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  • il y a 5 mois
Bruno Fernandes, directeur de la recherche macroéconomique chez Coface, était l'invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce jeudi 7 août. Ils sont revenus sur l'entrée en application des surtaxes américaines à partir de ce jour et ses impacts à envisager pour l'Europe, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Les surtaxes américaines entrent donc en application aujourd'hui.
00:03Bonjour Bruno Demoura Fernandez.
00:04Bonjour.
00:05Merci d'être sur notre plateau ce matin en direct sur BFM Business,
00:08directeur de la recherche macroéconomique chez COFAS.
00:11Alors d'abord, il faut le rappeler Bruno,
00:13l'accord commercial trouvé entre Bruxelles et Washington,
00:16il a été lourdement critiqué.
00:18Pourtant, quand on fait le bilan aujourd'hui au niveau mondial,
00:21qu'on prend un petit peu de recul,
00:22les Européens s'en sortent quand même pas si mal que ça,
00:25avec 15%, à part les Britanniques qui sont à 10,
00:28les Japonais sont aussi à 15,
00:29et ensuite, quasiment tout le reste du monde est à beaucoup plus.
00:33Oui, globalement, c'est vrai,
00:35surtout nos principaux concurrents sur le marché américain.
00:38On voit bien que, effectivement, le Japon a pris 15%,
00:42la Corée du Sud aussi,
00:44et puis après, les autres pays, globalement, ont pris 19, 20%.
00:48Certains, c'est ceux dont on parle le plus maintenant,
00:50comme le Brésil, 50%, la Suisse, 39%.
00:54L'Inde, maintenant, est aussi à 50%.
00:57Donc oui, on peut penser que c'est un moindre mal,
01:00pour le moment, en tout cas,
01:01et après, on va voir si on a réussi à négocier d'autres exemptions.
01:04Et entre les 27, il n'y aura pas de bisbis cette fois-ci,
01:06puisque tout le monde est logé à la même enseigne,
01:08quasiment, en tout cas.
01:10C'est quoi ?
01:10C'est la sidérurgie,
01:11qui est taxée à hauteur de 50%,
01:14mais ça va concerner l'ensemble de l'industrie européenne.
01:17Pour le reste, on parle des viticulteurs, notamment,
01:20qui espéraient être exemptés, finalement.
01:23Aujourd'hui, en tout cas, à l'heure actuelle où on se parle,
01:25ils sont, eux aussi, à 15%.
01:26Mais c'est 15% en Italie,
01:29c'est 15% au Portugal,
01:31c'est 15% en Espagne.
01:32Oui, vous avez raison.
01:33En fait, c'est l'un des points aussi, je pense, importants,
01:36surtout lorsqu'on compare à ce qui s'est passé en 2019.
01:38À l'époque, le vin français et espagnol avaient été taxés à 25%,
01:44mais le vin italien, par exemple, avait lui été exempté.
01:47Et donc, en fait, finalement,
01:48le vin français avait perdu des parts de marché aux Etats-Unis,
01:51mais au profit du vin italien, principalement.
01:53Aussi un peu au profit du vin néo-zélandais,
01:56mais surtout du vin italien.
01:58Pareil pour l'huile d'olive espagnole,
01:59elle avait perdu, justement, des parts de marché
02:02par rapport à l'Italie.
02:03Cette fois, on est tous logés à la même enseigne,
02:05donc on n'aurait pas à avoir...
02:05Le risque, c'est quoi ?
02:06C'est que le consommateur américain achète moins de vin ?
02:10Alors, soit achète moins de vin,
02:12soit aille acheter du vin néo-zélandais, par exemple.
02:15Le vin moins cher ?
02:16Oui, globalement, en fait,
02:17et qui, en plus, eux, normalement, ont pris 10% de droits de douane.
02:21On a aussi, typiquement, du vin argentin, par exemple,
02:23qui peuvent aussi, voilà, ces vins qu'on dit émergents,
02:26avec une différence de 5%,
02:28est-ce que ce sera suffisant pour qu'ils se...
02:30On va dire qu'ils se reportent plutôt sur les vins émergents ?
02:34C'est la question.
02:35Et puis, le vin californien, aussi.
02:36Et typiquement, est-ce que, typiquement, le vin américain,
02:39avec cette surtaxe de 15%,
02:42va finalement réussir à prendre des parts de marché au vin européen ?
