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Lundi 16 février 2026, retrouvez Marion Flécher (Doctorante en sociologie, Université Paris-Dauphine) dans PÉRIODE D'ESSAIS, une émission présentée par Cem Algul.
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00:08Bienvenue sur le plateau de période d'essai, l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui écrivent
00:12le monde du travail.
00:14Aujourd'hui, je reçois Marion Fléchet pour son ouvrage Le Monde des Startups.
00:18C'est publié aux presses de Sciences Po. Marion, bonjour.
00:21Bonjour.
00:22Alors, qu'est-ce qui t'a conduit à faire des startups un objet d'étude ?
00:27C'est une bonne question. Alors, au moment où je m'intéresse à ces entreprises, on est en 2016.
00:32C'est un contexte économique particulier où les startups de type Uber, Airbnb commencent à vraiment bien s'implanter dans
00:41le monde économique, notamment dans la scène parisienne.
00:45Et puis, alors, de fait, dans le monde académique, on voit apparaître un certain nombre de travaux qui s'intéressent
00:50aux plateformes numériques,
00:52mais plutôt du point de vue des travailleurs et travailleuses de plateforme.
00:54Donc, ces personnes qui, en bout de chaîne, en fait, voient leurs conditions d'emploi, leurs conditions de travail se
01:00faire précariser par ce type d'entreprise.
01:03Mais il n'y avait pas encore de travaux vraiment sur les créateurs, créatrices de ces entreprises-là.
01:08Et puis, au même moment où je m'intéresse à ces entreprises, Emmanuel Macron entre en campagne, sa première campagne
01:14présidentielle,
01:15avec ce projet de faire de la France une Startup Nation.
01:17De fait, alors, j'ai cherché à comprendre de quoi la startup était le nom et puis quelles étaient les
01:22raisons de cet engouement politique, médiatique pour ces entreprises.
01:25Alors, le terme de startup, il est omniprésent, mais tu montres que ça reste très flou.
01:32Est-ce que tu pourrais d'abord nous le définir et nous parler de cette indétermination en termes de définition
01:37?
01:38Alors, c'était effectivement toute la difficulté de cette recherche.
01:40C'était que je voulais tenter de comprendre qu'est-ce que c'était que ce modèle d'entreprise portait
01:45un regard sociologique sur ces entreprises.
01:47Mais en même temps, il y avait une difficulté.
01:48C'est que la startup, ça ne renvoie pas à un statut juridique d'entreprise.
01:52Les startups peuvent être créées sous différents statuts, comme une société, SAS, SASU ou auto-entreprise.
02:01Mais ça ne correspond pas à une catégorie juridique.
02:03Et puis, ce n'est pas non plus une catégorie statistique, puisque le principe d'une startup, c'est de
02:07commencer petit pour éventuellement connaître une forte croissance.
02:10Donc, on ne peut pas les classer avec la classification par taille de type TPE, PME.
02:16Donc, c'était assez compliqué à saisir et d'autant plus que sur le terrain, quand j'allais à la
02:20rencontre de ces acteurs, de ces actrices qui se revendiquaient de ce modèle,
02:23il n'y avait pas vraiment de définition consensuelle.
02:25Donc, moi, c'est vraiment au terme de mon travail que j'ai proposé de caractériser ce qu'on pourrait
02:31ranger sous la catégorie de startup,
02:35comme un modèle d'entreprise qui se distingue par trois éléments.
02:38Un modèle économique singulier.
02:41Ces entreprises ne recherchant pas la rentabilité, mais la croissance rapide et importante.
02:46De fait, ce sont des entreprises qui se financent par levée de fonds sur un modèle spéculatif auprès d'investisseurs
02:52privés qu'on appelle capital risque, des fonds de capital risque.
02:56La deuxième caractéristique, c'est que c'est un modèle d'entreprise qui renvoie à un modèle d'organisation, un
03:01modèle managérial singulier
03:03qui met l'accent sur le bien-être des travailleurs, leur épanouissement personnel, leur responsabilité et leur autonomie.
03:09Et tout ça crée des conditions de leur auto-engagement au travail.
03:12Et puis, un modèle idéologique qui repose sur la croyance dans le marché comme meilleur allocateur des ressources et vecteur
03:20de progrès social et économique.
03:22Et dans l'idéologie entrepreneuriale qui repose sur la croyance dans le mérite et le succès individuel.
03:30On va revenir sur ces différents éléments, mais tu insistes beaucoup pour dire qu'il n'y a pas une
03:36start-up, mais il y a un monde de start-up, d'où le titre de l'ouvrage.
03:40Qu'est-ce que cette perspective, elle permet de comprendre sur cet univers ?
03:45Effectivement, c'est un petit pas de côté que je fais.
