00:00On continue justement à parler d'Europe face à le Chypre et aujourd'hui c'est Frédéric Simotel.
00:06Gabriel Zucman dit dans une tribune dans le monde, c'est lui, que l'Europe n'est pas en retard.
00:15Il défend cette idée, on n'est pas face à une sclérose, on est dans une situation bien meilleure que celle qu'on ne croit.
00:21Vous êtes du même avis ou pas Emmanuel ?
00:22Écoutez, c'est quand même assez interpellant.
00:26Il nous dit, contrairement à ce que vous croyez, contrairement à ce que donnent toutes les statistiques,
00:32non, il n'y a pas de décrochage européen.
00:35Tout le monde nous dit, regardez, il y a 30 ans les deux zones étaient comparables et puis l'Amérique s'est envolée.
00:40Alors il utilise tout un tas d'arguments qui interpellent, effectivement, et qui sont plutôt assez justes pour nous dire,
00:45ben non, regardez, il y a un effet de trompe-l'œil quand même dans la folle envolée de la croissance et des revenus des Américains.
00:54Il dit d'ailleurs, par exemple, le PIB des États-Unis, s'il avance un peu plus vite que celui de l'Europe,
00:59c'est d'abord pour des raisons démographiques.
01:01Après, on nous dit, le revenu des habitants a beaucoup plus augmenté aux États-Unis qu'en France.
01:06Mais la réalité, c'est qu'il dit, tout ça a été mangé par l'inflation et que si vous regardez en fait en parité de pouvoir d'achat,
01:13les Français et les Européens n'ont pas perdu par rapport aux Américains.
01:17Il nous dit, ah, on accuse l'Europe de voir son PIB décliner dans le PIB mondial.
01:24Mais il dit, attendez, les États-Unis et l'Europe, c'est exactement la même trajectoire.
01:28C'était 20% du PIB mondial, c'est tombé à 15% aujourd'hui.
01:33Et puis les Américains, ils ne sont pas plus productifs, puisqu'ils produisent 82 euros par heure.
01:38Nous, en Europe, 83.
01:39Et donc, alors moi, ce qui m'a interpellé doublement, c'est de dire, oui, effectivement, ces calculs sont justes.
01:45Mais en fait, je me dis, la réalité, c'est que oui, il y a des faiblesses en Amérique,
01:48mais alors ce n'est pas du tout celle-là que moi, j'aurais pointé.
01:51C'est-à-dire qu'à aucun moment, par exemple, il ne nous parle de la situation quand même d'endettement généralisé de ce pays.
01:577 à 8% de PIB de déficit public structurel.
02:00Des ménages dont le taux d'épargne est retombé en dessous du niveau du Covid.
02:04Un endettement, l'État le plus endetté vis-à-vis du reste du monde.
02:07Donc, je partage en partie le diagnostic, mais pas tout à fait pour les mêmes raisons.
02:11Mais vous devriez peut-être aller faire un tour aux États-Unis,
02:13parce que quand vous y allez, vous vous sentez vraiment très, très pauvre quand même maintenant en tant qu'Européen.
02:17Enfin, il y a un décalage quand même très, très fort.
02:19Frédéric, vous, Monsieur Tech, là-dessus, quand même, on n'est pas très en avance.
02:23Voilà, c'est ce qu'on dit.
02:24Alors, l'Europe ne décroche pas partout, certes, mais elle décroche là où il y a tous les enjeux du futur.
02:29Je regardais sur la Tech et l'IA aujourd'hui, sur l'intelligence artificielle dont on parle tous les jours,
02:35les investissements, c'est entre 300 et 400 milliards de dollars pour 2025-2026.
02:41On est parti sur le même ordre de prix.
02:43Le capital risque sur l'IA, c'est plus de 100 milliards de dollars qui sont investis aux États-Unis.
02:47Ce n'est pas investi dans d'autres startups à travers le monde.
02:50En plus, il y a une intégration directe de l'IA avec la défense, avec le cloud, avec l'informatique, avec les data centers.
02:57En Europe, on investit, c'est très clair, 10 à 20 fois moins.
02:59Donc, vous voyez, sur des technologies du futur, on a une forte dépendance en plus aux acteurs américains.
03:05Donc, ça, c'est pour l'IA.
03:07On a vraiment un écart structurel.
03:08Je regardais la partie cloud.
03:10Là, c'est un décrochage total.
