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  • il y a 4 mois
Aujourd'hui, c'est au tour de Frédéric Ploquin, spécialiste de la criminalité organisée, et Frédéric Lauze, ancien commissaire de police, de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.

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00:00R.M.C. Face aux grandes gueules
00:03L'un est commissaire de police, s'appelle Frédéric Lohz, bonjour.
00:09Bonjour.
00:09L'autre est journaliste, spécialiste dans les crimes, l'investigation, c'est Frédéric Ploquin.
00:15Bonjour Frédéric.
00:16Bonjour.
00:17Et vous publiez tous les deux, insécurité, stop à la descente aux enfers, aux éditions Fayard.
00:22Quand on finit la lecture de votre livre, on se dit, le pays va vraiment mal, Frédéric Lohz.
00:26Oui, parce que les questions de sécurité sont des questions fondamentales.
00:32Le droit à la sécurité, c'est la promesse de l'État.
00:35Je renonce à la justice privée.
00:38En contrepartie, l'État assure ma sécurité, la fonction de justice avec un grand J.
00:44Et aujourd'hui, sur le temps long, parce que ce qui est intéressant, c'est le temps long, on va y revenir,
00:49la sécurité s'est fortement dégradée, et en particulier pour les personnes les plus défavorisées.
00:57En 1960, seulement 500 000 crimes et délits pour une population de 46 millions d'habitants.
01:02Aujourd'hui, 3,6 millions de crimes et délits.
01:06Alors, on est plus nombreux, on est 67 millions, mais enfin, ça a augmenté plus vite que la population.
01:11Absolument, mais au-delà des chiffres, les chiffres sont parlants, ça nous explose à la figure, effectivement, littéralement.
01:19Mais au-delà des chiffres, ce que nous, on veut raconter dans ce livre, c'est que derrière chaque chiffre,
01:24derrière chaque cambriolage, derrière chaque agression, derrière chaque attaque, vol, il y a une victime.
01:32Et qu'il ne faut pas juste considérer, nos élites, nos technocrates, brassent les chiffres,
01:38oui, c'est plus temps, c'est moins temps, etc.
01:41Mais en fait, derrière, il y a de l'humain, et les crimes et délits, c'est à chaque fois un drame humain derrière.
01:47Et c'est ça qu'on veut raconter, souligner.
01:49Et Frédéric Lohz, qui est commissaire de police et qui a été toute sa vie sur le terrain,
01:53n'a eu de cesse, c'est ça qu'il raconte aussi, d'être confronté à ses victimes.
01:59C'est-à-dire que ce n'est pas quelqu'un qui observait des courbes depuis le ministère,
02:03depuis un bureau de la place Beauvau.
02:04C'est quelqu'un qui était confronté dans sa chair et dans le quotidien, justement, aux pleurs, aux larmes,
02:10aux difficultés des victimes de cambriolage.
02:13Un cambriolage, il y a des gens pour qui c'est rien.
02:15Un cambriolage, c'est un de plus, un de moins, c'est rien.
02:18Mais dès lors que vous êtes commissaire et que vous êtes confronté à la victime de...
02:22Oui, que c'est chez vous, c'est une intrusion.
02:25C'est le sentiment d'être en danger chez soi.
02:27Alors qu'on pense que chez soi, elle est protégée de tout.
02:29Et du coup, derrière chaque chiffre, c'est ça qu'on veut dire, il y a vraiment un drame.
02:33Frédéric Close ?
02:34Effectivement, les victimes, depuis une quarantaine d'années, ont été reléguées.
02:40Et l'accent a été mis sur la défense, l'exaltation des droits individuels,
02:44la défense des auteurs, des mises en cause, des prisonniers.
02:47Pour des raisons humanitaires, on a déplacé le curseur.
02:49Et on a oublié l'efficacité policière.
02:51On a oublié de protéger la population.
02:54Et ces chiffres qui correspondent à l'augmentation de la population française
03:00sont particulièrement choquants.
03:03Et ce livre est aussi une alerte, un coup de toxin.
03:07Pourquoi ?
03:08Est-ce que sur les tendances longues,
03:11si l'espérance de vie des Français, qui est de 85 ans à peu près pour les femmes,
03:15et de 79 ans pour les hommes, se mettait sur 20 ans à baisser de 20 ans ?
03:21On ne trouverait pas ça normal en disant que c'est comme ça, c'est l'évolution.
03:24Si le taux de mortalité, qui était de 55 pour 1000 en 1950,
03:30et qui est aujourd'hui de 5 pour 1000, revenait à 55 pour 1000 à la naissance,
03:34on ne trouverait pas ça normal.
03:35Si le taux d'alphabétisation, qui est à 99% de gens aujourd'hui en France
03:42alphabétisée tombait à 70%, tout le monde dirait que c'est choquant.
03:46Donc aujourd'hui, sur le temps long, cette insécurité qui augmente,
03:50avec le coût, le coût pour la nation, le coût économique, etc.,
03:55c'est absolument anormal.
03:56– Et vous l'attribuez à quel facteur, cette montée de l'insécurité ?
03:59– Il y a beaucoup de facteurs.
04:01Il y a un effet ciseau, c'est-à-dire qu'au moment où la délinquance se massifiait,
04:07alors ça a commencé en réalité certainement dans les années 70,
04:10donc en période de croissance économique, après mai 68,
04:15où on a commencé un peu à contester la notion d'autorité,
04:20à affaiblir la dissuasion judiciaire,
04:23vous avez des délinquants qui se sont dit, ça vaut le coup,
04:26puisque l'entreprise criminelle n'étant pas entravée,
04:32se sont dit, ça vaut le coup de faire un parcours de cambrioleurs,
04:36de voleurs, de délinquants, etc.
04:38Et après, dans les années 80, clairement,
04:42il y a l'idéologie de la défense sociale nouvelle,
04:44les années bas d'inter, parce qu'au-delà de l'homme qui est très respectable…
04:47– Qui va bientôt entrer au panthéon.
04:49– Voilà, mais vous avez aussi, petit à petit,
04:52on a affaibli l'autorité judiciaire,
04:55et je dis bien avec un effet ciseau,
04:56au moment où la délinquance se massifiait,
04:59ou en même temps les frontières s'ouvraient,
05:01on a ce processus inverse de lent désarmement,
05:05qui a commencé par un désarmement idéologique,
05:08je veux dire, on conteste, on marginalise, on stigmatise la prison,
05:12on multiplie les alternatives à la sanction…
05:14– La justice ne fait plus peur ?
