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  • il y a 11 mois
Ce jeudi 14 août, René Schwok, professeur à l'Université de Genève et spécialiste en études européennes, était l'invité de Caroline Loyer dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice. Ils sont revenus sur l'impact réel pour la Suisse des 39% de taxes douanières imposées par Donald Trump. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00La Suisse sur qui les projecteurs ont rarement autant été braqués, il faut dire que l'État a été mis au centre de l'actualité par Donald Trump.
00:08Bonjour René Chouac, vous êtes professeur à l'université de Genève, spécialiste en études européennes.
00:14Avec moi Caroline Loyer pour vous interroger. Bonjour Caroline.
00:17La Suisse dans le viseur de Donald Trump, on le disait, c'est quand même un petit événement pour cet État plutôt réputé pour ne pas faire de vagues et essayer de bien s'entendre avec tout le monde.
00:25Oui, à l'échelle de la Suisse c'est un grand événement, on en a rarement autant, peut-être que c'est un psychodrame, mais je peux vous dire que depuis deux semaines on ne parle que de cela en Suisse.
00:37C'est un coup dur pour la Suisse qui exporte largement, il y a une économie très tournée vers l'international et notamment vers les États-Unis.
00:45Oui, c'est un coup dur pour trois raisons. La première c'est que c'est 39% ces taxes douanières.
00:53C'est presque deux fois et demi ce que l'Union européenne subit, c'est quatre fois ce que subit le Royaume-Uni, donc c'est un choc, peut-être 40%, c'est énorme.
01:05Et puis c'est aussi un choc parce qu'on ne s'attendait pas du tout à cela.
01:09Les Suisses pensaient qu'ils auraient un meilleur deal que l'Union européenne.
01:13Les dernières informations, c'était que la Suisse avait très bien négocié.
01:20La ministre des Finances, qui est aussi présidente de la Confédération par rotation, avait laissé fuiter qu'elle aurait le meilleur deal du siècle.
01:28Et puis patatras, la Suisse se retrouve avec ce taux de 40% qui est vraiment énorme.
01:35Monsieur Schwach, dites-nous quelles sont les industries les plus à risque, on parle de l'hologerie, de la tech, du chocolat, de quelle ampleur pourrait être cet impact ?
01:45Alors il faut bien voir que ces industries-là, ça ne représente qu'à peu près 25% des exportations suisses vers les Etats-Unis.
01:52Le gros des exportations suisses vers les Etats-Unis, le deux tiers, à peu près 65%, c'est la pharma.
01:58Et pour l'instant, on ne sait pas ce qui va se passer avec la pharma.
02:00Pour l'instant, elle n'est pas taxée.
02:02Et puis 10%, c'est l'or.
02:04Donc il n'y a que 25% des exportations suisses vers les Etats-Unis qui subissent ce taux de près de 40%.
02:11Alors c'est les industries que vous avez mentionnées, c'est essentiellement les machines, les machines-outils, l'industrie de la santé, les produits comme les lasers, les IRM, etc.
02:24Donc ces industries-là, elles seront touchées.
02:28Est-ce que ces catastrophiques, nul ne sait, sont déjà en train de nous expliquer qu'elles ont des moyens de contourner ces sanctions ?
02:35Vous l'avez dit, le gros des exportations, c'est la pharma.
02:38Donald Trump a menacé ce secteur de, je crois, 150% de droits de douane, voire 200%.
02:44S'il mettait ces menaces à exécution, du coup, ce serait complètement catastrophique pour la Suisse.
02:50Là, ce serait catastrophique.
02:52Mais vous avez compris qu'il est face à un dilemme, Trump.
02:56Parce que s'il met des droits de douane ou des taxes douanières, il faudrait dire, sur les pharma,
03:02il va augmenter le coût des produits pharmaceutiques aux Etats-Unis,
03:05alors que son but, c'est de faire baisser le coût pour les consommateurs américains.
03:09Donc il est face à un dilemme qu'il n'a toujours pas résolu.
03:12Donc le chiffre de 150% d'augmentation sur les pharma n'est pas du tout vraisemblable,
03:20parce que ça augmenterait beaucoup trop le prix des produits pharmaceutiques aux Etats-Unis.
