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  • il y a 10 heures
Lundi 19 janvier 2026, retrouvez Hugo Touzet (Sociologue) dans PÉRIODE D'ESSAIS, une émission présentée par Cem Algul.

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Transcription
00:00Vous regardez l'émission Période d'essais qui donne la parole à celles et ceux qui écrivent le monde du travail.
00:13Et aujourd'hui, on va parler des instituts de sondage avec Hugo Touzé, qui est l'auteur de Produire l'opinion, enquête sur le travail des sondeurs.
00:20C'est publié aux éditions de l'EHESS.
00:23Hugo, bonjour.
00:24Bonjour, merci pour l'invitation.
00:25On va entrer dans le vif du sujet tout de suite.
00:27Les sondages, ils occupent une place centrale dans le débat public, mais le travail des sondeurs est quand même un peu plus invisibilisé.
00:36Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de travailler sur ce sujet ?
00:39C'est justement ce paradoxe entre beaucoup de travaux sur les sondages, y compris en sociologie, en sciences politiques,
00:45beaucoup de travaux sur les effets des sondages, sur la manière dont ils vont contribuer à rythmer l'actualité politique, médiatique, le débat public.
00:52Une omniprésence, tu l'as dit, sur la place des sondages, dans les élections, dans la société.
00:58Et paradoxalement, très peu de travaux sur la manière dont ces sondages sont produits, dans les coulisses, quelque part, de ces instituts.
01:05Qui sont ces gens qui produisent ces sondages ? Comment est-ce qu'ils travaillent ?
01:09C'est ça qui, moi, m'a intéressé.
01:10C'est pour ça que j'ai voulu mener cette enquête, quelque part, pour aller au-delà des chiffres sur leur construction.
01:15L'enquête, elle repose sur une immersion prolongée au sein d'un institut de sondage.
01:20Est-ce que vous pouvez revenir un petit peu sur cette immersion et nous expliquer ce que cette observation vous a apporté ?
01:27Effectivement. Alors moi, j'ai d'abord fait beaucoup d'entretiens avec des sondeurs et des sondeuses.
01:31J'ai fait un sondage auprès des sondeurs, c'est-à-dire que j'ai administré un questionnaire, un peu comme ils le font toute la journée, au sein des différents instituts.
01:38Et puis, effectivement, j'ai travaillé moi-même plusieurs mois au sein d'un institut et ça m'a permis de voir, justement, ces coulisses.
01:46Comment est-ce que ça se passe, la création d'un sondage, depuis la commande auprès du client jusqu'à l'exposition des résultats ?
01:53Et en fait, un sondage, ce n'est pas quelque chose de magique.
01:56Entre cette commande et cette exposition des résultats, il y a un ensemble d'étapes qui vont de la négociation du budget, qui est toujours un peu première,
02:03la formulation des questions, la constitution de l'échantillon, le traitement statistique, l'analyse des données.
02:09Et ce qui, moi, m'a intéressé, c'est qu'à chacune de ces étapes, en fait, il y a une sorte de tension qui se fait jour
02:14entre la volonté qu'ont les sondeurs et les sondeuses de réaliser la meilleure enquête possible
02:19et un ensemble de contraintes qui sont des contraintes qu'on va retrouver dans plein d'entreprises très différentes du monde des sondages,
02:25mais qui sont des contraintes de temps, des contraintes de budget, des contraintes de ressources humaines.
02:29Et moi, ce qui m'a intéressé, c'est comment est-ce qu'on produit un sondage en tenant compte à la fois
02:33des enjeux, disons, scientifiques et des enjeux économico-commerciaux.
02:36Les sondeurs, ils se situent quand même à la croisée de plusieurs univers, à savoir la recherche, un marché, des médias,
02:44parfois, et on va le voir de plus en plus, la politique.
02:47Comment est-ce que cette position intermédiaire, elle façonne un peu leur quotidien professionnel ?
02:51D'abord, effectivement, c'est important de le rappeler, elle façonne ce qu'on appelle en sociologie leur culture professionnelle.
02:56Depuis les premiers sondeurs qui apparaissent, finalement, une profession assez récente,
03:00puisqu'ils apparaissent dans les années 30, 20-30 aux Etats-Unis,
03:04et déjà, ils se situent à la croisée de ces trois univers.
03:07Premièrement, les années 20-30, c'est le moment où la technique du sondage,
03:11c'est-à-dire la reconnaissance scientifique par la communauté des statisticiens,
03:14rend possible le fait de faire des sondages, c'est-à-dire interroger une petite partie de la population
03:19pour tenir un discours sur l'ensemble de la population.
03:22Ça, c'était juste scientifiquement pas légitimé avant cette période-là,
03:25donc il y a d'abord une assise scientifique.
03:28Les sondeurs, c'est le moment où ils vont aussi apparaître comme un débouché intéressant
03:32pour des entreprises dans un capitalisme de consommation qui se développe beaucoup
03:36et où apparaissent les professions comme le marketing, la publicité.
03:40Les sondeurs vont apparaître comme un outil intéressant pour les entreprises au début du XXe siècle,
03:45puisqu'ils vont leur dire, nous, on va vous permettre de mieux cibler ce que veulent vos clients,
03:49de lancer des études de marché, etc.