03:47C'est qu'étant donné que c'était un modèle très compliqué à saisir parce que pas de définition consensuelle
03:52autour de ce modèle,
03:54j'ai cherché à étudier cette réalité sociale et économique sans essentialiser ces contours a priori.
04:02Je voulais vraiment avoir une démarche très inductive, comme on dit, donc partir du terrain, partir de celles et ceux
04:07qui se reconnaissent comme relevant de ce modèle d'entreprise,
04:10qui s'identifient comme tel et qui sont identifiés aussi par des acteurs institutionnels qui sont spécialisés dans l'accompagnement,
04:16le financement de ces entreprises.
04:17Et donc, cette démarche-là de me déplacer, de ne pas fixer moi a priori ces frontières de la start
04:24-up,
04:24c'est en fait une démarche qui est assez similaire à celle qu'a eue Howard Baker quand il étudiait
04:29les mondes de l'art,
04:30quand il s'interrogeait sur au nom de quoi une production peut être qualifiée d'œuvre d'art.
04:36Eh bien, c'était le même pas de côté qu'il faisait.
04:38Il ne parle plus d'art, mais de monde de l'art pour justement insister sur le maillage institutionnel qui
04:45contribue à faire exister l'art en tant que monde
04:47et donc les start-up en tant que monde.
04:49Donc moi, je m'intéresse vraiment aux logiques d'étiquetage qui permettent de qualifier une entreprise comme une start-up,
04:56aux critères sur lesquels les institutions s'appuient pour justement dire qu'une entreprise est ou n'est pas une
05:02start-up,
05:03ou en tout cas même les entrepreneurs eux-mêmes.
05:06Et puis voilà, insister aussi sur ce maillage institutionnel qui entoure ces créateurs d'entreprise.
05:12Alors, il y a un extrait qui m'a particulièrement frappé dans l'ouvrage.
05:16Je le lis.
05:17« Si les récits médiatiques et biographiques des success stories de la Silicon Valley ont tendance à dépeindre l'entrepreneur
05:22comme un génie visionnaire qui serait capable, grâce à ses qualités exceptionnelles,
05:26de détecter des opportunités de marché là où les autres ne le verraient pas,
05:30l'héroïsation de la figure de l'entrepreneur innovateur tient pour partie à l'occultation des conditions socio-économiques
05:36qui rendent possible l'activité d'innovation.
05:38Or, un regard socio-historique porté sur les logiques d'émergence des innovations technologiques
05:43permet de mettre en évidence le rôle majeur des institutions publiques, étatiques et juridiques
05:49qui ont activement soutenu par les fonds, des bourses, des subventions publiques,
05:53des brevets et des dispositifs d'aide à la création, l'activité de ces entreprises innovantes.
05:59Pourquoi est-ce qu'il était important, selon toi, de déconstruire cette figure héroïque de l'entrepreneur ?
06:05Bien, voilà, comme pour d'autres objets, l'objet start-up est quand même sujet à de nombreuses représentations,
06:12de nombreuses mythifications.
06:13On a en tête le mythe du self-made man qui créerait seul sa start-up depuis son garage
06:19et vraiment l'entrepreneur de start-up est particulièrement sujet à cette forme d'héroïsation.
06:23On a l'impression que les Steve Jobs, les Mark Zuckerberg, ont inventé leur application,
06:28enfin, voilà, leur concept tout seul et ont fait fortune comme ça en partant de rien.
06:34Et c'était vraiment ce récit-là que je voulais interroger, qui me semblait réactiver,
06:38des récits assez anciens sur aussi l'entrepreneur qui dominait dans les années 30 aux Etats-Unis
06:43et qui ont alors alimenté cet American Dream à l'époque.
06:47Moi, j'ai vraiment voulu réinscrire cette figure de l'entrepreneur de start-up
06:52et aussi son activité dans justement le monde, c'est-à-dire le maillage institutionnel
06:57qui l'entoure et qui sous-tend cette activité.
06:59Et on peut parler des institutions publiques, mais aussi des acteurs privés
07:03comme les fonds de capital risque qui investissent massivement,
07:06qui sont les actionnaires de ces entreprises et qui sont les grands gagnants de ce modèle économique.
07:10Et au bout de la chaîne, on peut parler aussi de tous les travailleurs,
07:13travailleuses qui participent activement à cet effort collectif.
07:15Parce que d'aucun, enfin, toutes les personnes qui ont mis un pied dans le monde des start-up
07:19pourraient souligner ça, c'est qu'en fait, c'est une aventure collective.
07:23Donc, c'est assez paradoxal, ce mythe du safe made and mind qui perdure
07:27et puis en même temps, le caractère éminemment collectif de ces entreprises.
07:31Donc, c'était vraiment là-dessus que je voulais insister aussi, re-socialiser en fait cette activité économique.
07:36Alors, tu parlais à l'instant des investisseurs privés et tu nous as dit un peu plus tôt dans l
07:41'entretien
07:42que la question, c'était la croissance finalement plus que les bénéfices.
