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  • il y a 4 mois
Un an après avoir quitté le gouvernement, celui qui a été Garde des Sceaux pendant quatre ans revient dans un livre, "Juré, craché", sur ses années au ministère de la Justice.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 24 septembre 2025.

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Transcription
00:00A tout à l'heure.
00:01Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il est 7h42, juré craché, c'est le titre du livre qu'Éric Dupond-Moretti publie
00:08et qui sortira demain chez Michel Laffont.
00:10Un livre d'entretien avec Marc-Olivier Fogiel, l'ex-garde des Sceaux
00:13et l'invité d'RTL Matin pour sa rentrée.
00:15Bonjour et bienvenue sur RTL, Éric Dupond-Moretti.
00:17Bonjour monsieur Thomas Soto.
00:18Merci d'avoir accepté notre invitation.
00:20Ça fait un moment qu'on ne vous a pas vu, qu'on ne vous a pas entendu.
00:22C'est quoi comme rentrée ? C'est une rentrée politique ?
00:25C'est une rentrée littéraire ? Vous êtes dans quelle case aujourd'hui ?
00:28Non, c'est une rentrée citoyenne.
00:31D'abord, il faut du temps pour répondre aux nombreuses questions
00:35que me posent Marc-Olivier Fogiel.
00:38Et puis, il faut le temps de l'impression.
00:41Les choses ne se font pas en un claquement de doigts.
00:44C'est la raison pour laquelle vous m'avez peu entendu.
00:47Mais ce qui ne signifie pas pour autant que je n'ai rien à dire.
00:49Non, et on voit clairement que vous avez retrouvé votre liberté de parole dans ce livre.
00:54A vous lire, d'ailleurs, on se dit que ça a dû sacrément vous manquer quand vous étiez ministre
00:58de pouvoir dire vraiment ce que vous pensiez.
01:01Non, mais c'est un exercice obligatoire.
01:02Ça s'appelle la solidarité gouvernementale.
01:07Et c'est bien normal.
01:08Vous ne pouvez pas exprimer un certain nombre de choses
01:10si elles sont contraires à la ligne du gouvernement auquel vous avez l'honneur d'appartenir.
01:14Enfin, ça, c'est le B.A.B.
01:16Oui, et puis, la liberté d'un ministre est une liberté surveillée.
01:20C'est une évidence.
01:21On ne peut pas dire toutes les vérités, voyez-vous.
01:24On ne peut pas les dire.
01:25Et elles y sont dans ce livre.
01:26Bon, alors, Éric Dupond-Muriti, je suis quand même au regret de vous dire
01:28que vous êtes un garçon très démodé, puisque vous écrivez
01:31« Je veux porter un plaidoyer pour la nuance ».
01:33Dans une société, précisément, où tout semble aller vers plus de radicalité,
01:36est-ce que vous ne vous sentez pas un peu seul ?
01:39Un peu boomer, vous voulez dire ?
01:41Je n'ai pas dit ça. Je laisse ça à François Bayrou.
01:42D'accord. Je me sens un peu seul, mais il y a quand même plein de gens
01:46qui voient qu'on est dans une dérive sociétale extrêmement inquiétante
01:51et que la nuance, c'est une vertu.
01:56Une vertu que quelqu'un semble avoir oubliée,
02:00lui semble avoir basculé dans la radicalité.
02:02C'est votre successeur à la chancellerie, Gérald Darmanin.
02:04Il paraît loin, le temps où vous vous réjouissiez de former,
02:07et je vous lis, non pas un duo, mais un couple.
02:09Qu'est-ce qui vous sépare aujourd'hui de Gérald Darmanin ?
02:11Vous avez des mots très durs contre lui.
02:13J'ai des mots très durs, et en même temps,
02:15je souligne les qualités qui sont les siennes, il en a beaucoup.
02:19Oui, vous appréciez votre travail.
02:20Je souligne le fait qu'on a bien travaillé ensemble,
02:22mais je pleure le fait que nous soyons dans une dérive aujourd'hui
02:27qui est une dérive sécuritaire.
02:29par exemple, je trouve qu'il n'est pas normal que le garde des Sceaux,
02:34en exercice, critique des décisions de justice.
02:37Il l'a fait la semaine dernière après l'affaire de Gérard.
02:38Ce qu'il a fait la semaine dernière, ce qu'il a fait après les émeutes
02:43qui ont fait suite à la victoire du Paris Saint-Germain.
02:47C'est une faute politique ?
02:48Écoutez, c'est pour moi une faute.
02:50Le garde des Sceaux, il doit garantir l'indépendance de la justice.
02:54Et l'indépendance de la justice a parfois, c'est vrai, pour corollaire
02:58le fait qu'un certain nombre de décisions sont rendues
03:01et qu'elles sont incompréhensibles.
