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  • il y a 3 jours
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Sandrine Etoa-Andegue, journaliste du service reportage de Franceinfo nous parle de son rapport à la langue.

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Transcription
00:00Le choix des mots est aussi politique, donc utiliser le bon mot, c'est très important et j'y fais
00:04attention.
00:12En tout cas, je les lis. Je suis une fan de la lettre de la médiatrice, j'essaye de ne
00:16pas la rater.
00:18C'est toujours intéressant, bien sûr, et inspirant pour le coup, de lire, de comprendre et de voir ce que
00:24les auditeurs perçoivent de l'information qu'on leur transmet.
00:28En tout cas, j'y fais attention et surtout, j'essaye de toujours me rappeler que c'est vraiment pour
00:36eux que nous travaillons.
00:39Je dirais même que c'est une obsession, parfois, pour moi, de choisir le bon mot, encore une fois, d
00:48'expliquer.
00:49Et selon les contextes, notamment, je pense au contexte international, avec les guerres, sur des terrains difficiles,
00:56le choix des mots est aussi politique, donc utiliser le bon mot, c'est très important et j'y fais
01:01attention, autant que l'information.
01:03Ensuite, on parle, donc c'est beaucoup de direct.
01:08C'est le langage du quotidien, c'est le langage parlé, même en faisant attention, il peut y avoir des
01:13petites choses qui nous échappent.
01:18Encore une fois, je pense à l'auditeur, il y a des choses qui vont paraître évidentes de manière immédiate.
01:23Et je me dis, mais est-ce que ça ne peut pas être remplacé par un exemple, quelque chose de
01:26beaucoup plus concret,
01:28en donnant davantage à voir qu'en employant une expression toute faite.
01:31Mais il n'y a pas de mots que je m'interdis à l'antenne.
01:33Après, je vais faire attention, par exemple, à une tuerie de masse.
01:37Je ne pense pas que j'emploierais le terme boucherie ou carnage.
01:41Je donne cet exemple parce que la question m'a été posée.
01:43J'ai une attention particulière, une sensibilité particulière dans des contextes comme celui-là.
01:51Je saupoudre mes interventions d'adverbes assez souvent, absolument étant mon préféré.
01:57Mais j'aime bien aussi « effectivement » et « notamment ».
02:00J'aime beaucoup les adverbes et là, ça me fait penser, pour ceux qui ont la référence,
02:05à cette bande dessinée pour les enfants qui s'appelle Ariole.
02:07Il y a un personnage assez drôle, c'est le prof de sport d'Ariole.
02:10C'est un petit garçon à l'école primaire et son prof de sport emploie tout le temps le mot
02:14« effectivement »
02:15mais à toutes les sauces, à temps et à travers.
02:16Il y a un décalage entre son utilisation de ce mot à outrance et la manière dont il l'emploie.
02:22C'est assez drôle.
02:24Effectivement, les adverbes, c'est un petit peu mon tic de langage.
02:30La question difficile, en tout cas j'aime bien apprendre de nouveaux mots.
02:35Il y a un an à peu près, j'ai entendu dans la bouche de mon collègue Eric Bégala, que
02:40je salue,
02:40le terme « mercuriel ».
02:42J'ai trouvé ce mot, rien que le son du mot, la sonorité est très importante.
02:46Je me souviens de m'être arrêtée en disant « mais que veut dire ce mot ? »
02:49Il y a évidemment défini, donc personnalité changeante, un peu lunatique.
02:55J'ai trouvé ce mot très beau maintenant, je ne sais pas dans quel contexte je pourrais moi-même l
02:59'utiliser.
03:00Mais voilà, un nouveau mot et je suis toujours contente d'enrichir mon vocabulaire.
03:07La radio, c'est d'abord parler aux gens, donc je ne m'interdis pas de dire week-end, parking.
03:13Et puis je vais préférer dire fake news, c'est vrai que le terme infox, que je trouve moche,
03:18ou fausse nouvelle, que je trouve pas assez précis.
03:21Pareil, le mouvement MeToo, je ne vais pas dire moi aussi.
03:25Il y a des choses qui sont immédiates, qui sont pratiques, c'est le langage parlé, je ne les interdis
03:29pas.
03:32Ça veut dire parler avec des gens dehors, je dirais.
03:35C'est toute la richesse, c'est tout le pouvoir d'évocation du reportage,
03:39que ce soit au pied de la maison de la radio, avec des gilets jaunes à un rond-point,
03:43avec la communauté vénézuélienne en Floride.
03:48La force du témoignage aussi, tout le travail sur la voix, sur le mixage,
03:53tout ce que la radio donne à voir, c'est vraiment ça.
03:57Pouvoir être ici en étant là-bas, c'est vraiment ça, avec les gens dehors.
04:05C'est une question très difficile, parce que le mot « emporter », qu'est-ce que ça veut dire
04:10?
04:11C'est soit purement émotionnel, la chair de poule.
04:15Beaucoup de voix m'emportent, et je pense à un chanteur, trop tôt disparu,
04:19qui est un chanteur de soul américain, qui s'appelle Donny Attaway,
04:22que j'ai entendu pour la première fois à la radio, je ne sais pas si c'était sur France
04:24Inter ou sur FIP,
04:25qui est un monument de la musique, vie et carrière trop courte.
04:30Et à chaque fois que je l'entends à la radio, c'est exceptionnel, c'est un prodige.
04:35Donc pour moi, c'est aussi une voix de radio.
04:37Voilà.
04:38Sous-titrage Société Radio-Canada
04:41Sous-titrage Société Radio-Canada

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