05:15– Ben non, parce qu'il y a un sentiment d'impunité,
05:18on le voit tous les jours,
05:19et en même temps, non seulement il y a une irresponsabilité pénale diffuse,
05:24mais aussi il y a une irresponsabilité financière.
05:25Si vous, je vais vous donner un exemple,
05:27que les auditeurs vont apprécier,
05:29si vous, vous grillez un stop,
05:31où vous êtes 20-30 km heure au-dessus de la limitation de vitesse,
05:36vous êtes un contrevenant,
05:37on ne va pas vous dire, rappel à la loi,
05:39alternative, sursis, on verra plus tard,
05:43non, pourquoi ça a marché ?
05:45Pourquoi aujourd'hui on a changé nos comportements sur la route,
05:48et pourquoi on est passé de 17 000 à 3 000 morts aujourd'hui,
05:53en prenant en compte ?
05:53Donc on a sauvé 500 000 vies de 1974 aujourd'hui.
05:57– Donc la répression, ça a fonctionné ?
05:57– La répression pénale, et la répression porte-monnaie.
06:02– Sauf que cette répression, elle n'existe plus comme avant,
06:05pour d'autres primés délits.
06:06– Elle s'est largement affaiblie.
06:07– Il y a un chapitre qui est intéressant,
06:08parce qu'on n'en parle pas souvent,
06:10est-ce qu'on connaît le coût de la délinquance ?
06:13– Justement, c'est un des problèmes qu'on souhaitait soulever,
06:17parce qu'en fait, si on fait le rapport coût-dépense pour l'État,
06:21la délinquance, au final, coûte beaucoup plus cher,
06:24à la fois à l'État et aux citoyens,
06:27beaucoup plus cher que l'investissement qui est mis pour,
06:30en gros, financer les forces de l'ordre.
06:31C'est-à-dire que si vous prenez le budget de la police,
06:32de la gendarmerie, de l'administration pénitentiaire,
06:36vous vous apercevez que si on mettait 10, 20, 30 milliards de plus
06:39pour, en fait, assurer la sécurité des Français,
06:42ça nous rapporterait de l'argent.
06:43Comme on est dans une période où on peine à boucler le budget,
06:46c'est peut-être intéressant de se poser cette question.
06:48L'insécurité, en fait, elle nous coûte cher pour tout un tas de raisons.
06:52Elle nous coûte cher en termes, par exemple, de primes d'assurance,
06:54parce que plus il y a des cambriolages, plus on va vous augmenter.
06:56À vous, qui n'avez cambriolé personne jusqu'à présent,
06:59votre prime d'assurance.
07:01Elle coûte cher, quand vous prenez le narcotrafic dans certains quartiers,
07:04elle détruit l'activité sociale et économique de nombreux quartiers.
07:08Elle détruit l'avenir d'une partie de notre jeunesse
07:11qui rentre dans le gouffre sans fin du narcotrafic.
07:14Si vous prenez les dépenses faites par les Français,
07:18vous et moi, pour sécuriser votre maison, votre appartement,
07:22vous allez dépenser en moyen, en alarme, etc.
07:26Si vous prenez le coût des grosses entreprises
07:28en matière de sécurité privée pour se protéger,
07:30vous additionnez tout ça, vous arrivez à un certain nombre de milliards
07:33et vous dites, finalement, ceux qui, aujourd'hui,
07:36à l'Assemblée nationale, freinent l'augmentation du budget,
07:40de la justice et des forces de l'ordre,
07:42se trompent radicalement de sujet.
07:44Ils sont à côté de la plaque.
07:45En fait, la dernière étude sur le coût de la délinquance,
07:48celle de 2009,
07:49elle avait évalué le coût de la délinquance à 150 milliards d'euros.
07:54On était à 5,7% du PIB.
07:57On n'a jamais, depuis, étudié véritablement le coût de la délinquance.
08:00Mais le chiffre d'affaires du narcotrafic, c'est combien ?
08:04C'est entre 4 et 5 milliards d'euros par an,
08:08le chiffre d'affaires du narcotrafic aujourd'hui en France,
08:10avec environ 240 000 personnes qui sont reliées directement,
08:15employées, on va dire, par les barons de la drogue.
08:18Mais est-ce que la société est vraiment plus violente aujourd'hui
08:21qu'avant Frédéric Lohse ?
08:23La société est...
08:25Ou est-ce qu'on est plus sensible à ces faits de violence ?
08:27Alors, il y a les deux.
08:29La société, il y a un taux d'acceptabilité qui a baissé,
08:34donc il y a aussi, mécaniquement, plus de plaintes qui sont déposées,
08:37plus de faits constatés, parce que c'est vrai,
08:40aujourd'hui, par rapport aux années 70,
08:42on va déposer plainte plus facilement,
08:44ce qu'on appelle la judiciarisation.
08:46Il y a des phénomènes émergents, c'est une très bonne chose,
08:48de façon proactive aujourd'hui,
08:50prenons les violences faites aux femmes,
08:52on incite davantage à ce que les femmes victimes viennent déposer plainte.
08:56Mais objectivement, la violence a augmenté de partout,
09:00on le voit dans les écoles,
09:02où la violence a augmenté dans les écoles,
09:05le cadre civique, les cadres moraux qui existaient,
09:08le service national qui permettait de recenser tout le monde
09:11et de remettre tout le monde sur les bons rails
09:14lorsqu'on dérivait ou lorsqu'on était en échange.
09:15Vous êtes assez favorable d'ailleurs au retour du service national.
09:18Alors, je l'ai mis, bien sûr,
09:20parce que moi-même, j'ai fait mon service militaire dans les paras
09:22après avoir été un décrocheur scolaire
09:25qui s'était fait renvoyer de trois établissements.
09:27L'armée m'a remis d'équerre.
09:29Je suis favorable aujourd'hui à un service national de dix mois,
09:33pas obligatoire, mais très fortement incitatif,
09:36universel hommes et femmes,
09:37incitatif, c'est-à-dire gratuité des formations,
09:40priorité à l'emploi, point retraite, etc.
09:42pour ceux qui vont donner dix mois pour la nation,
09:46mais un service, non pas un service qui serait un ovni
09:49où on parle un peu de tout et on ne sait pas quoi,
09:52orienté vers le militaire et orienté vers la sécurité
09:58pour défendre la société.
10:00Vous dites qu'objectivement, la violence a augmenté,
10:04mais moi, en lisant votre livre, j'ai fait des petites recherches
10:06et objectivement, la violence a diminué,
10:09comme le disent tous les sites de statistiques de l'INSEE,
10:12en passant par la presse.
10:14Je vous donne juste deux chiffres que j'ai notés.
10:16Les homicides des années 90 à aujourd'hui,
10:19ils sont passés de 3 à 1,3 pour 1000.