03:02Mais soit l'exécutif tente de mettre la main sur la liberté juridictionnelle
03:07et alors on bascule de la démocratie vers une forme de totalitarisme.
03:13C'est ce qu'ont fait les Hongrois.
03:14Moi, j'ai rencontré, quand j'étais garde des Sceaux, des magistrats hongrois
03:17qui m'ont dit comment l'exécutif hongrois les avait privés,
03:21avait privé les juges de liberté juridictionnelle.
03:24Donc non, on ne commande pas une décision de justice.
03:26Mais sauf que, s'il trouve que la loi n'est pas bonne, la règle n'est pas bonne,
03:31il n'a pas raison de le dire ?
03:32De dire simplement les choses ?
03:34Attendez, il y a deux choses.
03:35Il y a l'état de droit et le droit.
03:36Et beaucoup, dans cette époque, sont nuances, confondent les deux.
03:40Le droit, on peut le modifier.
03:42Et c'est même le devoir du législateur.
03:44Mais l'état de droit, on ne doit pas y toucher.
03:46L'état de droit consacre le fait que c'est la justice qui dit les choses.
03:50Alors, ça peut ne pas plaire.
03:52Ça peut être incompréhensible.
03:53Mais d'ailleurs, il y a une dérive qui n'est pas que la sienne.
03:56Bruno Retailleau tape à bras raccourcis sur le Conseil constitutionnel.
04:01Alors, je vais vous dire, l'instrumentalisation qui est faite.
04:05On présente au Conseil constitutionnel un texte qui est une malfaçon législative.
04:11On dit aux gens, vous voyez, on va assurer votre sécurité maintenant.
04:13On va placer des gens en rétention administrative 210 jours.
04:17Et en particulier des gens qui pourraient avoir commis un vol simple.
04:21On les traite comme des terroristes.
04:23Je le redis, c'est une malfaçon législative.
04:26Le Conseil constitutionnel, il fait quoi ?
04:28Il fait son boulot.
04:29Il fait du droit.
04:30Il censure.
04:31Et ça devient...
04:32Mais voyez, nous, nous avons entendu l'appel à la sécurité.
04:36Et le Conseil constitutionnel n'en veut pas.
04:38Et le méchant Conseil constitutionnel vient saboter notre travail.
04:41Et vous trouvez que la ficelle est grosse.
04:43Voilà.
04:43Et vous écrivez la surenchère des mots.
04:45C'est comme la surenchère de tout.
04:46Bruno Retailleau et Gérald Darmanin sont en compétition médiatique.
04:50Vous êtes toujours copain avec Darmanin ?
04:51Oui, bien sûr.
04:53Vous dites, j'ai souvent envie de lui envoyer un SMS ou de l'appeler.
04:56Mais j'ai appris en quatre ans à maîtriser un peu mes pulsions.
04:59Je suis toujours copain avec lui.
05:00Écoutez, lui-même a dit, encore ce week-end là,
05:04la politique, c'est pas voter pour quelqu'un qu'on aime bien.
05:09C'est voter pour quelqu'un avec qui on est d'accord.
05:12Il l'a dit à propos des mots qui ont été utilisés par Gabriel Attal.
05:15Donc vous l'aimez bien, mais vous n'êtes pas très d'accord avec lui.
05:17Non, mais je reconnais des tas de qualité.
05:19Mais là, je pense qu'on est en train de faire un certain nombre de choses
05:23qui ne me conviennent pas.
05:24Et comme je suis un homme libre,
05:26j'utilise cette liberté pour le dire.
05:28Il y a quelque chose qu'on ne peut pas vous enlever,
05:29c'est que vous êtes resté fidèle à Emmanuel Macron.
05:32S'il n'en reste qu'un, on a l'impression que ce sera vous.
05:34J'ai toujours de l'admiration pour cet homme.
05:36Je ne reconnais pas le président dans le portrait que l'on dresse souvent de lui.
05:39D'où vient, Éric Dupond-Moretti, cette grande incompréhension
05:41qui s'est transformée en très grande impopularité,
05:44voire en rejet aujourd'hui ?
05:46Comment vous l'expliquez, ça ?
05:47Oh, il faudrait des heures pour résoudre tout ça.
05:49Non, non, non, en quelques secondes.
05:50En quelques secondes, c'est difficile, c'est une gageure.
05:53Bon, d'abord, disons que nous sommes un peuple régicide.
05:55On a ça dans nos veines, dans notre ADN.
05:58Il n'y a pas un président de la République
06:00qui bénéficiera aujourd'hui d'un état de grâce.
06:02Même de dix minutes.