03:51Soit dit en passant, c'est encore à ça que servent majoritairement les sondages aujourd'hui.
03:54Mais tout de suite, à ce volet scientifique et ce volet économique,
03:59les sondeurs vont rajouter un troisième élément qui va être très important.
04:02Ils vont dire, nous, on n'est pas simplement scientifiquement établi et utile économiquement,
04:06on est aussi indispensable à la démocratie.
04:08Pourquoi ? Parce que la démocratie, c'est le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple.
04:13Et nous, on vous propose un outil qui permet de savoir sur tous les sujets
04:16et à tous les moments ce que pense le peuple.
04:19Et ce discours, c'est pour ça que je reviens un peu aux origines de la profession,
04:22ce n'est pas pour faire un cours d'histoire, c'est parce qu'il est présent dès les premiers sondeurs d'opinion
04:26et il est encore extrêmement présent dans le discours des sondeurs et des sondeuses aujourd'hui.
04:30Moi, les sondeurs que j'interviews me disent systématiquement ça.
04:33Nous, on a un outil utile pour que les citoyens puissent se faire leur avis,
04:37puissent se repérer dans les grandes tendances de l'opinion, etc.
04:41Et c'est aussi ça qui explique que les sondages sont aussi omniprésents.
04:44C'est parce qu'ils sont intriqués dans le discours des sondeurs et beaucoup aussi des médias
04:48avec la question démocratique.
04:50Il y a un extrait qui m'a particulièrement frappé, je me permets de le lire.
04:53Lors du premier contact avec le ou la cliente, celui-ci va faire part de ses besoins
04:57et attendre du sondeur-sondeuse qu'il ou elle y réponde.
05:01Cet échange présente donc une asymétrie relationnelle
05:03qui place le ou la sondeur-sondeuse en situation de prestataire de service.
05:07Ce rapport de contrainte marchande et la soumission en volonté du ou de la cliente
05:13abonde dans le sens de l'argument du sale boulot.
05:16Vous décrivez un métier qui est traversé par des fortes tensions
05:18entre exigence scientifique et contrainte économique.
05:22Comment est-ce que ces arbitrages se jouent au quotidien ?
05:26Ils sont d'abord une source souvent de frustration pour les sondeurs et les sondeuses
05:30parce que les sondeurs sont des gens, il faut le dire, qui ont fait souvent de longues études.
05:35La majorité ont un bac plus 5, ils ont étudié dans des filières de sciences politiques, de sociologie.
05:40Ils connaissent très bien les méthodes pour faire une bonne enquête
05:43mais effectivement ils vont se heurter à ces contraintes.
05:46Et ça, ça donne, moi il y a un verbatim que j'aime bien,
05:48un discours que m'avait dit une sondeuse en entretien.
05:51Elle me dit, moi quand je suis arrivé dans le métier, mon chef m'a dit
05:54si on t'a commandé une de chevaux, tu ne livres pas une Ferrari.
05:57C'était une manière de dire qu'elle me disait, après on apprend à faire plein de choses à l'université
06:01et des traitements poussés mais finalement, si ça ne correspond pas aux attendus,
06:05on ne va pas les faire.
06:06Donc la première chose à dire, c'est qu'il y a souvent un réajustement
06:10de ses ambitions, de ses aspirations à la baisse pour les faire coller aux exigences du client.
06:15Une fois qu'on a dit ça, en réalité on se rend compte qu'on ne peut pas toujours coller aux exigences du client
06:19parce que parfois le client demande des choses qui ne fonctionneraient pas,
06:23veut poser des questions dont le sondeur savent pertinemment qu'elles ne marcheraient pas bien, etc.
06:27Et donc se joue là une forme de rapport de force.
06:30C'est la même chose pour la taille des échantillons.
06:32Les sondeurs vont parfois dire au client, là il faudrait mieux quand même augmenter un peu la taille de votre échantillon,
06:37interroger non pas 1000 personnes mais plutôt 2000 ou 3000 en essayant de les convaincre
06:41avec des arguments plutôt d'ordre scientifique, méthodologique.
06:45Mais à la fin, il y a ce rapport d'asymétrie puisque si le client dit, moi je n'ai pas le budget
06:48et de toute façon ça ne m'intéresse pas d'entrer à un tel niveau de précision, on ne va pas le faire.
06:52Et donc il y a ce jeu entre à la fois mettre en avant son capital d'expertise,
06:59ses compétences professionnelles pour essayer de convaincre le client,
07:02mais in fine c'est quand même le client qui tranche, qui décide.
07:06Cette relation commerciale, elle pèse fortement sur la définition du bon travail.
07:12Jusqu'où les sondeurs peuvent, eux, défendre leur autonomie face à ces attentes de commanditaires ?
07:19Moi ce que j'ai observé c'est qu'il y avait effectivement, comme je viens de le dire,
07:22souvent des révisions à la baisse de ce qu'on estimait être du bon travail,
07:26mais que ce n'était pas le cas tout le temps.
