- il y a 10 mois
Ce jeudi 23 octobre, la suspension de la réforme des retraites, avec une facture estimée à 2,2 milliards d'euros, a été abordée par Rayan Nezzar, professeur à Sciences Po, Agnès Verdier-Molinié, directrice de la fondation IFRAP, et Christian Saint-Étienne, économiste et auteur de "Trump et nous : Comment sauver la France et l'Europe", dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Mes trois experts du jour, Agnès Verdier-Molinier. Bonjour Agnès.
00:04Bonjour Raphaël.
00:05Directrice de la fondation IFRAP.
00:07A côté de vous, Ryan Hezard. Bonjour Ryan.
00:09Bonjour.
00:09Que j'ai le plaisir d'accueillir pour la première fois dans les experts.
00:12Bienvenue dans l'émission.
00:13Professeur à Sciences Po, spécialiste de finances publiques.
00:16Et face à vous, Christian St-Etienne. Bonjour Christian.
00:18Bonjour.
00:19Economiste et auteur de Trump et nous, comment sauver la France et l'Europe.
00:23Aux éditions Odile Jacob.
00:25Toujours disponible, bien sûr.
00:27Ça vient de sortir il n'y a pas longtemps et ça se vend bien.
00:30Bravo.
00:31Un sujet qui intéresse, évidemment.
00:33Allez, on va parler beaucoup de budget aujourd'hui avec ce premier sujet sur la suspension de la réforme des retraites.
00:42C'est aujourd'hui qu'est présentée en Conseil des ministres exceptionnel la lettre suspensive au projet de loi de financement de la sécurité sociale
00:50qui doit permettre de suspendre la réforme Borne jusqu'en 2023.
00:54Alors on vient de connaître la facture.
00:562027, pardon.
00:59C'est 100 millions d'euros en 2026 et 1,4 milliard d'euros en 2027.
01:05C'est moins de prévu, Ryan, je commence avec vous.
01:08On parlait de 3 milliards.
01:10Jusqu'à présent, finalement, c'est beaucoup moins.
01:12Le chiffre qui avait circulé de 3 milliards, c'est entre guillemets le bon chiffre,
01:16mais c'est le chiffre sur l'ensemble des effets de la suspension de la réforme des retraites
01:19puisqu'il y a des effets sur les pensions de retraite et sur le système de retraite.
01:23Ça, c'est le 1,4 milliard dont parle, à juste titre, le gouvernement.
01:27Et il y a ensuite le fait que, comme on va s'arrêter de travailler un peu plus tôt que prévu par la réforme Borne,
01:33il y aura moins de recettes fiscales et sociales qui rentreront dans les caisses de l'État
01:36et dans les caisses de la sécurité sociale et moins d'activités économiques au sens large.
01:40Et en fait, c'est cet écart-là qui explique les 3 milliards d'euros.
01:43Donc, pour résumer, ça coûte 3 milliards d'euros en 2027, dont 1,4 milliard sur les retraites.
01:49Et la lettre rectificative, mais on va en parler, du gouvernement,
01:52permet justement de financer ce 1,4 milliard sur le système de retraite.
01:55Alors, Adia, ça veut dire qu'on minimise un peu le coût quand même de cette réforme.
01:58Je rappelle, c'est partir trois mois plus tôt à la retraite pour les générations de 64 et de 65.
02:05Bon, 3 milliards, ça devient un peu...
02:07Ils minimisent, là, le gouvernement en parlant de 1,4 milliard ?
02:10Bon, en tout cas, sur 2027, je comprends l'explication de Ryan.
02:15Il y a effectivement ce qu'on n'aura pas dans les caisses parce qu'on va arrêter de travailler plus tôt.
02:20C'est évident, c'est tout ce que nous, on avait dit aussi.
02:23On est tous d'accord sur ce sujet.
02:25Après, c'est les 100 millions en 2026.
02:27C'est très peu.
02:28Je les trouve quand même extrêmement faibles.
02:29Surprenant.
02:30Et nous, nous supposons qu'en fait, que le gouvernement extrapole le fait
02:36que les personnes vont quand même partir à la retraite à la date qu'ils avaient prévue
02:40parce que, bon, voilà, c'est l'année prochaine.
02:42Et ils ne vont pas forcément partir trois mois plus tôt
02:44par rapport à ce qu'ils avaient anticipé dans leur, on va dire, dans leur vraie vie.
