Frédéric Coirier, co-président du METI et PDG du groupe Poujoulat, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce lundi 25 août. Ils nous débattent notamment de cet appel à la grève générale du 10 septembre prochain et des attentes des Français concernant le budget 2026, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
00:007h46 sur BFM Business et sur RMC Découverte. Le grand retraitin aujourd'hui, notre invité, c'est Frédéric Coirier. Bonjour.
00:06Bonjour.
00:06Vous êtes le coprésident du METI, PDG du groupe Poujala, qui est leader en Europe sur les marchés du conduit de cheminée et de la cheminée industrielle.
00:14On va parler ensemble de la rentrée sociale des patrons. Je vous refais l'agenda qui nous attend pour les prochains jours.
00:22Cette conférence de presse de François Bayrou aujourd'hui.
00:24Le 2 septembre, une mobilisation annoncée dans l'énergie. Le 5, c'est les taxis qui menacent de bloquer les nœuds de transport, gare, aéroport.
00:31Et le 10 septembre, c'est le mouvement Bloquer la France. Qu'est-ce qui vous fait le plus peur là-dedans ?
00:36Est-ce que c'est cet amas de colère, la rue, ou est-ce que c'est plutôt une censure et dans ces cas-là, le comportement des parlementaires ?
00:43Ce qui nous fait, si je peux dire, peur aujourd'hui, même si on est dans une démarche de compatibilité, c'est que la gravité de la situation appelle à plus de stabilité.
00:52Nous avons une succession de crises depuis 5 ans. Encore une fois, pendant cet été, les sujets douaniers qui se sont discutés,
01:00qui vont quand même renchérir nos coûts quand il s'agit d'exporter, notamment vers le continent américain.
01:06Donc ne rajoutons pas de la difficulté à la situation actuelle. C'est surtout ça qu'il faut dire.
01:10Notre pays peut-il se permettre encore de l'agitation, des difficultés, etc. ?
01:13Moi, je ne le crois pas. Je pense qu'il est temps, vu la gravité des situations, le sujet budgétaire aussi,
01:19de s'installer, de discuter calmement et de trouver des solutions en étant pragmatique et réaliste.
01:25On va parler de la question des droits de douane, évidemment.
01:28Mais vous êtes comme François Bayrou, c'est-à-dire que vous misez sur le bon sens des Français
01:32en se disant que la situation est suffisamment grave pour qu'il n'y ait pas de blocage.
01:36Moi, je pense que les Français sont conscients de la situation.
01:38Il y a une certaine nervosité. Regardez la consommation.
01:41Les gens épargnent beaucoup en France. C'est quand même le signe d'une inquiétude.
01:45À partir du moment où on est confiant, où on est à l'aise, etc., on consomme.
01:49La France a un taux d'épargne historique aujourd'hui.
01:51Ça prouve quand même que les Français sont conscients qu'il y a des problèmes à régler,
01:55problèmes budgétaires, problèmes économiques, crises, etc.
01:58Donc peut-être que certains, évidemment, veulent que ça bouge, que ça s'agite.
02:04Mais je pense qu'une grande majorité des Français aujourd'hui s'inquiètent de la situation.
02:07et ont conscience que les entreprises, que l'État, etc., sont dans une situation de fragilité.
02:12Les Français, d'accord. Mais les parlementaires, eux, dans leur comportement,
02:15s'ils censurent, par exemple, s'ils bloquent au Parlement ?
02:18Ce n'est pas le moment, en tout cas, d'avoir, encore une fois, des discussions budgétaires qui s'éternisent.
02:23L'année dernière, ça a été très compliqué.
02:25Ça a bloqué l'économie pendant plusieurs mois.
02:28Les décisions ne se sont pas prises.
02:29Les investissements ont été retardés.
02:30Tout ça, ça a des conséquences.
02:32Essayons d'avoir une attitude adulte, je dirais,
02:35même si les situations politiques, même si les avis sont différents.
02:40En tout cas, dans le contexte actuel, vu la concurrence mondiale,
02:43les difficultés avec les États-Unis,
02:45l'Asie qui est extrêmement agressive aujourd'hui,
02:47et la France qui est en décalage compétitif,
02:49on ne peut pas se permettre, je dirais...
02:50On n'a pas les moyens d'une censure ?
02:52Je pense que c'est très dangereux.
02:54Les taux d'emprunt de la France sont historiquement hauts aujourd'hui,
02:58plus élevés qu'un certain nombre de pays qui étaient avant considérés comme plus fragiles que nous.
03:02Il faut rappeler que la France a 3 000 milliards de dettes,
03:05à 3,5%, ça coûte très cher.
03:07On était à 1% il y a deux ans.
03:09On ne peut pas se permettre de...
