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Lundi 26 janvier 2026, retrouvez Guillaume Gigaud (Co-fondateur et dirigeant, The Grizzly Labs) et Gabrielle Halpern (Philosophe) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.
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00:00Bonjour à tous, philo et intelligence artificielle sont à la une de Smartech aujourd'hui avec la grande interview de Gabrielle Alperne,
00:17philosophe, autrice de intelligence artificielle et l'homme créa Dieu, paru aux éditions Erman tout récemment.
00:24Mais d'abord, on va se plonger dans les coulisses d'une application à succès. Vous verrez qu'il y a un autre modèle que celui de l'économie de l'attention.
00:37Allez, on part dans les coulisses d'une application à succès avec Guillaume Gigot. Bonjour.
00:41Bonjour.
00:42Vous êtes le cofondateur et dirigeant de The Grizzly Labs qui développe des solutions de gestion de documents en particulier.
00:48L'application mobile Genius Scan qui est une application pour numériser ses papiers, ses documents de toutes sortes et d'ailleurs que je dois dire que j'utilise depuis très très longtemps.
00:59Donc, merci beaucoup. Elle est chouette. Cette application d'ailleurs, elle a quel âge ? Elle a 16 ans ?
01:03Alors, tout à fait. On a commencé à la développer en 2010 avec mon associé Bruno Virlet quand on était étudiant à l'étranger.
01:11Et comme tous les étudiants et de surcroît à l'étranger, on avait beaucoup de documents papiers encore à l'époque.
01:19Et donc, on a eu cette idée de développer une application de capture de documents papiers.
01:26C'était le tout début des iPhones, des App Store.
01:30Donc, on a décidé de mettre à profit nos compétences.
01:33Moi, je faisais de la recherche en traitement d'images.
01:35Et donc, on a développé cette application qui permet de capturer de manière un peu magique les documents papiers.
01:42Très simple à utiliser, je confirme. Combien d'utilisateurs aujourd'hui de Genius?
01:45On a 6 millions d'utilisateurs actifs par mois.
01:48OK.
01:49On estime qu'en 2025, l'application a permis de numériser plus d'un milliard de documents papiers.
01:56Impressionnant. Donc, voilà.
01:57Donc, ça m'intéressait puisque c'est une application qui fonctionne bien, mais qui a un modèle économique un peu différent de ce qu'on trouve par ailleurs.
02:05Il n'y a pas de publicité, par exemple.
02:07Non, tout à fait.
02:07Et on y reste très peu de temps.
02:10On a fait du choix.
02:11On capte notre document et on s'en va.
02:12Oui, tout à fait.
02:13Donc, quel est votre modèle économique?
02:14C'est exactement l'objectif que les utilisateurs passent le moins de temps possible dans l'application.
02:19Mais ça paraît fou aujourd'hui, comme l'économique dans le monde numérique et les plateformes.
02:21Oui, bien sûr. C'est sûr, ça va un peu à contre-courant de ce qui se fait beaucoup dans le monde numérique.
02:25Il y a des années, on a décidé de faire un pari assez engagé, de ne plus dépendre de la publicité pour nos revenus.
02:36On voulait que les utilisateurs payent non pas pour ne plus voir de publicité, mais parce qu'ils étaient convaincus par les fonctionnalités avancées de notre application.
02:46OK.
02:46Donc, ça rend l'application beaucoup plus propre en évitant d'avoir des publicités qui clignotent dans tous les sens, des vidéos qui apparaissent un peu n'importe quand pour nous vendre des choses dont on n'a pas du tout besoin et qu'on ne veut pas voir.
02:59Et surtout, je pense que ce qui est très important, c'est que la publicité désaligne l'intérêt de l'utilisateur et du développeur.
03:13Parce qu'avec un modèle publicitaire, le développeur, il a intérêt à ce que l'utilisateur reste le plus longtemps possible dans l'application,
03:19alors que l'utilisateur, lui, il veut scanner ses documents le plus vite possible.
03:22Enfin, personne aime passer du temps.
03:24Oui, on veut que ce soit efficace.
03:25Exactement.
03:26Et que l'interface soit très simple d'utilisation et qu'on ne soit pas obligé de chercher où on doit fermer les fenêtres pour aboutir à notre objectif.
03:35Donc, on est absolument en phase, mais donc, ça veut dire que vous êtes sur un modèle freemium.
03:40Tout à fait.
03:41D'accord.
03:41Et vous adressez les particuliers comme moi, mais aussi les entreprises.
03:45Ça fait partie, ça, du nouveau développement ou du principal business model ?
03:49Oui, oui.
03:50Alors, tout à fait. Donc, on s'adresse bien sûr aux particuliers avec cette application Genius Scan,
03:54mais on s'adresse aussi aux entreprises parce qu'il y a énormément de besoins de numérisation de documents papiers dans les entreprises,
04:01surtout depuis le Covid avec l'accélération de la transition numérique.
04:06Mais ça passe quand même par l'application ?
04:08Alors, pas forcément. Pour les petites entreprises, oui, ça passe par l'application parce qu'elles n'ont pas forcément de process en interne, d'application interne.
04:15Donc, elles utilisent l'application, mais avec des plans adaptés pour les entreprises et des fonctionnalités adaptées à la collaboration en équipe.
04:22Ok.
04:23Mais on vend aussi une brique logicielle aux entreprises plus grosses qui ont leur propre application,
04:29soit pour l'utiliser en interne pour leur comptabilité, la remontée des notes de frais, etc.
