- il y a 3 mois
La construction d’un plan de transition énergétique est nécessaire afin qu’elle soit rentable te qu’elle offre des solutions de décarbonation aux gouvernements. Bérénice Arbona, responsable de la dette privée infrastructure de LBPAM et Nicolas Rochon, fondateur et président de RGREEN INVEST nous expliquent comment financer les infrastructures nécessaires à l’atteinte des objectifs de décarbonation européens.
Ils sont les invités de cette émission spéciale à la Paris Infraweek.
Ils sont les invités de cette émission spéciale à la Paris Infraweek.
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00:00On parle de financement et de souveraineté énergétique tout de suite avec mes invités Bérenice Arbona.
00:13Bonjour, bienvenue. Vous êtes responsable de la dette privée infrastructure à la banque postale Asset Management.
00:19Et Nicolas Rochon, bonjour.
00:21Bonjour.
00:21Bienvenue à vous, le président et fondateur de Air Green Invest.
00:26On va présenter rapidement vos deux structures, la banque postale Asset Management.
00:31C'est quoi le rôle de cette business unit ?
00:35Alors, la banque postale Asset Management, c'est la partie gestion d'actifs du groupe Banque Postale.
00:40Aujourd'hui, je travaille au sein d'une plateforme European Private Market qui rassemble toutes les expertises de LBPAM sur les actifs privés.
00:50Et donc, au sein de cette plateforme, nous avons investi plus de 8,4 milliards d'euros sur plus de 300 projets mid-market partout en Europe.
00:59On gère plus de 26 fonds.
01:01Et sur la partie dette infrastructure, on a levé 4 milliards d'euros sur la classe d'actifs qu'on a investi au travers de 8 fonds que nous avons sous gestion pour notre clientèle d'investisseurs institutionnels.
01:12Et puis, on pourra prendre évidemment quelques exemples d'investissement ensemble.
01:16Nicolas Rochon, présentez-nous Air Green Invest.
01:19Air Green Invest, c'est une société de gestion indépendante spécialisée dans l'investissement des infrastructures de la transition énergétique.
01:25On a été créé il y a 15 ans.
01:27Et aujourd'hui, on a des stratégies d'investissement en écoutie et en dette pour l'Europe en angle transition énergétique qui va de la mobilité à la production et à la gestion des réseaux.
01:42Combien de projets vous avez financés ?
01:46Ça représente quelle capacité totale en quelque sorte ?
01:48On a financé plus de 3 000 projets. Il y a plus de 3,3 milliards d'euros d'investissement qui ont été réalisés depuis 15 ans avec une accélération très forte les cinq dernières années puisque la transition énergétique est devenue à l'échelle compétitive dans de nombreux pays européens.
02:04Je vais vous poser la même question à tous les deux. Est-ce que finalement vous prenez le relais d'un investissement public ou de ressources publiques en Berne ? Est-ce que vous avez ce sentiment ?
02:14Alors, il est vrai que l'investissement public est plus contraint que ce qu'il n'était autrefois.
02:19Ce qui est important d'avoir en tête, c'est que ce besoin de mobilisation des capitaux privés est nécessaire pour en fait arriver à surmonter le challenge du mur d'investissement qu'on a devant nous.
02:29Mur d'investissement pour à la fois assurer la transition énergétique, la transition digitale et les transitions qui sont nécessaires pour nos sociétés et également transitions qui sont nécessaires pour asseoir notre souveraineté et notre compétitivité en Europe.
02:42Donc, si on donne quelques chiffres, effectivement, et c'est vraiment important, et si on donne quelques chiffres, c'est 12 milliards, 12 trilliards d'investissements qui sont nécessaires d'ici à 2040 pour qu'on arrive à assurer cette souveraineté.
02:54Donc, 12 trilliards, c'est 12 000 milliards, c'est ça ?
02:57C'est ça. C'est pas moi qui ai sorti ce chiffre, c'est Boston Consulting Group qui vient de sortir une étude sur le sujet.