03:11Je dirais que la croissance qui est faible,
03:13et que nos partenaires commencent à douter de notre crédibilité,
03:16parce que ça rendrait encore plus difficile l'exercice budgétaire.
03:20Alors vous ne dites pas de censure, d'accord,
03:22mais dans la proposition budgétaire du gouvernement,
03:24il y a quand même des choses qui touchent directement les entreprises,
03:27puisque tout le monde doit faire des économies,
03:29c'est ce qu'il dit,
03:30notamment sur les questions d'absentéisme,
03:32qui aujourd'hui nous ont animés pas mal dans la matinale de l'économie.
03:35Catherine Vautrin propose que les entreprises prennent en charge jusqu'au 7e jour
03:40les absences maladies des salariés,
03:43ce qui représente aujourd'hui un coût très important.
03:45C'est l'assurance maladie qui prendrait le relais au bout du 7e jour.
03:48Qu'est-ce que vous dites de cette mesure ?
03:50Moi, globalement, tout ce qui renchérit le coût du travail,
03:53parce que c'est quand même, encore une fois,
03:55l'absentéisme est un peu plus élevé aujourd'hui en moyenne qu'avant le Covid.
03:58Ça, c'est constaté un peu partout.
04:00Donc ça coûte plus cher, en général.
04:03Le coût du travail en France est déjà très élevé.
04:05Les charges sont déjà très élevées.
04:06Tout ce qui viendrait, encore une fois,
04:08renchérir le coût du travail pour nos entreprises,
04:11sachant qu'il a déjà beaucoup augmenté en 2025,
04:13pour des questions dont on reparlera peut-être,
04:16c'est dangereux, en tout cas pour les entreprises.
04:18Ça viendrait réduire encore leur marge de manœuvre.
04:20Donc, essayons de ne pas charger la barque pour le coût du travail.
04:23Mais il y a le budgétaire, mais il y a la question philosophique derrière,
04:25qui est de dire que finalement, l'absentéisme,
04:28les arrêts maladies, c'est de la faute des entreprises,
04:30puisque c'est elles qui doivent payer.
04:32Ce n'est pas forcément de la faute des entreprises.
04:34Il y a aussi des gens qui, malheureusement,
04:36s'arrêtent pour de mauvaises raisons.
04:37Il y a peut-être une réflexion globale à avoir sur l'attractivité au travail.
04:43Il y a peut-être des travaux à mener sur les ergonomies,
04:47sur un certain nombre d'organisations pour améliorer les choses.
04:50Mais encore une fois, ce n'est pas toujours aux entreprises d'avoir la charge,
04:53sachant que l'absentéisme, c'est un problème général.
04:55Ce n'est pas qu'un problème d'entreprise,
04:56c'est aussi un problème de service public.
04:58Il y en a quand même beaucoup partout.
04:59Essayons de travailler à la source du problème,
05:01mais encore une fois, le coût du travail est déjà suffisamment élevé en France,
05:04n'en rajoutons pas.
05:05Avant de passer aux questions commerciales,
05:06est-ce que dans les efforts listés, il y a des choses qui sont acceptables ?
05:09Par exemple, renier un petit peu sur le crédit d'impôt recherche,
05:11renier un petit peu sur le pacte du trait,
05:13est-ce que ce sont des choses qui sont acceptables ?
05:15Nous, ce que nous disons,
05:16parce qu'on a aussi vu passer le débat des aides aux entreprises,
05:20il y a historiquement en France un écart net d'aides, je parle, net d'aides.
05:24Comme ça, on va mettre de côté le CIR, etc.
05:26Il y a 130 milliards d'écarts entre la France, en plus,
05:30de coûts qui pèsent sur nos entreprises,
05:32en termes de social, de fiscalité, etc.
05:35par rapport à la moyenne européenne.
05:36C'est-à-dire que quand on a pris toutes les aides aux entreprises,
05:39à la fin, finalement, c'est toujours plus cher de produire en France qu'ailleurs ?
05:43Oui, 130 milliards, c'est abyssal.
05:44130 milliards à l'échelle de notre économie.
05:47Et quand vous ramenez ça sur un temps long,
05:49c'est des investissements considérables qui ne sont pas réalisés.
05:52Donc, si on ne regarde pas ça de façon générale et qu'on fait des zooms sur quelques mesures en disant
05:59« il faudrait renier ce CIF, etc. », non, il faut corriger l'écart des 130 milliards.
06:03Et ça, on sait que ça va prendre un petit peu de temps,
06:05on sait que dans le contexte budgétaire actuel, c'est difficile.
06:08Ce que nous disons aujourd'hui, c'est que les entreprises ne peuvent pas absorber des coûts supplémentaires,
06:14qu'il s'agisse de baisse d'aide ou d'augmentation de charge.
