00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invité ce matin c'est Michel Poulin.
00:03Bonjour, vous êtes le président de la filière logicielle et solutions numériques de confiance.
00:08Vous êtes également l'ancien patron d'OVH Cloud, de SFR.
00:11Je vais vous imposer un exercice très difficile ce matin parce que je vais vous forcer à vous réécouter.
00:16Vous avez poussé lundi un coup de gueule à Bercy à l'occasion des rencontres de la souveraineté numérique.
00:21C'était organisé par le ministère du numérique et voilà ce que vous avez dit.
00:25Je pense que ce n'est pas le rôle de l'État de concevoir des solutions.
00:30Je me permets de parler des collectivités locales, les initiatives de la NCT, similaires, avec quelque chose qui s'appelle ta suite territoriale,
00:37qui pour moi est une hérésie. On rajoute des choses en concurrence avec des acteurs qui aujourd'hui proposaient ces mêmes choses.
00:42A quoi ça sert ? Au contraire, on fragilise. Prenons la santé.
00:47Là aussi, des initiatives d'un certain nombre d'organismes publics qui aujourd'hui embauchent des CDD pour développer des solutions
00:53et vendent ces solutions sans TVA à des organismes publics ou parapublics, des cliniques, etc.
01:01C'est totalement aberrant comme mécanisme.
01:04Arrêtons aujourd'hui de croire qu'avec trois développeurs, on sera capable de développer une suite concurrente à Microsoft.
01:10Ce n'est pas comme ça que ça se passera.
01:11Vous êtes largement applaudi par un public de French Tech, donc c'est pour ça notamment qu'ils applaudissent.
01:17Qu'est-ce qu'on vous a répondu au gouvernement ?
01:20Je n'ai pas eu de réponse sur cette analyse.
01:22On est en discussion depuis maintenant quelques mois avec certaines entités de l'État pour clarifier les rôles.
01:31Je pense qu'il est indispensable de clarifier les rôles, c'est quelque chose d'important.
01:34Nous, nous considérons aujourd'hui, alors c'est le thème, c'était la souveraineté,
01:38qu'un des leviers forts de la souveraineté, c'est d'avoir une filière, en particulier du logiciel,
01:45puisque moi je représente la filière du logiciel et du cloud et de l'intelligence artificielle, qui soit puissante.
01:49Pour pouvoir le faire, tous les autres pays utilisent un moyen premier, un levier premier, c'est la commande.
01:56La commande publique et privée.
01:58La commande publique, elle, elle doit être exemplaire, ce n'est pas là où il y a les volumes.
02:01Et la commande privée, c'est là où il y a les grands volumes.
02:03Or, qu'est-ce qu'on voit, c'est qu'il y a des initiatives dans lesquelles des organismes publics,
02:08plus ou moins décentralisés d'ailleurs, puisque ce n'est pas que l'État,
02:11sont en train de se substituer aux acteurs privés pour développer eux-mêmes,
02:17sur de l'argent public quand même, donc sur nos impôts, des solutions.
02:21Et ça a deux conséquences qui sont très mauvaises.
02:23La première, c'est une conséquence d'échec avoué, avéré.
02:27Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Cour des comptes.
02:29En général, ces projets sont subscale.
02:31Et aujourd'hui, on ne s'invente pas éditeur de logiciel.
02:34C'est un vrai métier que de développer des solutions,
02:37de comprendre les besoins des clients, de maintenir ces solutions dans le temps.
02:40Donc c'est un premier sujet.
02:41Bien souvent, et on l'a vu, il y a des exemples récents
02:43dans lesquels plein de projets ont été arrêtés parce que ça a été mal géré.
02:47Et le deuxième, c'est qu'en général, ça préempte un marché.
02:50Et plutôt que de renforcer la filière en achetant ou en co-développant,
02:56comme le font les Allemands, comme le font les Taïwanais, comme le font les Carriens,
03:00et de pouvoir permettre à la filière de se développer et de croître,
03:04qui est le premier levé de la souveraineté,
03:05eh bien non, on est au contraire en train de réduire le marché adressable.
03:09Et pourquoi on fait ça ? On n'a pas confiance dans le privé ?
03:11C'est un problème de culture ?
03:12Écoutez, moi, je ne sais pas quelles sont les causes.