03:03Donc, quand on parle de mur d'investissement, c'est un mur qui est assez colossal et on se rend bien compte qu'effectivement, les capitaux publics n'arriveront pas à gérer tout seul ce mur de financement.
03:13Oui, on se rapproche de l'Everest d'une certaine façon.
03:15Donc, c'est logique que l'investissement, en fait, c'est presque complémentaire.
03:18Est-ce que vous diriez ça, investissement public et investissement privé ?
03:21Je dirais surtout que c'est une très bonne nouvelle que l'investissement privé soit capable de participer, notamment à la transition énergétique.
03:27Ça veut dire qu'elle est compétitive, qu'elle est rentable et qu'elle offre des solutions aux populations, aux gouvernements, aux entreprises.
03:33Et autant, il y a 20 ans, on avait vraiment besoin de supports très importants, notamment pour les subventions, pour pouvoir lancer ce chantier.
03:41Aujourd'hui, le relais est vraiment donné aux privés et il y a les moyens d'offrir des solutions rentables et efficaces.
03:50Donc, on peut le faire.
03:51Et alors, sur l'énergie spécifiquement, en quoi ce modèle dont vous nous parlez, il est à l'œuvre et primordial ?
04:00Alors, le vrai sujet, c'est que le cas de la France est très différent du cas de l'Espagne, de l'Italie et de la Roumanie.
04:08Ce qu'on peut dire, c'est qu'à l'échelle de l'Europe, pour l'énergie, il n'y a pas de solution en Europe sans investissement massif dans la transition énergétique.
04:17Mais attention, ce n'est pas forcément une transition environnementale. Je parle bien de transition énergétique.
04:22Comment faire en sorte que l'Europe retrouve une souveraineté énergétique, une indépendance ?
04:28On n'a pas de ressources fossiles. Donc, l'électrification est une solution évidente.
04:32On n'a pas le choix. Ça passe par le nucléaire, bien sûr, mais évidemment par du renouvelable,
04:37qui est la solution la plus rapide pour passer à l'échelle sur le court terme.
04:41Donc, dans certains pays, on va accélérer très fort dans la production.
04:44Je pense notamment dans les pays d'Europe de l'Est, de l'Italie.
04:47Dans d'autres pays déjà plus décarbonés, comme la France ou les pays nordiques,
04:51on peut passer à l'autre étape qui est d'accélérer fortement sur la mobilité, sur les réseaux.
04:56Donc, un plan d'investissement massif dans les prochaines années est différent de zone par zone.
05:03Mais le point très important, et c'est le grand changement, c'est qu'il faut qu'elle soit efficace, rentable,
05:09et qu'elle offre des solutions au gouvernement et aux populations.
05:12Et donc, il y a un changement très fort par rapport aux deux, trois dernières années qui a été accéléré par la crise.
05:18Vous avez senti aussi cette mutation finalement des investissements dans le domaine énergétique,
05:25accéléré par la crise qu'on a vécue collectivement ?
05:28Complètement. En fait, il y a quelques années, l'accélération, on l'avait sentie très fortement
05:32grâce aux objectifs ambitieux que s'étaient fixés l'Union Européenne en termes de développement des énergies renouvelables.
05:39À partir de 2022 et des problèmes de dépendance énergétique qui ont été révélés à tout le monde,
05:47on a senti qu'il fallait à la fois effectivement, bien évidemment, continuer d'accélérer dans tout ce qui est développement des énergies renouvelables,
05:54mais également penser autonomie énergétique, efficacité énergétique et souveraineté.
06:00Et c'est vraiment un changement de paradigme qui a été très important et assez massif.
06:06Pour vous donner des exemples, aujourd'hui, nous continuons notre taux de dépendance énergétique.
06:13En 2023, il était de plus de 58% au sein de l'Union Européenne.
06:17C'est-à-dire que par rapport à notre consommation finale, nous importons plus de la moitié de l'énergie dont on a besoin.