10:22Et ce qu'on appelle la petite délinquance,
10:25comme les cambriolages,
10:26l'Observatoire scientifique du crime et de la justice
10:29dit qu'ils ont aussi été divisés par deux,
10:31de 90 à 2020.
10:33Donc aujourd'hui, ça stagne.
10:35La baisse, c'est arrêter.
10:36Donc ça, c'est une question à la limite,
10:38sur les dernières années.
10:39Il n'empêche qu'il y a des facteurs,
10:40par exemple, le cambriolage a baissé pendant le Covid,
10:42parce que les gens étaient chez eux.
10:43Il y a des facteurs aussi qui expliquent les chiffres.
10:47Juste, objectivement,
10:48je ne dis pas qu'il n'y a pas de violence dans la société
10:50et qu'il ne faut pas toujours se battre
10:53pour faire baisser la violence.
10:55Juste, objectivement, c'est faux de dire
10:57que la violence augmente, elle baisse.
10:58Alors, je ne suis pas d'accord avec vous,
11:00objectivement, parce que déjà,
11:03il faut prendre le temps long.
11:04C'est ce qui est fait dans cette étude.
11:06C'est-à-dire, oui, mais si vous prenez...
11:07Je vous donne des chiffres sur 35 ans ?
11:08Oui, non, non.
11:09Si vous prenez...
11:11D'abord, l'outil statistique a été volontairement cassé.
11:13On a cassé le thermomètre, on l'a changé.
11:16On a créé...
11:16Eh oui, c'est bizarre.
11:18On fait un chapitre là-dedans.
11:19Non, mais je ne veux pas...
11:20Comment on vous a caché et cassé le thermomètre ?
11:22On a supprimé l'observatoire.
11:25On l'a supprimé.
11:27Il faut qu'il réponde, oui.
11:28En 2020, on a mis en place
11:31les statistiques de la délinquance
11:33étaient collectées par la direction centrale
11:35de la police judiciaire,
11:36pour la police et pour la gendarmerie.
11:38Et ça se faisait depuis l'après-guerre.
11:40Et on voit...
11:41Alors, c'était pas parfait.
11:43Mais c'était pas parfait dans un sens ou dans l'autre,
11:45si on veut interpréter les statistiques.
11:48Moi, je ne me focalise pas que sur les statistiques.
11:50Je sais très bien
11:51qu'on peut les interpréter de différentes façons.
11:54Mais objectivement,
11:56et là, nous, on part des années 50-60,
12:01en dehors des homicides,
12:03où là, je suis d'accord,
12:04les homicides, sur le temps long, ont baissé.
12:07Après, sur le temps long,
12:09la délinquance a fortement augmenté.
12:12On a un taux de criminalité pour 1 000 habitants
12:14qui, dans les années, par exemple,
12:1760, était de 15 pour 1 000.
12:20Et aujourd'hui, il est à 60 pour 1 000
12:22si on prend toutes les infractions.
12:24Et ça, ça veut dire que notre sécurité au quotidien
12:27s'est dégradée.
12:29Mais bien évidemment qu'elle s'est dégradée,
12:30sans compter que vous avez énormément de gens
12:32qui ne déposent pas plainte.
12:34Vous avez des enquêtes de victimation qui sont faites,
12:37et on a énormément de gens...
12:38Quand on se fait voler un vélo,
12:40des choses comme ça,
12:41on se dit que ça ne sert à rien de porter plainte.
12:42Qui ne déposent pas plainte.
12:44Regardez dans les établissements scolaires.
12:46Dans les établissements scolaires,
12:47tout le monde vous dit
12:48qu'il y a de plus en plus de violences.
12:50Je ne parle pas même des violences
12:51à caractère terroriste,
12:53où on en était à égorger des professeurs.
12:56Dominique Bernard, Samuel Paty.
12:58Mais en général,
12:59le niveau de violence dans la société a augmenté.
13:03Sur les statistiques, elle a augmenté.
13:05Mais le problème, là où je suis non pas en désaccord,
13:08mais on a cassé le thermomètre.
13:10Avant, on avait un observatoire qui dérangeait,
13:13qui a été mis en place en 2001.
13:15L'Observatoire national de la délinquance.
13:16Et on a rajouté, et de la réponse pénale.
13:19Mais ça dérangeait beaucoup.
13:20Alors qu'on devrait, en termes de transparence
13:22pour les citoyens, connaître
13:24et objectiver la délinquance
13:26et la réponse pénale.
13:27On a supprimé la réponse pénale
13:29parce que c'était dérangeant.
13:31Pour les juges.
13:31On a supprimé l'ONDRP qui marchait bien et on l'a supprimé d'un trait de plume en 2020.
13:41On l'a remplacé par un service qui, maintenant, ne dépend plus du Premier ministre comme avant,
13:45mais qui dépend du ministère de l'Intérieur.
13:47Il est difficile de s'évaluer ça soi-même.
13:49On va continuer la discussion avec le commissaire Frédéric Lose, avec Frédéric Ploquin.
13:53Ce livre s'appelle « L'insécurité stop à la descente aux enfers ».
13:56Il est aux éditions Fayard.
13:57Discussion.
13:58Et puis, vous pourrez prendre la parole, bien évidemment,
13:59au 32-16, Abel Bouilly, Didier Giraud, Flora Guébali.
14:02La question qui va suivre pour vous, messieurs,
14:04parce que dans l'insécurité, vous avez mis aussi le coup de la fraude sociale.
14:08Je ne voyais pas ce que ça venait faire là-dedans, le coup de la fraude sociale.
14:11Mais vous nous expliquerez pourquoi.
14:12Mais on va d'abord aller dans l'Isère, retrouver Julien.
14:15Bonjour, Julien.
14:16Bonjour.
14:17Salut, Julien, patron de bar, mon cher Julien.
14:20Et si, c'est vous qui avez été tiré au sort et qui gagnez les places pour l'Europa Park.
14:24C'est super, franchement, merci beaucoup.
14:26Je n'y croyais pas du tout.
14:27Vous allez pouvoir payer votre tournée.
14:29Avec plaisir.
14:30Quand vous voulez.
14:31Si vous passez par Grenoble, on a un petit bar sympa dans le centre-ville.
14:33Comment il s'appelle, votre bar ?
14:35C'est le Café de la Mairie, on est Place de Gordes.
14:37D'accord, le Café de la Mairie, on note.
14:39Mon cher Julien, vous gagnez les places pour l'Europa Park.
14:42Vous avez les entrées la nuit dans l'hôtel 4 étoiles, le petit déjeuner.
