00:00Édouard Philippe veut proposer une nouvelle politique économique de prospérité,
00:03il propose un deal des baisses d'impôts d'un côté contre des baisses de dépenses de l'autre,
00:08250 milliards sur un quinquennat.
00:10Est-ce que vous achetez le deal fiscal d'Édouard Philippe, Emmanuel ?
00:14Dans la vitrine, c'est formidable, effectivement.
00:17Le diagnostic, il est plutôt juste.
00:19Les entreprises françaises payent trop d'impôts,
00:22effectivement, c'est ce que montrent tous les classements,
00:24trop d'impôts de production notamment.
00:26Et donc, effectivement, si on pouvait alléger la facture, ce serait bien.
00:31Sachant qu'il y a aussi trop d'entreprises qui sont biberonnées aux aides publiques,
00:35il y a quand même plus de 2200 dispositifs différents.
00:40Donc, tout ça mobilise à la fois des moyens et une énergie considérable
00:43avec des résultats qui sont assez peu efficaces.
00:48Donc, l'idée, permettre à nos entreprises de courir avec moins de boulet au pied
00:51face à la concurrence étrangère, on ne peut qu'acheter.
00:53Donc, sur le papier, le plan est parfait,
00:56mais comme l'étaient en leur temps les plans proposés par Alain Juppé et François Fillon.
01:01Là où ça se gâte, c'est quand on rentre après sur la pratique.
01:05Parce qu'en fait, on nous promet encore une fois une espèce de grand soir
01:08dont on sait dans l'histoire de France et notamment dans l'histoire
01:10de notre fiscalité et de notre complexité administrative
01:14que malgré toutes les tentatives faites depuis la Deuxième Guerre mondiale,
01:17et Dieu sait s'il y en a eu, on n'a jamais été capable d'enrayer quoi que ce soit.
01:21Donc, sur la faisabilité, cette idée qu'on va débrancher d'un seul coup
01:24tout un tas de tuyaux, on va être capable de les rebrancher ailleurs ou de les brancher,
01:28moi j'avoue que je n'y crois pas beaucoup et ça se complique encore plus
01:30quand on parle de politique, parce que là, franchement,
01:33on est confronté à un problème qui est que ça va sans doute permettre
01:37de créer des emplois et aussi d'en sauver, mais les emplois sauvés,
01:40on ne les voit pas.
01:41C'est le fameux reproche qu'on a fait au MEDEF sur son million d'emplois créés.
01:43En réalité, si on prend en compte les emplois sauvés,
01:46on était sans doute au bout du compte.
01:48Et puis, politiquement, les baisses d'impôts, ça ne paye pas.
01:51Regardez le sort réservé à Emmanuel Macron sur les impôts aux ménages.
01:55Et puis, si en plus, vous rajoutez qu'Edouard Philippe,
01:57vous promettez à 67 ans, je ne suis pas sûr que...
02:01Donc, vous ne vous achetez pas, ce deal ?
02:03Je l'achète sur le papier, mais je n'y crois pas dans la réalité.
02:06Raphaël, vous achetez ou pas ?
02:07Les deux positions, alors, j'achète en pratique, mais pas en théorie.
02:12C'est-à-dire qu'il a un constat lucide, il a un constat lucide.
02:15C'est-à-dire que la France, c'est ce qu'il dit en début de son poste,
02:17la France devient un pays pauvre avec un modèle social de pays riche.
02:21Donc ça, déjà, d'entrée, on pose le bon diagnostic.
02:26Le problème, c'est les solutions qu'il apporte derrière par la suite.
02:29Donc, ce grand deal, présenté comme un deal XXL aux entreprises françaises,
02:3450 milliards de baisse d'impôts contre 50 milliards de baisse des aides publiques,
02:41c'est quand même d'une banalité sans nom.
02:44C'est grosso modo ce qu'a fait François Hollande avec le pacte de responsabilité.
02:5140 milliards de baisse d'entreprise, donc ce n'est pas révolutionnaire non plus.
02:56C'était en 2015.
02:57J'ai retrouvé une note de 2016 écrite par quelqu'un qu'on connaît bien ici à BFM Business,
03:03et Romain Rivaton, c'était pour le think tank Génération Libre.
