,
18:27pour certaines,
18:27à la consultation de la Commission.
18:30Effectivement,
18:30garder le côté international,
18:32il n'y a aucune raison
18:33d'arrêter ce côté-là
18:36et de se replier sur...
18:37On n'est pas sur du protectionnisme,
18:38on n'est pas sur de la fermeture
18:39des frontières.
18:40Il s'agit d'avoir,
18:41comme le disait Olivier,
18:42cette maîtrise,
18:43clairement,
18:44des technologies
18:45par le fait d'avoir
18:46des développeurs
18:46sur les briques technologiques.
18:47Le savoir-faire.
18:48Le savoir-faire,
18:49exactement.
18:49Aussi côté utilisateur,
18:50parce qu'il n'y a pas que
18:51les développeurs des briques
18:52les plus importantes,
18:53il y a toute une chaîne
18:55de personnes
18:55qui doivent maîtriser
18:57les technologies
18:58et les autres aspects
18:59du métier
19:01d'utilisateur
19:03et ou d'éditeur
19:04de logiciels libres.
19:05Mais il faut partager
19:06la même culture,
19:07parce que quand la Commission
19:08fait le constat que c'est bien,
19:09aujourd'hui,
19:10on est alignés
19:11sur nos valeurs,
19:11ce n'est peut-être pas le cas
19:13avec toutes les communautés
19:14open source
19:14de par le monde.
19:15Alors ça,
19:15c'est à voir,
19:17il existe des communautés
19:19qui font de l'open source
19:20et qui sont toxiques
19:21au sens où,
19:22effectivement,
19:23on a des idées
19:24extrémistes
19:25ou autres.
19:26l'open source
19:27reste a priori
19:28une idéologie
19:29de partage,
19:30d'humanisme.
19:32Donc,
19:32c'est dans cet esprit-là
19:34que la coopération,
19:35elle doit continuer,
19:35bien sûr.
19:36Il y a un commun
19:36très très fort
19:37dans l'open source
19:38qui traverse les frontières.
19:39Il y a quand même
19:39une idée fondamentale
19:41dans cette idée de partage
19:42qui fait que les contributeurs,
19:44même s'ils sont eux-mêmes
19:44dans des régimes
19:45avec lesquels on n'est pas alignés,
19:46restent des individus
19:47qui adhèrent
19:48à ces idées de partage.
19:49Donc,
19:49il y a déjà un filtre
19:50en entrée,
19:50j'allais dire,
19:51où on peut se retrouver
19:52sur ces idées
19:52un peu de l'encyclopédie.
19:54Je pense que c'est plutôt
19:54moi à ceux qui financent
19:56en fait les projets,
19:57qui ne partagent pas forcément
19:58les mêmes objectifs.
20:01Après,
20:01l'open source
20:02est une stratégie industrielle
20:03pour un certain nombre
20:05de grands acteurs.
20:06Les Américains,
20:07les grandes sociétés américaines
20:08l'ont compris
20:09dès le début des années 2000.
20:11Une autre grande société américaine
20:12a changé de stratégie radicalement
20:16vis-à-vis de l'open source
20:17au milieu des années 2010.
20:19Il faut le comprendre
20:21et il faut jouer avec.
20:22mais il faut collaborer,
20:24bien sûr,
20:24on ne va pas s'arrêter
20:25de collaborer,
20:26on ne va pas s'arrêter
20:27d'utiliser ces technologies,
20:29mais il ne faut pas
20:30les prendre non plus
20:31comme un cadeau
20:33tombé du ciel.
20:34Il faut avoir cette maîtrise,
20:36comme le souligne Olivier.
20:38Sortir des dépendances.
20:39Oui, exactement.
20:40Merci beaucoup.
20:41Quelle est la prochaine étape ?
20:42Consultation terminée ?
20:43Vous attendez quoi,
20:44là, maintenant ?
20:44Prochaine étape ?
20:45Nous, on nous a dit,
20:46dans le document officiel,
20:48que la communication
20:53les communications à venir
20:54allaient sortir dans le trimestre.
20:55Alors, on est déjà
20:56à la moitié du trimestre,
20:57donc il leur reste
20:59six semaines.
21:00Bon, peut-être que ça sera
21:02un peu plus...
21:02Mais ça sera dans quelques mois,
21:04oui, ça c'est sûr.
21:05On est dans l'urgence quand même.
21:06Je pense que les gens
21:07de la commission
21:07en ont conscience.
21:09Il faut agir, c'est maintenant.
21:10C'est aussi simple que ça.
21:11Merci beaucoup, Olivier Lambert,
21:13cofondateur de VATES,
21:14et Stéphane Fermigier,
21:15co-président du CNLL.
21:17Merci à tous
21:18de nous avoir subis.
21:19C'était Smartech.
21:20Votre émission sur la tech
21:22que vous retrouvez régulièrement
21:23sur la chaîne Bsmart.
21:24Moi, je vous dis,
21:25on se voit dès demain matin
21:27pour deux nouvelles histoires
21:28et notamment les interviews de l'IA.
21:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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