07:27Et on observe aussi des moments où les sondeurs et les sondeuses décident de faire du mauvais travail
07:32ou du trop mauvais travail à leurs yeux, dans des moments où ils estiment que ça va pouvoir
07:37entacher trop leur réputation ou celle de leurs instituts.
07:40Parce que ce qui est important de comprendre aussi c'est qu'on parle des sondages
07:43beaucoup, beaucoup, beaucoup dans l'opinion, dans les médias, etc.
07:46Mais en fait c'est un tout petit monde.
07:47Il y a une dizaine d'instituts de sondage en France et moi les personnes que j'étudie,
07:50les sondeurs et les sondeuses d'opinion, c'est 100 à 120 personnes en France.
07:54Et donc très vite votre réputation elle est en jeu en quelque sorte.
07:58Et donc moi j'ai assisté à, il y a un cas qui est assez emblématique de ça,
08:03c'est au moment où je mène mon enquête, la boîte de prod de Hanouna à l'époque
08:07voulait commander un sondage pour le diffuser en direct dans son émission Grand Public
08:12qui était un sondage sur à quel fruit ou légume vous fait penser telle ou telle personnalité.
08:16Et donc moi je fais des entretiens avec des sondeurs et des sondeuses et une qui me dit
08:20non mais ça c'est impossible pour moi, il est hors de question que le nom de mon institut
08:24ou mon nom à moi soit associé à François Hollande, vous fait penser à une courgette
08:27plutôt qu'à un potiron.
08:28Et donc là on voit bien que parfois, pour répondre à la question,
08:31ce qui va primer c'est la préservation du capital réputationnel, de la réputation,
08:38du sérieux, etc. de l'institut plutôt qu'un contrat à court terme.
08:42Et donc il y a toujours un arbitrage à mener, à quel point faire entre guillemets
08:45du mauvais travail va nous coûter sur le plus long terme en termes d'image ou de réputation par exemple.
08:50120 personnes à peu près, une poignée d'instituts c'est en fait un très petit milieu.
08:54Tout à fait, c'est un très petit milieu, d'où ces enjeux de réputation qui sont très importants
08:59parce que si vous faites, pour le dire vite, un peu n'importe quoi,
09:02vous faites un sondage qui va faire un bad buzz comme on dit,
09:06c'est d'abord votre institut qui va être exposé et puis votre nom en interne.
09:11Les instituts sondages c'est un monde aussi pour être un peu plus sur des enjeux professionnels
09:15où il y a beaucoup de turnover, où les sondeurs et les sondeuses passent beaucoup d'un institut à l'autre
09:20y compris pour avoir de l'avancement de carrière
09:22et donc vous ne pouvez pas trop risquer de mettre en danger votre réputation
09:26juste pour répondre à un contrat.
09:29On va parler d'un sondage qui a été très contesté pour ses choix méthodologiques
09:33et à propos duquel vous avez été beaucoup sollicité dans les médias.
09:38C'est l'état des lieux sur le rapport à l'islam et à l'islamisme des musulmans de France
09:42qui a été publié par l'IFOP.
09:44Est-ce que vous pouvez revenir sur les problèmes qui ont été posés vis-à-vis de ce sondage ?
09:48On peut revenir effectivement sur les problèmes d'un point de vue méthodologique, etc.
09:52Mais avant tout, il y a un constat qui m'avait vachement intéressé au moment de cette affaire.
09:57C'est que ce sondage est donc effectivement un sondage qui tend plutôt à montrer les musulmans
10:01comme un danger pour la société.
10:03Au même moment, au sein du même institut, un autre sondage avait été commandé
10:07par la Grande Mosquée de Paris.
10:10Il a été administré auprès du même échantillon.
10:13Et ce sondage était un sondage pour interroger les discriminations anti-musulmans.
10:17Le sondage a été réalisé par le même institut, dans les mêmes conditions.
10:21Et on n'en a pas du tout entendu parler médiatiquement.
10:23Alors que celui qui vient d'être mentionné, il a fait vraiment la une de toutes les chaînes de télé
10:27et la presse écrite, beaucoup.
10:30Et donc, il y a tout de suite quelque chose qui est intéressant.
10:32C'est de voir que ce n'est pas tellement le sondage tout seul en lui-même
10:35qui va avoir un poids sur le débat démocratique.
10:37C'est la manière dont il va être ensuite relayé, médié justement par les médias.
10:43Si on revient un peu maintenant sur les problèmes que pouvait poser ce sondage,
10:47il y en a plusieurs, mais c'est plutôt à prendre pour moi comme un cas d'exemple,
10:50un cas exemplaire de comment analyser un sondage.
10:53Ce qui a beaucoup été mis en avant, par exemple, c'est la fiabilité de la méthodologie.
10:57Là, on avait un échantillon plutôt conséquent de personnes qui avaient été appelées au téléphone
11:02et non pas administrées par Internet, ce qui est plutôt une bonne chose.
11:05Donc, de ce point de vue-là, il n'y avait pas grand-chose à redire.
11:08En revanche, si on regardait dans le détail, le sondage et le commentaire qui en a été fait
11:12étaient beaucoup axés sur des évolutions sur le long terme.
11:15Et en fait, ces évolutions étaient faites à partir de sondages plus vieux,
11:19mais qui n'étaient pas du tout comparables du point de vue de l'échantillon, par exemple.
11:22C'était des beaucoup petits échantillons sur des populations qui n'étaient pas comparables.
11:27Et donc, en réalité, on mélangeait un peu des choux et des carottes en parlant de ces évolutions-là.
11:31Et puis là encore, ça invite à aller se plonger dans la manière dont sont fabriqués les sondages.
11:35Puisque vous avez des commentaires qui ont été faits de choses qui ne correspondaient pas aux questions qui ont été posées aux gens.
11:41Par exemple, il y a eu tout un commentaire autour du fait, je n'ai plus le chiffre exact,
11:45mais je crois que c'est 46% des musulmans en France veulent appliquer la charia.
11:50Donc, ça fait quand même un chiffre très important.
11:52Ce n'est quand même pas rien, etc.
11:53Et si on regarde dans le détail, il y a deux choses qu'on voit, qu'on observe.
11:57Mais il faut pour ça aller se taper les pages de méthodologie sur le site de l'Institut de Sondage,
12:01les petites notes de bas de pages écrites en minuscules.
12:03Qui restent disponibles.
12:04Qui restent disponibles, mais qui demandent quand même une expertise assez importante.
12:08Et que même les journalistes ne prennent pas souvent le temps d'aller faire ce travail.
12:12Et en fait, ce chiffre de 46%, il était non seulement une accumulation de 15% qui disait,
12:17oui, il faut appliquer la loi musulmane.
12:20Et de 30% qui disaient, il faut l'appliquer, mais on peut l'adapter au pays dans lequel on vit.
12:24Donc, c'est déjà très différent de 46% veulent appliquer la charia.
12:27Le deuxième chose, qui est peut-être encore plus grave, c'est que les enquêtés,
12:31les gens à qui on a posé les questions au téléphone,
12:33on ne leur a jamais parlé du terme charia, mais on leur a parlé du terme de loi musulmane.
12:36Et la loi musulmane, ça peut être comprise en fonction de sa confession de manière très différente.
12:40Là où la charia, c'est peut-être un peu plus explicite sur, voilà, on voit plus à quoi ça renvoie.
12:46Et encore, il faudrait détailler.
12:48Donc, voilà en quoi on peut avoir une analyse très généralisante qui dit, grosso modo,
12:52si on résume très synthétiquement, 50% des musulmans en France sont potentiellement dangereux,
12:57avec des chiffres qui ne disent pas ça et dont les questions n'ont même pas été posées telles quelles.
13:02Donc, c'est vraiment une invitation à aller regarder dans le détail et à faire,
13:05moi, ce que je réponds souvent, à faire de la critique sondagière comme il est sain de faire de la critique média.
13:11C'est-à-dire, on apprend aux élèves maintenant, dès le collège, dès le lycée, à aller recouper les sources,
13:16à aller regarder sur quoi s'appuie un média, etc.
13:18Moi, j'invite vraiment à faire la même chose avec les sondages qui prennent une place,
13:21vous l'avez dit, de plus en plus importante, à regarder quel est l'échantillon,
13:25comment ont été posées les questions, dans quel ordre ont été posées les questions.
13:28Est-ce que ça s'est fait juste après un événement important ?
13:30En l'occurrence, là, on était sur la commémoration des attentats de Charlie Hebdo, il me semble.
13:34Est-ce que c'est dans une période plutôt neutre, etc., etc.
13:37Donc, il faut vraiment développer cette culture critique.
13:40Ça ne veut pas dire de rejeter, mais ça veut dire développer une culture critique,
13:43de ne pas se contenter de réceptionner les chiffres tels qu'ils sont médiés par les médias.
13:47Est-ce qu'il y a d'autres conseils que vous pourriez donner sur cet esprit critique
13:51qu'il a développé vis-à-vis des sondages ?
13:54Et est-ce que l'école, là, n'a pas un rôle à jouer, par exemple ?
13:57Oui, bien sûr. Alors, l'école a un rôle à jouer, parce que c'est tout récent.
14:01Ça fait, je crois, depuis 2019, 2018, il y a un chapitre en terminale, en première, en SES.
14:07Donc, ça veut dire qu'il faut avoir l'option SES sur les sondages, en gros, et l'opinion publique.
14:11Mais bon, il faut avoir cette option. Tout le monde ne l'a pas, etc.
14:14Et c'est quand même un peu faible.
14:15Il y a des conseils qu'on peut donner, par exemple, sur tous les sondages
14:18qui ont un lien direct avec les intentions de vote, les sondages politiques.
14:22On peut aller voir sur le site de la Commission des sondages,
14:24qui est un peu l'ARCOM des sondages, les notices détaillées,
14:28ce que je disais, sur le protocole, etc.
14:30De manière plus générale, souvent, les instituts de sondage
14:32mettent les rapports entiers de leurs études sur leur site Internet.
14:37Donc, on peut aller aussi voir ça.
14:39Mais je ne veux pas renvoyer trop à une responsabilité individuelle.
