00:00Notre grand entretien aujourd'hui, c'est avec Guillaume Texier. Bonjour, vous êtes directeur général de Rexel, distributeur de produits
00:06et de services pour l'énergie.
00:07Vous avez publié vos résultats et ce qu'on voit, c'est un peu comme dans les résultats de Legrand
00:11qu'on a reçu la semaine dernière,
00:13c'est que vous êtes porté par le développement des data centers avec l'essor de l'intelligence artificielle et
00:18notamment en Amérique du Nord,
00:20les Etats-Unis, le Canada, l'ensemble de l'Amérique du Nord, ça représente 46% de vos ventes.
00:25On est en pleine actualité, droits de douane. Est-ce que la décision de la Cour suprême de vendredi d
00:31'annuler les droits de douane réciproques, ça a un impact sur votre business à vous ?
00:35D'abord, la décision de la Cour suprême d'annuler les droits de douane, c'est une bonne nouvelle pour
00:39la démocratie aux Etats-Unis.
00:40Je crois qu'on se posait parfois la question de savoir s'il y avait des contre-pouvoirs. Il y
00:43en a, il fonctionne.
00:45Alors pour Rexel, aux Etats-Unis, effectivement, c'est notre premier pays au monde, mais aux Etats-Unis, on vend
00:50des produits qui sont en général produits aux Etats-Unis
00:53ou dans la plaque continentale nord-américaine. Ce qui veut dire que des droits de douane, on n'en paye
00:57pas.
00:58Il n'y a pas d'importation de matériel électrique d'un continent à l'autre.
01:01Cela étant ce par quoi ça s'est traduit l'année dernière, c'est par un peu plus d'inflation
01:05dans les produits qu'on vend.
01:06Et ces prix, on les a passés aux consommateurs. Donc ce qu'on voit bien, c'est que c'est
01:09de l'inflation supplémentaire pour l'économie américaine.
01:12La bonne nouvelle, c'est que cette inflation supplémentaire, elle ne s'est pas traduite pour le moment par des
01:17baisses de demandes.
01:18L'activité aux Etats-Unis, elle reste très soutenue.
01:20Malgré cette croissance qu'on a eue vendredi, croissance américaine au T4, 1,8, décevante, vous, vous ne voyez pas
01:26ça ?
01:26Pour vous, ça reste soutenu, l'activité américaine ?
01:28Alors oui, l'activité reste solide aux Etats-Unis et notamment ce qu'on voit depuis quelques mois,
01:33c'est un redémarrage de l'activité d'investissement industriel.
01:36C'est peut-être un petit peu lié aux droits de douane et au fait que beaucoup d'entreprises se
01:40disent
01:40qu'il vaut mieux produire aux Etats-Unis compte tenu de l'incertitude sur les droits de douane.
01:44Et puis nous, la deuxième partie qui nous a beaucoup tiré au cours de l'année dernière,
01:48c'est notre exposition aux data centers aux Etats-Unis, évidemment,
01:52qui représente près de la moitié, plus de la moitié de notre croissance sur l'Amérique du Nord.
01:56Développement des data centers grâce à l'intelligence artificielle.
02:01Certains racontent qu'aux Etats-Unis, il y a aussi quand même une difficulté face au fait de les brancher,
02:07au fait de les approvisionner énergétiquement avec des conflits qui peuvent avoir lieu
02:11entre des data centers et la population quand il y a des pics de consommation.
02:14Des data centers qui sont en attente de pouvoir être raccordés.
02:18C'est quoi votre vision du développement du marché du data center ?
02:22Ce qu'on voit d'abord, c'est qu'il y a un flux de projets et un réservoir de
02:26projets
02:27qui est immense dans le domaine des data centers.
02:29Alors évidemment, quand un segment de l'économie croît à plus de 50% chaque année,
02:34ça ne se fait pas sans des frictions ici ou là sur la fourniture de produits,
02:38sur les matières premières, sur les raccordements électriques.
02:41Évidemment, ce sont d'énormes consommateurs d'électricité.
02:44Et donc tout ça doit se gérer.
02:45Mais c'est des frictions, c'est des frictions plus qu'autre chose.
02:48C'est l'offre à la demande, quoi.
02:49C'est à un moment donné, ça va un peu trop vite.
02:51À un moment donné, tout ça va s'adapter.
02:52Et pour ce qui concerne les conflits d'usage sur l'électricité,
02:55ce qu'on voit bien, c'est qu'il va falloir très vite aussi générer davantage d'électricité.
03:00Et puis, il va falloir trouver des technologies.