02:46C'est aussi une des grandes questions.
02:47Parce que c'est l'objectif final de Donald Trump,
02:49derrière tout ça.
02:50C'est vrai que c'est moins évident dans la viticulture,
02:52mais vous faites bien de le souligner avec le vin californien.
02:54mais c'est de rapatrier les industries,
02:57les productions de tous les secteurs
02:59sur le territoire national, aux Etats-Unis.
03:03C'est un pari difficile, quand même.
03:05Surtout quand on voit que, en fait, c'est 15% aujourd'hui,
03:08mais potentiellement, dans six mois, ça sera encore autre chose.
03:10On connaît un petit peu la personnalité de Donald Trump.
03:14Donc, c'est difficile de se procher et de se dire,
03:16quand on est un industriel,
03:17« Oui, je vais aller délocaliser ou relocaliser aux Etats-Unis. »
03:20C'est exactement ça.
03:21En fait, ce qu'on voit là,
03:23c'est clairement que l'incertitude, pour l'instant,
03:25ne paye pas, ou en tout cas,
03:27aura du mal à payer de façon concrète,
03:29sur vraiment les entreprises.
03:32Est-ce qu'elles vont vraiment aller relocaliser leur production ?
03:34Est-ce qu'elles vont investir dans des usines,
03:36on parle de projets de 5, 10 ans ou plus,
03:38en sachant que, du jour au lendemain,
03:40on peut finalement soit trouver un accord,
03:42donc avoir moins de droits de douane,
03:44soit finalement, d'ailleurs, aller dans un autre pays,
03:46parce que d'autres pays vont peut-être réussir
03:48à négocier droits de douane moins importants.
03:49Est-ce que dans ce secteur-là,
03:50on va avoir des exemptions ?
03:51Donc, en fait, toute cette incertitude
03:53rend très difficile le fait de prendre,
03:55justement, une décision
03:56et de choisir d'aller aux Etats-Unis
03:58pour 5, 10 ans,
03:59alors même que Donald Trump,
04:01la prochaine élection,
04:02c'est les mi-terme,
04:03dans un an, un an et demi,
04:05et puis ensuite,
04:05l'élection présidentielle dans 3 ans.
04:07Donc, en fait, on voit bien que là,
04:09il y a un peu un décalage
04:10entre ce que souhaiterait Trump
04:11et en même temps sa stratégie,
04:13probablement,
04:14qui génère plus d'incertitude
04:15qu'autre chose pour l'instant.
04:16Il y a un secteur
04:17qui s'en sort plutôt bien
04:18en France et en Europe,
04:20et heureusement pour la France,
04:22d'ailleurs, c'est l'aéronautique.
04:23On voit que c'est une industrie
04:25manufacturière motrice
04:27pour la France.
04:29Si l'aéronautique avait été taxée,
04:31ça aurait été peut-être
04:31encore plus douloureux.
04:33Oui, parce que c'est effectivement
04:35une partie importante
04:36de nos exportations
04:37vers les Etats-Unis.
04:38On est autour de quasiment 20%
04:40lorsqu'on prend les avions,
04:41mais aussi les pièces.
04:42Après, il faut quand même
04:44avoir en tête que,
04:46globalement,
04:46c'est une industrie qui,
04:48déjà, en ce moment,
04:49a des problèmes de production.
04:50En fait, ce qu'on voit en France,
04:51c'est que, globalement,
04:52on n'a toujours pas retrouvé
04:53le niveau de production de 2019
04:55parce qu'on avait des problèmes
04:56d'approvisionnement,
04:57notamment des difficultés
04:58à monter en cadence.
05:00Donc, effectivement,
05:01si on avait eu du mal,
05:02en plus,
05:02à exporter vers les Etats-Unis,
05:03ça aurait été encore
05:04une autre difficulté
05:05pour le secteur,
05:06alors même que
05:06les carrés de commandes sont pleins.
05:08Bien sûr.
05:09Bruno Demoura-Fernandez,
05:10est-ce que ça montre
05:11la toute-puissance américaine ?
05:12Parce qu'à part la Chine
05:13qui s'est autorisée
05:14à un bras de fer,
05:15on a vu que pendant quelques jours,
05:16ça montait à 100,
05:17150% de droits de douane
05:19jusqu'à ce qu'il y ait
05:20des discussions qui soient ouvertes.
