Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 heures
La journaliste et réalisatrice Solène Chalvon-Fioriti, déjà autrice d’un documentaire sur les jeunesses iraniennes, estime qu’il est difficile d’avoir une vision de la complexité du pays sans reportage sur place.
Transcription
00:00Tout le monde, en fait, parle à la place des Iraniens,
00:03mais les Iraniens sur place, on a vraiment du mal à les entendre,
00:07puisque de toute façon, s'ils parlent fort, ils sont punis.
00:11L'Iran, pour les gens comme moi, si un miracle se produit et le pays s'ouvre,
00:19il est clair que je pense qu'il y a des centaines de journalistes
00:23qui rêvent d'aller enfin dans ce pays, comme moi, à qui on a refusé je ne sais même plus
00:28combien de visas,
00:29et d'arrêter de faire des films proxy, parce que c'est la mode.
00:33En ce moment, on nous interdit tellement de terrain.
00:35Je pense qu'il va y avoir un afflux de journalistes qui sera, à mon avis, vraiment salvateur,
00:40puisque, encore une fois, je l'ai vécu, moi, dans mon dernier film,
00:44et je le ressens maintenant, retravaillant sur l'Iran,
00:47et notamment sur les classes populaires et les zones rurales,
00:51il y a un problème d'angle, c'est-à-dire qu'en fait, on attaque à chaque fois
00:57que les images qui nous parviennent, et ces images qui nous parviennent,
01:00c'est des images, bien sûr, de soulèvement, des images d'iPhone,
01:04et en fait, on a un mal fou à comprendre la complexité de la société iranienne,
01:08et d'ailleurs, je pense que c'est aussi pour ça que ça soulève une telle violence
01:13sur les réseaux, auprès de la diaspora, dans les prises de parole,
01:17c'est que tout le monde, en fait, parle à la place des Iraniens,
01:22mais les Iraniens sur place, on a vraiment du mal à les entendre,
01:25puisque, de toute façon, s'ils parlent fort, ils sont punis.
01:30Il y a une vraie responsabilité pour nous, les journalistes,
01:32c'est-à-dire, quand on fait des films en extérieur, en proxy,
01:36puisqu'on nous refuse les accès, c'est vraiment, je crois, absolument central
01:42d'être dans un vrai pacte d'honnêteté, c'est le cas, de toute façon,
01:44dans le métier, on essaie d'être honnête, mais objectif, a fortiori,
01:47quand vous n'êtes pas là-bas, c'est quand même compliqué.
01:49Il faut rendre compte des différentes tendances qui animent cette société.
01:53Elles sont nombreuses, elles sont plurielles, elles ne nous font pas toujours plaisir,
01:57et on l'a bien vu dans notre dernier film, je veux dire,
02:00il y a des centaines de milliers de personnes qui sont dans les jeunesses bas-sieges
02:05et dans les corps des gardiens de la Révolution,
02:06que ça nous plaise, que ça ne nous plaise pas, ces gens-là, ils existent,
02:09ils sont violents, ils sont armés, ils sont idéologisés,
02:12peu importe, en tout cas, ils constituent un corps important de cette société.
02:17Et moi, j'ai très bien vu, au moment de la sortie du film,
02:20que ça rendait des gens fous, fous sur les réseaux sociaux,
02:24notamment, par exemple, des Iraniens de la diaspora,
02:26parce qu'on a l'impression qu'on leur vole un récit.
02:28La question du récit, de la véracité du récit, de l'honnêteté du récit,
02:31elle se pose plus que jamais, parce qu'il y a tellement de sources d'informations différentes,
02:39difficilement vérifiables, de fake news, de gens très, très idéologisés sur les réseaux,
02:43qui, par un jeu d'algorithme, en fait, ont plus de lecture que les autres,
02:48que ça nous baigne dans une gigantesque confusion.
02:52Et moi, je ne veux plus faire de film en proxy à cause de ça.
02:56En fait, ça devient impossible pour nous, les journalistes, quoi,
02:59et de vérifier l'information, et de comprendre exactement dans quelles conditions les images se sont faites.
03:03Donc, dans mon cas, j'irai en Iran quand j'aurai un visa,
03:06et sans visa, je ne ferai pas le film cette fois.
03:08« Salut. Pardon, je ne peux pas vous dire comment je m'appelle.
03:15C'est la faute de mon gouvernement.
03:17Il nous interdit de parler aux médias étrangers.
03:21Je ne sais pas de quoi ils ont peur, de nous, les jeunes, peut-être.
03:26Je ne peux pas vous montrer mon vrai visage non plus.
03:29On a dû changer mon nez, ma bouche, mes yeux, à l'intelligence artificielle, pour ma sécurité.
03:34Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations