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  • il y a 11 mois
Pionnier de l'édition de logiciels libres en France depuis 25 ans, Stéfane Fermigier incarne la résistance européenne face aux géants du numérique. Fondateur d'Abilian et co-président du CNLL, il défend une vision souveraine de la technologie.

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Transcription
00:00On termine cette édition avec le monde du libre qui nous permet de découvrir ce qui se passe dans le domaine du logiciel, du matériel open source.
00:13Aujourd'hui c'est Stéphane Fermigier qui est avec nous. Bonjour Stéphane.
00:16Bonjour Delphine.
00:16Fondateur d'Abilian, éditeur de logiciel libre et coprésident du CNLL qui est le conseil national du logiciel libre.
00:24Merci beaucoup de nous avoir rejoints parce qu'on est ici en délocalisation pour le palmarès de l'informaticien, donc dans une émission spéciale.
00:33Mais je tenais à ce qu'on garde ce rendez-vous et notamment pour reprendre trois prises de parole récentes du CNLL.
00:41On a le projet de loi résilience en ce moment qui est débattu, enfin qui a même fait l'unanimité parmi les députés de la commission spéciale.
00:50Pour autant, vous affirmez que la menace principale de notre sécurité numérique n'est pas le piratage, mais plutôt notre dépendance aux technologies américaines.
01:00Alors il faut expliquer quel est ce niveau de danger selon vous. Est-ce qu'on parle d'un danger imminent par exemple pour tous les utilisateurs de Microsoft 365 ou d'un cloud Amazon ?
01:10Est-ce qu'on doit vraiment s'inquiéter là tout de suite maintenant ?
01:13Alors bien sûr, les problèmes de cybersécurité sont des problèmes tout à fait importants et tout à fait remarquables que la commission européenne,
01:21avec la directive NIS2 et maintenant l'Assemblée nationale, se soient emparées du sujet.
01:26Et d'ailleurs la directive NIS2, dans ses considérants, explique que le logiciel libre est un atout pour renforcer la résilience et la cybersécurité de nos installations critiques.
01:39Néanmoins, le problème effectivement pour nous, c'est qu'il y a un enjeu qui dépasse cette notion de cybersécurité, c'est les dépendances.
01:48Et les dépendances, elles sont de quatre ordres et suivant à qui on s'adresse, effectivement, on n'aura pas forcément les mêmes dépendances à considérer.
01:54Donc il y a des dépendances techniques et technologiques, l'impossibilité de passer d'un fournisseur à un autre,
02:01parce qu'il y a tout un écosystème de produits, de services qui tournent autour, qui gravitent autour de certaines solutions.
02:08Et ça crée ce qu'on appelle le vendeur lock-in, l'enfermement propriétaire.
02:12Donc l'impossibilité de passer facilement à des nouvelles solutions et donc de se retrouver en situation de dépendance par rapport à des fournisseurs
02:20et par rapport à leur politique commerciale.
02:22Ça c'est un risque commercial.
02:23Il y a des dépendances juridiques, donc sur les données notamment, avec le Cloud Act, le FISA,
02:31et donc la possibilité pour les autorités américaines d'aller voir les données des citoyens européens,
02:38des entreprises européennes, voire des gouvernements européens, si on a la mauvaise idée d'aller les faire transiter par des data centers sous contrôle américain.
02:45Mais là on n'est pas sur un risque immédiat là Stéphane, c'est plutôt une potentialité.
02:50Il y a un risque immédiat, c'est que si vos données personnelles, vos données de santé par exemple, sont exploitées et sont récupérées par des services,
03:00il va être difficile de les récupérer.
03:02En tout cas, on ne pourra pas les empêcher de les exploiter d'une façon ou d'une autre, en particulier si vous avez des secrets par exemple,
03:09que vous ne voulez pas étaler sur la place publique.
03:12Mais alors il y a d'autres dépendances, effectivement une autre dépendance d'ordre juridique mais aussi géopolitique,
03:16c'est qu'on a vu ces derniers mois, les Etats-Unis s'arrogent le droit de couper l'accès à certaines personnes ou à certaines entités qui ne leur plaisent pas,
03:27quand ces personnes ou ces services utilisent des clouds américains.
03:32Donc ça c'est une arme qui n'hésite plus à brandir.
03:36Avant c'était une menace hypothétique, on l'a vu avec la Cour pénale internationale,
03:41on l'a vu avec les menaces de Donald Trump vis-à-vis de la Commission européenne, ça devient une vraie réalité.
03:47Et puis il y a la dépendance économique, le fait qu'on a des milliards, 265 milliards d'euros annuels
03:52qui partent de l'économie européenne vers l'économie états-unienne.
03:57C'est 2 millions d'emplois qu'on pourrait garder en Europe et qui sont délocalisés d'une certaine façon aux Etats-Unis.
04:02Très concret sur les risques, le CNLL présente évidemment le logiciel libre comme la solution pour regagner une forme d'autonomie stratégique dans le numérique.
04:15Mais alors j'avais envie de vous chercher sur libre et libre.
04:17J'ai l'impression qu'il y a deux poids, deux mesures, parce que dans l'un de vos communiqués récents,
04:22vous critiquez l'état français qui promeut les communs numériques, qui est pourtant une autre forme du logiciel libre.
04:29On peut dire que c'est une variante, mais ça n'est pas strictement équivalent.
04:32La solution pour nous, c'est de renforcer la filière professionnelle du logiciel libre français,
04:38qui a ses atouts, qui est puissante, qui représente 10% du marché du numérique,
04:43mais qui a besoin encore d'être encouragé.
04:46Mais les communs en font partie ?
04:46Les communs, c'est un glissement sémantique.
04:49Au départ, ça partait d'une bonne intention, c'était l'idée de dire qu'il n'y avait pas que le logiciel.
04:54Il y a aussi, par exemple, les données ouvertes, il y a la production collaborative de connaissances comme Wikipédia.
05:02Il y a l'open, l'intelligence artificielle ouverte, donc les modèles de langage, par exemple, ouverts, etc.
05:10Mais attention, le problème, c'est qu'il y a des gens qui ont rajouté des restrictions,
05:14qui ont dit dans leur définition à eux, un commun, il faut que ce soit ceci, cela.
05:19Et du coup, ça exclut le logiciel libre qui est produit par les éditeurs de la filière du logiciel libre,
05:24que ce soit en France ou en Europe.
05:25C'est donc une exclusion des entreprises françaises qui travaillent dans le libre, qui produisent du libre.
05:29Voilà, ça les exclut en grande partie.
05:32Et moi, je rappelle simplement qu'on a une loi en France, la loi République numérique.
05:37Et dans son article 16, le gouvernement doit, les services de l'État doivent encourager l'utilisation du logiciel libre.
05:45Il n'y a pas marqué l'utilisation des communs numériques, il y a marqué l'utilisation des logiciels libres.
05:49Et pour nous, ça veut dire les logiciels libres, quelle que soit leur provenance, à partir du moment où ils répondent aux besoins des administrations ou des clients auxquels ils s'adressent.
06:00Et on comprend derrière que c'est l'enjeu d'avoir un écosystème, en tout cas pour le CNLL, d'avoir un écosystème du libre européen qui soit suffisamment puissant pour devenir une véritable alternative.
06:10Merci beaucoup Stéphane Fermigier d'avoir été avec nous dans Smartech.
06:13Merci à vous d'avoir suivi cette édition spéciale à l'occasion du palmarès informaticien.
06:18On se retrouve très vite dans un Smartech plus classique en studio.
06:21A très bientôt.
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