14:42C'est-à-dire, mon propos n'est pas de dire individuellement,
14:45les gens n'ont pas le temps de faire ça, et puis ils ne sont pas forcément formés à ça.
14:50Il y a plus un discours, à mon avis, envers les journalistes, d'abord,
14:53qui ont un rôle très important, y compris dans les écoles de journalisme.
14:55À mon sens, on n'est pas assez formés à ces questions-là.
14:58Et puis, il y a un rôle, évidemment, du côté de la puissance publique,
15:01qui devrait avoir un rôle plus large de régulation,
15:04dans la mesure où, aujourd'hui, de plus en plus,
15:06ces sondages sont utilisés, de manière assumée,
15:09comme un outil de combat idéologique.
15:11Et je le dis, ça peut être n'importe quel combat idéologique,
15:13des positions pour, contre, sur une même thématique.
15:17Mais dans ce cas-là, il me semble qu'il devrait, comme pour les médias,
15:19y avoir une régulation plus stricte de l'utilisation de ces sondages très politiques.
15:24Qui, pour l'instant, n'existe pas.
15:25Il n'y a aucune forme de régulation sur les sondages ?
15:26Il y a cette fameuse commission des sondages dont je parlais,
15:30mais qui a une conception de son rôle, à mon sens,
15:32c'est un débat trop restrictif.
15:34C'est-à-dire que la commission des sondages,
15:36elle a été fondée en 1977, donc ce n'est pas tout récent non plus.
15:39Elle a très peu de moyens, par exemple, même par rapport à l'ARCOM, en comparaison.
15:44Mais en fait, aujourd'hui, théoriquement, d'un point de vue du droit,
15:47elle peut se saisir de n'importe quel sondage
15:50qui est en lien direct ou indirect avec le débat électoral.
15:53Donc, c'est quand même une conception assez large.
15:54Et on pourrait considérer qu'un débat, par exemple, sur l'islam,
15:57comme on en a parlé, ça s'inscrit clairement dans le débat électoral.
16:00Or, elle a aujourd'hui une conception, je dis, restrictive,
16:03parce qu'elle ne se saisit que des sondages directement d'intention de vote.
16:06C'est-à-dire, quand on a demandé aux gens pour qui allez-vous voter.
16:09Or, les sondages sur des thématiques électorales,
16:12la délinquance, les retraites, la sécurité sociale, que sais-je,
16:15entrent dans le cadre du débat électoral.
16:16Et donc, moi, mon point est que cette commission pourrait avoir un rôle plus ample
16:20et se saisir, justement, de plus de sondages pour jouer son rôle de régulateur.
16:26Est-ce que ces sondages et ces instituts de sondage, ces sondeurs,
16:30ont le même poids dans tous les pays où il y a certaines régions du monde
16:33qui sont plus sensibles à ces sondages ?
16:38Alors, moi, je ne suis pas un spécialiste de la comparaison internationale.
16:41Ce qu'on peut dire, c'est qu'on a des modèles très différents.
16:43Par exemple, aux États-Unis, on a à la fois des sondages
16:46qui sont beaucoup plus intriqués, à la fois aux partis politiques.
16:50Par exemple, les républicains, les démocrates ont leurs propres instituts,
16:54si on peut dire.
16:55En France, on n'a pas l'institut du PS, de la France insoumise ou des républicains.
17:00Et puis, il y a un lien beaucoup plus étroit avec les institutions universitaires.
17:04Par exemple, je crois que c'est le New York Times qui fait ces sondages
17:08en lien avec le département sondage, comme on n'a pas ça en France,
17:11mais d'une université importante.
17:14En France, on a des instituts qui sont vraiment très indépendants
17:16du milieu universitaire et qui ne sont pas directement rattachés
17:19effectivement à des partis politiques.
17:21Donc, il y a des exemples différents.
17:23Par contre, pour répondre à la question, ce qui est clair,
17:25c'est que cette question de l'opinion publique,
17:27de la quantification, de la mesure de ce que pensent les gens,
17:30elle s'est clairement développée, en tout cas dans tous les pays
17:33où on a des modèles politiques qui sont comparables.
17:36Est-ce que ces liens avec l'université permettraient de garantir
17:40une meilleure qualité des sondages ?
17:42Peut-être, en tout cas.
17:44Ce qui est sûr, c'est que les sondages, encore une fois,
17:47on parle souvent des sondages réalisés par les instituts de sondage
17:50pour des commentaires de médias,
17:51mais en fait, l'université réalise tout un tas de sondages aussi de son côté.
17:55Moi, en tant qu'universitaire, on a fait des sondages sur le mouvement,
17:59sur les retraites, il y a des sondages sur tout un tas de sujets,
18:01mais ça ne répond pas aux mêmes temporalités.
18:04C'est-à-dire que souvent, ces enquêtes,
18:05elles vont être plus importantes en termes de nombre de personnes interrogées
18:08et on va faire des analyses qui prennent beaucoup plus de temps,
18:11qui vont être dans des statistiques plus poussées.
18:13Et donc, le délai n'est pas du tout celui, par exemple, du timing médiatique.