03:06En 2016, Romain Rivaton proposait déjà,
03:09alors à l'époque, il était le conseiller de Valérie Pécresse à la région Île-de-France,
03:14mais il proposait un effacement parallèle de 50 milliards d'aides et d'impôts en moins.
03:20Donc franchement, je ne le trouve pas très disruptif,
03:24Édouard Philippe, dans son annonce, d'autant plus qu'il n'y a aucun détail sur les voies et moyens.
03:31On ne sait pas ce qu'on peut faire.
03:33Est-ce que la disruption ne serait pas pour une fois que quelqu'un mette en place des propositions ?
03:38Alors le faire, déjà.
03:39Ça, c'est disruptif, faire ce qu'on dit.
03:41Exactement, ça c'est disruptif.
03:43On l'a fait, François Hollande l'a fait.
03:46On saurait faire des baisses d'impôts, François Hollande l'a fait.
03:48Alors ce truc en parallèle de nettoyer les aides, très bien, moi j'attends de voir.
03:51Pour l'instant, j'ai l'impression qu'on enfonce plutôt des portes ouvertes,
03:54que ça sent un peu la panique du côté des équipes.
03:56Oui, il a besoin de remonter dans les sondages.
03:58Des équipes d'Édouard Philippe qui viennent de perdre 10 points dans les sondages et qui accélèrent.
04:00Il devait annoncer ces mesures qu'après les municipales, normalement...
04:03Il est passé après Gérald Darmanin qui était dans les échos la veille.
04:06Ils ont tous très envie de parler aux entreprises.
04:08Vous dites quand même, Emmanuel, on ne peut pas prendre des tuyaux et les rebrancher à côté.
04:12C'est-à-dire qu'on est incapable de faire évoluer les choses, de changer les grandes masses.
04:16C'est foutu pour vous ?
04:17C'est foutu, c'est l'expérience qui nous le montre.
04:21Regardez toutes les tentatives de simplification qu'on nous a proposées sur des échelles bien moindres.
04:30Il y a toujours cette complexité et il y a toujours un méta...
04:36Alors, moi je pense qu'on peut parler d'état profond, effectivement.
04:39Il y a toujours une mécanique de la haute administration dont le réflexe pour répondre à un problème,
04:46c'est toujours de créer une norme, une taxe et de considérer qu'après le problème est réglé.
04:50Mais tout ça, c'est une question de volonté politique, Emmanuel.
04:52Et on peut tout à fait changer avec des hommes politiques qui décident enfin de prendre le problème en main.
05:00D'autres pays l'ont fait, le rétablissement.
05:03C'est ce qui s'est passé dans tous les pays du globe.
05:05Parlez pas en même temps, parlez pas en même temps.
05:06Le sens de l'histoire, c'est qu'un ministre politiquement pèse de moins en moins,
05:09que son administration pèse de plus en plus.
05:12Et quand je dis qu'un ministre pèse de moins en moins,
05:14c'est la personnalité du ministre qui pèse de moins en moins.
05:17Ce sont des personnalités de plus en plus fallotes, insignifiantes, qui n'ont aucun poids.
05:21Les plus grands ministres de l'économie, ce n'étaient pas les plus grands économistes.
05:23Oui, mais c'est une volonté politique du président de la République.
05:26René Mollory.
05:27René Mollory, oui, il était garagiste.
05:29Je ne sais pas qui c'est.
05:30René Mollory.
05:31Ah, René Mollory, il a été ministre de l'économie de Valéry Giscard d'Estaing.
05:34Ah oui.
05:35Voilà.
05:35Et donc, René Mollory, il était garagiste.
05:38Et il a marqué de son empreinte.
05:40Le problème, c'est que vous avez des ministres qui sont donc des personnalités politiques de second plan.
05:45Mais c'est une volonté politique.
05:46Il n'y a plus des cabinets qui sont tout petits, avec des gens qui sont de moins en moins compétents,
05:50parce que plus personne ne veut aller dans les cabinets aujourd'hui.
05:52Donc, encore une fois, la haute administration a un poids considérable.
05:55Et son tempérament n'est pas la simplification.
05:59On n'est pas sorti des ronces.
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