07:47On a su il y a quelques jours que Backmarket, je crois, dégageait ses premiers bénéfices.
07:51Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce modèle,
07:54comment marche une start-up au cours de son existence ?
07:57Oui, c'est ça, c'est très codifié et il faut bien comprendre comment ça fonctionne.
08:02Donc, contrairement à une entreprise classique qui doit, pour se financer,
08:06soit générer un chiffre d'affaires et puis se financer comme ça, de manière assez organique on dirait,
08:12soit s'adresser à des banques pour obtenir un emprunt, un prêt bancaire
08:16et puis avec ça, financer l'amorçage de l'activité.
08:20Mais en tout cas, un même objectif, c'est être rentable à terme,
08:23donc rembourser les emprunts et puis vivre de son chiffre d'affaires.
08:27La start-up fonctionne très différemment.
08:29Il s'agit avant tout de viser la croissance.
08:33Donc, on va aller s'adresser à des acteurs publics ou privés
08:35pour obtenir des financements qui vont permettre le financement de l'activité.
08:40Donc, on n'a pas forcément besoin de générer du profit
08:42ou un chiffre d'affaires important au démarrage pour obtenir ces financements-là.
08:47C'est un pari.
08:47C'est un pari sur l'avenir, sur le potentiel du projet.
08:51Et ça, c'est très important parce que c'est ce mécanisme spéculatif
08:54qui est à l'origine des croissances assez exponentielles des start-up,
08:58mais aussi des bulles qui parfois peuvent les entourer,
09:02des échecs que connaissent la plupart de ces entreprises.
09:06Pour donner un chiffre, dans ce monde-là, on dit que 90% des start-up finiraient par échouer.
09:12Donc, ça veut dire que du point de vue des investisseurs,
09:15sur 10 entreprises qu'ils financent,
09:17le succès de l'une va compenser l'échec des 9 autres.
09:20C'est vraiment un pari.
09:23On mise sur le bon cheval et c'est un peu ça, c'est un peu cette idée.
09:27Et donc, il y a trois types de sorties possibles pour les start-up.
09:34Soit l'entrée en bourse, puisque c'est un modèle
09:37qui est fondé sur des formes de prise de participation au capital,
09:41l'entrée en bourse peut permettre à ces entreprises de devenir publiques
09:44et donc de vendre des parts d'action à des prix assez importants.
09:49C'est comme ça que la plupart des ingénieurs de Google
09:50sont devenus millionnaires, milliardaires dans la Silicon Valley dans les années 2000.
09:56Et alors, l'autre option, c'est...
09:58Parce que maintenant, il y a de moins en moins d'entrées en bourse.
10:00C'est de plus en plus le rachat par d'autres entreprises qui va être recherchée.
10:07Donc, c'est-à-dire qu'une fois atteint un certain stade,
10:11l'entreprise peut espérer être achetée soit par un grand groupe,
10:13alors en France, c'est plutôt ça, soit par un géant de la tech
10:15qui, de cette façon-là, va racheter l'innovation, les brevets,
10:19l'équipe aussi d'ingénieurs qui travaillent dans ces entreprises.
10:23La troisième issue, c'est quand ça ne marche pas trop.
10:25Donc, soit on abandonne le projet, soit on fait une décroissance,
10:29soit on vise une rentabilité.
10:31Et donc, ça, c'est plutôt une situation d'échec.
10:33Donc, voilà, c'est un peu les perspectives qui s'offrent aux créateurs et créatrices de start-up.
10:38Mais l'idée, c'est en fait de revendre les parts du capital contre une somme d'argent.
10:42Alors, on s'est beaucoup intéressé à la France jusqu'à maintenant,
10:46mais tu l'as évoqué, il y a l'exemple américain.
10:49Tu parles beaucoup des États-Unis dans ce travail,
10:52et notamment du fait que l'innovation, elle est loin d'être le fait d'individus
10:56comme Steve Jobs, Bill Gates.
10:58Quel rôle jouent les institutions publiques, les dispositifs juridiques
11:03et les dispositifs de financement des États dans l'émergence des start-up ?
11:08D'abord aux États-Unis.
11:10Oui, dans le livre, j'ai vraiment essayé de comprendre un peu d'où venait ce modèle d'entreprise.
11:15Alors, j'essaie de faire une socio-histoire de ce modèle en faisant l'hypothèse
11:18que ce n'est pas au moment où le terme est apparu dans la presse économique,
11:22donc soit dans les années 70, un journaliste qui utilise le terme start-up pour la première fois,
11:26ce n'est pas à cette date-là qu'est apparu le modèle des start-up.
11:29Qu'en fait, on peut trouver des origines à ce modèle-là bien en amont
11:33et que s'il a eu cette nécessité de nommer avec une autre étiquette ce modèle,
11:37c'est bien qu'il y avait quelque chose de singulier qui s'était produit pendant de nombreuses années.