03:17Je pense qu'aujourd'hui, peut-être qu'il y a un problème de confiance.
03:19Il y a aussi des sujets idéologiques, parfois.
03:22On ne veut pas que le privé travaille ?
03:24Voilà, je pense qu'il y a un certain nombre de sujets.
03:27Clairement, c'est une des déficiences aujourd'hui que nous avons en France.
03:31Et c'est clair qu'aujourd'hui, c'est un des enjeux que nous pensons.
03:35Si on met, comme ce qui a été dit, et moi je salue ce qu'a annoncé la ministre du Numérique,
03:40Anne-Léon-Enf, parce que sa feuille de route, elle est remarquable.
03:45Maintenant, au-delà des déclarations, il faut mettre les actes en cohérence avec ces déclarations
03:51qui me semblent extrêmement bonnes.
03:53Et donc, aujourd'hui, c'est ça qui est important.
03:56C'est la cohérence de l'action.
03:57Et l'action, elle sera commune.
03:59Nous, nous voulons un partenariat avec l'État,
04:01un partenariat avec les collectivités locales,
04:03un partenariat avec les agences publiques de l'État,
04:06pour définir, comme le fait l'Allemagne,
04:08dans lequel on définit quels sont les besoins,
04:11on aide au développement des solutions à travers la filière française et européenne,
04:15parce que l'enjeu est européen,
04:17et on achète.
04:18Parce qu'à la fin, ce qui se passe, c'est que ça finit avec Microsoft.
04:21C'est-à-dire que, comme on n'arrive pas à développer des solutions à l'inter,
04:24ce que vous dites avec 3CDD, et puis en fait on ne sait pas faire,
04:27on finit par se tourner vers les Américains.
04:29C'est pire, parce que bien souvent, contre l'avis même,
04:33ou les doctrines que définit l'État,
04:35vous regarderez un certain nombre d'exemples récents,
04:38ce sont les solutions américaines qui ont été finalement, comment dire, choisies.
04:42Donc la commande publique va aux Américains ?
04:43En tout cas, une grande partie, c'est clair, c'est connu,
04:47je vais donner un chiffre aujourd'hui,
04:49parce que je vais donner, c'est sur l'ensemble de l'économie,
04:50c'est le rapport du CIGREF qui a été fait par le cabinet de la TRS.
04:54Aujourd'hui, les éditeurs SaaS américains
04:58et les opérateurs cloud américains
05:00possèdent 83% de parts de marché,
05:02sachant qu'il n'y en a pas beaucoup, tout ça s'est concentré dans quelques sociétés.
05:06Donc on parle de monopole de fait.
05:08Et aujourd'hui, le reste pour tout le monde, c'est 17% sur le sujet.
05:12Il faut savoir que les ordres de grandeur sont gigantesques.
05:15Aujourd'hui, c'est 300 milliards de services informatiques,
05:19de logiciels et de cloud qui sont vendus par ces acteurs,
05:22mais l'essentiel de la majorité, elle part en France.
05:25Elle part aux États-Unis, elle part de France.
05:27Ça a été estimé par le cabinet de la TRS à 286 milliards de dollars,
05:32d'euros, donc maintenant le dollar v'est 100.
05:34Et j'ai envie de dire qu'aujourd'hui, ce 83%,
05:36ils ont fait une estimation.
05:38Si aujourd'hui en France, le 83% passait à 78,
05:42vous voyez, ce n'est pas une révolution systémique,
05:44c'est-à-dire qu'on réduit l'impact pour la filière française.
05:48C'est 10% de croissance, c'est 10 000 emplois,
05:50et parce qu'il y a une évasion fiscale aujourd'hui,
05:52légale via des plateformes qu'en Irlande,
05:54c'est un milliard de taxes et de prestations sociales
05:58qui reviennent en France.
05:59On a intérêt à le faire, mais est-ce qu'on a aujourd'hui,
06:01alors je vais réveiller le octave claba à l'intérieur de vous,
06:03mais les solutions aujourd'hui européennes, françaises,
06:07pour ne pas utiliser Amazon, ne pas utiliser Microsoft,
06:10est-ce que c'est possible ?
06:12Alors, moi je vais vous répondre,
06:14ce que j'ai répondu avant-hier,
06:15alors vous n'avez pas passé ce passage-là,
06:17qu'il faut arrêter ce narratif comme quoi il n'y a pas d'alternative.