14:46C'est pour 4 personnes.
14:47Vous resterez 2 jours sans attraction.
14:49En plus, ce sera la période d'Halloween.
14:51Vous allez vous régaler.
14:51Voilà, Julien.
14:52C'est trop bien, franchement, merci beaucoup.
14:54Je vous en prie, profitez bien du séjour, mon cher Julien.
14:57Et merci de votre fidélité aux grandes gueules.
14:58Sur RMC, fêtez les 50 ans d'Europa Park.
15:02Élu 10 fois meilleur parc de loisirs au monde.
15:04Plus de 100 attractions et spectacles, ainsi que Rue Lantica, son univers aquatique nordique.
15:09Et dans un instant, on revient avec le commissaire Lowe, avec Frédéric Ploquin,
15:12parler d'insécurité.
15:13En France, la justice défaillante, les narcotrafiques, la délinquance des mineurs, la fraude sociale.
15:19Bref, il y a des révélations.
15:21Et puis surtout, on va essayer de voir comment lutter concrètement.
15:23Allez, à tout de suite avec les grandes gueules.
15:24Il est 11h20.
15:24Alain Marchal, Olivier Truchot, les grandes gueules.
15:291, 2, 3, 4.
15:30Régis Géli, les grandes gueules.
15:39On parle d'insécurité.
15:40Stop à la descente aux enfers.
15:42Ce livre est signé du commissaire Frédéric Lowe, qui est à la tête du syndicat des commissaires,
15:46avec Frédéric Ploquin, notre confrère spécialisé dans les affaires criminelles,
15:51dans les enquêtes au long cours sur les stupéfiants aussi.
15:53On en discute, on en parle avec des questions d'Abel Boyi, Didier Giraud et Flora Guébali.
15:59Abel Boyi.
16:00Alors moi, je tiens à dire que j'ai beaucoup apprécié l'ouvrage parce qu'étant éducateur,
16:03quand on est sur le terrain, tout ce qui est dit dedans, c'est ce que je vois au quotidien.
16:07En fait, il y a même certains moments où je me suis dit j'aurais pu l'écrire moi-même
16:11parce que c'est criant de vérité.
16:13Ce que j'ai aimé, c'est l'équilibre.
16:15Mais c'est vrai que ce qui transpire à travers votre ouvrage, c'est vraiment la déliquescence de l'État.
16:19Et j'ai presque envie de parler de complicité tacite.
16:23Il y a cet exemple où vous allez voir un procureur parce qu'il y a un mec qui se fait choper pour la quatrième fois pour vol.
16:30Il vous répond, je ne suis pas le toutou de Sarkozy.
16:32Il y a l'histoire des Maliens de Vincennes où la gauche est vent debout pour qu'on les régularise
16:37et quand Mitterrand les envoie dans une ville de gauche,
16:40les mêmes élus qui étaient vent debout vous font barrage et vous insultent
16:43parce qu'ils n'en veulent pas dans leur ville.
16:45Et vous parlez de ce déséquilibre entre la gauche qui est sur la prévention mais pas sur la répression
16:50et la droite qui n'est que sur la répression et pas la prévention.
16:54Et vous faites aussi une autocritique sur la police
16:56où vous dites clairement qu'il y a des problèmes de méthodologie.
16:59Vous dites clairement qu'il y a certains effectifs qui ont des a priori aussi sur les jeunes de quartier
17:04et que si on réalisait mieux que les délinquants en général à partir de 20-25 ans
17:09ils sortent de cette chaîne, on aurait plus de zèle pour de la prévention dès le bas âge en fait.
17:14Et ça je trouve que c'est hyper important.
17:16Maintenant ma question elle porte sur cette chose.
17:18Vous dites qu'il n'y a que 3% des containers au niveau des ports du Havre et de Marseille
17:23qui sont inspectés, c'est-à-dire qu'un narcotrafiquant colombien grosso modo
17:27il sait qu'il a 97 chances sur 100 de ne pas se faire gauler
17:30quand il envoie plusieurs centaines de kilos de cocaïne, ce qui est aberrant.
17:34Et vous expliquez qu'il y a un problème de concurrence
17:37vis-à-vis des ports de Rotterdam et Anvers.
17:40Donc l'État est au courant de ça.
17:42Donc l'État laisse-t-il passer volontairement les choses
17:45pour que les ports français soient aussi compétitifs, exactement ?
17:50Il y a un problème effectivement de concurrence énorme entre les ports européens, premièrement.
17:56Deuxièmement, plus votre port grandit, plus il y a de trafic
18:00ce qui est le cas actuellement au Havre où on construit de nouveaux docs, etc.
18:03On élargit, on élargit pour des raisons économiques
18:06parce qu'on a envie d'avoir des beaux ports en France.
18:08Plus vous augmentez la surface du port, plus le contrôle est complexe et compliqué
18:14parce que vous ne pouvez pas, effectivement, mais même d'un point de vue technique, pratique,
18:17vous ne pouvez pas fouiller tous les containers
18:18parce que vous avez des denrées alimentaires, parce que vous avez des produits congelés,
18:21parce que vous avez des bananes qui vont murir, parce que vous avez tout ça.
18:24– Mais c'est une complaisance, parce que vous dites que si on augmente quand même
18:28la surveillance en termes de compétitivité, on perd par rapport à...
18:31– Oui, mais est-ce qu'on les aura passés parce qu'on aimerait, effectivement,
18:33que le Havre reste compétitif ?
18:35– Voilà, c'est ça, c'est que si vous contrôlez l'intégralité de la marchandise,
18:39en gros, vous mettez le port à l'arrêt.
18:40– Voilà.
18:41– Et donc il n'y a plus ce flux, et les trafiquants de stupéfiants,
18:44ils n'aiment rien moins que le flux, ils se mettent dans le flux des passagers sur les avions,
18:48ils se mettent dans le flux des voitures quand ils font des confases,
18:51ils se mettent dans le flux naval quand ils se mettent à bord des conteneurs,
18:56donc vous ne pouvez pas stopper l'économie.
18:58– Didier Giraud ?