11:41Donc moi, j'ai essayé de relire les travaux d'historiens, d'historiennes spécialisées dans la Silicon Valley
11:45pour comprendre un peu d'où venait ce modèle d'entreprise.
11:48Et leurs travaux permettent de déceler un modèle d'entreprise,
11:53celui d'entreprise technologique qui peu à peu se sont créée sous la forme de spin-off,
11:58donc de sociétés filles d'abord, de grandes sociétés technologiques comme IBM, etc.
12:03Donc des petites entreprises dans le semi-conducteur qui ont émergé,
12:07qui ont été créées par une équipe d'ingénieurs.
12:09Et en fait, ces entreprises-là qui se sont développées dans la Silicon Valley,
12:13donc sur la côte ouest des États-Unis,
12:15a bénéficié d'un soutien de l'État massif.
12:18Ce soutien, c'est d'abord un soutien financier,
12:20donc par subvention publique, fonds venant de l'État fédéral
12:26qui ont financé des programmes à Stanford,
12:29mais aussi le financement de ces entreprises au démarrage.
12:33Mais ça a été aussi un soutien juridique par la mise en place de brevets
12:37qui ont permis de sécuriser ces innovations
12:39et de rendre très riches la plupart de ces innovateurs pendant très longtemps,
12:42et de protéger ces innovations sur le marché.
12:46Et enfin, ça a été un soutien par les débouchés qu'a représenté l'armée,
12:50notamment pendant toute la période de la guerre froide.
12:52Ça, ce n'est pas moi qui le montre,
12:54c'est d'autres auteurs qui ont vraiment fait cette histoire de la Silicon Valley
12:57et qui montrent très bien comment la guerre a été un débouché
13:01pour cette entreprise du semi-conducteur qui produisait des toutes petites pièces
13:06qui ont été très utiles pour les radars,
13:09toutes ces technologies de guerre qui, dans les années 50-70,
13:12ont vraiment été massivement investies par l'armée.
13:16Est-ce que ce n'est pas le cas encore aujourd'hui avec les conflits qu'on voit ?
13:19Est-ce qu'il n'y a pas un élan de nouvelles startups qui misent sur l'armement ?
13:23Absolument.
13:24Mais là, il y a les travaux d'Arnaud Saint-Martin
13:25qui parlent vraiment très bien de ce phénomène-là,
13:28de la conquête de l'espace, etc.,
13:30sur ce modèle un peu de la startup.
13:31Et puis, on le voit avec Elon Musk aussi,
13:33qui a ce projet maintenant d'aller de ce côté-là.
13:36Donc, effectivement, ça reste toujours un entrelacement du fédéral,
13:40même là-bas, du fédéral du public de l'armée
13:43avec ce monde économique, technologique, en fait.
13:45Et qu'est-ce qui diffère en France, du coup ?
13:47Parce qu'on a parlé de l'exemple américain.
13:49Déjà, ça s'est passé bien plus tard.
13:52Aux États-Unis, moi, je fais remonter les prémices des startups aux années 30-40
13:56et leur essor avec l'institutionnalisation de l'industrie du capital risque
14:01autour des années 50.
14:02Donc, ça veut dire que ça fait plus de 80 ans
14:04que ce marché s'est vraiment développé.
14:06On est sur une forte industrie, très implantée,
14:08des personnes qui sont vraiment devenues expertes, etc.
14:11En France, c'est arrivé bien plus tard.
14:13Il y a eu une première vague autour de la bulle Internet
14:15dans les années 2000 qui, en fait, s'est effondrée,
14:18enfin, a éclaté en 2002.
14:19Et donc, le marché des startups s'est effondré à ce moment-là en France.
14:22C'est à partir des années 2010 qu'on voit réapparaître ce modèle
14:28soutenu par la puissance publique.
14:30Alors là, c'était plutôt à travers des mesures d'incitation
14:33à la création d'entreprises innovantes
14:35et au financement d'entreprises innovantes.
14:37Donc, des formes d'exonération fiscale, patronale,
14:40de réduction de cotisation,
14:43surtout d'un tas de domaines comme ça
14:46sur les entreprises innovantes.
14:48Donc, pour promouvoir la création de ces entreprises d'un côté.
14:51Et puis, on a eu aussi, on a tout un État
14:54qui subventionne très activement ces entreprises
14:57par la création en 2013 de la Banque publique d'investissement,
14:59la BPI France.
15:01En 2023, c'était plus de 60 milliards d'euros
15:04investis dans les startups en France.
15:07Donc, c'est quand même, voilà,
15:08l'argent public est quand même massivement investi
15:11dans ce domaine-là en France.
15:14Et puis, le troisième pilier de ce soutien public aux startups,
15:18il réside dans l'État social, ce qui est un peu paradoxal.