02:49Voilà.
02:49Et donc, il est vraisemblable que l'écart qu'on a aujourd'hui
02:52entre ce qu'on avait dit nous, c'est-à-dire entre 300 et 500 millions d'euros de coûts en 2026,
02:59eh bien, ils s'expliquent par ça.
03:02Alors après, il y a aussi la question de, est-ce que tout est pris en compte ?
03:06C'est-à-dire, oui.
03:07Et puis, il y a aussi la question, est-ce qu'on n'est que sur la CNAV
03:10ou est-ce qu'on est aussi sur Agir Carco, etc.
03:12Donc là, normalement, normalement, c'est tous les régimes.
03:17Mais c'est vrai que les 100 millions, ils nous font tiquer.
03:20Et nous, on dit, attention, on considère que c'est sous-évalué pour 2026.
03:26Voilà.
03:26D'accord.
03:26Ce sera vraisemblablement plus.
03:28C'est difficile de dire combien.
03:31Certainement un peu entre les deux, c'est-à-dire peut-être 200, peut-être 250, 300 millions.
03:36Oui, ce qui est budgétairement rien d'indépassable.
03:38Ceci dit, ça reste des sommes assez modestes.
03:40Oui, mais le problème, c'est que de toute façon, cette suspension, elle est extrêmement dommageable.
03:45En fait, elle va exactement dans le sens inverse de ce qu'il faut faire.
03:50Ça, on sait que les Français sont plutôt opposés à l'idée de travailler plus longtemps.
03:54Mais on sait aussi qu'ils savent pertinemment qu'ils vont devoir travailler plus longtemps.
03:58Donc, aller dans le sens, finalement, d'un certain populisme, c'est ça.
04:02Alors qu'on sait tous qu'on va être obligés de travailler plus longtemps, c'est vraiment quelque chose de très ennuyeux.
04:08Et par ailleurs, on en reparlera tout à l'heure, il faut absolument, s'il y a cette suspension, que derrière, on reprenne le rythme de décalage.
04:16Ça, c'est absolument indispensable pour nos compétences.
04:19C'est la promesse d'Emmanuel Macron qui parle de décalage et non pas de suspension.
04:23Christian, il y a une facture quand même, même si elle est un peu allégée par rapport à ce qu'on craignait.
04:28C'est un milliard et demi.
04:29Et il va falloir les payer, ce milliard et demi.
04:31Qui va payer ?
04:32Le gouvernement a déjà décidé de ponctionner les mutuelles.
04:37Oui.
04:37Et puis, au-delà de ce coût affiché, le coût indirect est encore plus violent parce qu'en réalité, ça contribue au décalage sur les taux d'intérêt avec l'Allemagne.
04:52Donc, sur la dette, l'effet indirect de ce décalage est significatif en intérêt supplémentaire.
05:00C'est également un coût supplémentaire sur le fonctionnement de l'économie.
05:07Alors, les chefs d'entreprise, les investisseurs internationaux qui regardent le fonctionnement de la France se disent
05:15C'est un pays qui annonce au même moment qu'il va emprunter pour 2026 310 milliards d'euros
05:25à la fois pour financer le déficit et le refinancement des tombées de la dette
05:29et qui va demander la moitié de ses sommes à des fonds de pension étrangers
05:35originaire de pays dans lesquels la retraite est à 67 ans
05:39et dans lesquels on discute le fait de porter de départ à la retraite à 70 ans.
05:47Donc, c'est vraiment la fontaine.
05:49C'est les fourmis et les cigales.
05:51Donc, les cigales qui disent qu'on travaille trop l'été, il fait chaud, on va travailler moins,
05:59mais on va demander aux fourmis de contribuer plus pendant l'hiver.
06:03Donc, ce n'est pas crédible.
06:04Je reviens sur les chiffres de qui va payer, de la facture.
06:09On a les mutuelles.
06:09On a aussi les retraités qui vont devoir supporter une partie de cette facture à Yaneza.
06:15Oui, et dans la lettre rectificative du gouvernement, il y a effectivement deux leviers pour financer cette suspension.
06:20Le premier, c'est le fait d'augmenter la taxe sur les mutuelles, alors qu'il y a une surtaxe,
06:23donc qui est temporaire sur le papier, qui est justifiée dans l'esprit du gouvernement.