18:59– Moi, je viens du milieu rural et il y a des phénomènes qui sont en train d'apparaître
19:04dans le milieu rural qui n'existaient pas dans le milieu rural,
19:07on était peut-être plus en sécurité qu'ailleurs,
19:10donc ma question, elle est sur deux points,
19:14sur tout ce qui est vol, comment vous ressentez les choses,
19:17parce que quand même de plus en plus souvent,
19:22quand on va porter plainte, alors je parle des vols de gasoil par exemple,
19:25on nous dit que ce n'est pas la peine et qu'on ne retrouvera jamais les gens,
19:29et du coup je suis interrogatif sur le fait que la sécurité privée ne va pas se remettre en route,
19:34voilà, tout simplement,
19:35et du coup c'est un peu lié aussi à la deuxième question,
19:38qui est, on voit arriver aussi, moi j'aimerais bien savoir qu'est-ce qu'il y a après votre livre,
19:43parce qu'on voit arriver dans le milieu rural des propositions,
19:46entre autres des jeunes, qu'est-ce qui est en travers, l'ABM,
19:49qui descendent de la cité, de la seule ville à 50 kilomètres,
19:53et qui viennent proposer à des agriculteurs de planter du cannabis,
19:56c'est quoi l'étape d'après, est-ce que le milieu rural,
20:01où il y a moins de moyens, on se sent quand même parfois un peu des quartiers désarrêtés,
20:06en termes de sécurité, est-ce que ce n'est pas le futur grand marché du narco ?
20:13C'est un tout, vous avez raison, c'est-à-dire que l'insécurité se diffuse de partout,
20:20à mesure que les cadres civiques, ce qu'on appelle les mœurs,
20:23vous voyez même les mœurs, se sont affaiblis, il y a une attrition complète,
20:29donc vous prenez l'exemple du narcotrafic,
20:31oui le narcotrafic est en train de pénétrer,
20:34non pas simplement dans les villes portuaires, comme c'était le cas avant,
20:37Marseille, Le Havre, mais on voit autour de Marseille, par capillarité,
20:41à Nîmes, dans d'autres villes comme Avignon, maintenant Sète, etc.,
20:45et ils profitent de la libre circulation des hommes, des capitaux, des marchandises,
20:50c'est aussi cette conception ultra-libérale de l'économie qui a favorisé tout cela,
20:55il faut l'avoir en tête, il y a des avantages, développement économique, etc.,
20:59la France y a tiré des avantages, mais maintenant on en perçoit de plus en plus des inconvénients lourds,
21:04par rapport aux atteintes aux biens que vous évoquez,
21:07notamment par exemple les cambriolages ou les vols en milieu rural.
21:10On est très exposé là-dessus.
21:13Alors, tout à fait.
21:13Les bandes qui viennent de l'Est, qui n'ont même pas de résilience chez nous,
21:17qui ramassent, entre autres, ce qui est bien à la mode, c'est des GPS de tracteurs.
21:21Ça vaut aux alentours de 15 000 euros pièce,
21:24ils en ramassent 10-15 dans la nuit, et ils repartent chez eux directement.
21:28Par rapport à ce qu'on évoquait, par exemple, sur les statistiques,
21:31et qu'il aurait mérité avec votre collègue,
21:34une analyse beaucoup plus fine,
21:36c'est que dans les années 60-70-80, c'est intéressant,
21:40probablement que la moitié des personnes incarcérées
21:44étaient incarcérées pour des atteintes aux biens.
21:47Aujourd'hui, le parc carcéral est sous-dimensionné,
21:50et aujourd'hui, le refus de la prison,
21:53les peines alternatives à la prison qui se sont multipliées,
21:56fait que d'abord, on a une massification de la délinquance,
21:59donc les enquêteurs, policiers, gendarmes,
22:01n'ont pas le temps de traiter la délinquance.
22:03Il n'y a pas de réponse pénale, parce que bien souvent,
22:06il n'y a que des peines avec sursis, des rappels à la loi,
22:09il n'y a rien de dissuasif au niveau financier.
22:11On incarcère de moins en moins pour les atteintes aux biens,
22:14comme les cambriolages.
22:15Donc, la rentabilité de l'activité criminelle n'étant pas entravée,
22:20ça devient, dans une relation coût-avantage, intéressant.
22:24C'est pour ça que je pense que la réponse pénale doit être plus ferme,
22:28mais en même temps, il n'y a pas qu'une question de police et de justice.
22:31Il y a des questions d'éducation, il y a des questions de prévention.
22:35– Est-ce que le risque, ce n'est pas que les gens s'organisent ?
22:39– Bien sûr.
22:39– Moi, je vais vous dire, les paysans, ils ont tous un fusil.
22:42– Didier a deux doigts de sortir le fusil.
22:44– Non, mais globalement, ça va arriver un jour.
22:48– Effectivement, la pression de la délinquance est très, très forte.
22:51Elle n'est pas seulement, comme vous le disiez, franco-française,
22:54ça vient de partout.
22:56Les organisations criminelles mafieuses sont en pleine expansion
22:59dans le monde entier.
23:00Il y a des radias dans nos campagnes.
23:02Et effectivement, le dégât social, même politique derrière,
23:06est absolument considérable.
23:08Et en fait, je veux dire, les mafieux, les criminels,
23:11ce qu'ils aiment, c'est les failles.
23:12Ils foncent dans toutes les failles.
23:13Donc, ils voient bien que dans les campagnes,
23:15il y a un peu moins la densité de gendarmes présents sur le terrain
23:17et moins importante que la densité de policiers présents à Marseille,
23:20par exemple, ou à Paris.
23:21Ils le sentent bien, ils le voient bien.
23:22Donc, ils vont dans nos failles.
23:23Donc, c'est à l'État de s'organiser, de riposter.
23:26Et notamment, moi, je considère que l'une des choses que l'État devrait faire aujourd'hui,
23:30c'est de renforcer les services d'investigation qui ont été considérablement affaiblis.
23:34C'est-à-dire la police judiciaire.
23:35La police judiciaire, pour mettre beaucoup plus de monde sur ces enquêtes.
23:37Il y a aussi la procédure pénale qui est devenue...
23:39Enfin, il y a aussi la procédure internationale.
23:41Parce que quand les mecs qui volent des GPS, on sait où ils sont à la fin, quoi.
23:45Il y a beaucoup plus de monde, effectivement, sur le terrain pour faire ces enquêtes
23:47et ensuite pour forcer, contraindre à la coopération internationale.
23:51Ça se fait de plus en plus dans le cadre de l'Europe.
23:53On n'a pas parlé, quand même, de la délinquance des mineurs.
23:57Il n'y a pas une journée sans qu'on s'aperçoit que nos jeunes,
24:01enfin, certains de nos jeunes, entre 16 ans et 18 ans, sont plus violents qu'avant,
24:05agressent des policiers.
24:06Et on est toujours en train de les juger comme des enfants.
24:10D'ailleurs, ces jeunes passent devant un juge pour enfants.
24:13Or, ils ont entre 16 ans et 18 ans et ils sont souvent plus dangereux que des adultes.