04:35Soit pour leurs propres clients, pour faire de la collecte de données.
04:41Ça peut être, par exemple, dans le milieu médical avec des infirmières qui vont chez des patients et qui doivent scanner des documents et les faire remonter au back-office.
04:50Ça peut être dans le transport où il y a encore énormément de papiers avec des bons de livraison que les camionneurs, les routiers, les livreurs doivent scanner dans leur camion,
04:59dans des conditions parfois difficiles et faire remonter, pareil, pour traitement dans les logiciels de l'entreprise.
05:07Donc, on fournit cette technologie de scan de documents aux entreprises via des licences.
05:12C'est-à-dire que là, vous allez sur presque un autre marché sur lequel il y a des mastodontes de la gestion de l'archivage.
05:19Je ne sais pas si vous allez jusque-là.
05:20Oui, alors, l'archivage, nous, on se contente de faire la capture de documents en local sur le téléphone pour avoir un document le plus lisible possible,
05:31que ce soit le plus efficace possible, avec de l'extraction, donc de la reconnaissance de texte, de l'extraction de certaines données structurées.
05:39Mais c'est le client, l'entreprise cliente, qui reste propriétaire des données et qui gère où est-ce que ces données vont être envoyées une fois qu'elles auront été capturées.
05:48D'accord, vous restez vraiment sur votre cœur, sur votre savoir-faire, votre cœur de métier.
05:53Ok, j'ai vu que vous annonciez justement une fonctionnalité pour Teams, parce que je me suis dit, là, vous sortez un petit peu de votre champ, non ?
06:00Alors, Teams, c'est assez général, mais en fait, c'est beaucoup dans les petites entreprises, comme je disais,
06:09qui n'ont pas forcément d'application, mais qui ont des besoins de numérisation.
06:13Elles veulent pouvoir collaborer ensemble, faire remonter des documents, avoir une gestion centralisée des licences.
06:20Et donc, c'est pour ça qu'on a lancé cette offre d'InuScan4Teams.
06:25Et on continue de développer encore des outils de collaboration pour pouvoir partager des dossiers,
06:30avoir des process communs entre les différentes personnes de l'équipe.
06:34Et l'IA, vous vous en servez comment ? De quelle façon, de l'intelligence artificielle ?
06:38Alors, l'IA, ça fait des années qu'on l'intègre dans notre application.
06:43Pour la reconnaissance de caractère ?
06:44Exactement. Enfin, pour la reconnaissance de caractère et pour la capture en elle-même.
06:48Donc, dès 2019, dès 2020, on a commencé à intégrer le deep learning,
06:54donc des réseaux qui travaillent sur les images et qui permettent de détecter très, très rapidement
06:59où se trouve le document dans l'image.
07:02Donc, c'est ça qui permet d'avoir la capture en temps réel du document.
07:07Ça nous permet aussi de choisir les bons filtres à appliquer pour que le document soit lisible
07:12en fonction de si c'est un document couleur noir et blanc avec des images.
07:17Et puis, ça nous permet de détecter aussi si le document est bien lisible, s'il n'y a pas du flou.
07:22Enfin, voilà. Donc, tout le process intègre déjà de l'IA.
07:25D'accord.
07:26Alors après, maintenant, aujourd'hui, quand on parle d'IA, on pense souvent au LLM, au modèle de langage.
07:32Ça aussi, on a commencé à l'intégrer, bien sûr.
07:37Ça apporte des vraies fonctionnalités pour l'utilisateur, notamment dans l'automatisation du process.
07:43En fonction du contenu du document, l'utilisateur va vouloir le nommer d'une certaine manière ou d'une autre,
07:49l'exporter dans tel dossier.
07:52Et donc, on utilise des LLM en faisant bien attention à la confidentialité des données,
08:01parce que ces LLM, ils ne tournent pas encore en local sur le téléphone.
08:06Donc, on fait très attention à ça.
08:08Mais bien sûr qu'on intègre ces fonctionnalités.
08:11De manière raisonnée et responsable.
08:13J'ai vraiment entendu tous ces mots dans votre interview.
08:15C'est ça qui m'intéressait de mettre en avant.
08:18Et puis, voilà, on est content d'avoir un champion dans ce domaine.
08:21Merci beaucoup, Guillaume Gigot, d'être venu avec nous célébrer ses 16 ans de l'application GenuScan.
08:26Je rappelle que le co-fondateur et dirigeant de The Grizzly Labs.
08:30Eh bien, on reste ensemble.
08:31On va parler d'intelligence artificielle.
08:33Mais là, on va basculer dans le domaine de la philosophie avec la grande interview.
08:37Très heureuse de recevoir dans la grande interview Gabrielle Alper,
08:48je veux dire, l'autrice de ce livre que j'ai dévoré littéralement.
08:51Vous êtes, bonjour et bienvenue.
08:52Bonjour.
08:52Vous êtes docteur en philosophie, diplômé à l'ENS.
08:55Vous êtes spécialisé en sciences cognitives.
08:58Vous possédez également une formation en théologie, en exégèse des textes religieux.
09:02Pourquoi je parle de ça ? Parce que le titre de votre ouvrage, c'est
09:05« Intelligence artificielle et l'homme créa Dieu ».
09:08Donc, on va parler un peu religion, finalement, ensemble.