06:30Et honnêtement, ce n'est pas complètement injustifié par les hausses de tarifs pratiquées par les complémentaires santé depuis plusieurs années,
06:37très au-delà de l'inflation.
06:38L'an dernier, par exemple, 2024, 2% d'inflation en France, 7% de hausse des tarifs des mutuelles.
06:43Donc, l'idée du gouvernement, c'est de récupérer finalement une partie de cette hausse.
06:47Malheureusement, ce n'est pas mécanique et on peut quand même craindre que les mutuelles répercutent cette taxe sur les contrats.
06:52Donc, ça, c'est le premier levier.
06:53Ces 100 millions, ça permet de financer l'année 2026, selon les chiffres du gouvernement.
06:58Le deuxième levier, qui, je pense, est plus intéressant parce qu'il est, entre guillemets, plus structurel,
07:02c'est le fait de ne pas suivre l'inflation à chaque fois qu'on revalorise les pensions de retraite de base.
07:08Et donc, très concrètement, ça veut dire que ce qu'annonce le gouvernement, c'est qu'en 2027,
07:12l'inflation, enfin, on revalorisera les retraites de base de 0,9 point de moins que l'inflation.
07:18Estimée à 1,75 pour 2027.
07:20Alors oui, sauf que c'est sur l'inflation de l'année passée.
07:23Donc, c'est plutôt sur l'inflation de 2026, mais le raisonnement vaut.
07:26Ça économise à peu près 2 milliards et demi.
07:29Et donc, vous voyez qu'en fait, ça finance même un peu plus que cette facture de 1,4 milliard.
07:33La question, c'est quelles sont les retombées ensuite sur les retraités ?
07:36Et est-ce que l'effort est juste ?
07:38Moi, j'ai essayé de regarder sur le « retraité moyen » ou la retraité moyenne,
07:43qui a 1 670 euros brut de pension par mois aujourd'hui.
07:47La partie pension de base, c'est 1 000 euros.
07:49Et donc, 0,9 point de sous-indexation.
07:52Ça veut dire 9 euros par mois d'effort de perte de poids d'achat pour un retraité moyen.
07:57Ceci étant dit, au cours des débats parlementaires, cet effort pourrait être modulé.
08:00On peut très bien dire qu'il y a un effort supplémentaire qui est demandé pour les retraites au-delà d'un certain seuil.
08:04Et déjà en 2026, on prévoit quand même un gel complet des retraites en 2026.
08:08Et Edouard Philippe, d'ailleurs, avant le Covid, au moment de Manuel Valls,
08:13quand c'était le parti socialiste au gouvernement, il y a eu déjà ce type d'effort qui avait été demandé.
08:18C'est peut-être moins structurel que des éléments sur l'allongement de la durée de cotisation
08:24ou l'allongement de l'âge de départ, mais ça permet quand même d'économiser de la dépense publique.
08:28Sur ce point, les 17 millions de retraités électeurs devront se souvenir aux prochaines élections
08:35que quand on parle d'annulation à réforme des retraites, c'est qu'ils payent.
08:41Donc ils vont devoir connecter leurs neurones et qu'ils prennent leurs décisions dans le...
08:48Mais eux sont déjà à la retraite, ceux-ci...
08:49Oui, oui, mais ils vont payer...
08:51Non, mais justement...
08:52C'est de la même façon que 23 millions d'actifs doivent aussi avoir en tête
08:57que c'est eux qui font les efforts depuis des années à chaque réforme des retraites.
09:00Donc se poser la question, indépendamment du plan du gouvernement en tant que tel,
09:03se poser la question du partage de l'effort pour qu'on ait un système de retraite soutenable,
09:07aujourd'hui, à l'évidence, ça n'est pas le cas.
09:09Je pense que d'un point de vue politique, c'est une question...
09:11Non, mais le partage de l'effort, la réforme idéale, on la connaît tous.
09:15C'est quoi ? Laquelle ?
09:16C'est reculer l'âge de départ à 65 ans avec une sous-indexation des retraites sur plusieurs années.
09:22Ça, les Français n'en veulent pas, Christian.
09:24Non, non, mais je dis c'est l'idéal, il faut l'exprimer.
09:27Et ensuite, politiquement, on fait ce qu'on peut.
09:29Voilà, pour rendre le nécessaire possible.
09:32Voilà tout l'art du politique, Agnès.