15:21On pourra éventuellement y revenir,
15:22puisque les créateurs et créatrices de startups
15:24se font très critiques de l'État,
15:26qui serait trop lourd,
15:28qui pèserait sur les trajectoires des entrepreneurs,
15:31coûterait trop cher.
15:32Mais en réalité, il bénéficie du filet de sécurité
15:35adossé aux salariats,
15:37puisque une très grande partie d'entre eux
15:39sont d'anciens cadres salariés
15:41qui négocient avec leur ancien employeur
15:43une rupture conventionnelle,
15:44ce qui leur permet de toucher l'allocation chômage
15:46pendant deux ans,
15:47indexé à leur salaire de cadre.
15:49Et c'est comme ça qu'ils sécurisent,
15:50pour la grande majorité,
15:51leur transition,
15:52enfin, leur bifurcation professionnelle
15:53vers l'entrepreneuriat.
15:55Et de fait, je montre dans cette enquête
15:58qu'ils sont très attachés aux avantages du salariat,
16:00à la mensualisation de leur salaire,
16:02à leur rattachement au régime général
16:04de la sécurité sociale,
16:05leur droit au chômage
16:07et leur cotisation pour leur retraite.
16:08Et donc, voilà, ils sont aussi...
16:10C'est un modèle entrepreneurial très adossé
16:12au modèle salarial en France.
16:14Donc, l'État,
16:15enfin, la puissance publique
16:16est aussi visible à cet endroit.
16:18Alors, on associe souvent les start-up
16:20à des modèles d'organisation
16:22qui sont plus libres,
16:24de fait, plus créatives,
16:27mais aussi plus horizontales.
16:29Qu'est-ce que toi,
16:30t'as observé dans ton enquête ?
16:31Est-ce que c'est vraiment le cas ?
16:33Et si on s'intéresse aux conditions réelles
16:35de travail et des rapports de pouvoir,
16:37qu'est-ce qu'on constate ?
16:38Oui, c'était vraiment une des questions
16:39que j'avais en sociologue du travail aussi,
16:41de confronter un peu ces promesses
16:43du modèle à la réalité.
16:45Et de fait, une de mes questions,
16:46c'était, est-ce que c'est une rupture
16:49proclamée, seulement rhétorique,
16:51ou est-ce qu'on voit vraiment
16:51des choses différentes
16:53dans l'organisation du travail ?
16:55Et de fait, voilà,
16:56je ne peux pas nier le fait
16:57qu'il y a quand même
16:58un certain nombre
16:59de dispositifs managériaux
17:00qui sont mis en œuvre
17:00pour abaisser les niveaux hiérarchiques,
17:04pour donner un sentiment
17:05de plus grande horizontalité au travail.
17:07Ça va passer par l'accent mis sur le collectif
17:11qu'on crée par des processus de recrutement
17:15qui visent à favoriser la bonne entente des équipes,
17:18leur proximité sociale, générationnelle.
17:20Ça, ça vient un petit peu atténuer
17:22les marqueurs hiérarchiques.
17:23Ça passe aussi par des politiques d'entreprise
17:25qui mettent l'accent sur le collectif,
17:29donc animer des fêtes, des soirées, etc.
17:31Et ça, c'est vraiment pas anecdotique
17:33dans le modèle des startups.
17:34C'est vraiment central.
17:35C'est des millions d'euros du budget
17:37de l'entreprise qui sont alloués
17:38à l'animation des équipes.
17:40Et puis, ça passe aussi
17:41par des modes de management par projet,
17:43donc les fameuses méthodes agiles
17:44qui diluent aussi les niveaux hiérarchiques.
17:48Donc, tout ça, ça contribue
17:49à quand même créer un cadre de travail
17:51qui, a priori, est beaucoup plus horizontal.
17:54En réalité, ce que je montre,
17:55c'est que le contrôle n'a pas disparu.
17:58Il a juste changé de forme.
17:59Donc, il est plus vertical, hiérarchique aussi,
18:03à passer par des processus bureaucratiques
18:05aussi marqués que dans les grandes entreprises,
18:07mais il va passer par des formes plus insidieuses,
18:09donc des formes de contrôle social par les pairs.
18:12Ça, c'est permis par les open space,
18:14l'observation mutuelle,
18:15mais aussi par tous ces moments de collectif
18:17où on s'observe, on se sanctionne
18:19dans nos comportements,
18:21dans nos manières d'agir
18:23et dans notre rapport au travail.
18:24Et puis, par l'autocontrôle, surtout,
18:26puisque ce sont beaucoup de dispositifs
18:28qui, en responsabilisant les salariés,
18:31créent les conditions de leur auto-engagement
18:33volontaire au travail.
18:35Alors, ton enquête, elle met en lumière
18:37quand même de fortes inégalités sociales
18:39et de genre dans l'accès à ce monde.