09:11C'est paru aux éditions Herman tout récemment.
09:15En fait, vous posez une question, si je devais résumer.
09:17C'est peut-être a-t-on ou essaye-t-on de créer Dieu
09:21à travers ces nouveaux outils d'intelligence artificielle générative ?
09:26Un Dieu qui sera un Dieu sur mesure, vous nous dites.
09:28Oui, parce qu'en fait, on entend toujours, s'agissant de l'intelligence artificielle,
09:32que l'IA va remplacer l'être humain.
09:34Et je me suis dit, finalement, est-ce que c'est ça la vraie question ?
09:36Est-ce que c'est vraiment, finalement, la conséquence de l'intelligence artificielle ?
09:39Eh bien, peut-être pas.
09:41Peut-être qu'en fait, honnêtement, on ne peut pas du tout mettre l'être humain
09:44et l'IA sur un pied d'égalité.
09:46Si Einstein, Léonard de Vinci et tous les autres étaient brillants,
09:48finalement, aucun n'était capable de pouvoir générer un texte en trois secondes
09:52et une image en moins d'une minute.
09:54Donc, on ne peut pas vraiment les préparer.
09:55C'est pas le même génie, disons.
09:56En revanche, s'il y en a un qui peut avoir peur, entre guillemets,
09:59si j'ose dire, en ce moment, c'est peut-être plutôt Dieu.
10:01Parce que, finalement, l'intelligence artificielle essaye plutôt d'imiter
10:04et voire même de surpasser Dieu.
10:07Et, en tout cas, dans tout ce que l'on projette sur l'IA,
10:09on projette effectivement sur elle des attributs vraiment divins.
10:12Donc, c'est vraiment, en fait, ce rapport presque religieux à l'IA
10:15que j'ai voulu analyser et comprendre.
10:18Oui. Alors, vous dites que c'est quand même parti, tout ça, un peu d'une boutade
10:21et qu'il faut aussi partir en lisant ce texte
10:24avec l'idée que c'est quelque chose de ludique.
10:27Voilà.
10:27Ce n'est pas une idée, au départ, sérieuse.
10:30Mais, en fait, de se poser cette question,
10:31ça vous permet quand même de dérouler un fil
10:33avec des problématiques et des enjeux hyper importants.
10:36Oui, exactement.
10:37En fait, c'est un peu l'idée.
10:38Bon, et si Tchad Gpt était le nouveau Dieu ?
10:39Oui.
10:40C'est vrai que ça peut paraître un peu une sorte de plaisanterie.
10:41Un peu lousso.
10:42Voilà.
10:42Un peu lousso, qui est évidemment à prendre au millième degré.
10:45Mais, en fait, l'air de rien, quand on y réfléchit bien,
10:47finalement, on fait des prières à Dieu, on n'a pas toujours des réponses.
10:50En revanche, quand on fait un prompt à toute heure du jour et de la nuit,
10:53eh bien, on a des réponses de la part de Tchad Gpt.
10:55Et en analysant tout le vocabulaire qu'on utilise pour pouvoir parler de l'IA,
10:58c'est vraiment un vocabulaire qui ressort finalement du religieux.
11:00Il y a des attentes messianiques, des angoisses apocalyptiques.
11:03Donc, finalement, oui.
11:04Et donc, en partant de cette plaisanterie,
11:06c'est un essai philosophique qui est à la fois sérieux
11:09et encore une fois, à prendre au troisième degré,
11:11parce qu'avec ce ton un peu décalé,
11:13eh bien, c'est aussi une manière de pouvoir poser des questions un peu provocatrices.
11:16J'assume le côté provocateur,
11:18mais justement pour pouvoir un peu faire réfléchir à l'être humain.
11:21Alors, il y a des choses dans le livre qui m'ont interrogée,
11:27en particulier sur la question des liens.
11:29En fait, les plateformes numériques sont là, vous nous dites,
11:33pour créer des liens entre nous, les humains.
11:35Mais d'un autre côté, ça nous sépare.
11:38Oui, tout à fait.
11:38En fait, ce livre répond d'abord à cette première question.
11:42Déjà, pourquoi diable est-ce que l'être humain a créé l'intelligence artificielle ?
11:45Et finalement, à quel besoin est-ce que cela répond ?
11:47Et c'est vrai que, pour ça, on remonte un peu aux origines de l'humanité.
11:51L'être humain, c'est un animal complètement décalé.
11:54Il est complètement inadapté au monde.
11:56Et non seulement il est inadapté au monde, à la nature,
11:58mais en plus, il est inadapté à ses congénères.
11:59Aux autres.
12:00On n'est pas fait pour vivre ensemble.
12:01On voit bien à quel point c'est difficile de construire un...
12:03On n'est pas fait pour vivre seul non plus.
12:04C'est la tragédie humaine.
12:06Et donc, justement, finalement, l'être humain a besoin d'inventer un milliard d'outils
12:10de communication, de liens, ses plateformes, pour essayer de créer le lien.
12:14Sauf que, bon, est-ce qu'il y arrive vraiment ou pas ?
12:17Rien n'est moins sûr.
12:19Alors, pour autant, est-ce qu'on a créé une IA à l'image de Dieu ?
12:23Est-ce que c'est ça que les types en Silicon Valley, là, qui sont en train de rafler
12:29tous les marchés, sont en train de faire ?
12:31Est-ce que vous voyez derrière un projet religieux, qui serait un projet caché, finalement ?