09:33Si on n'exprime pas l'idéal, on ne sait pas de quoi on parle.
09:35Agnès Verdier-Bollinier.
09:36Non, c'est quand même une situation totalement paradoxale,
09:38où finalement, ceux qui poussent à suspendre la réforme des retraites,
09:44alors je pense notamment au Parti Socialiste,
09:46mais je pense aussi au Rassemblement National,
09:48ils poussent à suspendre la réforme des retraites,
09:50et en même temps, ils sont contre la désindexation des pensions.
09:54Mais on peut...
09:55Ce qu'on voit, c'est qu'il y a quelqu'un qui fait au final.
09:56En fait, c'est totalement hors sol d'avoir ces deux positions de manière simultanée.
10:05C'est-à-dire qu'on sait tous qu'on va devoir à un moment sous-indexer les pensions,
10:10et si jamais on suspend la réforme,
10:13ce n'est pas la sous-indexation qu'il va falloir faire,
10:15c'est en fait des gels, des gels sur plusieurs années.
10:18Parce que là, on nous dit, en fait, c'est 0,9 points, etc., etc.
10:21Bon, bref, pour 2027.
10:23Mais le sujet, maintenant, ça va être que dans les années qui viennent,
10:29si on continue à rester sur ce positionnement de dire
10:32on ne veut pas travailler plus longtemps,
10:34on va geler totalement les pensions.
10:36Et ça, il faut le dire.
10:37Et je trouve qu'il y a quelque chose d'important sur le positionnement des retraités.
10:41On devrait avoir aujourd'hui des retraités
10:44qui réclament le report de l'âge de départ à la retraite.
10:47– Et surtout les jeunes qui devraient le redemander normalement.
10:51– Non, mais même les retraités.
10:52– Enfin qu'on ne subit pas, c'est un peu compliqué.
10:54– Non, mais Christian, même les retraités, pourquoi ?
10:56Parce que c'est eux qui vont être aussi impactés par ces gels.
11:01Et ça, je trouve que c'est quelque chose qu'on ne dit pas.
11:06Il y a un manque de transparence sur le sujet.
11:09Et ça nous donne envie d'avoir, comme le Portugal,
11:12finalement un report de l'âge automatique en fonction de l'espérance de vie.
11:15Parce que ce sujet des retraites, il est beaucoup trop politique en France.
11:19Il ne devrait pas être politisé comme cela.
11:21Les Portugais, ils sont à 66 ans.
11:23– Il n'y a pas de consensus, on le voit bien.
11:24– À 66 ans.
11:25– Il y a un consensus pour travailler moins.
11:27– Oui, mais le sujet aussi, et ça c'est lié aussi aux aides sociales,
11:32au système social français, au minimum vieillesse français
11:34qui est très élevé par rapport au montant moyen des pensions,
11:38c'est qu'à un moment, il faut aussi se poser la question,
11:40il faut que le travail paye, au travail paye tout au long de la vie,
11:44et aussi quand on est à la retraite.
11:46Et certains qui sont contre le report de l'âge,
11:48ils disent mais finalement c'est toujours les mêmes qui font les efforts.
11:51Et pourquoi ils le disent ?
11:52Parce qu'ils se disent que finalement d'autres
11:54qui ont beaucoup moins travaillé dans leur vie
11:56et qui finalement se retrouvent avec du minimum vieillesse
11:59n'auront pas un pouvoir d'achat si éloigné du leur que ça.
12:04Et donc ça c'est aussi un sujet auquel il faut qu'on pense,
12:07qu'il faut qu'on montre que dans notre système social,
12:09dans les prochaines années, on valorise toujours ceux qui travaillent
12:14plutôt que ceux qui ne travaillent pas.
12:16C'est une vieille thématique.
12:17Non mais c'est absolument central dans le débat public,
12:22politique et économique des prochaines années.
12:25Dominique Seux dévoile des chiffres très intéressants
12:27dans son édito ce matin, dans les échos.
12:29C'est des chiffres de l'OCDE à venir fin novembre.
12:32Les Français partent deux ans plus tôt en retraite que les Allemands,
12:35trois ans plus tôt que la moyenne des pays développés.
12:38et l'espérance de vie, et c'est en France qu'on a l'espérance de vie
12:42la plus longue en retraite, 22 ans et demi pour les hommes
12:46et plus de 26 ans pour les femmes.