18:42Qu'est-ce que le modèle des startups révèle,
18:45selon toi, des mécanismes contemporains
18:47de sélection ou d'exclusion
18:49dans la sphère professionnelle ?
18:51Oui, c'est ça.
18:52J'ai essayé de documenter ces inégalités
18:54à la fois dans la sphère entrepreneuriale,
18:56mais aussi dans ces organisations
18:58où, par exemple, avec la croissance,
19:00on voit que les grands gagnants
19:02sont plutôt les métiers de la tech
19:04qui sont très masculins
19:05et qui voient, au fil des levées de fonds,
19:07leur salaire augmenter,
19:08leurs conditions d'emploi s'améliorer, etc.,
19:10pour les retenir.
19:11Tandis que les métiers plus féminisés
19:13dits du support,
19:14donc les ressources humaines,
19:16les services clients,
19:18voient leur salaire plutôt stagner,
19:20voient leur fonction être externalisée
19:25et délégués à des centres d'appel
19:26dans d'autres pays.
19:28Donc, il y a déjà cette segmentation
19:30professionnelle assez forte
19:31qui est créée et renforcée
19:33par le modèle de la startup.
19:35Et puis, ça se voit aussi
19:36dans la sphère entrepreneuriale.
19:38Alors, pour le coup,
19:40les inégalités de genre
19:41dans l'accès à ce monde
19:42recoupent, en fait,
19:43pas mal de mécanismes
19:44qu'on observe dans le monde du travail,
19:46dans les chances d'accès des femmes
19:48aux sphères dirigeantes.
19:49En réalité, il y a à la fois
19:51le coût des représentations
19:53et des dispositions
19:54qui les encouragent moins
19:55à se sentir légitimes,
19:57à aller là-bas
19:58dans ce genre de spécialité
20:01et d'univers professionnel.
20:02Mais il y a aussi
20:03des normes professionnelles
20:04particulièrement discriminantes.
20:06On retrouve le poids
20:07de la disponibilité temporelle,
20:10la capacité à pouvoir
20:12travailler énormément,
20:13notamment en soirée,
20:14les week-ends,
20:14puisque c'est le modèle
20:15de la startup,
20:16il faut faire du réseau
20:17souvent en soirée
20:18après le travail.
20:20Et puis,
20:20c'est surtout au niveau
20:22des levées de fonds
20:22que se cristallisent
20:23les inégalités de genre
20:24dans le monde des startups,
20:26puisqu'on voit que
20:27même lorsqu'elles ont passé
20:28ces épreuves-là
20:30et qu'elles sont quand même,
20:31et qu'elles créent
20:32des startups,
20:33elles font face
20:34à des discriminations
20:35assez fortes
20:35dans l'accès au financement.
20:37Et là,
20:37on peut y voir
20:39des mécanismes d'homophilie
20:41entre des investisseurs
20:41qui sont en grande majorité
20:42des hommes,
20:44des hommes blancs
20:45de classe supérieure
20:46issus du milieu des affaires
20:47et qui ont tendance
20:48à favoriser des personnes
20:49qui leur ressemblent.
20:51Et les femmes rencontrées
20:52font tout état aussi
20:53d'un mépris
20:55de la part des investisseurs,
20:56dans leur capacité
20:57à tenir sur le long terme,
20:58à articuler cette activité
21:01avec leur engagement familial,
21:02question qui n'est jamais posée
21:03aux hommes, bien sûr.
21:05Et puis,
21:06à aussi voir
21:07les secteurs
21:08dans lesquels
21:08elles créent des entreprises
21:10disqualifiées,
21:11puisque ce seraient
21:12des marchés de femmes
21:14et les investisseurs
21:16ont tendance
21:16à ne pas voir
21:18les opportunités
21:19de marché
21:19dans ces secteurs-là.
21:21Donc,
21:21elles font face
21:22à de grandes inégalités
21:23et surtout
21:23à un stigmate sexiste
21:24assez fort
21:25qui pèse
21:25à leur perspective
21:28de réussite.
21:29Tu parles beaucoup
21:30du rôle central
21:31du langage,
21:32des codes.
21:33On l'a un peu évoqué,
21:34mais en quoi est-ce
21:35que cette novlangue-là
21:36des startups,
21:37elle participe
21:38à la cohésion
21:39de ce monde,
21:40mais aussi
21:41à la mise à distance
21:42de ceux
21:42qui ne maîtrisent pas
21:43ces codes ?
21:44Oui,
21:45ça fait partie
21:45des enjeux
21:46de l'utilisation
21:48de ce mot
21:48monde,
21:49puisqu'en fait,
21:49à travers la notion
21:50de monde,
21:51on a aussi
21:52la notion de convention,
21:53c'est-à-dire
21:53qu'est-ce qui unifie
21:54ce monde économique
21:56et qu'est-ce qui est
21:57l'autonomie
21:57des autres mondes
21:58de l'entreprise.
