00:00On y va, il est 8h21 sur BFM Business et sur MC Life.
00:03Notre invité ce matin, c'est Édouard Lepape.
00:05Bonjour, vous êtes directeur général de NanoXplore,
00:07des composants électroniques qui résistent aux radiations
00:10et peuvent rester 18 ans dans l'air.
00:12Voilà ce que conçoit notre French Tech du jour.
00:15Des composants, ça sert pour le spatial et la défense.
00:17Où est-ce qu'on les retrouve aujourd'hui précisément ?
00:19Alors l'électronique, on le retrouve à peu près partout autour de nous.
00:23Dans les satellites, évidemment, tous les organes d'un satellite
00:26sont basés sur de l'électronique.
00:29Alors effectivement, on a en tête les gros panneaux solaires,
00:31les gros caissons, etc.
00:33Mais ce qu'il faut savoir, c'est qu'à l'intérieur, c'est de l'électronique.
00:36Un composant électronique, comme dans un ordinateur,
00:37vous avez le Intel que tout le monde a en tête.
00:40Dans un satellite, c'est exactement pareil, vous en avez partout.
00:42Ce qui veut dire que c'est un enjeu de compétitivité
00:44déterminant pour la performance du satellite.
00:48Et c'est du coup un enjeu aussi de souveraineté,
00:50puisqu'évidemment, si vos composants ne viennent pas d'Europe,
00:53vous pouvez difficilement prétendre à être indépendant
00:55sur ce type de technologie.
00:56Alors c'est ça, on a parlé à un moment du fameux problème
00:59des F-35 américains qui étaient captifs des Américains.
01:04Et si on les achète, finalement...
01:05Ils peuvent couper.
01:06Ils peuvent couper.
01:07Alors je crois que c'était une légende urbaine.
01:08Mais en tout cas, on est d'une certaine manière captifs
01:10parce que les composants et parce que la partie logicielle
01:12n'est pas européenne.
01:15Ça permet de résoudre ce problème-là concrètement,
01:17d'avoir des composants comme les vôtres ?
01:18Tout à fait.
01:19Donc effectivement, dans les secteurs un peu critiques comme la défense,
01:22l'électronique est une source d'insécurité, si je puis dire,
01:27majeure pour les équipements.
01:29Puisqu'en fait, dans les composants, il y a ce qu'on appelle potentiellement
01:31des backdoors, donc des failles de sécurité
01:35qui peuvent être exploitées par des tierces parties.
01:36Et ça, c'est très connu du secteur.
01:39Et effectivement, c'est pour ça que plus vous maîtrisez
01:41votre chaîne d'approvisionnement et donc ses composants électroniques,
01:44plus vous affranchissez de risques potentiels, de failles de sécurité.
01:47D'où l'idée d'avoir fait rentrer un client, MBDA, au capital.
01:51Donc avec cette levée de fonds de 20 millions d'euros,
01:53il y a aussi le fonds Innovation Défense de BPI France.
01:57Ces composants, vous ne les fabriquez pas, vous vous êtes faiblesse.
02:00Qui les fabrique derrière ?
02:01Donc aujourd'hui, on a un partenariat très fort avec ST Microélectronique,
02:05donc le champion de l'électronique européen.
02:08La nature de nos développements fait qu'on essaye de rester souverain au maximum
02:12et donc rester effectivement à une chaîne d'approvisionnement basée à Grenoble,
02:16donc plus à Kroll précisément et à Rennes,
02:19qui permet de concevoir nos composants de A à Z.
02:21Donc on est effectivement totalement souverain,
02:23ce qui est très rare dans l'électronique,
02:24parce qu'un composant électronique, c'est plutôt trois fois le tour du monde
02:26avant d'arriver chez un client,
02:27en partant de Taïwan généralement
02:29et en passant par d'autres acteurs adiatiques.
02:32Et c'est quoi comme type de composants précisément ?
02:34Parce qu'on dit des puces, mais les puces, ça veut tout et rien dire.
02:36C'est très très vaste évidemment.
02:38Vous disiez, vous compariez avec Intel, c'est quoi ?
02:40C'est comme un processeur finalement qu'on retrouve dans des satellites ?
02:43Effectivement, l'électronique c'est très large
02:45et effectivement il y a plusieurs catégories de composants.
02:48Les processeurs, c'est souvent ce que les gens ont en tête.
02:50Les GPU maintenant avec notre ami Ndia,
02:53qui est l'intelligence artificielle évidemment,
02:55qui est connue du grand public.
02:57Et vous avez d'autres types de composants,
02:58par exemple nous on s'appelle des FPGA,
03:00donc c'est assez proche d'un processeur.
03:01C'est un peu la même criticité en termes d'application.
03:04Et effectivement, c'est ce que nous on développe.
03:06Et c'est utilisé dans la plupart des équipements aujourd'hui
03:08que vous allez retrouver dans la défense, le spatial ou dans d'autres secteurs
03:11comme les communications.
03:11Mais quand on a levé des fonds auprès d'MBDA,
03:14vu à quel point c'est sensible dans la défense,
03:16on peut travailler avec d'autres acteurs de la défense,
03:17ça ne pose pas de problème ?
03:18Alors effectivement, l'idée c'est pas de s'enfermer avec un acteur précis.
03:23Aujourd'hui, MBDA a un rôle un peu neutre dans la défense.
03:26Vous voyez, ils sont quand même sur un marché très spécifique
03:28où ils sont leaders européens.