12:49Mais on voit qu'on en demande encore plus.
12:51C'est quatre ans de plus que la moyenne de l'OCDE.
12:55Donc on a...
12:56On voit qu'il y a des marges de manœuvre quand même.
12:57Oui mais...
12:59Alors, bon, le sujet des retraites, ça fait longtemps que je travaille,
13:04c'est complexe en fait.
13:06Très.
13:06Non, non, mais il faut d'abord se demander
13:10pourquoi les Français considèrent que la liberté est acquise
13:16au moment où on part à la retraite.
13:17Parce que quand on regarde les sondages, c'est ce qu'ils déclarent.
13:21Bien sûr.
13:22C'est un peu le fantasme de la rente, finalement.
13:24Oui, mais la question, donc, à contrario,
13:28c'est pourquoi les Français considèrent que travailler,
13:32c'est aussi catastrophique.
13:33En fait, il y a un vrai problème d'organisation du travail,
13:37de la qualité du travail.
13:39Donc, la question des retraites,
13:42c'est pas seulement la question du financement des retraites,
13:45c'est la question du mal-être au travail.
13:48Et ça, c'est pas suffisamment traité.
13:50Pourquoi les Italiens, qui sont joueurs de mandoline,
13:55d'après les représentations de dessins animés,
13:58ne s'insurgent pas contre la retraite à 67 ans
14:02et demain à 70 ans,
14:04alors que les Français, supposés rationnels, s'insurgent.
14:09Donc, il faut creuser et travailler la question du rapport au travail
14:14et du bien-être au travail.
14:15Je suis complètement d'accord là-dessus.
14:16Il y a deux questions.
14:17Il y a une question économique,
14:19qui est que si on se compare à l'Allemagne,
14:21comparaison n'est pas raison,
14:22mais si on se compare à l'Allemagne
14:23et qu'on avait le même taux d'emploi en France qu'en Allemagne,
14:26notamment chez les jeunes et chez les seniors,
14:28alors on aurait du déficit,
14:29mais on serait quasiment au 3% de déficit
14:32par rapport à la richesse nationale.
14:34Notamment parce qu'en France,
14:36sur la partie 55 à 64 ans,
14:38on a 60% de taux d'emploi
14:40quand c'est 77-78% en Allemagne.
14:42C'est intéressant ce que vous dites,
14:43parce que ce qu'on entend beaucoup,
14:44c'est Gilbert Sett, le président du corps,
14:46qui le dit très régulièrement,
14:47c'est que si on avait le taux d'emploi allemand,
14:48effectivement, on n'aurait plus de déficit.
14:50Ce n'est pas vrai.
14:51Alors, on aurait moins de déficit,
14:52on aurait un point et demi de déficit en moins,
14:54mais enfin, on serait quand même
14:55beaucoup plus dans les clous de nos engagements européens
14:57et notre crédibilité financière.
14:59Pardon, juste pour poursuivre là-dessus.
15:00Non, mais sur ce point,
15:01un point et demi de déficit en moins,
15:03ça, c'est l'effet direct.
15:04Mais l'effet indirect de la création de richesse,
15:08c'est le trésor qui a chiffré ça,
15:09c'est l'ensemble des effets,
15:10à la fois direct et indirect liés aux créations de richesse.
15:13Je suis plutôt aligné sur GBR7.
15:15Mais en tout cas,
15:16On va tous dans le même sens, en tout cas.
15:18Non, mais on est d'accord sur le...
15:19Mais on a cette question,
15:20mais qui est liée, en fait,
15:21comme vous le soulignez,
15:23à l'âge de départ moyen, à la retraite.
15:24Et en fait, pourquoi est-ce qu'on a un taux d'emploi
15:26des seniors qui est plus faible ?
15:27Parce qu'on part plus tôt à la retraite,
15:29c'est assez mécanique.
15:30Chez les jeunes, c'est une question un peu différente.
15:31C'est plutôt qu'on a plus de chômage,
15:33chez les jeunes notamment,
15:34peu qualifiés,
15:35et des qualifications en lycée professionnel,
15:38dans le supérieur,
15:39qui ne sont pas les bonnes
15:39par rapport à la réalité de notre économie.
15:42Ça, c'est pour la question économique.
15:43Ensuite, il y a la question sociale
15:44que vous mentionniez.
