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  • il y a 4 minutes
Michel Paulin, président de la filière logiciels et solutions numériques de confiance, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 28 janvier. Ils sont revenus sur le coup de gueule de Michel Paulin à Bercy à l'occasion des Rencontres de la souveraineté numérique, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invité ce matin c'est Michel Poulin.
00:03Bonjour, vous êtes le président de la filière logicielle et solutions numériques de confiance.
00:08Vous êtes également l'ancien patron d'OVH Cloud, de SFR.
00:11Je vais vous imposer un exercice très difficile ce matin parce que je vais vous forcer à vous réécouter.
00:16Vous avez poussé lundi un coup de gueule à Bercy à l'occasion des rencontres de la souveraineté numérique.
00:21C'était organisé par le ministère du numérique et voilà ce que vous avez dit.
00:25Je pense que ce n'est pas le rôle de l'État de concevoir des solutions.
00:30Je me permets de parler des collectivités locales, les initiatives de la NCT, similaires, avec quelque chose qui s'appelle ta suite territoriale,
00:37qui pour moi est une hérésie. On rajoute des choses en concurrence avec des acteurs qui aujourd'hui proposaient ces mêmes choses.
00:42A quoi ça sert ? Au contraire, on fragilise. Prenons la santé.
00:47Là aussi, des initiatives d'un certain nombre d'organismes publics qui aujourd'hui embauchent des CDD pour développer des solutions
00:53et vendent ces solutions sans TVA à des organismes publics ou parapublics, des cliniques, etc.
01:01C'est totalement aberrant comme mécanisme.
01:04Arrêtons aujourd'hui de croire qu'avec trois développeurs, on sera capable de développer une suite concurrente à Microsoft.
01:10Ce n'est pas comme ça que ça se passera.
01:11Vous êtes largement applaudi par un public de French Tech, donc c'est pour ça notamment qu'ils applaudissent.
01:17Qu'est-ce qu'on vous a répondu au gouvernement ?
01:20Je n'ai pas eu de réponse sur cette analyse.
01:22On est en discussion depuis maintenant quelques mois avec certaines entités de l'État pour clarifier les rôles.
01:31Je pense qu'il est indispensable de clarifier les rôles, c'est quelque chose d'important.
01:34Nous, nous considérons aujourd'hui, alors c'est le thème, c'était la souveraineté,
01:38qu'un des leviers forts de la souveraineté, c'est d'avoir une filière, en particulier du logiciel,
01:45puisque moi je représente la filière du logiciel et du cloud et de l'intelligence artificielle, qui soit puissante.
01:49Pour pouvoir le faire, tous les autres pays utilisent un moyen premier, un levier premier, c'est la commande.
01:56La commande publique et privée.
01:58La commande publique, elle, elle doit être exemplaire, ce n'est pas là où il y a les volumes.
02:01Et la commande privée, c'est là où il y a les grands volumes.
02:03Or, qu'est-ce qu'on voit, c'est qu'il y a des initiatives dans lesquelles des organismes publics,
02:08plus ou moins décentralisés d'ailleurs, puisque ce n'est pas que l'État,
02:11sont en train de se substituer aux acteurs privés pour développer eux-mêmes,
02:17sur de l'argent public quand même, donc sur nos impôts, des solutions.
02:21Et ça a deux conséquences qui sont très mauvaises.
02:23La première, c'est une conséquence d'échec avoué, avéré.
02:27Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Cour des comptes.
02:29En général, ces projets sont subscale.
02:31Et aujourd'hui, on ne s'invente pas éditeur de logiciel.
02:34C'est un vrai métier que de développer des solutions,
02:37de comprendre les besoins des clients, de maintenir ces solutions dans le temps.
02:40Donc c'est un premier sujet.
02:41Bien souvent, et on l'a vu, il y a des exemples récents
02:43dans lesquels plein de projets ont été arrêtés parce que ça a été mal géré.
02:47Et le deuxième, c'est qu'en général, ça préempte un marché.
02:50Et plutôt que de renforcer la filière en achetant ou en co-développant,
02:56comme le font les Allemands, comme le font les Taïwanais, comme le font les Carriens,
03:00et de pouvoir permettre à la filière de se développer et de croître,
03:04qui est le premier levé de la souveraineté,
03:05eh bien non, on est au contraire en train de réduire le marché adressable.
03:09Et pourquoi on fait ça ? On n'a pas confiance dans le privé ?