12:36Peut-être transhumaniste, on pourrait dire, quand on les connaît un petit peu mieux ?
12:39Alors, je n'irai peut-être pas jusque-là.
12:41Et je ne sais pas, je ne pense pas que ce soit aussi conscient.
12:47En revanche, c'est inconscient.
12:50Et s'il y a, prend un tel essor dans notre société, et là, on parle bien, effectivement,
12:54d'IA générative, s'il y a un tel essor dans les usages, c'est que ça vient répondre
12:59à des angoisses et des besoins très enfouis chez l'être humain.
13:02Et donc, finalement, ceux qui ont inventé ces outils-là...
13:05Ils savent exploiter nos failles, finalement.
13:07C'est ça, aussi.
13:08D'une certaine manière, tout à fait.
13:09Et notamment, une, ça répond finalement aussi à votre toute première question,
13:12la question du sur-mesure.
13:13Parce que finalement, l'être humain, devant s'adapter toute la journée à tout et à tout le monde,
13:17est un peu en train de vivre une sorte de burn-out social.
13:20Voilà, il n'en peut plus de toujours s'adapter à tout et à tout le monde.
13:22Et là, pour une fois, il y a un outil qui lui tombe du ciel,
13:25et qui est un outil sur-mesure.
13:27Et c'est cet outil qui va s'adapter totalement à chacun d'entre nous.
13:30Quel autre être humain dans notre entourage pourra nous faire une telle promesse
13:33de sur-mesure et d'accessibilité totale ?
13:35C'est à cette angoisse en particulier que l'IA répond ?
13:38Notamment, et aussi au besoin de croire.
13:40Et ça, c'est très intéressant, ce sont des travaux d'Anna Arendt,
13:43où elle rappelle que finalement, les êtres humains ont fondamentalement besoin
13:46de croire, de croire en quelqu'un, de croire en quelque chose.
13:49Et finalement, l'intelligence artificielle étant tout le temps là,
13:52elle, elle est là, à toute heure du jour et de la nuit,
13:54elle est là, elle nous répond.
13:55Donc finalement, elle essaie de mériter notre foi.
14:00Et la question, c'est que non seulement elle est en train de devenir
14:02un interlocuteur alternatif légitime,
14:04mais est-ce qu'elle n'est pas en train de devenir le seul interlocuteur légitime,
14:08étant justement toute la journée et toute la nuit disponible ?
14:11Alors, vous avez un chapitre de la prière au prompt.
14:15Pour autant, vous nous expliquez quand même que c'est beaucoup plus simple,
14:18finalement, d'adresser ces prières à un Tchadjipiti qu'à Dieu,
14:22parce qu'il n'y a pas d'entrée en matière, il n'y a pas de prière, il n'y a pas de rite.
14:27L'absence de rite, est-ce que ça ne va pas à l'encontre de cette idée
14:30que ce serait un nouveau Dieu qu'on crée ?
14:32Alors, c'est là où tout le côté divin ou diabolique de l'intelligence artificielle,
14:36c'est que justement, elle, elle n'a pas besoin de rite pour qu'on y accède.
14:40En revanche, elle se repose sur l'addiction.
14:41Et donc ça, c'est beaucoup, beaucoup plus fort que tous les rites.
14:44Et donc effectivement, c'est ce Dieu sans intermédiaire,
14:46sans clergé, sans sacrifice, sans prière, trois à cinq fois par jour, sans effort.
14:51Tellement facile d'accès.
14:52Exactement.
14:53Et en fait, c'est intéressant parce qu'à travers ce livre, c'est aussi une question,
14:56c'est qu'est-ce qu'on attend les uns des autres ?
14:57Et aussi d'ailleurs, qu'est-ce qu'on attend de Dieu ?
14:59Et c'est peut-être une hypothèse que je dessine,
15:01c'est que finalement, le XXe siècle a été un siècle d'horreur.
15:04Et donc, est-ce que l'être humain ne s'est pas trouvé face au silence des dieux ?
15:07Et finalement, qu'advient-il d'une société quand elle fait face au silence des dieux ?
15:11C'est pour ça que vous nous dites « Dieu est mort au départ ».
15:12Alors, oui, c'est Michel qui le dit, mais effectivement, c'est ça.
15:15Et du coup, ça veut dire que le XXIe siècle,
15:17qu'advient-il d'une société qui fait face au silence des dieux ?
15:19Eh bien, elle avante un dieu bavard.
15:21Un dieu qui parle toute la journée, qui lui répond toute la journée,
15:23qui lui donne des conseils.
15:24Voilà, un dieu bavard.
15:25Vous dites aussi qu'il n'y a pas de religion et de foi en dieu sans une confiance.
15:32Aujourd'hui, la question de la confiance,
15:33elle n'est pas réglée dans le domaine de l'intelligence artificielle.
15:35Alors, non.
15:37Elle n'est pas du tout réglée d'ailleurs non plus dans les relations humaines.
15:40C'est vrai.
15:41Voilà, mais alors, sur l'IA, je sais ce que l'on peut rétorquer.
15:45Oui, bien sûr, mais voilà, non, il y a des hallucinations,
15:47ce n'est pas fiable, voilà.
15:48Sauf que pour moi, ce sont des faux arguments.
15:51Pour se rassurer un peu, l'IA ne pourra jamais trois petits points.