06:24Donc, ce n'est pas uniquement effectivement des enjeux de décarbonation qui sont nécessaires pour que notre société...
06:29Très enjeux de souveraineté, c'est ce dont on parle.
06:31...puis arriver dans un... pour qu'on puisse effectivement habiter dans un monde durable et soutenable.
06:36Mais il y a également des enjeux de réfléchir et repenser notre mix énergétique, la manière dont on utilise cette énergie,
06:45pour qu'elle soit effectivement... pour que cette transition puisse se faire dans le bon sens.
06:49Et donc, on a vu vraiment ce mouvement décarbonation.
06:52Et aujourd'hui, c'est en même temps.
06:54Donc, c'est décarbonation et souveraineté énergétique.
06:58Oui.
06:58Avec une France qui est quand même mieux lottique d'autres pays européens en la matière,
07:03est-ce que c'est plus difficile de convaincre quand on se parle à des interlocuteurs français
07:09qui disent « Oui, mais nous, on a notre capacité nucléaire,
07:12donc finalement, on est un peu plus tranquille en termes de souveraineté ? »
07:16Oui, c'est de toute façon assez compliqué de parler de transition énergétique en France à la base
07:21parce que c'est un sujet qui a été politisé.
07:23Oui, qui antagonise le débat.
07:25Et c'est l'inverse de ce qu'il devrait faire.
07:27La chance qu'on a aujourd'hui, c'est que la question de la souveraineté,
07:30c'est quelque chose qui réunit finalement tous les extrêmes et même le centre.
07:35Alors, avec cette urgence d'être compétitif, de redévelopper nos industries,
07:43on peut penser que la transition énergétique va aussi, par certains aspects,
07:48pouvoir se développer en France.
07:50Mais il faut avouer que le timing est vraiment très compliqué pour la France
07:54alors que nos voisins européens accélèrent massivement.
07:58Et ceux qui étaient les plus négatifs pour la transition énergétique il y a 10 ans,
08:03je pense notamment aux Polonais, je pense aux Roumains, je pense aux Bulgars.
08:07Et bien, ce sont eux qui sont les plus grands installateurs de solutions.
08:10Et peut-être parce qu'ils avaient plus de retard à rattraper ?
08:13Parce qu'eux, ils attendaient que ça soit compétitif.
08:16D'accord.
08:16Et ils n'étaient pas dans la transition environnementale.
08:18Oui.
08:18Maintenant que leur indépendance et la compétitivité de leur entreprise
08:23est liée à un accès de l'énergie pas cher,
08:26bien sûr, la transition énergétique avec la composante renouvelable devient une solution
08:30et donc ça accélère.
08:31Et le point très important aujourd'hui, et c'est pour ça que c'est fondamental
08:34quand on parle de souveraineté,
08:36c'est qu'il va falloir accélérer très fortement,
08:40mais on ne pourra pas le faire seul.
08:41Il faudra le faire avec l'Asie.
08:43Parce que si on n'a pas les composants asiatiques pour produire à des coûts compétitifs,
08:47on n'est pas capable de le faire.
08:49Et il va falloir planifier sur des temps longs, 10, 15 ans.
08:53L'énergie, c'est quelque chose de minimum à 20 ou 30 ans.
08:55Et si on veut renouveler le succès du nucléaire en France et du plan de Gaulle-Pompidou,
09:01notre chance aujourd'hui pour l'Europe, c'est d'arriver à faire le même dans cette transition énergétique
09:05qui aura une part de décarbonation, une part de réalité avec du nucléaire aussi.
09:11Mais l'objectif numéro un, il n'y a pas de croissance économique sans un électron compétitif.
09:16On va prendre, tiens, je vous propose à chacun, chacune de donner un exemple peut-être un peu emblématique.
09:25Je commence avec vous Bérénice Arbona.
09:27Exemple de, à la fois on parle de transition énergétique et justement de compétitivité industrielle.
09:33J'ai un très bon exemple effectivement qui me vient en tête.
09:37C'est un projet qu'on a financé.