24:18Par exemple, les jeunes qui ont agressé le policier de Tourcoing,
24:21ils ont été libres au bout de 2-3 jours et ils seront jugés libres.
24:24Qu'est-ce qu'on peut faire ? Parce que la délinquance des mineurs,
24:26on en parle tout le temps, la délinquance des mineurs,
24:29les ministres promettent des réformes.
24:31Il y a eu des réformes de voter, mais enfin, visiblement,
24:32on n'a pas trouvé encore la bonne solution.
24:35Il y a tellement de choses à faire.
24:36D'abord, oui, on va maintenir le primat de l'éducatif.
24:40Je crois que c'est une grande conquête de l'après-guerre.
24:43Mais aujourd'hui, effectivement, il faut être réaliste.
24:45On n'est pas bon dedans.
24:45Pardon ?
24:46On n'est pas bon dans la prévention.
24:47On n'est pas bon.
24:47Elle arrive beaucoup trop tard.
24:48On va en parler.
24:49Déjà, il faut être lucide.
24:50La délinquance des mineurs, là aussi, sur le temps long, elle a explosé.
24:54Les mineurs de l'après-guerre 1950-60, etc. n'ont plus rien à voir avec les mineurs d'aujourd'hui.
25:01On a une massification de la délinquance des mineurs.
25:03Et effectivement, la réponse pénale fait qu'on n'est pas bon.
25:07Parce qu'on a aussi beaucoup de mineurs multiréitérants, qu'on n'a pas eu le temps de juger,
25:12qui sont convoqués à des audiences devant le juge des enfants.
25:14Et qui continuent.
25:15Et qui continuent, qui continuent, qui créent des dégâts.
25:17Et, je reviens sur ce que vous dites, en termes de prévention de la délinquance,
25:22le ministère de l'Intérieur, mais même l'État, n'a pas de politique de prévention avec une vraie stratégie.
25:28Vous voyez, en matière de défense nationale, il y a une commission de la défense nationale,
25:32il y a une stratégie.
25:34Le ministère de l'Intérieur, et ce n'est pas faire une critique à l'encontre des policiers,
25:39des gendarmes, qui font un travail remarquable, qui sont courageux.
25:42J'en suis le témoin, je leur rends hommage.
25:44Et qui sont de plus en plus victimes de violences, d'agressions.
25:48Et ça, c'est nouveau, c'était impensable avant.
25:52Mais, ce que je veux dire, c'est que le ministère de l'Intérieur est un ministère
25:55qui est devenu un ministère plutôt de la communication et moins de l'action.
26:02C'est un ministère de l'urgence, qui est excellent dans la gestion de crise.
26:06Et c'est un ministère, j'allais dire, qui est dans l'empirisme et qui n'a pas de stratégie.
26:12Pour moi, pour notamment lutter contre la délinquance des mineurs et la délinquance tout court,
26:17il faut un pilotage interministériel, que le garde des Sceaux, le ministre de l'Intérieur,
26:22se voie de façon très concrète et pas des réunions de salon formelles
26:26autour du Premier ministre deux fois par an,
26:28et qu'on se fixe comme objectif de regarder les choses en face.
26:31D'accord, mais concrètement, une fois que le mineur, on l'attrape, on en fait quoi ?
26:34Parce qu'aujourd'hui, il est jugé, les peines sont moitié moindres, puisqu'il est mineur.
26:38Souvent, il n'est pas condamné à la première infraction.
26:43On lui donne une deuxième chance. Est-ce qu'il faut continuer dans cette logique ?
26:46Mais la brigade des mineurs, les brigades des mineurs sont sous-dimensionnées dans toute la France.
26:52Ça a toujours été un peu la dernière route du carrosse.
26:54La justice des mineurs, je ne vous en parle même pas.
26:56La justice des mineurs, ils ne savent pas faire.
26:58Ils s'intéressent a priori plutôt aux mineurs victimes.
27:01Et tout d'un coup, on leur dit, attendez, maintenant, mettez-vous à la page.
27:05Je veux dire, aujourd'hui, les mineurs ne sont plus victimes, ils sont auteurs.
27:09Et on se retrouve, moi je suis allé discuter justement avec le procureur de Marseille récemment de ce sujet,
27:14avec un nombre de magistrats extrêmement restreints pour traiter ça.
27:17Alors que sur le terrain, on a des mineurs parmi les tueurs à gages,
27:20on a des mineurs parmi les fournisseurs de stupéfiants,
27:23on a des mineurs qui agressent les policiers parce qu'ils se disent finalement, on est impuni.
27:28Parce qu'en fait, le problème lié au fait que la justice a sous-traité, remet en liberté,
27:35ne sait pas juger, ne sait pas faire, crée une génération entière qui grandit dans l'impunité.
27:41Et à partir du moment où vous grandissez dans l'impunité, ils ne sont absolument plus dissuadés de rien.
27:45Ils savent que, et puis même quand ils vont en prison, à la limite, ils vous le disent,
27:50c'est un herbie sympathique et tout, on est nourri, logé.
27:53Je veux dire, il n'y a plus rien qui leur fait mal, si j'ose dire.
27:55On ne sait plus traiter, donc il faut se réorganiser pour savoir traiter cette délinquance.
28:00Pour les mineurs, encore plus que pour les majeurs, il faut une réponse judiciaire rapide.
28:05Et puis, pour les mineurs qui sont ultra-violents, parce qu'aujourd'hui on a des mineurs ultra-violents.
28:10C'est quoi un mineur ultra-violent ?
28:11Un mineur qui va sur une tentative d'homicide, un vol avec violence,
28:17avec une interruption temporaire de travail très importante,
28:20qui procède à du racket, qui est dans des bandes qui sont extrêmement violents,
28:26ou qui agresse des policiers.
28:27Sur ces mineurs-là, moi je suis pour l'abaissement de la majorité pénale à 16 ans,
28:32qui deviendrait la norme, et l'exception serait l'excuse de minorité,
28:39parce qu'aujourd'hui, évidemment, ça a déjà été dit, pas moi, il faut inverser les choses,
28:43ça a déjà été dit, les mineurs de 2025 ne sont pas les mineurs de 1950.
28:49En termes de nombre de dangerosité ?
28:51– Sur la non-peur de l'autorité.
28:53On le voit bien aujourd'hui chez les mineurs, on n'a plus peur du gendarme,
28:57les mineurs, les majeurs même.
28:58Et c'est quoi le moment de bascule ?
28:59Est-ce qu'il n'y a pas un avant-après-attentat quand même là ?
29:02– Je ne sais pas s'il y a un après-avant-attentat,
29:05mais tous les cadres éducatifs ont explosé.
