00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invité ce matin c'est Pierre Barnabé.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général de Soitex, c'est probablement votre dernière interview à la tête de Soitex
00:08puisque vous allez quitter le groupe en mars, vous serez remplacé par Laurent Raymond,
00:13venu d'un fabricant allemand de semi-conducteurs puisque Soitex est une ETI iséroise spécialisée
00:18dans un maillon très précis de la chaîne de valeur de semi-conducteurs qu'on appelle les substrats.
00:23On va en reparler dans un instant. On était cette semaine avec Jean-Marc Chéry, CST Microelectronics
00:27qui n'est pas exactement sur la même spécialité mais qui est dans les semi-conducteurs.
00:30Lui, il croit qu'on a atteint un point bas sur les semi-conducteurs et que désormais on est reparti.
00:36C'est un peu ce que dit votre titre en bourse hier qui a pris 23% à la suite de vos résultats,
00:40pourtant qui montre un chiffre d'affaires en baisse.
00:42Est-ce que vous avez l'impression qu'on a mangé désormais son pain noir et qu'on va repartir dans les semi-conducteurs ?
00:47On est en train d'atteindre un point d'inflexion, effectivement, avant une phase de croissance qui se prépare.
00:53Mais déjà, au sein de l'entreprise, il y a eu énormément de choses qui ont été faites
00:56parce qu'on dépendait d'un seul produit et on a diversifié avec cinq produits.
00:59Ça, ça a été votre gros chantier ?
01:00Ça, ça a été le gros chantier et ça s'est fait effectivement à une vitesse très rapide.
01:04Aujourd'hui, on adresse, en plus du marché de la mobilité, de la radio,
01:08on adresse l'intelligence artificielle, l'automobile et l'industrie.
01:12Et l'intelligence artificielle est extrêmement porteur pour nous.
01:15Donc effectivement, on voit l'avenir avec beaucoup d'intérêt et surtout beaucoup d'optimisme.
01:20Donc la difficulté quand on lit vos résultats aujourd'hui, c'est les mobiles avec ces problèmes de stock.
01:24On ne rachète pas autant de mobiles qu'avant, l'automobile qui cale.
01:28C'est des marchés que vous laissez un peu de côté ou vous les gardez quand même avec un œil ?
01:33Vous pensez que ça va repartir ?
01:34Non, l'entreprise aujourd'hui, elle va vivre avec cinq produits et on prépare cinq nouveaux produits pour l'avenir.
01:40Ces cinq produits, il y en a deux qui sont dépendants de la téléphonie mobile.
01:44Effectivement, après une phase de déstockage, on va rebondir dans les trimestres à venir.
01:51Une activité autour de l'auto qui, comme l'avait précisé Jean-Marc, est en son point d'inflexion et va rebondir.
01:56Et puis, une activité autour de l'intelligence artificielle qu'on a créée depuis trois ans
02:01et qui aujourd'hui connaît un succès assez extraordinaire.
02:04C'est déjà un tiers de notre chiffre d'affaires.
02:06Alors que ça faisait zéro il y a peine.
02:07Un tiers du chiffre d'affaires et aujourd'hui, vous n'arrivez pas à répondre à la demande ?
02:12On a plus de demandes que notre capacité.
02:13Vous trier les clients ?
02:15Non, on ne tri pas les clients.
02:16On essaie de tout se servir.
02:17On essaie de faire face à tout ça.
02:18On a anticipé, heureusement.
02:20Et aujourd'hui, on a des usines aussi qui sont très actives, très agiles.
02:23Et on a des usines qui sont capables aussi de fournir chacun de ces produits.
02:27Donc, on arrive par le jeu de taquin de pouvoir effectivement adresser tout le monde.
02:32On a de plus en plus de clients et ces clients demandent de plus en plus
02:34parce qu'on équipe 100% des centres de données qui tournent avec de l'IA.
02:40Et ça, c'est quand même une réussite française parce que ce sont des technologies.
02:44Silicon Photonics ont été inventées chez Soitec en coopération avec l'Océrality.
02:49Vous ne voyez pas aujourd'hui arriver comme ça en boule de neige sur vous
02:53les inquiétudes sur l'intelligence artificielle de délivrer de la valeur,
02:58de faire du chiffre d'affaires ?
02:59Des inquiétudes plutôt sur OpenAI, le haut de la chaîne,
03:01que sur les infrastructures qui continuent de booster ?
03:04Il y a deux éléments autour de l'intelligence artificielle.
03:06Il y a la valorisation et ça, je n'en parlerai pas.
03:08Et après, il y a les besoins réels et industriels.
03:11Ils sont là.
03:12Il y a plus de demandes que de besoins.
03:14Et pour une longue période de temps, parce que nous, en tant qu'individuels,
03:18ou nous, en tant que salariés, et nos entreprises,
03:21ont besoin de plus en plus d'intelligence artificielle pour se développer.
03:24Donc le besoin, il est là pour très longtemps.
03:27Donc on voit véritablement ce besoin accélérer.
03:30Et on a nos carnets de commandes pleins sur l'intelligence artificielle.
03:33Donc votre cours de bourse, vous le regardez de près, vous ne le regardez pas ?
03:36Parce que les sous-brosseaux sont trop violents.
03:39On est sur moins 60% sur un an.
03:41Hier, plus 23%.
