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  • il y a 6 mois
Bruno Jacquemin, délégué général de l’A3M Alliance Minerais, était l'invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce mardi 12 août. Il s'est penché sur l'état du marché européen de l’acier, sachant que le groupe sidérurgique Novasco, ex-Ascometal, a été placé en redressement judiciaire, un an après sa reprise par le fonds britannique Greybull Capital, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Dans un marché européen de l'acier en pleine tourmente, le groupe sidérurgique Novasco ex Ascométal est finalement placé en redressement judiciaire.
00:08Un an seulement après sa reprise par le fonds britannique Grebul.
00:12Le compte à rebours est donc lancé. Le groupe a maintenant un peu plus de six semaines pour trouver un repreneur.
00:17Bonjour Bruno Jacquemin.
00:19Bonjour.
00:19Merci d'être sur le plateau de BFM Business ce matin.
00:22Vous êtes délégué général de l'A3M, Fédération française des professionnels de l'extraction minière, de la métallurgie, de la sidérurgie et du recyclage des métaux, de toute cette industrie qui est chamboulée.
00:33En ce moment on va y venir pendant les minutes qu'on a avec vous ensemble.
00:37Cette décision d'abord sur Novasco, elle était devenue inéluctable ?
00:42Elle était malheureusement attendue. Novasco ne va pas bien et c'est une mauvaise nouvelle.
00:45C'est une mauvaise nouvelle pour les salariés évidemment, les 750 salariés qui sont sur les trois régions, dans le Nord, en Lorraine, dans la Loire, qui risquent de perdre leur emploi.
00:55C'est une mauvaise nouvelle pour les salariés aussi qui sont dans les filières avales, consommatrices de métaux, dans l'automobile, dans la défense, dans la mécanique,
01:02qui risquent aussi de se retrouver en rupture de chaîne à un moment donné parce qu'il n'y aura pas d'approvisionnement.
01:08C'est une mauvaise nouvelle parce que si ces emplois malheureusement ne sont pas conservés,
01:12si on ne trouve pas de solution à l'issue des six semaines qui s'échonnaient à partir de maintenant,
01:19c'est des compétences qui risquent de disparaître et dans nos métiers, dans notre industrie,
01:24les compétences elles disparaissent rapidement mais elles mettent très longtemps à se reconstituer.
01:28Le Fonds britannique qui devait renflouer l'entreprise, qui a repris il y a un an,
01:32il devait renflouer l'entreprise, ces 760 salariés, ces quatre sites, vous le disiez,
01:36dans le Nord, deux en Lorraine à Saint-Étienne, il a fait faux bon, il avait promis 90 millions d'euros,
01:41il a finalement sorti un million et demi, c'est la raison aussi de cette situation aujourd'hui.
01:47Parce que l'État, lui, a donné l'argent qu'il avait dit qu'il donnerait.
01:51L'État ne ménage pas ses efforts, ça c'est clair, l'État ne ménage pas ses efforts pour accompagner l'entreprise.
01:5475 millions d'euros ?
01:56Oui, 75 millions d'euros.
01:57C'est une entreprise qui connaît, c'est la quatrième fois qu'elle est dans cette situation en une dizaine d'années,
02:02elle est fragile, elle a pourtant été un des leaders dans les aciers spéciaux en Europe,
02:07et c'est clair que cette situation, elle pose question sur le rôle de l'investisseur
02:12et sur la manière dont les choses se sont passées jusqu'à présent.
02:15Oui, il y a des engagements qui n'ont pas été pris.
02:17Semble-t-il, absolument.
02:18Là, c'est quand même 75 millions d'euros balancés par la fenêtre.
02:21On ne peut pas dire qu'ils ont été balancés par la fenêtre.
02:25La question, il s'agit que l'investisseur privé, lui aussi, assume ses engagements,
02:30notamment les engagements qu'il a pris auprès de l'État.
02:32C'est aussi à l'État de regarder...
02:34Mais il y aura des conséquences typiquement ou pas ?
02:36On l'espère, parce qu'on ne peut pas laisser ce genre de comportement se perdurer.
02:40C'est donc la quatrième fois 11e, Octovasco, ex-Ascométal, se retrouve en redressement.
02:46C'est un schéma qui se répète, ça commence à faire bouclier.
02:48C'est un schéma qui se répète, mais il faut aussi regarder les choses.