03:12Amazon Web Services, Google et Azure de Microsoft, c'est 75 % du marché mondial.
03:18Nous, en France, on a beau jouer.
03:20On a des efforts qui sont faits en termes de souveraineté, mais on est quand même très loin de tout ça.
03:26Puis, eux, ce sont des investissements annuels, pareil, de l'ordre de 70 à 90 milliards de dollars.
03:30On n'est pas capable de nous investir autant, même si on a des acteurs qui jouent le jeu, qui essayent de se battre contre eux.
03:37Mais là aussi, il y a un décrochage.
03:39On le décrochage aussi sur les supercalculateurs.
03:41On est excellent, on en est très bon, on est très bon chercheur, mais on a une dépendance critique toujours vis-à-vis des Américains.
03:49Ce qui est fou, c'est qu'il y a un effet trompe-l'œil, en fait.
03:51C'est-à-dire qu'on enterrine, d'habitude, une espèce de décrochage.
03:56Or, en fait, la réalité, c'est que Zuckman a raison.
03:58C'est-à-dire que l'Europe, aujourd'hui, ce n'est pas si mal.
04:01Et c'est pareil, il y a des atouts.
04:03Il dit, grâce à notre sobriété, grâce au fait qu'on a plus de temps pour les loisirs.
04:07L'argument le plus délirant, c'est qu'il nous dit, mais quand même, attendez, on arrive à être aussi productifs que les Américains,
04:13alors qu'on a choisi de loisifier.
04:15De travailler moins.
04:16Voilà, et donc ça, c'est un argument que j'achète pas.
04:20Mais en même temps, l'Europe, aujourd'hui, il ne faut pas oublier qu'on est le premier marché de consommateurs solvable au monde.
04:28Ce qu'on oublie, par exemple, trop souvent, c'est qu'on est la première puissance industrielle mondiale en valeur ajoutée.
04:35Si vous regardez la valeur ajoutée créée, l'Europe reste aujourd'hui la première puissance mondiale.
04:40Alors, c'est à touche-touche avec la Chine.
04:41On est quand même le premier pôle de démocratie au monde.
04:44Et puis, c'est vrai que dans la photo, il faut quand même rajouter, alors ça, c'est un argument un peu Zuckmanien,
04:49que si vous prenez la liste des dix premiers pays les plus heureux du monde, il y en a quand même neuf qui sont européens.
04:57Mais c'est là où je trouve que Zuckman n'y tape à côté, et c'est ce qu'a souligné Frédéric.
05:00C'est-à-dire qu'en gros, si on regarde par rapport à qui est armé, effectivement, pour affronter les défis du XXIe siècle, c'est là où on peut...
05:10Ce matin, on apprend que c'est les Chinois qui vont nous aider à construire les réédacteurs EPR pour aller plus vite.
05:16Parfois, on a une illusion d'équivalence.
05:18Je prends même l'exemple des véhicules autonomes.
05:20Regardez, en Europe, les discussions ont été...
05:22Alors, est-ce qu'on va garder encore un peu de moteur thermique et tout ça ?
05:26Là-bas, ça existe.
05:26Là-bas, ça existe, mais on est déjà là-bas aux véhicules autonomes.
05:29Vous allez dans les 4-5 grandes villes américaines, vous avez des robots-taxis, des véhicules...
05:33Nous, on n'a même pas abordé le sujet pendant ces discussions.
05:37Et c'est la même chose dans l'espace.
05:38Alors, on a Starlink d'un côté.
05:40Alors, nous, on essaie de jouer avec Telsat.
05:42Et on a même, formation et talent, il faut quand même dire, on a une grosse fuite de talent aujourd'hui.
05:46Même si on...
05:46Yann Lequin revient, vous rigolez.
05:47Yann Lequin revient, en plus avec un Français à la tête.
05:50Ben oui, mais est-ce qu'il revient ?
05:53Alors, sans doute que cette startup va être installée en Europe.
05:57Mais voilà, alors il faut se réjouir de tout ça.
05:59Mais en tout cas, voilà, attention sur les enjeux du futur à ne pas trop, trop décrocher
06:04comme on le fait en ce moment.
06:05Merci à tous les deux.
06:06Bonne nuit.
06:07C'est bizarre.
06:08Bonne nuit.
06:09Bonne nuit.
06:09Bonne nuit.
06:10Bonne nuit.
06:11Bonne nuit.
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