18:17Un sondage, aujourd'hui, réalisé par un institut de sondage,
18:19il peut être fait en 24 heures, il se passe un événement aujourd'hui,
18:21demain, vous avez un sondage.
18:22Ça, ça ne correspond pas du tout au canon universitaire.
18:25Donc, il pourrait, oui, certes, y avoir plus de liens entre instituts et sondages.
18:29Il y en a d'ailleurs eu beaucoup plus par le passé.
18:31Ils se sont beaucoup délités au cours du temps
18:33et ça répondrait peut-être, effectivement, à un certain nombre de problèmes.
18:37Mais la question n'est pas tant là du côté des instituts de sondage
18:39que de leurs commanditaires, puisque les instituts de sondage
18:42vivent et fonctionnent parce qu'ils ont des gens qui leur commandent des sondages.
18:45À vous lire, on comprend quand même que les sondeurs,
18:47ils accordent beaucoup d'importance au sens de leur travail.
18:51Comment eux-mêmes définissent leur utilité sociale, démocratique ?
18:54Comment est-ce qu'ils en parlent ?
18:56Ils disent d'abord qu'ils ont un rôle, ce que je disais tout à l'heure,
18:59ce discours très présent, important dans la démocratie.
19:02Je prends un exemple qui revient souvent dans les verbatimes des sondeurs,
19:06dans ce qu'ils me racontent.
19:07C'est qu'ils disent, sans nous, les gens n'auraient pas d'idée réelle des rapports de force.
19:12Par exemple, ils verraient, pour la campagne présidentielle,
19:15ils verraient Emmanuel Macron en couverture de tous les médias,
19:18ce qui est le cas.
19:19On sait qu'il a une couverture plus importante,
19:20qu'il a eu une couverture plus importante.
19:22On aurait l'impression qu'il fait 80% si on n'était pas là pour objectiver,
19:26il y a souvent ce terme qui revient, pour objectiver les rapports de force.
19:29Et ça, c'est un argument qui est difficile à contester.
19:32Il y a d'abord ça.
19:33Et puis, souvent, ils s'appuient sur le fait qu'ils vont donner des outils aussi
19:37aux décideurs et aux politiques publiques pour mieux faire leur travail,
19:42pour mieux prendre en compte l'avis des gens.
19:43J'avais un sondeur qui, en entretien, me disait,
19:46mais par exemple, si Arte nous commande un sondage
19:47et qu'il nous dit 80% des gens aiment bien Arte dans la société,
19:52ça va donner des arguments à Arte quand il ira négocier ses budgets
19:55face à des gens en face qui leur diront peut-être,
19:58oui, mais regardez, vous avez très peu de parts d'audience,
19:59ils pourront réagir en disant, on a très peu de parts d'audience,
20:02mais par contre, les gens nous aiment beaucoup.
20:03Donc, faites attention si vous nous sucrez nos subventions.
20:06Il y a cette dimension-là.
20:06Après, quand on regarde le travail, l'intérêt qu'ils portent à leur travail,
20:10souvent, c'est par exemple le fait de travailler sur plein de sujets différents.
20:14Ça peut être un peu la même chose qu'on peut retrouver chez des journalistes
20:16qui peuvent dire, moi, j'aime bien passer d'un sujet sur
20:19que pensent les Français des retraites à la gestion des déchets, etc.
20:24Cette faculté à travailler sur plein de sujets différents d'opinion
20:28est quelque chose qu'ils mettent en avant comme quelque chose de positif dans leur travail.
20:31Et évidemment, quand un de leurs sondages sur lequel ils ont travaillé des heures,
20:34ils se sont cassés la tête sur les chiffres, les relectures, etc.,
20:37est utilisé dans le débat public,
20:38et considèrent qu'ils ont là, effectivement, abondé à ce débat public,
20:42qu'ils y ont contribué.
20:43Et est-ce qu'il n'y a pas des formes de spécialisation selon les instituts
20:47qui ont quelques sujets de prédilection, par exemple ?
20:49Ça va être assez transversal.
20:51Ce qui va se jouer, c'est plutôt au sein des instituts.
20:53C'est-à-dire qu'il va y avoir...
20:54Alors, moi, déjà, je le dis, j'ai étudié que les départements opinion,
20:57mais peut-être qu'il faut le rappeler,
20:59ce département opinion, il ne représente pas grand chose
21:01en termes de chiffre d'affaires des entreprises.
21:03C'est vraiment 5 à 10, 15 % maximum du chiffre d'affaires.
21:06Le gros, gros du chiffre d'affaires, il est fait par les autres départements,
21:10donc marketing, sur tout un tas de secteurs d'activité
21:13qui vont commander des sondages qui ne seront jamais diffusés ou publiés
21:16et qui servent à élaborer les stratégies commerciales.
21:19Même au sein de ces départements opinion,
21:20il va y avoir des spécialisations.
21:22Les sondeurs qui vont travailler vraiment sur les sujets politiques,
21:25politiciens, donc au sens vraiment les intentions de vote,
21:28les baromètres des personnalités politiques.
21:29Il y en a qui vont travailler sur des sujets, disons plus société, au sens large.