15:54Alors, il y a beaucoup de livres d'ailleurs qui ont été publiés,
15:56l'IA ne pourra jamais trois petits points.
15:58En gros, c'est bon, rassurons-nous.
15:59Je pense que toutes ces phrases-là vont être malheureusement assez vite obsolètes.
16:03Et malheureusement, le progrès technique allant tellement loin
16:06que je pense que bientôt l'IA pourra tout.
16:09Donc, la question, en fait, n'est plus un obstacle technique.
16:14La question, en revanche, c'est une question philosophique, morale, politique, éthique
16:17qui se pose.
16:18Mais en fait, la question, elle n'est plus vraiment technique.
16:20Oui.
16:21Et sur la confiance, vous vous rappelez quand même qu'aujourd'hui,
16:23on a un pourcentage important de personnes qui préfèrent se référer à une IA,
16:27poser une question en tout cas à une IA, plutôt qu'à un père.
16:30Exactement.
16:30Et ça, dans mon livre, je me suis reposé effectivement sur une étude,
16:33sur un sondage qui a été réalisé.
16:35Et c'est vrai qu'il y a presque deux tiers des moins de 25 ans
16:37qui préfèrent poser une question à Tchad GPT
16:39plutôt qu'à leurs amis, leurs collègues, leurs grands-parents,
16:42leurs parents, leurs médecins, leurs professeurs.
16:44Donc, c'est intéressant parce qu'on pourrait se dire
16:46« Ah, mais c'est terrible ! »
16:47Ou alors se dire « Finalement, est-ce que l'IA n'est pas un baromètre de la société ? »
16:51Et finalement, si on préfère poser,
16:53enfin, si Tchad GPT a plus d'empathie qu'un médecin
16:56pour vous poser, enfin, pour vous dire que vous avez une maladie,
16:59a plus de patience qu'un professeur,
17:01a plus de capacité d'écoute que vos amis,
17:03plus de tolérance que vos parents,
17:04« Finalement, est-ce que l'IA n'est pas un coup de projecteur
17:07jeté sur nos petites médiocrités ? »
17:09Et finalement, est-ce que l'IA n'est pas justement ce Dieu
17:11qui vient nous pousser à devenir meilleurs ?
17:15Alors, ça, c'est intéressant parce que
17:17pendant tout le début du livre, je me suis dit
17:19que c'est quand même assez violent de penser
17:21qu'on est en train de chercher un substitut à Dieu
17:24finalement à travers ses intelligences artificielles.
17:26Donc, quelque chose, moi, que j'ai perçu comme assez négatif.
17:29Mais finalement, ça se termine bien, votre histoire,
17:31parce que vous nous dites, ça transforme de manière positive,
17:34potentiellement demain, ça va créer de nouvelles relations éthiques
17:37entre les humains ?
17:38Alors, ça peut, ça peut transformer.
17:40Évidemment, je suis pleine d'optimisme.
17:41Mais voilà, alors, en fait, pour moi,
17:43l'être humain est un peu à la croisée des chemins.
17:45Soit il décide de déléguer son humanité à l'IA
17:47parce qu'elle est beaucoup trop lourde à porter,
17:48soit, justement, il décide de l'assumer,
17:50de l'assumer pleinement.
17:52Et en fait, on pourrait me dire,
17:53oui, mais alors cet optimisme-là,
17:55bien sûr, l'être humain va continuer
17:57à déléguer son humanité à l'IA, et puis voilà.
17:59Oui, mais en fait, je me repose,
18:01il y a quelque chose qui m'en optimise,
18:02c'est l'orgueil humain.
18:04En fait, on va un peu tous être piqués
18:06dans notre amour propre.
18:08Si on réalise que, en fait, si demain,
18:11j'apprends que mon conjoint préfère poser une question
18:12à Tchad GPT plutôt qu'à moi,
18:14ou si mes amis ou mes collègues de travail
18:16ou mes parents préfèrent interroger Tchad GPT
18:18plutôt que de me poser une question,
18:19en fait, quand même, mon amour propre
18:20va quand même en prendre un sacré coup.
18:22Et donc, du coup, je vais peut-être me remettre en question
18:24et me dire, peut-être que là,
18:25j'ai été assez mesquine,
18:26peut-être que là, je n'ai pas été gentil,
18:28là, je n'ai pas été patient.
18:29Et donc, si j'ai envie de continuer à être aimé,
18:32il va peut-être falloir justement
18:34que j'ai un peu plus d'attention pour mon entourage.
18:37Et même au niveau professionnel,
18:39on peut se dire que c'est une occasion
18:40de montrer sa valeur aujourd'hui au travail.
18:43Exactement.
18:43Sa valeur humaine.
18:44Donc, c'est intéressant parce que,
18:46d'un point de vue professionnel,
18:47c'est aussi comment est-ce que l'on va
18:48complètement repenser les critères de recrutement
18:50et les critères d'évaluation des travailleurs.
18:52Finalement, si Tchad GPT, c'est tout.
18:53Est-ce qu'on a encore besoin d'experts en entreprise ?
18:55Peut-être que les expertises des uns et des autres,
18:58les rapports de force des uns et des autres
19:00vont être bousculés justement au profit
19:03de valeurs plus humaines.
19:05Et vous dites, pour revenir au sujet
19:06du parallèle avec la religion,
19:09vous dites que finalement,
19:10là, ce n'est pas un dieu moralisateur,
19:12mais qui va nous pousser à être meilleurs.