03:11C'est un problème de culture ?
03:12Écoutez, moi, je ne sais pas quelles sont les causes.
03:17Je pense qu'aujourd'hui, peut-être qu'il y a un problème de confiance.
03:19Il y a aussi des sujets idéologiques, parfois.
03:22On ne veut pas que le privé travaille ?
03:24Voilà, je pense qu'il y a un certain nombre de sujets.
03:27Clairement, c'est une des déficiences aujourd'hui que nous avons en France.
03:31Et c'est clair qu'aujourd'hui, c'est un des enjeux que nous pensons.
03:35Si on met, comme ce qui a été dit, et moi je salue ce qu'a annoncé la ministre du Numérique,
03:40Anne-Léon-Enf, parce que sa feuille de route, elle est remarquable.
03:45Maintenant, au-delà des déclarations, il faut mettre les actes en cohérence avec ces déclarations
03:51qui me semblent extrêmement bonnes.
03:53Et donc, aujourd'hui, c'est ça qui est important.
03:56C'est la cohérence de l'action.
03:57Et l'action, elle sera commune.
03:59Nous, nous voulons un partenariat avec l'État,
04:01un partenariat avec les collectivités locales,
04:03un partenariat avec les agences publiques de l'État,
04:06pour définir, comme le fait l'Allemagne,
04:08dans lequel on définit quels sont les besoins,
04:11on aide au développement des solutions à travers la filière française et européenne,
04:15parce que l'enjeu est européen,
04:17et on achète.
04:18Parce qu'à la fin, ce qui se passe, c'est que ça finit avec Microsoft.
04:21C'est-à-dire que, comme on n'arrive pas à développer des solutions à l'inter,
04:24ce que vous dites avec 3CDD, et puis en fait on ne sait pas faire,
04:27on finit par se tourner vers les Américains.
04:29C'est pire, parce que bien souvent, contre l'avis même,
04:33ou les doctrines que définit l'État,
04:35vous regarderez un certain nombre d'exemples récents,
04:38ce sont les solutions américaines qui ont été finalement, comment dire, choisies.
04:42Donc la commande publique va aux Américains ?
04:43En tout cas, une grande partie, c'est clair, c'est connu,
04:47je vais donner un chiffre aujourd'hui,
04:49parce que je vais donner, c'est sur l'ensemble de l'économie,
04:50c'est le rapport du CIGREF qui a été fait par le cabinet de la TRS.
04:54Aujourd'hui, les éditeurs SaaS américains
04:58et les opérateurs cloud américains
05:00possèdent 83% de parts de marché,
05:02sachant qu'il n'y en a pas beaucoup, tout ça s'est concentré dans quelques sociétés.
05:06Donc on parle de monopole de fait.
05:08Et aujourd'hui, le reste pour tout le monde, c'est 17% sur le sujet.
05:12Il faut savoir que les ordres de grandeur sont gigantesques.
05:15Aujourd'hui, c'est 300 milliards de services informatiques,
05:19de logiciels et de cloud qui sont vendus par ces acteurs,
05:22mais l'essentiel de la majorité, elle part en France.
05:25Elle part aux États-Unis, elle part de France.
05:27Ça a été estimé par le cabinet de la TRS à 286 milliards de dollars,
05:32d'euros, donc maintenant le dollar v'est 100.
05:34Et j'ai envie de dire qu'aujourd'hui, ce 83%,
05:36ils ont fait une estimation.
05:38Si aujourd'hui en France, le 83% passait à 78,
05:42vous voyez, ce n'est pas une révolution systémique,
05:44c'est-à-dire qu'on réduit l'impact pour la filière française.
05:48C'est 10% de croissance, c'est 10 000 emplois,
05:50et parce qu'il y a une évasion fiscale aujourd'hui,
05:52légale via des plateformes qu'en Irlande,
05:54c'est un milliard de taxes et de prestations sociales
05:58qui reviennent en France.
05:59On a intérêt à le faire, mais est-ce qu'on a aujourd'hui,
06:01alors je vais réveiller le octave claba à l'intérieur de vous,
06:03mais les solutions aujourd'hui européennes, françaises,
06:07pour ne pas utiliser Amazon, ne pas utiliser Microsoft,
06:10est-ce que c'est possible ?