15:46Et j'ajoute aux éléments
15:47sur le bien-être au travail,
15:48sur la qualité de vie au travail,
15:50sur le problème de culture managériale en France,
15:53j'ajoute un élément
15:53qui est la progression salariale.
15:55Quand on travaille toute sa vie,
15:56qu'on respecte toutes les règles,
15:57qu'on essaie d'élever sa famille,
15:58et que parallèlement,
15:59on voit que son pouvoir d'achat
16:00et son salaire net ne progressent pas,
16:02parce qu'il y a beaucoup de charges
16:03sur le travail en France,
16:04nécessairement, ça décourage.
16:06Et donc, ça n'incite pas à travailler.
16:07Et c'est pour ça que tout est lié,
16:08et j'en termine par là,
16:09entre le fait d'inventer
16:10un nouveau modèle social,
16:11de nouvelles protections sociales,
16:12qui ne demandent pas uniquement
16:14aux travailleurs et aux travailleuses
16:15de financer le modèle social,
16:17mais qui vont trouver d'autres financements,
16:19notamment sur la consommation,
16:20et le fait, ensuite,
16:21de pouvoir modifier
16:22les règles de départ à la retraite.
16:24L'acceptabilité des réformes
16:25des retraites dépend aussi
16:26du fait de valoriser le travail.
16:27Le problème de cette évolution
16:28des salaires,
16:29elle est évoquée dans l'étude passionnante
16:30du Haut-Commissariat
16:31au plan publié hier
16:32sur Nicolas qui paie,
16:34et cette génération de trentenaires
16:36qui, effectivement,
16:36ne voit plus leur salaire.
16:37Ils commencent plus haut,
16:3810% plus haut à leur premier job,
16:40mais ça ne progresse plus après.
16:41C'est un vrai moteur
16:42du sentiment de déclassement.
16:44Je voudrais qu'on avance
16:44un peu simplement
16:45pour faire un peu le bilan
16:46des 3-4 jours d'examen
16:49du budget du projet de loi de finances
16:51en commission des finances.
16:52En plus, sur le sujet précédent,
16:54on a 7 milliards d'heures
16:55travaillées en moins en France
16:57par rapport à la moyenne
16:58des pays européens.
16:587 milliards d'heures.
16:597 milliards d'heures.
17:00Ça veut dire...
17:01C'est dû au chômage,
17:02pas parce qu'on travaille moins,
17:03c'est juste qu'il y a plus
17:04de gens au chômage.
17:04Il y a tout dedans.
17:06Il y a tout dedans.
17:07On commence plus tard,
17:08on arrête plus tôt,
17:09on travaille moins.
17:10Il y a à la fois le fait
17:11que les jeunes sont plus au chômage,
17:12qu'ils travaillent plus tard,
17:13à la fois le fait qu'effectivement,
17:15il y a moins d'heures d'activité
17:17dans un temps complet annuel
17:18pour quelqu'un
17:19qui est à temps complet en France
17:21par rapport à la moyenne
17:22des pays européens.
17:23Il y a aussi le fait
17:24qu'on part plutôt à la retraite.
17:25Alors, on a fait les calculs,
17:26nous, à la Fondation IFRAP,
17:27c'est 80 milliards de PIB,
17:29de richesse nationale,
17:30perdue par an.
17:31Donc, c'est gigantesque.
17:33Ça veut dire qu'il y a
17:33une grosse partie aussi
17:34de perdue pour les caisses publiques,
17:36parce que quand on a
17:3780 milliards de valeurs ajoutées,
17:39on sait que quand on a
17:40un taux de prélèvement
17:41obligatoire à 45 %,
17:43voire un peu plus,
17:44on a la moitié
17:46qui ne va pas forcément
17:47dans les caisses publiques.
17:48Donc, c'est vrai que
17:49ça serait du déficit,
17:51évidemment, en moins
17:52si on avait
17:53ces 7 milliards d'heures
17:54travaillées.
17:54Et nous, on l'a regardé
17:55en proportion, en fait,
17:57les différentes classes d'âge,
17:58etc.
17:58C'est assez intéressant.
17:59D'abord, évidemment,
18:00ceux qui sont à temps plein,
18:02ils travailleraient
18:02plus d'heures par an,
18:04de l'ordre de 49 heures
18:05de plus par an.
18:06Mais les salariés du public
18:08travailleraient 120 heures
18:09de plus par an.
18:10Donc, ça, c'est un sujet.