09:38C'est un projet qui consistait, on l'a mis en place d'une nouvelle centrale de co-génération biomasse
09:44dans un site industriel dans l'Est de la France.
09:47Au départ, on peut penser qu'il s'agit uniquement d'un projet de transition énergétique
09:52ou de transition environnementale parce qu'on va remplacer en fait de l'énergie qui fonctionnait sur du gaz
09:58par effectivement de la combustion de biomasse.
10:01Mais en fait, le projet va beaucoup plus loin que ça.
10:04C'est un projet qui peut illustrer vraiment les liens intrinsèques qu'il y a entre transition énergétique et souveraineté.
10:10Sur ce projet, donc centrale de co-génération biomasse, elle produit à la fois de l'électricité et de la vapeur.
10:16C'est un site de pâte à papier, c'est ça ?
10:18Alors, ça permet effectivement d'alimenter tout un écosystème d'usines qui est dans le secteur du papier.
10:25Et donc, grâce à la mise en place de cette source d'énergie compétitive,
10:29ça a permis d'asseoir la présence dans cette zone en France de ce fabricant de pâte à papier
10:37qui a pu réaliser son plan de conversion du papier vers le carton,
10:42carton qui est beaucoup plus utilisé aujourd'hui qu'autrefois.
10:45Et grâce à cette source d'énergie compétitive, ça a permis de pérenniser 355 emplois sur site,
10:52de créer plus de 300 emplois indirects,
10:54et donc d'avoir vraiment un écosystème vertueux jusqu'à l'utilisation de la ressource qui est utilisée pour produire cette énergie.
11:01Parce que le bois qui est utilisé, ce n'est pas du bois, donc on ne va pas couper des forêts pour créer de l'énergie.
11:05On va utiliser en fait des déchets de bois.
11:07Donc c'est du bois de catégorie B.
11:09Donc c'est des déchets qui sont sourcés localement, par exemple du bois de construction,
11:14qui vont être utilisés pour fabriquer l'énergie,
11:16pour que cette entreprise puisse rester sur site et être compétitive en Europe.
11:21Donc pour moi c'est vraiment une excellente illustration de comment en investissant dans la transition énergétique,
11:26on arrive en fait à asseoir la compétitivité européenne.
11:30Allez, un exemple aussi Nicolas Rochon, une minute trente pour le pré-entrer.
11:33Très vite, je vais même vous en donner deux.
11:35Un, en France, le stockage.
11:38On a investi et développé à côté du fondateur et président Jean-Christophe Kerdelué,
11:44le leader européen de la solution de stockage.
11:47Donc leader en France avec près de 60% de part de marché et aussi en Finlande,
11:52sans subvention, que par une solution économique pour équilibrer le réseau,
11:56alors que la transition énergétique a contribué à le déstabiliser.
12:02Et aussi le réchauffement climatique, puisqu'elle a des conséquences sur la gestion des centrales nucléaires.
12:07Et par ces solutions d'équilibrage du réseau, sans subvention, on a réussi à le faire.
12:11On a couplé ça aussi avec la recharge rapide de véhicules.
12:13Et on a la solution la moins chère du monde, puisqu'on recharge à 25 cents du kWh en 15 minutes n'importe quel véhicule.
12:20Donc ça, c'est un succès incroyable en France.
12:23C'est la première licorne française de la transition énergétique.
12:25Et un exemple étranger alors ?
12:26L'exemple étranger, on a créé le leader européen dans les Balkans de la production et de stockage de solaire et d'éolien.
12:36Pourquoi ? Parce que là-bas, en produisant et en stockant, on produit à 35 euros du kWh quand le prix de l'énergie est en moyenne entre 90 et 100 euros.
12:45On n'a pas besoin de subvention et on a une solution locale.
12:48Merci beaucoup. Merci à tous les deux. C'était passionnant.
12:51On continue de dérouler le fil de ce Smart Impact spécial Paris Infra Week ici à Bercy.
12:56On va parler des corridors stratégiques.
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