06:04Disons aussi qu'on a peu de mémoire
06:06et qu'un morceau avalé n'a pas de saveur.
06:08Et que ce qui était loué il y a de cela quelques années,
06:11à période de Covid, est aujourd'hui contesté.
06:15Mais disons encore que...
06:18Il a peut-être fait des erreurs aussi.
06:19Vous êtes le dernier à défendre la dissolution.
06:21L'amour rend aveugle, Éric Dupond-Moretti.
06:23Attendez.
06:23Attendez.
06:24Je n'ai pas fini, vous voyez.
06:26Je demandais des heures, vous m'avez réveillé.
06:27Ça va vite un matin.
06:28Vous le déplorez dans le bouquin, ça va trop vite.
06:31Quand vous voyez que la presse Bolloré, par exemple,
06:33tous les jours, tous les jours,
06:35tape sur Emmanuel Macron,
06:37même quand il dit bonjour madame, il a faux.
06:39Donc ça aussi, ça fait partie des choses
06:41qui nourrissent cette détestation dont vous me parlez.
06:44Sur la dissolution, enfin pardon de vous dire que
06:46le gouvernement aurait été censuré.
06:49Et qu'on ne va pas quand même reprocher au président de la République
06:52d'avoir demandé au peuple de s'exprimer.
06:54C'est le monde à l'envers.
06:55Vous avez parlé des médias Bolloré,
06:58il y a tout un chapitre qui l'aurait consacré.
07:00Est-ce que vous diriez, vous comme Delphine Ernotte,
07:02que CNews est une chaîne d'extrême droite ?
07:05Oui, et CNews est une chaîne de désinformation continue.
07:09De désinformation continue ?
07:10D'évangélisation, si j'ose dire.
07:13Là encore, vous n'êtes pas dans la nuance ?
07:15Non, je ne suis pas dans la nuance, mais je regarde.
07:17Et avant de m'exprimer de cette façon, j'ai vu.
07:19J'ai écouté.
07:20Je peux vous donner des exemples.
07:21D'ailleurs, je les donne dans le livre.
07:22Vous savez, quand M. Pro fait un lien
07:25entre les migrants et les puces de lits,
07:27c'est une régression sociétale.
07:28C'est le Moyen-Âge.
07:30C'est l'estranger qui apporte la peste et le choléra.
07:33Alors, il le fait de façon assez magique.
07:35Il dit, je ne dis pas qu'il y a un lien,
07:39mais je pose la question.
07:41J'ai quand même bien le droit de poser une question.
07:43Il s'en prend aussi souvent.
07:44Et là, il fait appel aux 4-5 fachos qui sont autour de lui,
07:49qui sont grassement payés, pour confirmer ses propos.
07:51Voilà ce qui est devenu CNews.
07:52Vous êtes sûr qu'il va parler de vous ce matin ?
07:54Ça, j'en suis.
07:55De toute façon, il y a 4 ans qu'il parle de moi,
07:57et 4 ans que je me fais injurier sur cette chaîne.
07:59En quelques secondes, est-ce qu'il n'y a pas un problème aussi
08:01avec le service public de l'autre côté ?
08:02Vous avez vu le rapport de la Cour des comptes,
08:03parce qu'ils attaquent beaucoup dans la sphère Bolloré,
08:05comme vous dites, le service public.
08:06Est-ce qu'il y a un problème aujourd'hui dans le service public ?
08:08Oui, il y a un problème aujourd'hui.
08:10Éditorial, économique ?
08:11Non, mais pardonnez-moi.
08:12Éditorial, on ne peut pas comparer,
08:14sauf à être d'une totale mauvaise foi,
08:17France Inter et CNews.
08:19Bon, écoutez RTL, c'est bien aussi.
08:21Oui, mais vous ne m'avez pas posé la question.
08:23Pourquoi vous appartenez au domaine public ?
08:25Je n'appartiens à personne, je suis comme vous.
08:27Non, mais d'accord.
08:27Voilà.
08:28Donc RTL, moi, je suis devant vous,
08:31je n'ai jamais mis les pieds sur CNews.
08:34Pourquoi ?
08:34Parce que je mets les pieds là où je pense
08:36être raisonnablement accueillis.
08:39Et là, on a des questions à vous poser.
08:40J'en ai une sur cette cicatrice dans ce livre
08:42et dans votre vie,
08:43c'est le procès qui vous a pourri la vie
08:44pendant des années,
08:45à l'issue duquel vous avez été blanchi, innocenté.
08:47Vous y revenez là encore longuement,
08:49comme vous le faites sur scène dans votre spectacle.