03:24Des difficultés économiques et commerciales auxquelles est confrontée la Suisse, René Chouac.
03:30Et pourtant, le pays est plutôt conciliant en ne taxant pas les produits américains,
03:34en confirmant qu'il veut acheter des armes aussi américaines,
03:38notamment des avions de chasse pour faire baisser les droits de douane.
03:41Il n'y a pas de volonté d'entrer dans un bras de fer avec Washington.
03:46Est-ce que c'est la bonne stratégie ou est-ce que, comme la Chine,
03:49il faudrait entrer dans une confrontation pour défendre ses intérêts ?
03:53Alors, on en discute beaucoup, chacun une opinion, on va dire deux Suisses, trois opinions sur le sujet.
03:59C'est un grand débat, mais je ne pense pas que la Suisse va tenter la confrontation.
04:05Elle connaît les rapports de force, en fait le monde entier connaît les rapports de force.
04:08On a vu, l'Union européenne a compris que les rapports de force ne lui étaient pas favorables.
04:12La Suisse n'était pas la Chine, donc elle ne peut pas se permettre d'aller vers la confrontation.
04:16Et en plus, ce n'est pas du tout dans les traditions de la Suisse d'aller dans la confrontation.
04:20C'est plutôt de rester en dessous du radar, d'essayer de trouver des compromis.
04:24Donc, je ne m'attends pas du tout à une confrontation avec les États-Unis.
04:27– 39% de droits de douane aujourd'hui, mais on n'est pas à l'abri d'un nouveau retournement de situation.
04:34Les négociations se poursuivent, on imagine.
04:36La présidente suisse a déclaré, je ne sais pas combien de temps cette situation va durer,
04:40mais elle espère un délai raisonnable.
04:41– Oui, je n'en sais pas plus qu'elle, elle nous a un petit peu induits en erreur
04:48parce qu'elle était très optimiste, et puis c'est une personne tout à fait sérieuse,
04:53qui n'est pas du tout fanfaronne, donc on était tous en train de se dire
04:57que la Suisse allait obtenir un bon deal, donc je ne peux que rester prudent pour l'instant
05:00et dire que oui, logiquement, il devrait y avoir un accord au bout du compte,
05:05parce qu'il n'y a pas d'accord pour l'instant, contrairement à l'Union européenne,
05:08qui a un préaccord, la Suisse n'a pas d'accord, elle s'est voulu infliger le diktat des États-Unis.
05:13Mais moi, personnellement, je reste optimiste, mais comme je m'étais trompé
05:17parce que je pensais que la Suisse aurait un deal, je ne veux quand même pas trop affirmer cet optimisme.
05:24– Bon, tout ça, en tout cas, c'est un peu le grain de sable
05:26qui vient gripper une économie suisse qui se porte bien.
05:29Le pays a divisé par quatre sa prévision de déficit budgétaire pour cette année,
05:34grâce au prix des matières premières notamment,
05:36donc il n'y aura pas forcément de conséquences dramatiques non plus.
05:40– Non, en principe, il ne devrait pas y avoir de conséquences dramatiques,
05:45à moins que la pharma soit touchée, mais ça ne devrait pas être dramatique,
05:48sauf pour certains secteurs.
05:49– Est-ce qu'il va falloir songer à développer d'autres exportations, peut-être,
05:54pour un petit peu atténuer les effets des droits de douane et des surtaxes ?
05:58– Certainement, mais la Suisse est un pays très libéral
06:03où l'État n'intervient quasiment pas dans l'économie,
06:06beaucoup moins qu'en France ou dans d'autres pays européens.
06:08Donc ce sont les entreprises elles-mêmes qui vont trouver des stratégies d'évitement,
06:13soit en passant peut-être par leur filiale dans l'Union européenne,
06:16soit en développement d'autres marchés.
06:18Mais en fait, l'État fédéral va très très peu s'occuper de ces questions,
06:23parce que de nouveau, il n'y a aucune politique économique étatique en Suisse.
06:27– Merci René Chouac d'avoir commenté cette actualité avec nous ce matin
06:32en direct sur BFM Business,
06:34professeur à l'Université de Genève, spécialiste des études européennes.
06:37– Merci.
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