02:52On peut regarder le passé, mais il faut aussi regarder l'avenir.
02:54Effectivement, ces dernières décennies, la sidérurgie n'a pas été une industrie
02:57qui a été dans notre quotidien.
03:00On l'a un peu oublié, vous savez, ce n'est pas très longtemps qu'on a repris conscience
03:03que l'industrie était importante pour notre pays,
03:06qu'elle alimentait les territoires, qu'elle dispensait des emplois
03:10plutôt bien qualifiés, plutôt bien payés.
03:12Et donc, pendant des années, c'est une industrie qui a pâti
03:16du comportement notamment des clients, de l'automobile et autres,
03:20qui sont allés chercher des prix moins chers ailleurs.
03:22On va y venir justement sur les débouchés, sur les opportunités.
03:26Peut-être comment est-ce qu'on peut innover pour survivre en France et en Europe.
03:31Mais au mieux, quand on lit la presse, quand on voit ce que disent les experts
03:34du secteur et de l'industrie, ça va être un sauvetage partiel.
03:38Quoi qu'il arrive, on ne va pas pouvoir forcément sauver tous les sites et tous les emplois.
03:42On s'oriente manifestement dans une reprise de la découpe.
03:44C'est ce qui semble être le cas aujourd'hui.
03:46Nous, on espère effectivement que le maximum d'emplois,
03:49le maximum de sites sur ces quatre sites concernés
03:51seront quand même repris peut-être par des acteurs différents.
03:55Mais c'est important effectivement de trouver des solutions
03:57avec des industriels européens qui trouveront peut-être matière
04:00à reprendre des actifs intéressants.
04:02Dans tous les cas, il faudra du temps pour redresser la barre.
04:04Là, l'horizon que s'était fixé, l'ancien repreneur, il était trop court.
04:09Oui, on était semble-t-il sur un horizon un peu court.
04:12Mais on voit bien qu'il y a des acteurs qui...
04:15Rappelez-vous qu'Acascométal a eu cette situation il y a un peu plus d'un an,
04:19qu'une partie des sites ont été donc repris par Grébul.
04:22Mais un site a été repris à faute sur mer par le groupe italien,
04:26l'entreprise familiale Masegalia.
04:27Et comment ça va là-bas ?
04:28Qui semble-t-il va beaucoup mieux.
04:30Il a un plan d'investissement de 850 millions d'euros.
04:33Mais on a affaire à un groupe familial européen d'Italie du Nord
04:37qui investit en Europe et qui, du coup, voit l'intérêt
04:40de reprendre un actif intéressant.
04:41Bruno Jacquemin, délégué général d'A3M,
04:44votre industrie aujourd'hui, elle est lourdement dépendante
04:46de beaucoup de choses, de la géopolitique, de la conjoncture économique.
04:50Quel avenir, vous voyez-vous, pour cette filière en France et en Europe ?
04:54Parce que vous parlez de l'Europe, c'est peut-être ça la solution.
04:56Alors l'Europe est une solution.
04:57Le marché est européen, les réglementations sont européennes,
05:00la décarbonation qui affecte beaucoup.
05:01Cette industrie est effectivement européenne.
05:04Mais on a aussi des choses à faire en France.
05:06On pourra y revenir.
05:07Non, il ne faut pas oublier que c'est une industrie qui est socle.
05:10J'aime bien rappeler cet élément-là.
05:12C'est une industrie qui alimente toutes les autres.
05:14Donc si vous fragilisez le socle,
05:17vous fragilisez l'ensemble de l'édifice qui se construit au-dessus.
05:20Et c'est bien ce qui se passe en ce moment.
05:22C'est un des risques de la conséquence de l'arrêt de Novasco.
05:26C'est derrière des chaînes automobiles qui peuvent s'arrêter
05:29parce qu'on n'aura pas les pièces,
05:30parce qu'on n'aura pas des éléments particuliers
05:32qui pourront être fournis.
05:33Mais vous dites quoi aux industriels ?
05:35Typiquement l'automobile qui est complètement liée à vos activités.
05:39« Réveillez-vous, il faut y aller maintenant »
05:42parce que sinon ça va aussi vous pénaliser peut-être vous dans quelques...
05:45En fait, on pénalise l'ensemble.