06:17Corrigeons d'abord les 130 milliards d'écart.
06:20À partir de là, on pourra discuter peut-être d'amélioration, de réduction, etc.
06:25Qu'est-ce que vous attendez le plus en priorité ?
06:27Une réforme de l'assurance chômage, une loi simplification, ça fait deux ans qu'elle est promis.
06:31Qu'est-ce qu'il faudrait mettre tout en haut des dossiers ?
06:34De la stabilité.
06:36De la stabilité dans un premier temps.
06:38Ne bougeons pas les règles en permanence.
06:40Nos entreprises ont besoin de visibilité.
06:42On est dans un contexte compliqué.
06:44Ça fait 4 à 5 ans qu'on enchaîne un certain nombre de crises.
06:48Il y a encore le sujet des droits de douane à absorber.
06:51Un contexte de confiance qui est quand même relativement difficile en Europe en général,
06:55pas qu'en France, en Allemagne également.
06:58De la stabilité.
06:59Quand vous regardez nos pays, j'ai entendu ce matin à votre antenne,
07:02vous parliez de l'Espagne, on parle de la Pologne,
07:04on se dit mais formidable, quelle croissance.
07:06Mais pourquoi ?
07:07Parce que ces pays travaillent plus qu'en France.
07:09Ces pays ont des coûts du travail plus faibles qu'en France.
07:12Pas forcément pour les salaires.
07:13Et sont boostés aussi par l'immigration.
07:15On a deux exemples que vous citez.
07:16Les Ukrainiens pour la Pologne.
07:17Oui, mais parce qu'il y a du travail.
07:18Mais parce qu'il y a de l'activité.
07:20À partir du moment où vous avez de l'activité,
07:21ça appelle du travail, de la main-d'oeuvre,
07:23locale ou étrangère quand vous en manquez.
07:26La Pologne est en plein emploi aujourd'hui.
07:28Et l'Espagne a beaucoup réduit son taux de chômage.
07:31Elle travaille jusqu'à 67 ans.
07:32Il n'y a pas de formule miracle, encore une fois.
07:35C'est parce que la France fait le mauvais diagnostic.
07:37À partir du moment où on n'accepte pas de regarder les choses en face,
07:39on essaie de corriger pas, et puis on enfume le débat.
07:43Non, regardons les écarts.
07:45Comme je vous disais, 130 milliards d'écarts.
07:47Si la France corrige cet écart,
07:48il n'y a aucune raison qu'elle ne retrouve pas de la dynamique de la croissance.
07:51Et c'est l'activité qui va créer la marge fiscale,
07:54qui va redonner des marges à l'État français.
07:56Sur la question des droits de douane,
07:57Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne,
08:00dit ok, l'accord n'est pas parfait,
08:01mais maintenant on sait,
08:0215%, à part pour l'aéronautique
08:04ou pour les médicaments génériques,
08:07au moins on a un chiffre et on peut avancer.
08:09Est-ce qu'il faut continuer à négocier des exemptions pour certains secteurs ?
08:13On entendait ce matin les 20 spiritueux qui sont toujours inquiets.
08:15Au moins, les règles du jeu sont connues.
08:18C'est déjà très important,
08:19parce que tant qu'on ne sait pas dans quel contexte on va être,
08:22il faut quand même se souvenir que sur la dernière année,
08:24on a parlé de 100%, de 200%,
08:26enfin c'était terrible parfois.
08:27Ce n'est pas bien, ce n'est pas un bon accord,
08:29évidemment, puisque c'est plus cher que c'était avant.
08:32Puis rappelons aussi que le dollar a baissé de 10% sur la dernière année.
08:35C'est plus cher pas pour tout le monde,
08:36parce que c'est tout compris.
08:37Donc il y a des secteurs qui reviennent à un niveau...
08:39C'est vrai que certains avaient des taxes plus importantes,
08:41mais au global, on a à la fois l'effet monétaire et les taxes.
08:44Donc c'est compliqué pour des secteurs qui déjà sont en difficulté.
08:47C'est vrai que les 20 spiritueux, notamment,
08:49ont déjà eu un certain nombre de difficultés.
08:51Mais au moins, les règles du jeu sont établies.
08:53Est-ce que le gouvernement, est-ce que l'Europe doit continuer à négocier ?
08:56Peut-être.
08:57Voilà.
08:57Bon, en attendant, les règles générales sont connues,
09:00et je pense que ça, c'est pareil,
09:01ça fera un sujet d'incertitude en moins à régler,
09:05en espérant, bien sûr, que ces taxes, avec le temps,
09:08disparaîtront et qu'on reviendra à la sagesse.
09:11Merci beaucoup, Frédéric Coirier,
09:12d'être venu ce matin dans Good Morning Business,
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