03:42Quand on est à la tête d'une groupe comme la vôtre, vous regardez ou vous ne regardez pas ?
03:47On regarde bien évidemment.
03:48Mais c'est un des indicateurs, un des indices,
03:50le plus important dans une entreprise, particulièrement dans les semi-conducteurs,
03:53où il y a des cycles qui sont parfois très violents
03:56et qui ont été en plus amplifiés par la crise du Covid.
03:59Il faut maintenir une stratégie.
04:02Et la stratégie, elle a été claire, c'est de se diversifier extrêmement vite
04:05parce que le produit RF s'effondrait à cause des surstockages.
04:10Et on l'a réussi.
04:11Préparer l'avenir avec de l'innovation.
04:13Et on a doublé notre effort en recherche et développement,
04:17en passant de 60 à 120 millions pour inventer les 5 produits de demain.
04:21Et vous allez voir, il y en a certains qui sont extraordinaires.
04:23Et puis, bien évidemment, globaliser l'entreprise avec un changement de culture.
04:27On est présent désormais partout dans le monde.
04:30Avec mon comité d'éducatif, aujourd'hui, c'est six nationalités différentes.
04:34On est présent en Chine, sur lesquelles on fait 20% d'autres chiffres d'affaires.
04:37Alors que la concurrence est très forte.
04:39Alors que la concurrence est très forte.
04:40Mais on devient presque indispensable.
04:43Même en Chine.
04:44Je dirais même plus en Chine qu'ailleurs.
04:45Pourquoi ?
04:46Parce qu'on est bon.
04:47On a une valeur particulière avec des produits qui sont uniques.
04:50On est capable de rendre des matériaux semi-conducteurs, dont le silicium,
04:56intelligents en les associant de manière très particulière.
05:00Donc on fait des produits qui sont uniques.
05:02Vous n'avez pas de concurrent.
05:02Vous considérez qu'aujourd'hui, personne ne fait la même chose que vous ?
05:07Nous restons vigilants.
05:07Mais aujourd'hui, c'est le cas.
05:08On a un licencié qui est notre concurrent de facto.
05:12Mais il y a des technologies qui essayent d'émerger.
05:14Et vous n'êtes pas obligé de rentrer dans une guerre des prix ?
05:16Vous parlez du marché chinois.
05:17Ce n'est pas là-dessus que vous faites la différence.
05:19C'est sur la technologie.
05:20Quand on apporte de la valeur et qu'on innove pour rendre cette valeur de plus en plus haute
05:26et on fait une barrière de potentiel haute, on vend des prix relativement élevés.
05:31Et c'est parfois en Chine qu'on vend le plus cher.
05:34Parce que les Chinois, ils achètent de la qualité.
05:37Ils veulent des produits de très haut niveau.
05:39Ils veulent des produits qui fonctionnent.
05:41Et Soitec est capable de fournir ces produits-là.
05:43On parle de la révolution de l'IA, mais il y a le quantique aussi derrière.
05:46Il y a des entreprises comme Kobli qu'on reçoit régulièrement et qui vous utilisent,
05:50qui ont montré que ça marche.
05:51La révolution du quantique, c'est peut-être même plus important que l'IA aujourd'hui ?
05:56C'est possible.
05:57Alors c'est pour une période plus longue que les cinq années à venir.
06:02Mais à horizon de dix ans, on pourrait imaginer que l'hybridation du binaire et du quantique,
06:08qui tournerait sur justement des substrats et pourquoi pas Soitec,
06:11puissent effectivement se généraliser dans les objets, nos futurs ordinateurs, etc.
06:16C'est tout à fait envisageable.
06:18Il faut passer plusieurs étapes pour y arriver.
06:20Et on travaille avec Kobli, mais avec d'autres, sur la révolution quantique, effectivement.
06:25Bon, Pierre Barnabé, vous avez 55 ans.
06:27Vous avez quitté Soitec.
06:29Donc, ce n'est pas la retraite.
06:29Il va falloir continuer encore de travailler.
06:31Et c'est quoi votre vision après, le coup d'après pour vous ?
06:36Jusqu'au 31 mars, je suis 100% et même plus sur Soitec.
06:40Oui, mais c'est bientôt le 31 mars.
06:42Jusqu'au 31 mars, je suis 100% pour Soitec.
06:44On parlera avec grand plaisir de la suite en avril.
06:47Bon, alors c'est quoi votre message pour celui qui va prendre votre place ?
06:51Mon message, c'est déjà de l'accueillir à bras ouverts
06:55et de faire en sorte que la plateforme qu'on a créée d'une entreprise diversifiée,
07:02innovante, internationalisée, désendettée, qui génère de la trésorerie,
07:06est une plateforme de croissance et de développement extraordinaire.
07:10Et je suis très confiant pour qu'il apporte cette entreprise au plus haut niveau
07:14en termes économiques, mais également en termes de technologie.
07:18Et j'en suis très content pour lui.
07:19Alors, on se revoit après le 31 mars.
07:21Avec grand plaisir, Laurent.
07:21Vous me direz ce que vous ferez après.
07:23Vous avez bossé quasiment que dans la tech.
07:25Vous êtes un homme d'industrie et de tech.
07:28Oui.
07:28Oui, donc la suite.
07:29Voilà.
07:30On ne se change pas.
07:31Merci Pierre Nabé d'être venu ce matin dans la Matinat de l'économie.
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