18:12Il y aurait environ
18:14un million de jeunes
18:15en moins
18:16qui seraient au chômage.
18:18Et puis, il y aurait
18:18environ 200 000 à 300 000
18:20retraités
18:21qui ne seraient pas
18:22encore retraités
18:22et qui seraient encore
18:23en emploi.
18:24Au total, ça fait
18:25environ 3 millions
18:26d'équivalents en plein.
18:27Donc, c'est quand même
18:28super intéressant
18:29de se dire
18:30si on avait
18:32un modèle social
18:33dont le fil rouge
18:34était le travail.
18:36Alors, là,
18:36je parle aussi
18:37des cumuls d'aides sociales
18:38où on se dit souvent,
18:39moi, c'était un des chapitres
18:40de mon livre,
18:40c'est la désincitation
18:41au travail.
18:41C'est-à-dire,
18:42au bout d'un moment,
18:43quand vous cumulez
18:44tellement d'aides
18:44hors impôts
18:46et qu'en face,
18:47vous avez une proposition
18:49au SMIC,
18:50vous n'êtes pas forcément
18:51incité à retourner
18:52au travail.
18:52Et les pays du nord
18:53de l'Europe
18:54ont beaucoup traité
18:55ce sujet
18:55avec des sanctions
18:57sur soit
18:59les allocations chômage
19:00soit les aides sociales
19:01en disant
19:02si vous refusez
19:03d'aller travailler
19:04alors que vous pouvez y aller,
19:05alors que vous avez
19:06des offres d'emploi,
19:07eh bien,
19:07on vous sanctionne,
19:08on vous baisse vos aides,
19:10on vous baisse
19:11vos allocations chômage
19:12et nous,
19:12en France,
19:13on ne le fait pas.
19:14Et ça,
19:14c'est un vrai problème.
19:16Ensuite,
19:17il y a le cumul emploi-retraite
19:18qui est aussi un sujet
19:19qu'on n'a pas du tout évoqué.
19:20Il y a un article
19:20d'ailleurs dans le PLFSS
19:21pour le réformer
19:21puisqu'il y a un certain nombre
19:22d'optimisations possibles.
19:25Oui,
19:25mais il y a aussi
19:26la question du plafond
19:26quand vous n'avez pas atteint
19:28votre nombre de trimestres
19:29et votre retraite
19:30à taux plein,
19:30ce que je trouve
19:30un peu dommageable
19:32parce que finalement,
19:33parce qu'être obligé
19:35d'attendre 67 ans,
19:37je pense à des cas
19:38que je connais personnellement,
19:3967 ans
19:40pour pouvoir cumuler
19:41un emploi-retraite
19:42vraiment,
19:43alors que finalement,
19:44vous devriez pouvoir
19:46cumuler un emploi-retraite
19:47sans plafond
19:48à partir du moment
19:49où vous avez atteint
19:50l'âge légal
19:51de départ à la retraite.
19:52C'est un peu ce que propose
19:53l'Allemagne.
19:53Ça coûte plutôt
19:54aux finances publiques.
19:54Oui, d'accord,
19:55mais en même temps,
19:57ça valorise le travail.
19:58Et tout ce qui valorise
19:59le travail
19:59doit être en permanence
20:01ce qu'on doit choisir
20:03pour la France.
20:04Non, mais dans le même sens,
20:05ce que je voulais dire,
20:07après,
20:08il faudrait regarder
20:08les estimations,
20:10mais si on regarde
20:11le taux global
20:12d'emploi,
20:13on est neuf points
20:14en dessous de l'Allemagne
20:15et ces neuf points,
20:17ça correspond à peu près
20:18aux trois millions d'emplois.
20:20Ces trois millions d'emplois,
20:20ça change tout
20:21parce que vous créez
20:22des richesses
20:23et la création de richesses
20:26entraîne la création
20:27de richesses.
20:28Je pense qu'effectivement,
20:29on passerait largement
20:30en dessous
20:31des trois points
20:32de PIB de déficit
20:33si on avait
20:34trois millions d'emplois
20:34en plus
20:35parce que non seulement
20:36vous créez des richesses,
20:38mais trois millions
20:39d'emplois en plus,
20:40ça ferait un million
20:41certainement
20:42de...
20:43des gens qui demandent
20:44des allocations
20:45de chômage,
20:47donc vous avez
20:47des économies
20:48considérables.