06:21La puissance de ces monopoles de fait est extrêmement forte,
06:24parce que la preuve, c'est qu'en posant cette question,
06:27il y a toujours ce doute-là.
06:28Aujourd'hui, dans à peu près tous les domaines,
06:30il existe en Europe des solutions alternatives
06:32qui sont performantes, compétitives,
06:34et le plus souvent, beaucoup moins chères.
06:37Dans tous les domaines.
06:38Je n'en veux que pour preuve.
06:40Regardez les levées de fonds aujourd'hui
06:42des sociétés françaises de software,
06:44dans le domaine de l'IA,
06:46dans le domaine, comment dire, de la data.
06:48Regardez aujourd'hui les private equity américains.
06:52Qu'est-ce qu'ils font ?
06:52Ils rachètent des sociétés françaises.
06:54Donc s'il n'y avait pas d'alternative,
06:57ils n'iraient pas racheter ces sociétés-là.
06:59Donc la preuve, tant et aujourd'hui,
07:00c'est qu'il y a eu un narratif pour dire,
07:02moi, monopole de fait, les autres n'existent pas.
07:05Et ça a été un narratif qui existe depuis 10-20 ans.
07:08Et oui, je l'ai vécu quand j'étais chez EHCAD,
07:10dans lequel, voilà, bah non, il y a les nains de jardin,
07:13et puis d'un côté, il y a les gros,
07:15qui eux, ont toutes les solutions et sont les meilleurs.
07:17Alors, non, ça c'est faux.
07:19Il faut vraiment combattre ce sujet-là.
07:21Et même si c'est le cas, dans certains cas,
07:23c'est des plus petites sociétés,
07:25donnons-leur leur chance.
07:26Testez-l'en, faisons du multi-cloud,
07:28faisons du multi-solutions.
07:30C'est aujourd'hui recommandé par tous les cabinets de conseil
07:32pour réduire les dépendances.
07:34La dépendance aujourd'hui que nous avons à ces solutions,
07:37elle est de trois facteurs.
07:38Dépendance technologique,
07:40et je ne vais pas faire du black mirror,
07:41mais maintenant, on commence à parler de...
07:43On coupe tout.
07:44Davos, ça a été un petit révélateur là-dessus.
07:46C'est une réalité.
07:47Il y a eu une personne qui lui a tout coupé ses services,
07:50un juge.
07:50Donc, ce n'est pas black mirror.
07:52Et il vit aujourd'hui comme au Moyen-Âge.
07:54Voilà, exactement.
07:55Donc, on peut se dire,
07:56un État, une société peut aujourd'hui,
07:58on peut lui couper ses services.
07:59Deux, on dépend depuis très longtemps
08:01sur les dépendances juridiques,
08:03les contrats,
08:04qui sont des contrats quand même qui vous loquent,
08:06qui font du bundle,
08:07dans lequel, en plus,
08:08on augmente les prix systématiquement tous les ans
08:10de manière massive.
08:11tout le problème de l'extraterritorialité,
08:14le CLODAC, le FISAC.
08:15Et puis, il y a une dépense économique.
08:18Aujourd'hui, quand ces acteurs
08:19qui sont en position de monopole,
08:21qui vous disent,
08:21il n'y a pas d'alternative,
08:22qu'est-ce qu'ils font ?
08:23Comme je le disais,
08:24ils augmentent les prix tous les ans
08:25et à des niveaux qui ne sont pas
08:28les augmentations aujourd'hui des entreprises.
08:30Donc, qu'est-ce qui se passe ?
08:31Eh bien, il y a des arbitrages
08:32qui se font aux dépens des autres.
08:35Et donc, oui,
08:35nous, nous défendons aujourd'hui
08:36que la filière française
08:37est de manière plus générale
08:38la filière européenne.
08:40Aujourd'hui, c'est une filière innovante.
08:42C'est une filière qui recrute.
08:43C'est une filière performante.
08:45C'est une filière qui,
08:45dans la majorité des cas,
08:47est aujourd'hui largement moins chère
08:49que ses acteurs.
08:50Faisons leur confiance par la commande.
08:53Merci beaucoup, Michel Paulin,
08:54d'être venu ce matin
08:54dans la matinale de l'économie.
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