29:08– Le fait qu'on refuse de sanctionner, bien sûr qu'il faut de l'éducation,
29:13il faut de la sanction.
29:14Il n'y a pas d'éducation qui marche,
29:18il n'y a pas à un moment donné la sanction, la crainte de la sanction.
29:22Dans notre livre, ce n'est pas que l'addition de constats déprimants,
29:24on explique ce qui marche.
29:25C'est pour ça qu'on parle de la sécurité routière,
29:27qui est une politique publique qui a très bien marché.
29:30Et on dit qu'il faut la prendre en exemple pour ce qui est transposable.
29:34La lutte contre le terrorisme a très bien marché parce qu'on est établi,
29:36il y a une volonté politique, il y a une stratégie,
29:39il y a une doctrine et il y a un pilotage journalier.
29:42Ce qui n'existe pas dans la lutte contre la délinquance du quotidien,
29:46dans la lutte contre la délinquance des mineurs,
29:48vous voyez, ça n'existe pas.
29:49C'est de l'empirisme, c'est l'urgence, c'est de la communication.
29:52On ne sait pas s'organiser, on n'est pas organisé avec une vraie stratégie.
29:55Il y a des propositions dans ce livre,
29:57je dis qu'il n'y a pas que des constats déprimants,
29:58il y a une quarantaine de préconisations,
30:00pas que police, justice d'ailleurs, c'est global.
30:02On va continuer de discuter avec le commissaire Lowe,
30:04avec Frédéric Ploquin,
30:05« Sécurité stop à la descente aux enfers »,
30:07le livre est aux éditions Fayard.
30:08Est-ce qu'effectivement la France est en pleine descente aux enfers
30:10face à l'insécurité,
30:12avec une insécurité du quotidien ?
30:15C'est le moment pour vous de prendre la parole au 32-16,
30:17de venir contier le dialogue avec les GG,
30:20avec les Grandes Gueules,
30:21nos deux invités restent,
30:21Frédéric Ploquin, le commissaire Lowe,
30:23à tout de suite.
30:23Avec les GG, avec les Grandes Gueules,
30:39à midi moins le quart,
30:40avec Flora Guébali,
30:41avec Didier Giraud,
30:42à Belle Pauilly,
30:42nous recevons le commissaire Frédéric Lowe
30:44et Frédéric Ploquin,
30:46« Sécurité stop à la descente aux enfers »,
30:48le livre est aux éditions Fayard.
30:50Je vais donner la parole à Thierry dans 10 secondes,
30:52mais je voulais, il y a une question aussi
30:54à laquelle il faut répondre,
30:55question vérité.
30:56Est-ce qu'on doit lier délinquance et immigration ?
31:00Moi, je ne veux pas...
31:01Non, non, non, simplement,
31:02parce que là, c'est une question de statistiques
31:04par rapport aux interpellations, aux chiffres.
31:06Est-ce qu'on lit délinquance et immigration ?
31:07Il y a un chapitre là-dessus dans le livre.
31:08Mais c'est justement.
31:09Mais il ne veut pas en parler à l'antenne.
31:11Si, si, si.
31:12Si, alors, ou à Frédéric Ploquin.
31:13Comme c'est délicat, en 10 secondes, c'est compliqué.
31:16Non, c'est délicat,
31:17et puis le problème, c'est que dès que vous abordez ce sujet,
31:20vous êtes mis dans une catégorie, vous...
31:22Moi, je me méfie, il faut une émission plus importante.
31:26La seule chose que je dis, et je préfère,
31:29c'est que si demain, on s'attaquait fermement à l'insécurité,
31:33à la réponse pénale,
31:34la plupart des gens d'origine immigrés
31:37dans les quartiers populaires que j'ai rencontrés, moi,
31:40durant 37 ans, le long de mes postes,
31:42nous applaudiraient dès demain.
31:45Dès demain, voilà.
31:46Effectivement, la première anecdote, la première histoire,
31:49on commence le livre par ça.
31:51On commence le livre par un drame,
31:52où c'est une jeune fille violée,
31:55un étranger, on va dire, sous deux QTF,
31:58libéré un peu trop vite,
32:00qui récidive et qui viole une autre jeune fille.
32:02L'affaire a été évoquée ces jeunes filles dans l'été.
32:04Avec un dispositif qui ne fonctionne pas.
32:06Donc, effectivement, on commence le livre comme ça.
32:09Ça, ça ne fonctionne pas.
32:10Il y a un chapitre qui s'appelle la France Open Bar, quand même.
32:13Donc, vous dites aujourd'hui, voilà, il faut agir
32:16face à une délinquance aussi,
32:18qui est étrangère.
32:19Il faut mettre la même fermeté.
32:20Il faut appliquer la justice, appliquer le droit,
32:23et effectivement, ça concerne absolument tout le monde.
32:25Alors, on va dans le Var, écoutez Thierry,
32:26qui est gestionnaire de patrimoine, fidèle des GG.
32:29Bonjour Thierry.
32:29Bonjour les GG.
32:30Allez-y, question au commissaire Lose et à Frédéric Ploquin.
32:33Alors, j'ai une double question.
32:35La première, comment voyez-vous la réforme de Darmanin
32:40visant à museler et à modifier les prérogatives de la police judiciaire ?
32:45Et la deuxième, que penseriez-vous de la création d'un organisme
32:50similaire au FBI qui soit totalement neutre
32:54et détaché de toute implication politique ?
33:00Alors, on peut préciser sur la police judiciaire ?
33:04La police judiciaire, il y a eu un certain nombre de...
33:07C'était passé dans les médias,
33:08mais moi, j'ai pas mal d'amis qui travaillent à la police judiciaire
33:11et qui m'ont dit qu'il y a eu des tentatives
33:15de modification des prérogatives de la police judiciaire
33:19qui entravent son travail au sens précis du terme.
33:26Alors, je vais répondre.
33:27Ça ne concerne pas spécialement M. Darmanin,
33:31comme ministre de l'Intérieur au Gare des Sceaux.
33:32Ce qui est sûr, c'est que ça fait partie aussi du problème.
33:36C'est que depuis une trentaine d'années,
33:37au moment où la délinquance est importante, se massifie,
33:42la procédure pénale est devenue de plus en plus compliquée.
33:45Alors, ce n'est pas tombé du ciel.
33:46Ça veut dire que les législateurs de droite et de gauche
33:49ont complexifié cette procédure pénale
33:52avec parfois l'inspiration, l'influence du droit européen.
33:57Et effectivement, les policiers ont de moins en moins d'autonomie
34:01et ont de moins en moins d'initiative.
34:05Or, un policier, c'est un peu un chasseur pour lutter contre la délinquance.