05:22Il y a le Mexique aussi
05:22qui est un cas particulier,
05:23mais le reste du monde,
05:25c'est plutôt laissé faire
05:26d'une certaine manière.
05:28Ursula von der Leyen
05:28a réussi à avoir 15
05:30au lieu de 30.
05:30C'était un peu la menace
05:32qui planait au-dessus de Bruxelles.
05:33Mais globalement,
05:35ça montre que
05:36c'est Donald Trump
05:37qui mène le jeu.
05:38C'est une question
05:39de pouvoir de négociation,
05:40tout simplement.
05:41En fait,
05:41on voit bien que la Chine,
05:42même là,
05:43dernièrement,
05:44lorsqu'elle a retenu
05:46ses exportations
05:47de minéraux critiques
05:49et de terres rares,
05:51ça a eu un impact
05:51sur l'État-Unis
05:52qui finalement
05:53sont aussi revenus en arrière.
05:54Pour les Européens,
05:55quel serait le levier ?
05:56Parce qu'on dit beaucoup,
05:57on entend beaucoup,
05:57en tout cas,
05:58les différents gouvernements
05:59des 27 dire
06:00que
06:00von der Leyen
06:01n'a pas activé
06:02les leviers
06:03qu'elle avait à sa disposition
06:04pour justement
06:05faire une vraie négociation.
06:07La grande incertitude,
06:08ça aurait été la réaction
06:09des États-Unis,
06:10en fait.
06:10Et probablement,
06:11on a plutôt choisi
06:12le moindre mal.
06:13Il faut aussi avoir en tête
06:13que globalement,
06:14en Europe,
06:15on a parfois des intérêts
06:16qui sont divergents.
06:17En tout cas,
06:18typiquement,
06:18on voit bien que les pays
06:19d'Europe de l'Est,
06:20eux,
06:21sont beaucoup plus sensibles
06:22à la question géopolitique.
06:23Ils savent qu'ils ont besoin
06:24du soutien américain
06:25sur le front,
06:26justement,
06:27de l'Est
06:27et vis-à-vis de la Russie.
06:29Donc, eux,
06:29typiquement,
06:30étaient moins prêts
06:30à aller au clash.
06:31Puis après,
06:32il y a aussi les pays,
06:33on va dire,
06:33très exportateurs
06:34et dépendants
06:34des exportations
06:35comme l'Italie,
06:38l'Allemagne,
06:39l'Irlande aussi,
06:39typiquement sur la pharma.
06:41Donc, c'est pour ça,
06:42en fait.
06:42Aussi,
06:42on n'a pas tous forcément
06:43les mêmes vulnérabilités
06:45ni la même exposition
06:46vis-à-vis des États-Unis.
06:48Et justement,
06:49il n'y aura donc pas
06:49une stratégie à adopter,
06:51mais ça va être du cas par cas
06:52en fonction des pays,
06:54en fonction du niveau
06:55d'activité aux États-Unis,
06:56en fonction des secteurs ?
06:58Oui.
06:59En fait,
06:59c'est aussi l'une
07:00des grandes interrogations.
07:01Est-ce que ça va avoir
07:03un impact positif
07:03sur l'économie américaine ?
07:05La plupart des économistes
07:06s'accordent à dire
07:07que non,
07:08que l'impact sera surtout
07:09négatif.
07:10En fait,
07:10on voit déjà
07:11un ralentissement
07:12de la demande domestique,
07:14ralentissement de l'investissement,
07:16ralentissement de la consommation.
07:18Et on peut s'attendre
07:19à ce que globalement,
07:19on n'ait pas forcément
07:21beaucoup plus
07:21de relocalisation
07:22de production,
07:23mais plutôt des hausses de coûts.
07:25En fait,
07:25parce que lorsqu'on interroge
07:26les entreprises américaines,
07:28c'est ce qu'on fait
07:29notamment les Fed régionales,
07:30on voit que 90%
07:32d'entre elles disent
07:32que ça va être soit nous,
07:34donc les entreprises américaines,
07:35soit le consommateur
07:36qui va prendre en charge
07:37ce coût.
07:38Ce qui laisserait seulement
07:3910% de coût
07:40justement
07:40aux exportateurs étrangers.
07:42Donc forcément,
07:43ça a un impact négatif.