03:03Et là-dessus, on voit des progrès chaque trimestre.
03:05Il va falloir trouver des technologies qui sont plus économes en électricité, en refroidissement, etc.
03:10Et ça, ça va dans le bon sens.
03:11On est au tout début de l'histoire dans le domaine des data centers.
03:14Mais si on vous écoute, on a vraiment l'impression que les États-Unis sont de plus en plus attractifs.
03:19Pour ceux qui, peut-être, se posaient la question, vous parliez sur le plan démocratique, sur le plan du business.
03:25Et c'est vraiment particulièrement positif.
03:28Non, alors, l'année dernière, c'est vrai que nous, on a deux jambes.
03:31On a une jambe États-Unis et une jambe Europe de l'Ouest.
03:33C'est vrai que l'année dernière, le contraste a été frappant entre une jambe Amérique du Nord,
03:38qui était tirée par les data centers et avec une économie solide, finalement,
03:41et une jambe Europe de l'Ouest, dans laquelle les cycles de la construction sont plutôt bas de cycle,
03:46même si on voit un petit peu de redémarrage.
03:48Et donc, le contraste a été frappant.
03:50Mais cela étant, ce qu'on voit justement en Europe, c'est un léger redémarrage de l'économie.
03:55Et donc, les choses, à mon avis, au cours des années qui viennent, vont se rééquilibrer un petit peu.
03:58Mais vous n'êtes pas tiré en Europe par l'activité data center,
04:01avec les annonces qu'on a eues, nous, en France, qui nous sommes censés être un hub géographique,
04:05et on pourrait tirer notre épingle du jeu sur ce secteur.
04:08Vous n'avez pas la même dynamique ?
04:10Alors, pour l'instant, je crois qu'il y a quelques années de retard, par ailleurs,
04:13parce que toutes les grandes entreprises d'intelligence artificielle se sont créées aux États-Unis.
04:18Et ce qui fait que l'activité de construction de data center,
04:20elle est quand même beaucoup plus forte aux États-Unis.
04:22Mais c'est vrai qu'on voit davantage d'annonces en Europe et que ce mouvement commence à se créer.
04:27C'est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai le sentiment que les choses pourraient se rééquilibrer dans les
04:30années qui viennent.
04:31Et sur la construction, vous dites qu'on a atteint le point bas ?
04:33Sur la construction, on a le sentiment qu'on a atteint le point bas, oui.
04:36Quand on regarde les mises en chantier, quand on regarde les transactions immobilières,
04:40on voit des très légères progressions.
04:42Alors, ces progressions, elles ne sont pas rapides.
04:44Ce n'est pas un rebond de l'économie de la construction qu'on voit,
04:47parce que ce qui manque, c'est encore la confiance du consommateur qui n'est pas au rendez-vous.
04:51Mais pour le reste, les taux d'intérêt ont un petit peu baissé.
04:54Et on voit une activité qui, doucement, commence à repartir dans plusieurs pays d'Europe, oui.
04:59Sur la Chine, ça n'est pas vraiment reparti ?
05:01Non, sur la Chine, on a une activité qui est très liée à l'industrie en Chine
05:05et à l'investissement industriel en Chine.
05:07Et sur la Chine, ce qu'on voit, c'est que le pays est en train de pivoter
05:11d'une économie tournée vers l'export et pas mal tirée par la construction intérieure,
05:15vers une économie qui doit davantage être tirée par la demande intérieure.
05:20Et ça, c'est un pivot qui prend du temps.
05:22Et aujourd'hui, on est encore en plein travaux de ce point de vue-là.
05:26Et donc, la demande n'est pas très forte.
05:28Cela étant, on a quand même tiré notre épingle du jeu.
05:30Pas de frémissement de la demande intérieure, malgré les injections de liquidités de la part du gouvernement,
05:34malgré les tentatives de plans de relance ?
05:36Pour l'instant, ce qu'on voit surtout, c'est qu'on ne voit pas énormément de frémissement
05:39de l'investissement industriel en interne.
05:42C'est vrai qu'il y avait eu de la surcapacité qui s'était créée.
05:44La demande intérieure n'a pas rebondi comme on le souhaitait.
05:48Et donc, à la fin, l'investissement reste un petit peu en berne.
05:51Cela étant, c'est un pays extrêmement prometteur.
05:53Vous sortez tout de même d'un programme de réorganisation et de réduction des coûts.
05:57Vous vous êtes mis à la numérisation des ventes.
06:00Cela change beaucoup de choses dans votre organisation.
06:03Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?
06:04Vous avez fait un inventaire et maintenant, vous avez un catalogue sur Internet.