34:09Ce n'est pas simplement un fonctionnaire.
34:11C'est fonctionnaire de police.
34:12C'est un policier.
34:13Il a besoin d'autonomie et il a besoin d'initiative.
34:16La procédure étant de plus en plus formelle et kafkaïenne,
34:19aujourd'hui, au fil des réformes qui ont été faites sur 30 ans,
34:24on a découragé les vocations judiciaires,
34:27à tel point qu'aujourd'hui, même à la sous-direction antiterroriste,
34:31même dans la brigade criminelle, par exemple à Marseille,
34:34on a parfois du mal à recruter des policiers,
34:37alors qu'il y a 30 ans ou 35 ans, quand moi j'ai démarré,
34:41il y avait des viliers, il y avait la queue
34:43pour aller faire un travail de police judiciaire.
34:45On a découragé les gens, on a rendu la forme l'emporte sur le front.
34:49C'est devenu un travail administratif aussi peut-être.
34:50Comment ?
34:51C'est devenu un travail complètement administratif.
34:52Trop technocratique, le temps consacré à l'enquête s'est réduit,
34:57le formalisme a augmenté, l'autonomie du policier.
35:00Le policier est mis complètement sous tutelle,
35:02comme s'il fallait, dans un état démocratique,
35:05s'en méfier de façon absolue.
35:06Ce qui fait qu'au bout d'un moment,
35:08les policiers sont moins motivés,
35:11notamment sur la délinquance du premier niveau,
35:14la plus importante qui concerne les Français,
35:16et les procédures sont trop compliquées,
35:19elles sont kafkaïennes, tout ça fait partie du problème.
35:22Thierry, il y avait la question sur le FBI.
35:27La question sur le FBI.
35:28Est-ce qu'il faudrait une création d'un service comme le FBI ?
35:31Non, je pense que chacun a sa tradition,
35:34et on peut améliorer notre système français,
35:37qui a des atouts sans aller singer ce qu'il y a outre-à-t-elle.
35:41Autrefois, la police judiciaire était réputée dans le monde entier.
35:43Fred, bonjour.
35:44On lui a un peu cassé les pattes,
35:45il faut juste la restaurer et lui redonner les moyens de travailler.
35:47Fred, bonjour.
35:49Bonjour le CG.
35:50Question, Fred, allez-y, vous êtes à l'île dans le Nord, allons-y.
35:53À moi, pas question, constat.
35:55C'est qu'il y a de ça une heure, j'étais avec un client,
35:57qui est d'origine marocaine,
35:58et qui m'a dit clairement,
35:59je ne vois pas au Marotte,
36:02il est allé à la moitié de ce qui se passe en France,
36:04parce qu'aujourd'hui,
36:05les gendarmes, les policiers n'ont plus aucune autorité.
36:09Et ça, ce n'est pas normal.
36:11Tant qu'on ne réglera pas ce souci d'autorité,
36:13qui a peur aujourd'hui de la police et de la gendarmerie ?
36:16Bon, moi, peut-être parce que j'ai 52 ans,
36:18et puis que j'ai une certaine éducation.
36:21Mais ce qui manque, c'est l'autorité.
36:22Tant qu'on ne rendra pas l'autorité aux forces de l'ordre,
36:25et qu'on les respectera plus,
36:27et qu'elles ne se pourront pas plus respectées,
36:29non, ça ne changera rien.
36:30Vous pouvez construire des prisons et recruter mille juges,
36:33ça ne changera rien.
36:34Ils sont pris, le lendemain, ils sont dehors.
36:36Ce n'est quand même pas normal.
36:38Frédéric Poquin, l'autorité.
36:41Commissaire Lowe, il faut aller à la méthode marocaine,
36:44de la fermeté qui vient de très haut,
36:47jusqu'aux policiers.
36:48Là aussi, on n'a pas besoin de changer ce qui se passe ailleurs,
36:50au Maghreb.
36:51Oui, on sait qu'on a une surreprésentation des jeunes
36:54issus de l'immigration dans la délinquance,
36:56mais en même temps, si véritablement on était beaucoup plus fermes,
37:01les parents, l'environnement de ces gens issus de l'immigration,
37:04dont ils sont objectivement surreprésentés,
37:07si on était plus fermes, nous diraient bravo,
37:08parce que c'est aussi les premières victimes de la délinquance.
37:11Là, votre auditeur a parfaitement raison,
37:14l'autorité a explosé, s'est affaiblie,
37:16à tel point que ceux qui sont dépositaires de l'autorité,
37:19les policiers, les gendarmes, les gardiens de prison,
37:22sont de plus en plus agressés, non seulement en tenue,
37:26mais en civil, dans leur vie privée,
37:28et ça, c'est scandaleux.
37:29Et pourquoi le policier de Lille, il ne tire pas ?
37:31Moi, je n'ai pas compris pourquoi, à un moment donné,
37:33il ne tire pas.
37:34On a des cadres, mais justement,
37:36parce que ces policiers sont courageux,
37:38sont remarquables, sont républicains.
37:41Sa vie était en jeu, là.
37:42Mais je vais même aller plus loin.
37:43Pour ceux qui essaient de dire,
37:44mais c'est parce que la police fait mal son travail,
37:47parce qu'elle est brutale, parce que ci, parce que ça,
37:49indépendamment du fait qu'on en a parlé,
37:51et la police peut aussi s'améliorer.
37:53J'en parle dans mon livre.
37:54Il y a des passages en disant,
37:56je ne tape pas que sur la justice, le législateur.
37:58Vous reconnaissez les préjugés sur les gendarmes.
38:00Bien sûr qu'on peut s'améliorer.
38:02Mais au-delà des policiers,
38:03même, regardez, les gardiens d'immeubles agressés,
38:06les pompiers agressés,
38:08les professeurs de plus en plus agressés,
38:09les médecins agressés,
38:12les porteurs d'autorité
38:13devraient être, lorsqu'ils sont agressés,
38:16ceux qui les agressent
38:18beaucoup plus sévèrement fonctionner.
38:20Merci à tous les deux
38:22d'être venus répondre aux questions des GG.
38:24Le commissaire Frédéric Lodz,
38:26avec Frédéric Ploquin,
38:27Sécurité, Stop à la descente aux enfers,
38:29un livre aux éditions Fayard.
38:30Merci à Fred et à Thierry
38:31d'avoir posé leurs questions.
38:33Merci à tous les deux,
38:47avec Frédéric Ploquin.
38:49Merci à tous les deux,
38:49avec Frédéric Ploquin.
38:51Merci à tous les deux,
38:53avec Frédéric Ploquin.
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