05:48Encore une fois, le socle, si le socle est fragile,
05:49c'est l'ensemble de l'édifice qui est fragile
05:51et qui demain peut être menacé.
05:52Non, le message à l'ensemble des clients en aval,
05:55c'est l'automobile, c'est la mécanique,
05:57c'est l'aéronautique, c'est la défense.
05:59On irrigue l'ensemble d'une grande partie de l'industrie.
06:02C'est aussi de penser à préserver leurs fournisseurs.
06:05Les pays qui aujourd'hui vont s'en sortir,
06:07c'est des pays qui vont jouer collectif,
06:09qui vont aligner les intérêts du client et du fournisseur.
06:12Dans un monde qui, on le voit bien,
06:14nous donne aujourd'hui des règles du jeu qui ont complètement changé.
06:17On ne va pas revenir en arrière.
06:19On aura toujours une violence, une incertitude réglementaire, contractuelle,
06:24à l'échelle, on le voit bien aux US, on le voit bien en Chine.
06:27Donc il faut effectivement travailler collectivement à l'échelle européenne.
06:29En même temps, est-ce que ce n'est pas difficile en ce moment de dire à vos clients
06:32« Pensez long terme, dans un monde qui est ultra concurrentiel,
06:36où on voit que les Asiatiques et les Chinois,
06:39notamment, subventionnent leur économie et l'automobile électrique,
06:43il faut tirer de plus en plus les prix vers le bas pour rester compétitif ? »
06:47On le dit souvent dans la crise climatique,
06:52sauver la fin du monde, préserver la fin du monde ou la fin du mois,
06:55on vit exactement à la même situation dans l'industrie.
06:57Il faut trouver la mesure, effectivement, de ce qui va permettre de garder un équipement industriel
07:03dont on a besoin pour notre prospérité.
07:05On parle du pouvoir d'achat des Français,
07:06on ne parle pas d'une industrie perdue ou d'une industrie has-been,
07:10c'est une industrie du futur, la sidérurgie,
07:12parce que l'acier, on en a besoin et on en aura encore besoin durablement dans notre économie.
07:16Et donc ça a encore du sens de produire en France ?
07:18Bien sûr, ça a du sens de produire en France.
07:20On a des atouts incroyables.
07:21On a une énergie décarbonée, une énergie nucléaire qui n'est pas chère.
07:25À nous de la préserver, d'en défendre la capacité d'utilisation,
07:29peut-être de manière un peu plus, je dirais, affirmée dans le concert européen.
07:34On a de la ferraille qui est quand même, pour une partie de cette industrie,
07:37la matière première, 40% de la sidérurgie fonctionne en voie électrique avec de la ferraille.
07:42On exporte aujourd'hui en France la moitié de la ferraille qui est produite dans ce territoire.
07:46Pourquoi est-ce qu'on exporte cette ferraille ?
07:47À l'échelle européenne, on exporte de la ferraille vers hors d'Europe,
07:51vers des concurrents, notamment la Turquie, qui nous renvoie des produits finis.
07:54Donc oui, on a des marges de manœuvre.
07:55Oui, mais c'est une décision politique.
07:57Pour terminer, Bruno Jacquemin, à Bruxelles, des décisions sont attendues,
08:01mais en septembre, donc à la rentrée pour protéger le marché de l'acier européen,
08:05à partir de janvier 2026.
08:08C'est bien ? C'est trop tard ?
08:10Il faut le faire.
08:11Et là-dessus, c'est clair que le gouvernement...
08:12Il aurait fallu le faire un peu plus tard.
08:13Mais il faut aller vite. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on sait ce qu'il faut faire.
08:17Ça fait longtemps qu'on sait ce qu'il faut faire.
08:18Il faut simplement mettre en œuvre les mesures,
08:20avoir le courage de prendre ces mesures rapides,
08:23de manière à ce qu'effectivement, elles protègent.
08:25On est dans un monde, encore une fois, extrêmement tendu, extrêmement violent.
08:28Il faut se protéger des subventions externes, des surcapacités mondiales, etc.
08:32Et penser long terme.
08:33Et penser long terme, c'est absolument indispensable.
08:35Bruno Jacquemin, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin,
08:37dans la matinale de BFM Business, délégué général à la troisième.
08:40Je rappelle que vous représentez les professionnels de l'extraction minière,
08:44de la métallurgie, de la sidérurgie et du recyclage des métaux.
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