03:31L'idée pour nous, c'est vraiment d'envoyer un message fort
03:33en disant, oui, on veut être un acteur de la défense,
03:36on est déjà un acteur du spatial,
03:38on a vraiment la volonté de jouer à l'échelle européenne
03:41ce rôle de fournisseur de circuits électroniques
03:44pour fiabiliser les supply chains.
03:46C'est vraiment le message.
03:47Et à travers ça, évidemment, le Fonds Innovation Défense de BPI
03:49vient ajouter ce message de volonté
03:53de toucher le plus grand nombre possible d'acteurs de la défense.
03:57Est-ce que les débouchés peuvent aller au-delà du secteur de la défense ?
04:00Parce qu'on parlait de souveraineté,
04:01mais c'est vrai pour l'électronique en général,
04:03pour les data centers, pour les ordinateurs,
04:06l'électronique grand public.
04:07Est-ce que votre technologie pourrait faire qu'un jour,
04:10vous seriez un concurrent d'Intel, d'AMD,
04:12de tous ces grands acteurs américains
04:14dont aujourd'hui on dépend complètement ?
04:16C'est un peu notre ambition, en fait.
04:17Sauf que l'électronique, c'est un secteur extrêmement compliqué.
04:21Le paradigme fait que se développer dans l'électronique,
04:24c'est très long et très coûteux.
04:26On a fait le choix aujourd'hui, en fait,
04:27de s'appuyer sur les marchés souverains pour grossir,
04:29atteindre une taille critique,
04:31pour après, évidemment,
04:33aller concurrencer sur des secteurs plus commerciaux.
04:36C'est la stratégie que les États-Unis et les machines emploient,
04:40en fait, pour faire émerger des champions.
04:41En commençant par la défense, souvent,
04:43et en allant vers le monde.
04:43Exactement, on a tous en tête la DARPA, etc.,
04:45qui investit massivement.
04:46Sachant que là, vous gravez,
04:47on entre un tout petit peu dans la technique,
04:49mais en 28 nanos, c'est ça ?
04:51En petit, puisque c'est nano.
04:52C'est petit, mais c'est encore plus petit chez les concurrents,
04:55parce que chez Intel, ils sont en 2 nanomètres.
04:57Donc, c'est vraiment, on est encore sur des ordres de grandeur différents.
05:00Donc, il y a quand même un gap à franchir, pour être très clair.
05:02C'est ça, il y a des gaps.
05:02Et en fonction de vos besoins et en fonction des besoins des applications,
05:06vous devez aller plus ou moins sur des technologies avancées.
05:08On est aujourd'hui en 28,
05:09qui est la technologie la plus avancée chez ST.
05:12Et là, effectivement, maintenant,
05:13on a une roadmap d'aller en 7 nanomètres.
05:14Donc, on rattrape petit à petit le retard
05:18et on espère y arriver.
05:20Société rentable, 20 millions d'euros de chiffre d'affaires.
05:23Objectif d'ici 2026, 35 à 40 millions.
05:29Doublé d'ici l'année prochaine.
05:31Alors, l'année prochaine, effectivement,
05:32on a un objectif de 35 millions.
05:33Donc, on est effectivement sur des contrats assez longs.
05:35La nature des marchés dans lesquels on navigue aujourd'hui
05:38nous autorise à avoir une vision à peu près à 2-3 ans.
05:4235 millions en 2026
05:43et on espère atteindre 100 millions assez rapidement.
05:46Sachant que dans l'électronique,
05:47la nécessité d'avoir une taille critique est nécessaire
05:49pour pouvoir autofinancer de la R&D qui coûte extrêmement cher.
05:52Mais c'est-à-dire, vous pouvez y racheter des concurrents ?
05:55Alors, aujourd'hui, les 35 millions,
05:56c'est indépendant de la croissance externe.
05:57Mais effectivement, le but de cette levée de fonds,
05:59c'est vraiment des acquisitions en Europe
06:01pour faire de la croissance externe
06:03et surtout pour planter un drapeau européen sur NanoExplore
06:05qui est aujourd'hui très franco-français.
06:07Et vous savez que la dynamique européenne
06:09nécessite d'avoir une taille au niveau
06:13européen pour embarquer avec vous d'autres pays.
06:15Et la clientèle européenne, elle est là justement ?
06:17Parce qu'on parlait des F-35,
06:18mais c'est aussi un des problèmes.
06:19C'est que l'Europe, en partie,
06:21s'alimente aussi auprès des Américains.
06:23Là, quand on leur présente un acteur
06:24qui est franco-français et européen,
06:26ça les intéresse ?
06:28Oui, aujourd'hui, on ne va pas se le cacher,
06:29la géopolitique du moment
06:30fait qu'on n'a jamais eu autant d'intérêt
06:32vis-à-vis des clients de la Défense et du Spatial.
06:35L'électronique, encore une fois,
06:37c'est un élément majeur
06:38d'approvisionnement et de souveraineté.
06:42Beaucoup de sociétés ont déjà connu
06:44des contraintes d'exportation
06:45liées à l'utilisation de technologies américaines.
06:47Donc aujourd'hui, nous, effectivement,
06:48la géopolitique nous pousse énormément.
06:50Et les acteurs en Europe
06:51sont très réceptifs aujourd'hui
06:54à ce qu'on fait.
06:54Merci beaucoup, Edor Lepap,
06:55d'être venu ce matin
06:56dans la Massinale de l'économie
06:57pour parler de NanoExplore.
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