08:52Ce procès, cette affaire,
08:53j'ai eu l'impression en lisant le livre,
08:55qu'elle aurait pu vous tuer,
08:56que vous n'auriez pas supporté l'infamie
08:58d'une condamnation si elle avait existé.
09:00Je me trompe ou pas ?
09:01Non.
09:02Elle aurait pu vous tuer ?
09:03Je ne vais pas le dire comme ça, monsieur,
09:05mais la certitude,
09:07c'est que si j'avais été condamné,
09:09d'abord, c'était une immense injustice,
09:12c'était l'instrumentalisation
09:13de l'institution judiciaire
09:15par quelques magistrats
09:16que je nomme...
09:18Vous racontez tout en détail.
09:20Voilà.
09:21Mais est-ce que vous...
09:21Eh bien, c'était sortir par la porte de service.
09:24On aurait retenu de mon ministère que ça,
09:26que ma condamnation,
09:28elle était infamante,
09:29elle était insupportable.
09:30Oui, c'était...
09:31C'était même physiquement insupportable.
09:33Et moi, en vous lisant, je me suis dit,
09:35Éric Dupond-Moretti,
09:36que je vois comme un roc,
09:38j'ai l'impression qu'il a eu des idées noires.
09:40Vous en avez eu ?
09:43J'ai été hospitalisé deux fois.
09:46Vous le dites.
09:47Ce que je n'ai jamais raconté
09:48pendant ces événements,
09:51parce que ça ne regardait que moi,
09:53mais à un moment, le corps lâche.
09:55Oui, on m'a fait du mal.
09:56Beaucoup de mal, oui.
09:57Et moi, je sais que
09:58quand les choses ne sont pas justes,
10:01eh bien, elles peuvent démolir quelqu'un.
10:05Oui.
10:05Mais vous avez eu envie d'en finir ?
10:06Démolir...
10:07Me démolir,
10:09démolir les gens qui m'aiment,
10:11qui sont autour de moi.
10:12Oui, on m'a fait beaucoup de mal.
10:15C'était quoi l'hôpital ?
10:16Maintenant, c'est révolu.
10:17Maintenant, j'ai écrit un certain nombre de choses
10:19pour tourner définitivement la page.
10:22C'était quoi l'hôpital ?
10:23C'est de la dépression ?
10:23C'était quoi ?
10:25Non, c'est le corps qui parle
10:26et qui lâche un moment.
10:28Voilà, je ne vais pas vous en dire davantage,
10:29mais j'ai vécu ça difficilement.
10:33Et puis, il fallait rester debout,
10:34il fallait rester droit dans ses bottes,
10:37il fallait être ministre.
10:39Et le justiciable, au fond,
10:40il s'est planqué derrière le ministre.
10:42Et là, maintenant, ma parole est libre
10:44et je peux exprimer un certain nombre de choses.
10:47Bon, quand on lit le livre,
10:48on se dit qu'il y a un petit goût d'inachevé.
10:51Si le Premier ministre vous appelait pour vous dire
10:53« Éric revient, revient à Vendôme,
10:55revient au ministère de l'Histoire »,
10:56vous lui répondrez quoi ?
10:57Non, pas maintenant.
10:57Pas maintenant ?
10:58Ça, c'est clair et net.
10:59Oui, là, je vais sans doute reprendre la robe.
11:02J'ai monté une...
11:03Là, prochainement ?
11:04Oui, oui, je vais sans doute reprendre la robe.
11:05Donc, on va vous revoir en cours d'assises ?
11:08Je vais sans doute reprendre la robe.
11:10Il faut un peu de temps pour que les formalités,
11:11on va le dire comme ça,
11:12les formalités administratives soient faites.
11:15Bon, il paraît que vous n'êtes toujours pas parvenu
11:17à repasser par la place Vendôme.
11:19C'est vrai, ça ?
11:20Oui.
11:20Non, mais jamais.
11:21Ni en voiture, ni à pied.
11:22Jamais.
11:23Ni en voiture, ni à pied.
11:24Ça vous a fragilisé tout ça, non ?
11:26Non, non, j'ai adoré faire ce que j'ai fait.
11:28Je vous garantis que c'est vrai.
11:30Et si c'était à refaire,
11:31si je me retrouvais le 3 juillet 2020
11:34devant le Président de la République
11:36et qu'il me propose,
11:37en sachant tout ce que je sais,
11:38je dirais oui, oui.
11:40Merci, merci d'être venu nous voir ce matin,
11:41Éric Dupond-Maréty.
11:42Je rappelle que vous êtes toujours en tournée
11:43avec votre spectacle.
11:44J'ai dit oui au Théâtre Marigny,
11:45mais aussi Bordeaux, Arras,
11:46Boulogne-sur-Mer, Le Touquet, etc.
11:48Il y aura même...
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