19:15Oui, parce que finalement,
19:16dans cette question d'éthique,
19:17c'est que quand on regarde toutes les religions,
19:19monothéistes, polythéistes et autres,
19:21en fait, il y a toujours l'espèce de grand commandement.
19:23Tu aimeras ton prochain comme toi-même,
19:24tu feras ceci, tu feras cela,
19:26qui nous poussent à être meilleurs.
19:28Sauf que force est de constater que
19:29l'être humain n'est pas vraiment meilleur.
19:31Il y a un progrès technique, scientifique,
19:32technologique extraordinaire,
19:34sauf que l'être humain est un peu toujours
19:35au point mort en termes de gentillesse.
19:39Donc finalement, là, on a une sorte de dieu
19:41qui nous propose autre chose.
19:43Plutôt que de faire une liste de dix commandements,
19:45il nous dit, finalement,
19:46si tu n'es pas meilleur, tu seras remplacé.
19:48Si tu n'es pas gentil, si tu n'es pas patient,
19:50si tu n'es pas disponible pour les gens de ton entourage...
19:51Mais est-ce que ce n'est pas le signe aussi
19:53de la perte de morale complète ?
19:54Puisque là, c'est juste être meilleur,
19:56c'est-à-dire finalement faire réagir notre orgueil.
19:58C'est le terme que vous employez.
20:00Oui, mais je pense que, en fait,
20:02peu importe les leviers que l'on va aller saisir
20:05chez les uns et les autres,
20:06la question, c'est être tout simplement meilleur.
20:08Mais meilleur, c'est juste une compétition
20:10dans les compétences ?
20:12C'est ça que je veux dire ?
20:13On est très loin de la morale ?
20:14Oui.
20:15On est très loin de l'éthique ?
20:16Nous sommes d'accord.
20:17On est très loin du collectif.
20:18Nous sommes d'accord.
20:19Mais encore une fois, l'idée est vraiment
20:20de prendre tout ça d'un point de vue
20:21un peu métaphorique
20:23et de prendre un peu de distance
20:24par rapport à ça
20:24et de se dire, effectivement,
20:25quand même, réfléchissons un peu,
20:28plutôt que de voir l'IA
20:29comme quelque chose d'absolument terrible,
20:31je trouve que pour moi,
20:31elle est vraiment à considérer
20:32comme un miroir révélateur, finalement,
20:35de notre société.
20:36Et puis encore une fois,
20:37on dit oui,
20:38le collectif va se déliter
20:39à l'ère de l'IA.
20:40Mais est-ce que le collectif
20:41ne s'est pas déjà un peu discrédité ?
20:42Est-ce qu'il n'est pas
20:43de toute façon déjà délité ?
20:45Donc la question, l'IA,
20:46elle vient juste nous révéler
20:48à nous-mêmes,
20:49justement, dans la manière
20:50dont les collectifs ont l'entreprise.
20:52Est-ce qu'ils ont encore un sens ?
20:53Est-ce que les gens croient vraiment
20:54dans la raison d'être
20:55de leur entreprise ?
20:56Est-ce que cet esprit d'équipe,
20:58est-ce qu'on est fiables
20:58les uns à l'égard des autres ?
21:00Est-ce que, oui,
21:01si j'ai préféré
21:01ChatGPT à mes collègues,
21:02peut-être parce que mes collègues
21:03ne sont pas fiables ?
21:04Voilà, etc., etc.
21:05Donc encore une fois,
21:06pour moi,
21:06c'est un peu une sorte
21:07de petit coup de pied d'aiguillon
21:08justement pour nous forcer
21:09à nous remettre en question.
21:11Vous dites que l'intelligence artificielle
21:12ne permet pas seulement
21:13de mieux connaître le monde,
21:15mais de le recréer.
21:16C'est un peu le principe
21:17de l'IA générative,
21:18on recrée, finalement.
21:19Exactement.
21:20Ça, ça ne vous fait pas peur, ça ?
21:22Alors, c'est aussi...
21:23Le fantasme de recréer le monde.
21:24Non, non, mais alors, évidemment.
21:25Et c'est là où, en fait,
21:26on voit qu'il y a vraiment
21:26une révolution actuelle
21:28qui est en train de se passer
21:28dans les sciences.
21:29C'est qu'avant, finalement,
21:30les sciences servaient
21:31à l'être humain, en fait,
21:32à mieux connaître le monde,
21:34à le comprendre,
21:34éventuellement, d'ailleurs,
21:35à l'anticiper.
21:36Voilà, des cyclones,
21:37des volcans, des...
21:38Bon, voilà.
21:39Sauf que là, en fait,
21:40les sciences ne servent plus
21:41seulement à comprendre
21:43et à connaître.
21:44Elles servent à recréer.
21:46Voilà, on développe les sciences,
21:47par exemple, pour pouvoir
21:48développer des nuages
21:48qui vont faire tomber
21:49de la pluie,
21:51les clones et tout le reste
21:52en termes de bioéthique,
21:53là aussi, voilà.
21:54Donc, en fait,
21:54on entre dans l'ère
21:55des sciences performatives.
21:57Voilà, les sciences
21:57qui vont créer,
21:58qui vont recréer la nature,
21:59qui vont recréer peut-être
22:00l'être humain.
22:01Et là, effectivement, oui,
22:02c'est sacrément dangereux.