21:34Et vous avez aussi des gens qui vont travailler ce qu'on appelle les pôles corporate.
21:39Le pôle corporate, c'est qu'ils vont faire beaucoup d'enquêtes de climat social.
21:42Donc par exemple, c'est des grosses entreprises qui commandent des sondages
21:44pour savoir comment les gens jugent leur qualité de vie au travail,
21:48comment ils ont des bons rapports avec les syndicats, la direction, leur management, etc.
21:52Donc si vous voulez, il y a des spécialisations en interne des instituts.
21:55Tout le monde ne travaille pas sur totalement tous les sujets.
21:57On parlait de sensibilisation, cette question de l'échantillon,
22:01je pense que pour n'importe qui, il n'y a pas accès à la critique de ces échantillons.
22:06Est-ce que là, il y a quelque chose à faire de notre côté ?
22:08Est-ce qu'on peut totalement faire confiance aux instituts de sondage concernant les échantillons ?
22:12Ce qui est intéressant, c'est qu'il faut là aussi rentrer dans le modèle économique
22:15et qu'en fait, le monde des instituts de sondage,
22:18c'est aussi un monde de chaînes de sous-traitance.
22:21Et que la plupart du temps, les entreprises de sondage,
22:24les instituts de sondage ne possèdent pas leur propre panel.
22:27C'est-à-dire, les panels, c'est les fichiers de gens qu'on interroge
22:30et à qui on pose des questions.
22:32Et donc, vous avez des sociétés qui se sont spécialisées là-dedans.
22:35Vous avez, par exemple, la plus connue qui s'appelle Bill & D,
22:39dont le travail est uniquement de constituer des fichiers de gens.
22:42Et donc, si vous commandez un sondage à l'IFOP, à Odoxa, que sais-je,
22:46il va passer par une de ces entreprises pour administrer ces questionnaires.
22:50Et donc là, il y a un enjeu presque encore moins connu
22:53de la manière dont ces entreprises-là gèrent, entretiennent, renouvellent leurs panels.
22:59Ce qu'on sait des enquêtes universitaires, c'est que les gens
23:02qui sont interrogés en ligne sur ces panels,
23:04ils vont être globalement représentatifs de la population française
23:07en termes d'âge, de sexe, etc.
23:10Mais qui ne vont pas être représentatifs sur un certain nombre de comportements politiques.
23:14Par exemple, ça va être des gens qui vont être plus alertes,
23:18plus en lien avec les médias, qui vont plus suivre l'actualité,
23:21qui vont être plus politisés que la moyenne.
23:23Donc là, on voit bien qu'il y a une sorte de biais,
23:25puisqu'on va interroger des gens sur des questions politiques,
23:27alors qu'ils sont plus politisés, disons, que la moyenne des Français.
23:30On sait aussi que ces gens, ils sont globalement un peu plus conservateurs.
23:34C'est-à-dire que si on pose des questions d'attitude, d'opinion politique,
23:38les gens qui sont interrogés en ligne, par rapport aux gens qui sont interrogés
23:42par téléphone ou en face-à-face, ils vont être un peu plus conservateurs,
23:45un peu plus racistes en moyenne.
23:46Donc il y a aussi des sortes de biais intrinsèques à ces panels
23:49qu'il faut avoir en tête, qu'il faut prendre en compte quand on analyse ces sondages.
23:53J'imagine qu'il y a aussi une dimension d'accès au numérique,
23:55puisque certains sondages sont en ligne.
23:57Oui, bien sûr.
23:58Ça, c'est un vrai sujet sur des populations spécifiques.
24:01Si vous voulez faire un sondage, par exemple, sur ce qu'on appelle les seniors,
24:04c'est-à-dire les populations les plus âgées,
24:06et que vous le faites en ligne,
24:08vous aurez des seniors qui ne correspondent pas à l'image des seniors,
24:11vous aurez les plus connectés, etc.
24:12Souvent, c'est d'ailleurs un problème, c'est que quand on dit la catégorie 65 ans et plus,
24:17si on ne regarde pas dans le détail, vous n'avez que des gens qui ont 65 ans et demi,
24:20pour caricaturer.
24:21Les personnes de 70, 80, 90 ans,
24:23elles sont très peu connectées et encore moins présentes sur ces panels.
24:26Donc là, il y a tout un tas d'enjeux auxquels il faut faire attention.
24:30Et pour revenir à la question du comparaison avec les universitaires,
24:33comme nous, on a davantage de temps,
24:34on a davantage peut-être de soucis sur ces questions-là,
24:37on va pouvoir dire, d'accord, là, on n'a pas assez de personnes âgées,
24:41on va étendre le terrain sur 3, 4, 5 jours de plus
24:44pour avoir correctement ces quotas, on appelle ça des quotas,
24:47qu'ils soient bien remplis.
24:48Mais ça, c'est impossible à faire dans le cadre d'un commanditaire,
24:52d'un média qui veut son sondage pour le lendemain,
24:54pour le publier pendant son JT, par exemple.
24:56On va revenir sur un sondage,
24:58un des sondages les plus scrutés par les Français,
25:00qui est celui des personnalités préférées de l'année.