21:59Et pour le coup,
22:00j'étais assez convaincue
22:01de la pertinence
22:02de ce terme,
22:02puisque quand on parle
22:03de startup,
22:04on a aussi tout un imaginaire
22:05dans les façons
22:06de se tenir,
22:07de se comporter,
22:07de parler.
22:08On peut penser
22:09à la novlangue managériale,
22:11l'usage d'anglicisme,
22:12mais aussi à l'exercice
22:14du pitch,
22:14où il s'agit
22:15de se présenter,
22:16de convaincre
22:17des investisseurs
22:17de son projet
22:19sur un temps très court,
22:20très ramassé,
22:21c'est extrêmement codifié.
22:24Et de fait,
22:24ce que je montre aussi
22:25dans le livre,
22:25c'est que la maîtrise
22:27de ces codes,
22:27elle est à la fois
22:28essentielle
22:28pour pouvoir en être,
22:31en fait,
22:31être dans la course.
22:32C'est-à-dire qu'il faut savoir
22:33comment se présenter,
22:34il faut connaître
22:35les codes
22:37qui président
22:37à l'exercice du pitch,
22:38mais il faut aussi savoir,
22:39par exemple,
22:39qu'on ne va pas voir
22:41un investisseur privé
22:42avant d'être passé
22:42par la case
22:43de la BPI France.
22:44Toutes les étapes
22:45de financement
22:46sont extrêmement codifiées.
22:47Et les lieux
22:48où s'échangent
22:49ces informations,
22:50ces conseils
22:50qui sont absolument essentiels,
22:52eh bien,
22:53ce sont des lieux sélectifs.
22:55Tout le monde
22:55ne peut pas y rentrer
22:56et notamment,
22:57j'avais mené une enquête
22:58sur les fondateurs,
23:00fondatrices de start-up
23:01plutôt en banlieue parisienne
23:02dans des quartiers défavorisés
23:03qui, eux, soulèvent
23:06le fait que quand
23:07ils essaient d'accéder
23:08aux arènes parisiennes
23:10où s'échangent
23:10toutes ces ressources,
23:12les ressources qui comptent,
23:13les ressources pertinentes,
23:14eh bien,
23:14ils se sentent mis à l'écart
23:17par un stigmate de classe.
23:19Ils disent ne pas avoir les codes,
23:20ne pas être passé
23:21par les bonnes écoles
23:21et ne pas en être,
23:22mais aussi un stigmate racial.
23:24Il et elle font souvent état
23:25d'un racisme ordinaire
23:27dans ces interactions-là
23:28où ils sont bien portés
23:29avec eux.
23:29Voilà, les stigmates
23:30de ce qu'ils appellent
23:30les stigmates de la banlieue,
23:31le fait d'avoir un accent
23:33de banlieue d'art
23:34et que ça le stigmatise énormément.
23:36Donc, c'est aussi,
23:37en fait,
23:38ils sont aussi privés
23:38de ces échanges de ressources
23:40qui sont vraiment majeurs
23:41dans les perspectives
23:43de réussite des projets.
23:44Tu montres aussi
23:45qu'il y a un décalage très fort
23:46entre les promesses
23:47qui sont portées
23:48par la Startup Nation
23:49et les réalités observées
23:51sur le terrain.
23:52Qu'est-ce qui dit
23:53ce décalage
23:53de notre rapport collectif
23:55au progrès
23:56et à l'innovation ?
23:57Oui,
23:59c'est une très bonne question.
24:01C'était un peu
24:02tout l'enjeu
24:03de ce travail
24:04que de soulever
24:05ce paradoxe
24:06entre à la fois
24:07des représentations
24:09qui perdurent
24:09et puis une réalité
24:10qui est quand même
24:10bien éloignée.
24:12Et on peut se demander
24:13pourquoi ces représentations
24:14perdurent.
24:15de fait,
24:16si elles sont fortes,
24:16c'est qu'elles sont soutenues
24:17par des politiques publiques
24:19qui mettent l'accent
24:20sur l'entrepreneuriat
24:21et l'innovation
24:22comme moteur
24:22de progrès social
24:24et économique.
24:25Il y a vraiment
24:25des politiques publiques
24:26et c'est ce que j'essaie
24:26de montrer qu'ils promeuvent
24:28ce modèle d'entreprise
24:31et ce modèle de société
24:32plus largement.
24:33Et on a aussi
24:34des discours médiatiques
24:35qui vantent les mérites
24:36de ces entrepreneurs
24:37qui font état
24:41de ces success stories
24:42de la Silicon Valley,
24:43montrent combien
24:43ces personnes
24:44sont exceptionnelles.
24:46Et en fait,
24:46ces discours-là
24:47alimentent vraiment
24:48une vision du monde.
24:50C'est aussi
24:50une vision idéologique.