22:03Et c'est pour ça que,
22:04finalement, l'IA
22:05nous fait une promesse
22:06de connaissance totale
22:07et absolue
22:07qui, oui, bien sûr,
22:09est dangereuse.
22:10Et vous dites, en fait,
22:11on crée un nouveau Dieu
22:13en créant l'IA,
22:14mais on crée aussi
22:15un nouvel homme.
22:16Tout à fait.
22:17Qui pourrait se prendre
22:17pour Dieu, c'est ça ?
22:18Oui, c'est exactement ça.
22:20Et en fait, derrière cette question,
22:22c'est finalement en qui croire ?
22:23Qui mérite notre foi aujourd'hui ?
22:25Voilà, est-ce que les dieux
22:27méritent notre foi ?
22:27Est-ce que l'être humain
22:28mérite vraiment notre foi ?
22:30C'est aussi une question
22:31qui est posée
22:31et aussi d'ailleurs
22:33à tous les croyants.
22:35C'est-à-dire, finalement,
22:36c'est très facile
22:37de croire en Dieu,
22:37mais c'est tellement plus difficile
22:38de croire en l'être humain.
22:39Et quand on regarde
22:40le monde aujourd'hui,
22:40il y a vraiment
22:41de quoi désespérer.
22:42L'humanité mérite-t-elle
22:43encore notre foi ou pas ?
22:44Alors, il y a la question
22:45aussi du sacrifice.
22:46C'est important, ça,
22:47dans les rites religieux.
22:48Vous posez la question
22:49à quel don,
22:50pour ne pas dire
22:50quel sacrifice,
22:51faisons-nous
22:51à l'intelligence artificielle,
22:53d'après vous ?
22:53Oui.
22:54En fait, et c'est là,
22:55c'est très intéressant,
22:55c'est que l'intelligence artificielle,
22:57elle se base
22:57sur ce que nous lui donnons.
22:58On nourrit la machine
22:59en posant des questions,
23:00en promptant,
23:01en écrivant des choses
23:02sur Internet.
23:03Enfin, voilà,
23:04finalement,
23:04cette espèce d'énorme machine
23:06se nourrit
23:06de tout ce que nous lui apportons.
23:09Et c'est là
23:10où c'est très fort.
23:12Et ça,
23:12ce sont les travaux
23:12de Günther Anders,
23:13le philosophe allemand,
23:14qui dit que,
23:15en fait,
23:15ce dont les êtres humains
23:16ont le plus peur,
23:17ce n'est pas la mort.
23:18C'est le fait
23:18de ne pas participer.
23:20Le fait de ne pas en être.
23:21Le fait de ne pas être impliqué.
23:22Et ça,
23:25se repose sur ce besoin
23:27très profond de l'être humain
23:28et de participer à quelque chose.
23:30Et donc,
23:31le fait que nous participions,
23:32nous lui donnons
23:32ce que nous sommes,
23:33et bien, finalement,
23:34ça donne un pouvoir
23:35à l'IA absolument énorme.
23:36Et donc,
23:36c'est ça,
23:37ce sacrifice,
23:37effectivement,
23:38que nous lui faisons
23:39en échange,
23:39effectivement,
23:40d'une promesse
23:40de connaissance totale
23:42et absolue
23:42puis de disponibilité parfaite.
23:43La quête du savoir,
23:43ça vous le rappelez ?
23:44Une religion du savoir.
23:45Une religion du savoir,
23:46c'est important
23:47dans toute l'histoire
23:47de l'humanité.
23:48Alors,
23:49en 2020,
23:50vous avez aussi publié
23:50Tous sans tort,
23:51éloge de l'hybridation
23:53aux éditions Le Pommier.
23:55Alors,
23:55vous allez peut-être
23:56nous expliquer rapidement
23:57ce que ça veut dire
23:58cette hybridation.
23:59Mais moi,
23:59ça m'a fait réagir
24:00à une autre lecture récente
24:02que j'ai eue
24:02de Cori Doctoro,
24:03qui est un blogueur,
24:05un auteur de science-fiction
24:06qui est vraiment passionnant,
24:07excellent,
24:07et qui nous dit
24:08que le problème,
24:08c'est qu'avec l'IA,
24:09en fait,
24:09on ne crée pas des centaures,
24:10c'est-à-dire avec nous,
24:12l'intelligence et l'IA
24:13qui exécutent,
24:14en nourrissant la machine,
24:16c'est des centaures inversés
24:17qu'on est en train
24:18de créer,
24:18le reverse centaure.
24:20On devient esclave,
24:21et d'ailleurs,
24:21vous en parlez un peu,
24:22on se soustrait
24:24à l'intelligence artificielle.
24:25C'est le sacrifice
24:26que nous lui faisons.
24:26Effectivement,
24:27alors moi,
24:27ça fait depuis 16 ans
24:28que je travaille
24:28sur la question
24:29de l'hybridation,
24:30ce mariage un peu improbable,
24:31cette idée de créer des ponts
24:32entre les mondes,
24:33les métiers,
24:33les secteurs.
24:34Alors,
24:34est-ce qu'on devient un centaure
24:35ou un reverse centaure ?
24:36La question,
24:36quand on parle
24:37d'hybridation en machine,
24:38moi,
24:39je me suis interrogée,
24:39est-ce que l'usage
24:40de ce terme-là
24:41est pertinent
24:42ici ou pas ?