06:07Expliquez-nous ce que cela veut dire.
06:08Alors, d'abord, Rexel a commencé sa marche vers le digital il y a une dizaine d'années.
06:13Aujourd'hui, on est à quasiment un tiers de nos ventes,
06:15qui sont plus d'un tiers de nos ventes, qui passent par des canaux digitaux,
06:18que ce soit des canaux web, des canaux automatiques avec les grands clients.
06:22Et on a enrichi cela avec un certain nombre de technologies basées sur l'intelligence artificielle.
06:26Donc, dans notre domaine, on est très en avance dans ce domaine-là.
06:29Et ce que cela nous permet de faire, c'est d'apporter d'abord un côté pratique à nos clients,
06:34qui peuvent gagner du temps.
06:35Et puis aussi, d'apporter un côté efficacité en interne,
06:38à la fois par la croissance du digital et par la croissance de l'intelligence artificielle.
06:43Certains de nos pays, aujourd'hui, je parle d'un tiers de nos ventes qui passent par des canaux digitaux,
06:48certains de nos pays sont à plus de 80% qui passent par des canaux digitaux, oui.
06:52Et quand vous dites utilisation de l'IA, c'est-à-dire concrètement, ça fait quoi ?
06:56Ça vous oriente en tant que client ? Ça optimise ce que vous achetez ?
06:59Alors, il y a plein d'usages.
07:00Mais nous, on a à peu près la moitié de nos salariés, 12 000 personnes,
07:04qui sont finalement au téléphone avec nos clients pour leur donner des conseils d'expertise,
07:09pour répondre à des appels d'offres.
07:10Et tout ce genre de choses peut être accéléré par l'intelligence artificielle.
07:14Et donc, c'est ce qu'on est dans le process de faire, en réalité,
07:18d'accélérer notre temps de réponse à nos clients,
07:20de rendre nos employés plus efficaces,
07:23de telle sorte qu'ils puissent se focaliser sur les opportunités de croissance
07:26qui sont très nombreuses dans notre domaine de l'électricité.
07:28Alors, justement, pour l'opportunité de croissance,
07:30vous avez fait des acquisitions, notamment aux États-Unis,
07:33mais vous êtes aussi, vous, la cible de certains acquéreurs.
07:37Il y avait des rumeurs autour d'un Américain qui se serait intéressé à vous,
07:41d'un luxembourgeois.
07:42Vous recevez régulièrement des marques d'intérêt ?
07:45Alors, d'abord, il y a deux choses.
07:46Il y a un Américain qui s'est intéressé à nous il y a deux ans,
07:49mais à un prix qui ne convenait pas.
07:50Et puis, l'année dernière, effectivement, en fin d'année,
07:52on a démenti des rumeurs.
07:53Ces rumeurs n'avaient rien de fondé.
07:55Bon, ce que ça veut dire, malgré tout,
07:58c'est que Rexel est une entreprise intéressante.
08:01Et ça, c'est le côté positif des choses.
08:02On est sur un marché qui est en forte accélération,
08:05le marché de l'électrification.
08:06On s'est transformé au cours des dix dernières années
08:09et aujourd'hui, notre rentabilité a considérablement augmenté.
08:12Et moi, ce que je vois comme signe,
08:13c'est que finalement, il y a des gens qui pensent
08:15dans les marchés financiers qu'il y a encore du potentiel.
08:17Et je dois dire, c'est vrai, notre transformation,
08:20elle en est encore à ses débuts.
08:21Il y a encore beaucoup de potentiel.
08:22Mais est-ce que vous êtes considéré comme une entreprise stratégique ?
08:24On a vu qu'avec Legrand, quand il commence à y avoir des rumeurs
08:28autour d'un rachat potentiel,
08:30ça commence à grincer des dents à Bercy.
08:32Est-ce que vous êtes dans la même catégorie ?
08:33Alors écoutez, pour l'instant, la question ne s'est pas posée.
08:35C'est un débat politique plus qu'économique.
08:37Ça peut bloquer les opérations.
08:38Moi, je sépare un petit peu les deux choses.
08:40Le débat économique, et c'est mon travail,
08:42c'est de se focaliser sur les belles opportunités de croissance
08:45et de transformer l'entreprise.
08:46Et puis le débat politique, c'est est-ce qu'on est stratégique ou pas ?
08:49Et on s'adaptera à la décision politique
08:51qui sera prise dans ce domaine.
08:52Merci beaucoup d'être venu ce matin.
08:54Guy Sontexier pour nous parler de Rexel.
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