07:44Apple qui va investir
07:47500 milliards
07:47et qui a annoncé hier
07:49Tim Cook
07:50dans le bureau ovale,
07:51comme c'est devenu la tradition
07:52à côté de Donald Trump,
07:54annoncer 100 milliards
07:55de dollars d'investissement
07:56supplémentaires,
07:58ça va être une stratégie payante
07:59pour la marque,
08:00ça à terme ?
08:01Alors,
08:01en fait,
08:02sur toutes ces annonces-là,
08:03je pense qu'il faut aussi,
08:04on va dire,
08:05réussir à distinguer
08:06ce qui va être
08:07concrètement réalisé.
08:08En fait,
08:08c'est comme souvent
08:09dans ces annonces-là.
08:10Le but,
08:11c'est de mettre un package
08:12pour avoir un chiffre
08:13extrêmement important,
08:14alors qu'en fait,
08:14c'est peut-être des investissements
08:15qui sont sur le très long terme
08:17et qui mélangent aussi typiquement
08:18de la masse salariale.
08:20En fait,
08:20il faut vraiment faire attention
08:21à toutes ces annonces.
08:22Mais oui,
08:23ce qui est vrai,
08:23c'est que ça va dans le bon sens
08:25pour eux,
08:26parce qu'en fait,
08:26ils sont en train d'amadouer,
08:27on va dire,
08:28le président Trump,
08:29mais comme la plupart
08:29des entreprises de la tech,
08:31en fait,
08:31en réalité.
08:32Mais ça va faire des iPhones
08:33encore plus chers ?
08:34Il faut voir,
08:35effectivement,
08:35si en fait,
08:36vraiment,
08:36ils relocalisent
08:36toute leur production
08:37ou même l'intégralité
08:38de la production
08:39de certains iPhones,
08:40oui.
08:41Mais en réalité,
08:42pour l'instant,
08:42ce qu'on voit,
08:43c'est plutôt qu'ils vont
08:43effectivement investir
08:442,5 milliards
08:46dans la production
08:47de verres.
08:48Mais après,
08:49sur le reste,
08:50pour l'instant,
08:51ils sont encore hyper dépendants
08:52de la production,
08:53en Chine notamment.
08:54Ils ont aussi dit en Inde,
08:55mais en fait,
08:55ça passe beaucoup par la Chine.
08:56Est-ce qu'on va pouvoir
08:57aboutir à une stabilité commerciale
08:59dans cette configuration,
09:00avec encore toutes ces incertitudes
09:01qu'il y a sur une politique
09:03tarifaire
09:03qui est quand même assez instable ?
09:05Sur les prochaines semaines,
09:06non.
09:07En fait,
09:07pour l'instant,
09:08on voit bien d'ailleurs,
09:08il l'a dit,
09:09sur les semi-conducteurs,
09:11il a annoncé 100%,
09:12mais sans dire vraiment
09:13à partir de quand,
09:15ni quelles seraient
09:15les exemptions.
09:17Sur la pharma,
09:18on attend aussi
09:18la semaine prochaine,
09:20en fait,
09:20l'annonce
09:21de nouveaux droits de douane.
09:23Il reste encore évidemment
09:24une négociation
09:24avec la Chine
09:25qui ne sont pas terminées,
09:28donc on a encore
09:28beaucoup de négociations.
09:29À ça,
09:29il faut ajouter
09:30l'Union européenne
09:31qui souhaite négocier
09:32encore en deuxième partie
09:33et l'année.
09:35Donc en fait,
09:36bon,
09:36et aussi je pense
09:37qu'il faut avoir en tête
09:37que probablement
09:38dans quelques mois
09:39ou dans quelques années,
09:41Donald Trump va se rendre compte
09:42que le déficit commercial américain
09:44ne s'est pas vraiment résorbé.
09:45Donc,
09:46est-ce qu'il va à nouveau
09:46ouvrir de nouvelles négociations,
09:48de nouvelles menaces ?
09:49C'est une grande question aussi.
09:50Bon,
09:50ça sera à suivre
09:51dans les prochaines semaines.
09:52Merci beaucoup
09:53Bruno Demois-Fernandez
09:54pour votre analyse
09:56et votre expertise
09:56avec nous ce matin,
09:57directeur de la recherche macroéconomique
09:59chez Cofas.
10:00Merci à tous.
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