06:12Alors, moi je vais vous répondre,
06:14ce que j'ai répondu avant-hier,
06:15alors vous n'avez pas passé ce passage-là,
06:17qu'il faut arrêter ce narratif comme quoi il n'y a pas d'alternative.
06:21La puissance de ces monopoles de fait est extrêmement forte,
06:24parce que la preuve, c'est qu'en posant cette question,
06:27il y a toujours ce doute-là.
06:28Aujourd'hui, dans à peu près tous les domaines,
06:30il existe en Europe des solutions alternatives
06:32qui sont performantes, compétitives,
06:34et le plus souvent, beaucoup moins chères.
06:37Dans tous les domaines.
06:38Je n'en veux que pour preuve.
06:40Regardez les levées de fonds aujourd'hui
06:42des sociétés françaises de software,
06:44dans le domaine de l'IA,
06:46dans le domaine, comment dire, de la data.
06:48Regardez aujourd'hui les private equity américains.
06:52Qu'est-ce qu'ils font ?
06:52Ils rachètent des sociétés françaises.
06:54Donc s'il n'y avait pas d'alternative,
06:57ils n'iraient pas racheter ces sociétés-là.
06:59Donc la preuve, tant et aujourd'hui,
07:00c'est qu'il y a eu un narratif pour dire,
07:02moi, monopole de fait, les autres n'existent pas.
07:05Et ça a été un narratif qui existe depuis 10-20 ans.
07:08Et oui, je l'ai vécu quand j'étais chez EHCAD,
07:10dans lequel, voilà, bah non, il y a les nains de jardin,
07:13et puis d'un côté, il y a les gros,
07:15qui eux, ont toutes les solutions et sont les meilleurs.
07:17Alors, non, ça c'est faux.
07:19Il faut vraiment combattre ce sujet-là.
07:21Et même si c'est le cas, dans certains cas,
07:23c'est des plus petites sociétés,
07:25donnons-leur leur chance.
07:26Testez-l'en, faisons du multi-cloud,
07:28faisons du multi-solutions.
07:30C'est aujourd'hui recommandé par tous les cabinets de conseil
07:32pour réduire les dépendances.
07:34La dépendance aujourd'hui que nous avons à ces solutions,
07:37elle est de trois facteurs.
07:38Dépendance technologique,
07:40et je ne vais pas faire du black mirror,
07:41mais maintenant, on commence à parler de...
07:43On coupe tout.
07:44Davos, ça a été un petit révélateur là-dessus.
07:46C'est une réalité.
07:47Il y a eu une personne qui lui a tout coupé ses services,
07:50un juge.
07:50Donc, ce n'est pas black mirror.
07:52Et il vit aujourd'hui comme au Moyen-Âge.
07:54Voilà, exactement.
07:55Donc, on peut se dire,
07:56un État, une société peut aujourd'hui,
07:58on peut lui couper ses services.
07:59Deux, on dépend depuis très longtemps
08:01sur les dépendances juridiques,
08:03les contrats,
08:04qui sont des contrats quand même qui vous loquent,
08:06qui font du bundle,
08:07dans lequel, en plus,
08:08on augmente les prix systématiquement tous les ans
08:10de manière massive.
08:11tout le problème de l'extraterritorialité,
08:14le CLODAC, le FISAC.
08:15Et puis, il y a une dépense économique.
08:18Aujourd'hui, quand ces acteurs
08:19qui sont en position de monopole,
08:21qui vous disent,
08:21il n'y a pas d'alternative,
08:22qu'est-ce qu'ils font ?
08:23Comme je le disais,
08:24ils augmentent les prix tous les ans
08:25et à des niveaux qui ne sont pas
08:28les augmentations aujourd'hui des entreprises.
08:30Donc, qu'est-ce qui se passe ?
08:31Eh bien, il y a des arbitrages
08:32qui se font aux dépens des autres.
08:35Et donc, oui,
08:35nous, nous défendons aujourd'hui
08:36que la filière française
08:37est de manière plus générale
08:38la filière européenne.
08:40Aujourd'hui, c'est une filière innovante.
08:42C'est une filière qui recrute.
08:43C'est une filière performante.
08:45C'est une filière qui,
08:45dans la majorité des cas,
08:47est aujourd'hui largement moins chère
08:49que ses acteurs.
08:50Faisons leur confiance par la commande.
08:53Merci beaucoup, Michel Paulin,
08:54d'être venu ce matin
08:54dans la matinale de l'économie.
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