00:00 [Musique]
00:11 La guerre en Ukraine constitue un choc certain.
00:14 Les plus optimistes évoquent un réveil avec ce retour de la guerre en Europe,
00:19 initiée par une Russie qui est d'autant plus menaçante qu'elle est dotée de l'arme nucléaire.
00:25 L'As, au-delà de ses enjeux militaires, la faiblesse des Européens à se défendre,
00:31 traduisent aussi leur renoncement de longue date à se doter d'une vision stratégique propre
00:36 à assurer la défense du territoire, de la population et des intérêts,
00:41 mais aussi la prospérité de cette économie européenne, la compétitivité de son industrie
00:47 et in fine sa souveraineté et son avenir.
00:51 Tout commence en réalité au début des années 90.
00:55 La fin de la guerre froide coïncide avec un déclin de l'Europe,
00:59 qui est alors première économie au monde, qui est aujourd'hui troisième,
01:03 malgré des élargissements successifs.
01:06 Les dividendes de la paix auraient-ils entraîné, en même temps que la baisse massive des budgets de défense,
01:11 le déclin de cette économie européenne ?
01:14 La question est légitime, mais la réponse est plus compliquée qu'il n'y paraît.
01:19 Comparer n'est pas raison, mais si on observe les États-Unis,
01:23 ils nous donnent une belle leçon de politique industrielle et d'innovation.
01:27 Au moment même, en effet, de la fin de la guerre froide,
01:31 des ingénieurs ultra qualifiés, débauchés de ces entreprises de défense américaines,
01:36 y sont fortement incités, via des aides publiques ou un marché financier dynamique
01:42 et prêt à prendre des risques, les fameux « business angels » dont on parle très souvent,
01:46 à innover dans ce que l'on appelait encore à l'époque les NTIC,
01:51 les nouvelles technologies de l'information et de la communication,
01:54 et qui allaient devenir les GAFAM, les Google, les Alphabet, les Facebook, les Amazon, Microsoft,
01:59 ainsi que tout l'écosystème d'innovation qui entoure ces entreprises.
02:03 Pendant ce temps, en Europe, les dépenses militaires diminuent,
02:06 moins 30% en moyenne entre 1990 et 2005,
02:10 non tant pour financer des écoles ou des hôpitaux, pour reprendre les arguments de l'époque,
02:15 mais pour réduire les déficits publics.
02:17 Conséquence, quand la Russie envahit l'Ukraine en février 2022,
02:22 rares sont les pays européens membres de l'OTAN à respecter l'objectif qu'ils se sont fixés en 2014,
02:29 déjà de consacrer à minima 2% de leurs produits intérieurs bruts à leur défense.
02:36 En 2022, donc plusieurs années après la fixation de cet objectif,
02:41 l'Allemagne a teigné péniblement les 1,5%,
02:45 la France s'est engagée à respecter cet objectif dès la fin de cette année 2024.
02:50 Mais derrière ces chiffres de dépenses militaires,
02:53 il faut aussi voir toutes les conséquences qui en découlent.
02:56 Des sous-investissements structurels dans une industrie innovante par nature,
03:01 faut-il rappeler que la supériorité stratégique,
03:04 c'est aussi la capacité à avoir toujours une génération d'avance dans ces innovations.
03:09 Un grand nombre de PME ont d'ailleurs renoncé à rester sur ce marché de la défense partout en Europe
03:15 et les Européens sont aujourd'hui incapables de produire les munitions dont tu as besoin à l'Ukraine pour se défendre,
03:22 ce qui est une conséquence directe de ces départs.
03:25 Les marchés sont encore fragmentés car essentiellement nationaux,
03:30 ce sont les États qui achètent et ils préfèrent le faire auprès de leurs entreprises ou alors importer.
03:37 Rappelons que depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine,
03:40 entre 75 et 80% des armements sont achetés hors de l'Europe par les Européens, dont 68% aux États-Unis.
03:50 Les duplications liées à cette fragmentation du marché sont extrêmement coûteuses.
03:55 Imaginez le coût de développement, puis de production de 17 types de chars différents
04:00 ou de 29 modèles de frégates, sans compter la faiblesse des économies d'échelle,
04:05 donc des capacités d'investissement, d'innovation,
04:08 mais aussi la difficile interopérabilité entre ces différents matériels,
04:13 interopérabilité qui est un enjeu stratégique majeur en cas de conflit.
04:18 Il en découle une industrie peu compétitive face à une concurrence étrangère de plus en plus vive,
04:24 américaine, mais aussi coréenne, chinoise, turque, etc.
04:28 Une dépendance aux exportations pour les entreprises européennes,
04:31 au début des années 90, les entreprises de la défense exportaient en moyenne 8% de leur production,
04:37 on est à plus de 30% aujourd'hui, paradoxe évident alors que les États européens eux sont contraints d'importer.
04:44 Bref, un constat, les Européens se sont dépouillés ces 30 dernières années
04:49 des capacités de mener une guerre de haute intensité.
04:52 Mais ils se sont aussi se faisant priver d'une industrie et de tout l'écosystème qui l'accompagne,
04:58 financement, innovation, etc.
05:01 Et qui serait si utile dans ce monde incertain, face à la guerre certes,
05:06 mais aussi face à une mondialisation toujours plus agressive.
05:10 Il faudra du temps, de la volonté politique et beaucoup d'argent pour reconstruire cette industrie
05:15 et consolider notre défense.
05:17 Côté argent, le commissaire breton a évoqué un fond doté de 100 milliards,
05:22 mais les Européens se divisent déjà sur l'origine de cet argent,
05:26 d'être national ou européen, obligation, fonds souverains.
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05:35 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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