24:43Et en tout cas,
24:44moi,
24:44dans la manière dont j'ai,
24:45c'est moi qui construis
24:45ce concept d'hybridation,
24:47dans la manière
24:48dont on le conçoit,
24:49en fait,
24:49il n'y a pas du tout
24:49d'hybridation là-dedans.
24:51En fait,
24:51dans l'article
24:53que vous décrivez,
24:54on serait plutôt
24:54dans une logique
24:55d'assimilation.
24:57Absorption.
24:57Voilà,
24:58exactement,
24:59de fusion,
24:59de fusion,
25:01de juxtaposition,
25:02d'assimilation,
25:03mais absolument pas
25:03d'hybridation.
25:04Et c'est là,
25:05justement,
25:05la limite éthique.
25:06C'est que pour moi,
25:07l'hybridation,
25:07on doit la réserver
25:09dans la relation
25:10entre les êtres humains.
25:12Alors,
25:12Gabrielle Alperne,
25:14je voulais vous soumettre
25:15à notre petit jeu,
25:16c'est un jeu
25:17de questions-réponses
25:18où je pose des questions
25:19binaires,
25:20de type oui-non.
25:21Ah oui,
25:21alors ça,
25:21c'est difficile.
25:22Allez,
25:22on essaie.
25:23Allons-y.
25:24Allez,
25:24vrai ou faux,
25:25l'IA crée
25:25une nouvelle foi mystique ?
25:27Oui.
25:28Oui ou non,
25:29il y a un projet religieux
25:30caché derrière
25:31le déploiement des IA ?
25:33Oui,
25:34je pense quand même,
25:35même s'il n'est pas explicite,
25:35s'il n'est pas explicite,
25:36mais oui.
25:37Rêve ou cauchemar
25:38ce rapport entre nous
25:40et les intelligences artificielles ?
25:43Cauchemar.
25:45Quand même.
25:46C'est grave ou pas
25:47de prendre l'IA
25:47pour Dieu,
25:49de prompter
25:49comme on prierait
25:50un Dieu
25:52omniscient,
25:52tout puissant ?
25:54Oui.
25:54C'est grave ?
25:55Oui,
25:55c'est grave.
25:56Et surtout,
25:57honnêtement,
25:57est-ce que c'est très intéressant
25:58un Dieu pareil ?
25:58C'est vrai qu'on se plaint
25:59que Dieu ne répond pas
26:00toujours à nos prières,
26:01mais honnêtement,
26:01un Dieu qui serait tout le temps là
26:02à nous répondre toute la journée,
26:03est-ce qu'on aura encore
26:04de la considération pour lui ?
26:05Ben non.
26:07C'est mieux ou moins bien
26:08l'émergence d'une nouvelle éthique
26:10des relations humaines
26:11dont vous parlez.
26:12Vous le décrivez très bien
26:13dans votre livre.
26:15Ca vous semble un progrès ?
26:16Oui.
26:18Pardon,
26:18je veux bien que vous...
26:19L'émergence d'une nouvelle éthique
26:21des relations humaines ?
26:22Oui, tout à fait,
26:22bien sûr.
26:23Il faut la réinventer.
26:24Il faut la réinventer.
26:25J'y crois ou j'y crois pas,
26:26nous allons devenir
26:27des centaures inversées,
26:28esclaves au service
26:29des intelligences artificielles.
26:31Non.
26:32Vraiment pas ?
26:33Non, absolument pas.
26:34Parce que pour moi,
26:34c'est un mésusage
26:35du terme de centaure,
26:35en tout cas dans la manière
26:36dont je le conçois.
26:39Parce qu'encore une fois,
26:40le centaure,
26:40au contraire,
26:41c'est le symbole
26:41de l'éthique,
26:42du lien à l'autre,
26:43de l'humilité aussi.
26:44C'est aussi se rappeler
26:45que nous sommes des animaux.
26:46La partie cheval,
26:47c'est aussi se rappeler
26:48que nous sommes des animaux.
26:49Donc non,
26:50c'est pas du tout
26:50ce que j'entends
26:51dans mes travaux.
26:52Donc en tout cas,
26:53je lui laisse
26:54cette définition-là
26:54du centaure.
26:55de centaure auquel
26:56je faisais référence.
26:57Voilà, tout à fait.
26:58J'aime ou je n'aime pas
26:59cette évolution de la société
27:00telle que vous la voyez ?
27:01Non, je ne l'aime pas.
27:07Je ne l'aime pas.
27:08Mais elle est là,
27:09donc il faut la comprendre.
27:10Exactement.
27:11C'est ce qu'il y a
27:12d'affaire votre livre.
27:12Merci beaucoup,
27:13Gabrielle Alpern,
27:14d'avoir été avec nous.
27:15Je rappelle que vous êtes
27:16philosophe,
27:17autrice de intelligence artificielle
27:18et l'homme créa Dieu
27:20aux éditions Herman 2026.
27:22Une lecture excellente
27:24pour votre journée.
27:25Je vous dis à très bientôt.
27:26Merci de nous avoir suivis
27:27et d'être toujours aussi fidèles.
27:30Je rappelle qu'avec moi
27:30à la préparation,
27:31Émilie Roche a travaillé.
27:32Il y a les équipes
27:33de réalisation de Bismarck
27:34que je remercie également.
27:37Je vous souhaite
27:38une excellente journée
27:38et on se retrouve
27:39dès demain.
27:39sur la chaîne Bismarck for Change.
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