20:49Moins 5 milliards.
20:50Au total,
20:51la question que vous posez,
20:53en fait,
20:53il y a eu une étude
20:54de la Direction Générale
20:55du Trésor
20:55qui a chiffré
20:56à 43 milliards d'euros
20:57le gain pour les finances publiques
20:59si on s'alignait
21:00sur le taux d'emploi
21:00des Allemands.
21:01Il y a d'un côté...
21:02On retrouve les 45...
21:03Exactement.
21:04Il a coté 38 milliards d'euros
21:05de recettes en plus
21:06et de l'autre 5 milliards
21:07de dépenses en moins.
21:08C'est le raisonnement
21:09que vous tenez.
21:09Bon,
21:10et qu'est-ce qu'il faut
21:10pour que ça avance ?
21:12C'est un peu ça le sujet.
21:12Il faut qu'on donne
21:13des solutions.
21:14C'est-à-dire,
21:15c'est quoi ?
21:15C'est de la formation ?
21:16Il faut resserrer
21:17l'assurance chômage ?
21:18Comment on fait
21:19pour augmenter ce taux ?
21:21Le sujet des aides sociales
21:23n'est pas négligeable.
21:23Donc,
21:24c'est l'assistanat ?
21:25Il faut quand même
21:26insister aussi
21:27sur la formation.
21:27Sur les jeunes,
21:28par exemple,
21:28quand on a...
21:29Même si le taux de chômage
21:30des jeunes a baissé
21:30depuis une dizaine d'années,
21:32on reste quand même
21:32très au-delà
21:33des moyennes
21:34et des standards européens.
21:35Et ça,
21:35c'est du fait
21:36d'une formation initiale
21:37qui est déficiente,
21:38qui n'est pas au niveau
21:39de ce qu'on devrait attendre
21:40pour une économie
21:41du XXIe siècle.
21:42Donc,
21:42c'est à la fois
21:42le modèle social,
21:43mais j'insiste aussi
21:44sur le fait
21:44qu'il faut qu'on réforme
21:45notre formation,
21:46notre lycée professionnel,
21:48notre enseignement supérieur,
21:49notre enseignement technique
21:50si on veut pouvoir arriver
21:51à emmener l'ensemble
21:52d'une cohorte d'âge
21:53vers l'emploi.
21:53Mais est-ce que notre...
21:54En commençant par l'école primaire.
21:55En commençant par...
21:56Bien sûr.
21:56C'est ce que j'allais dire
21:57en commençant par
21:58l'éducation nationale
21:59parce que quand je vois
22:00la frilosité
22:01pour parler d'entreprise,
22:03d'entrepreneuriat,
22:04d'économie
22:05dans nos écoles
22:06alors que c'est quelque chose
22:07qui n'est pas du tout tabou
22:08dans les autres pays européens.
22:10Je pense à la Suisse,
22:11je pense à l'Allemagne
22:11où on parle toujours
22:12de l'apprentissage.
22:13Mais pourquoi ?
22:13Parce qu'en Allemagne,
22:15par exemple,
22:15vous avez des écoles
22:16qui sont financées en partie,
22:18alors pas totalement,
22:18mais il y a des financements
22:20en partie entrepreneuriaux,
22:21des entreprises locales.
22:22Et donc,
22:23il y a des partenariats
22:24dès l'école
22:25et je me souviens
22:26de François Hollande
22:27quand il avait proposé
22:28aux assises de l'entrepreneuriat
22:29qu'il y ait des cours
22:30d'entrepreneuriat en sixième.
22:31Les professeurs de SES
22:33avaient dit
22:33que c'était un scandale absolu
22:35de vouloir éduquer
22:36à l'entrepreneuriat
22:38des jeunes de sixième.
22:39Mais en fait, non.
22:40En fait, l'entreprise,
22:41c'est la vie
22:41et ça devrait être au cœur
22:43du sujet
22:45de ce qu'on apprend.
22:47Et j'ajouterais des cours
22:47de finance publique
22:48dès le collège
22:49pour que les citoyens comprennent
22:50comment fonctionne un peu
22:51notre société.
22:52Déjà, qu'on apprenne
22:53PLF, PLF,
22:54et pas que pour les collégiens.
22:57Et pas que pour les collégiens.
22:59On pourra en donner
23:00parfois des niveaux
23:01bien supérieurs.
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