24:51c'est pour ça que je dis
24:52que le modèle des startups
24:53c'est aussi un modèle idéologique
24:54et c'est un modèle
24:55qui repose sur la croyance
24:57dans le marché
24:58comme meilleur allocateur
24:59des ressources
24:59et donc de fait,
25:00un État,
25:01ça va avec une vision
25:02néolibérale d'un État
25:04qui doit être au service
25:05des marchés,
25:05donc c'est bien loin
25:06d'être un État
25:07qui ne ferait rien,
25:07c'est un État
25:08qui sert les intérêts
25:09du marché
25:10au nom du progrès
25:11économique et social.
25:14Et puis,
25:14on a aussi
25:15une vision méritocratique
25:16de la société
25:17selon l'idée
25:17qu'il suffirait
25:18d'un peu de travail
25:19et d'efforts
25:20pour connaître le succès.
25:21Et de fait,
25:22l'envers de cette fiction,
25:24c'est de dire
25:24que toutes celles et ceux
25:25qui n'ont pas connu succès
25:27ne l'ont pas mérité.
25:28Et donc,
25:29c'est quand même
25:29des piliers assez importants
25:31dans nos sociétés actuelles
25:32qui permettent
25:32de justifier les places
25:33de chacun
25:34avec ce grand principe
25:35de la responsabilité individuelle.
25:37Donc,
25:37à mon sens,
25:38la startup
25:39est vraiment l'outil
25:40peut-être le plus abouti
25:41de l'ère néolibérale
25:42puisqu'elle vient
25:45sacraliser
25:45les inégalités
25:46à l'œuvre
25:47tant dans l'accès
25:48à ce monde
25:48qui est pourtant
25:48très élitiste
25:49que dans les chances
25:50de succès en son sein.
25:52C'est une tradition
25:52sur période d'essai.
25:54Est-ce que tu peux
25:54nous conseiller
25:55trois ouvrages
25:55pour celles et ceux
25:56qui veulent prolonger
25:57la réflexion ?
25:58Oui.
25:59Alors,
26:00il y a l'ouvrage
26:01de ma directrice de thèse,
26:03Sophie Bernard,
26:03qui porte sur les chauffeurs
26:05et les chauffeuses,
26:06plutôt les chauffeurs Uber.
26:08Elle s'appelle
26:08Uber, Uber Usé
26:09et qui vraiment nous montre
26:10ce qui se passe
26:11à l'autre bout de la chaîne.
26:12De fait,
26:13celles et ceux
26:13qui travaillent
26:14pour les plateformes numériques.
26:16Je m'appuie aussi
26:17beaucoup dans ce livre
26:18sur un travail
26:18que j'aime beaucoup
26:19qui est celui
26:19d'Olivia Chambard,
26:21son ouvrage
26:22Business Model
26:23qui, elle,
26:23a travaillé
26:24sur les politiques éducatives
26:26et les formations
26:27à l'entrepreneuriat
26:28qui se sont diffusées
26:29depuis les années 2000
26:30et qui font aussi
26:31qu'il y a autant de personnes
26:32qui souhaitent créer
26:33des startups
26:34et se lancer
26:35dans cette carrière-là.
26:36des seniors notamment.
26:37Je crois que de plus en plus
26:38de seniors
26:39veulent se tourner
26:39vers l'entrepreneuriat
26:40en tout cas.
26:41Ah ben,
26:42alors,
26:42elle s'intéresse plutôt
26:43aux jeunes diplômés
26:44mais de fait,
26:45c'est peut-être aussi
26:46cet effet,
26:47cette diffusion
26:48de ces politiques publiques
26:49qui clairement mettent
26:50l'accent sur la promotion
26:52de l'esprit d'entreprise.
26:53Et puis,
26:54un autre ouvrage
26:56intéressant,
26:57il s'appelle
26:57Gouverner par l'emploi.
26:58C'est un ouvrage
26:59de François Sarfati
27:00et Camille Dupuis
27:01qui, pour le coup,
27:02s'intéresse aux écoles
27:03de code,
27:04enfin d'informatique
27:05et qui proposent
27:08de résoudre le problème
27:10du manque de personnes,
27:12de personnel
27:13dans les métiers
27:13de la tech
27:14par des écoles
27:15de code créées
27:16notamment par Xavier Niel
27:17sur un modèle gratuit
27:18et donc qui mettent
27:20un peu en énigme
27:21ce modèle-là
27:23d'éducatif alternatif.
27:26Marion,
27:26merci beaucoup
27:27d'avoir répondu
27:27à mon invitation.
27:29Merci à toi.
27:30Le Monde des Start-up
27:31par la sociologue
27:32Marion Flécher,
27:33c'est disponible
27:34au presse de Sciences Po.
27:35Quant à moi,
27:36je vous dis à très bientôt
27:37pour un nouvel épisode
27:38de Période d'essai.
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