25:03L'édition de cette année, là aussi, elle a suscité beaucoup de débats
25:07et là aussi, vous avez beaucoup été sollicité sur le sujet.
25:10Est-ce qu'on peut revenir sur le sondage de cette année
25:13pour les personnalités de l'année ?
25:14Oui, effectivement.
25:15Alors, c'était un sondage qui est commandé par le JDD,
25:17le journal du dimanche,
25:18qui est maintenant propriété de Vincent Bolloré
25:20et qui, pour la première fois, a changé d'institut prestataire.
25:24Il travaillait initialement avec l'IFOP
25:26et maintenant, il travaille avec l'institut CSA,
25:29qui est un institut qui appartient à AVAZ,
25:31AVAZ appartenant lui-même à Bolloré.
25:33Et donc, il y a une sorte de volonté de l'environnement Bolloré
25:37d'intégrer ces différentes entreprises.
25:39Et ce qui est ressorti de ce sondage,
25:41c'est qu'il y avait tout un tas de personnalités d'extrême droite,
25:45Marine Le Pen, Jordan Bardella, Philippe De Villiers,
25:48Marion Maréchal Le Pen,
25:49qui étaient très hauts dans les personnalités préférées des Français.
25:52Et donc, pendant plusieurs jours,
25:54on a eu des titres comme ça,
25:55commentés par les médias de Vincent Bolloré,
25:59en disant le RN, partie préférée des Français,
26:03personnalité préférée des Français, etc.
26:05Là où il a vraiment besoin d'un recul critique,
26:07c'est d'essayer, par exemple, de comprendre comment est fait ce sondage.
26:09Et la liste des personnalités préférées,
26:12elle n'est pas sur la base de déclaratifs.
26:14Les gens ne disent pas, moi, je préfère telle et telle personne.
26:16Mais les gens qui ont été sondés
26:18ont dû se positionner sur une liste préétablie,
26:20c'est-à-dire une liste de gens qu'on leur a suggérées.
26:23Et cette liste était décidée par le commanditaire du sondage
26:26en lien avec l'Institut.
26:27Et ce qui est intéressant, pour répondre très rapidement, par exemple,
26:29c'est qu'il y avait des personnalités,
26:31des sportifs, des acteurs et actrices,
26:35mais aussi des personnalités politiques.
26:36Il y en avait 24 dans ce sondage.
26:38Et sur les 24 personnalités politiques
26:40qui étaient proposées au sondé,
26:43il y en avait 4 qui étaient de gauche.
26:45Donc on voit un peu le biais,
26:46c'est-à-dire dans les gens qu'on propose même,
26:49il n'y a pas des gens qui sont proposés de manière neutre,
26:52mais il y a un clair biais
26:53envers l'axe plutôt de droite,
26:55voire d'extrême droite du champ politique.
26:57Pour conclure, 3 ouvrages, Hugo,
26:58que vous nous conseillez pour poursuivre la réflexion ?
27:01Oui, le premier ouvrage auquel j'ai pensé,
27:03c'est un ouvrage de Baptiste Cotras,
27:05qui est un sociologue et qui s'appelle La Voix du Web.
27:07Et en fait, lui, il s'est intéressé à des entreprises
27:09qui émergent autour des années 2010
27:11et qui proposent de faire non plus comme les sondages,
27:14de poser des questions aux gens,
27:16mais de mesurer, quantifier l'opinion
27:17à partir de ce que les gens ont dit en ligne,
27:19les commentaires, les blogs,
27:22les réseaux sociaux, etc.
27:23Un deuxième ouvrage qui s'appelle La sexualité qui vient,
27:27qui est un ouvrage coordonné par Marie Bergström.
27:29Je trouve que c'est intéressant parce que c'est le traitement
27:31d'une grosse enquête quantitative,
27:33donc d'un sondage.
27:34Et donc, ça permet de voir ce qu'on peut faire
27:36dans l'université avec des sondages.
27:40Et puis, le dernier livre, peut-être,
27:41qui est sorti l'année dernière,
27:43c'est un livre de Vincent Tibéry,
27:44qui s'appelle Le mythe de la droitisation française,
27:46et qui s'oppose à cette idée
27:48que la France serait aujourd'hui intégralement d'extrême droite
27:51ou l'extrême droite aurait gagné la bataille idéologique.
27:54Et lui, il montre que sur le temps très long,
27:56il y a plutôt une victoire de la tolérance
27:58à l'endroit des minorités, des LGBT,
28:01des questions d'environnement, etc.
28:03Et comment il fait ça ?
28:04Il utilise des sondages sur le temps long.
28:06Donc, c'est, à mon avis, encore une bonne idée
28:09pour voir ce qu'on peut faire avec des sondages
28:11quand on ne les traite pas dans l'immédiateté
28:13du traitement médiatique.
28:14Hugo, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
28:17Donc, Produire l'opinion en quête sur le travail des sondeurs,
28:20c'est publié aux éditions de l'EHESS.
28:23Quant à moi, je vous dis à très bientôt
28:25pour un nouvel épisode de Période d'essai.
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