Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 mois
Guillaume des Routours, associé KPMG en France, responsable mondial du secteur du Luxe, était l'invité de Erwan Morice dans Good Morning Business, ce mercredi 30 juillet. Ils ont notamment évoqué la dégringolade de Kering au premier semestre, le luxe face au ralentissement de la demande et les stratégies de ce secteur en mutation. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Elles sont loin les années Covid où le marché du luxe s'envolait littéralement.
00:03Sur les six premiers mois de l'année, les grandes maisons sont plutôt chahutées.
00:07Bonjour Guillaume Desretours.
00:08Bonjour Erwin.
00:09Merci d'être sur notre plateau ce matin associé avec APMG, responsable du secteur du luxe.
00:13Alors c'est toute une session de publication qu'on a eue de résultats semestriels qui s'achève rapidement.
00:20Mais le moins qu'on puisse dire, c'est quand même que ça tangue en ce moment pour ces maisons.
00:24Alors ça tangue, oui. On n'était plus habitués à ça déjà.
00:28Par ailleurs, il faut quand même voir que c'est quand même assez contrasté.
00:33Alors on attend les résultats d'Hermès qui devraient sortir dans un quart d'heure.
00:37Mais il y a des différences.
00:39Alors on voit bien l'enjeu autour de Kering avec notamment leur vaisseau amiral Gucci qui est assez soucoué.
00:47C'est ce qui plombe les résultats de Kering.
00:48Les ventes en recul de 25% sur les six premiers mois de l'année.
00:52Donc c'est vrai que c'est difficile.
00:53Ça sera une des grandes missions de l'Ucademia d'ailleurs qui va arriver en septembre.
00:57On va en reparler dans un instant.
00:58Mais d'abord sur le constat, pour vous, c'est quoi ?
01:00C'est un trou d'air et l'industrie du luxe va se redresser assez vite ?
01:05Alors je ne peux pas dire que ça va se redresser assez vite.
01:08Moi, je suis assez confiant.
01:09Je vais vous dire pour une autre raison.
01:11C'est que je pense que la base de l'industrie du luxe, à la base, c'est l'ultralux.
01:15Et alors en fait, si on commence sur l'ultralux,
01:17l'ultralux, c'est ce qui a toujours été la locomotive du luxe,
01:20qui a donné les codes, c'est tout ça.
01:23Et donc en fait, l'ultralux, ça marche très bien encore.
01:26Ça marche très bien.
01:26Il n'y a même pas de problème, même en Chine.
01:29Donc en fait, si vous avez l'ultralux qui marche bien,
01:31il n'y a pas de raison qu'à terme, ça ne bouge pas.
01:34Après, ce que vous regardez aussi, c'est le luxe plus accessible.
01:37Je ne sais pas si vous avez regardé les résultats,
01:39mais je crois que vous en avez parlé des Cilor Luxotica.
01:41Et Cilor Luxotica sort des résultats absolument remarquables.
01:44Grâce à la tech et les Ray-Ban, aussi les Ray-Ban Meta.
01:46Alors, grâce à la tech qui est un gène, en effet,
01:49et je pense qu'on a quelque chose devant.
01:51Et ça, ça fait partie aussi de l'innovation du luxe.
01:54Donc finalement, oui, là, on a une période,
01:57on va dire, si on veut être positif, de respiration.
02:00On a quand même eu une croissance dans les 35-40 dernières années
02:03qui est colossale.
02:04Bien sûr.
02:04Donc, bon, des trous d'air, on en a connu.
02:08Là, on est quand même sur quelque chose, moi, je dirais,
02:11un peu un cycle sur 35-40 ans et pas mal de conjoncturels.
02:15On connaît tout ce qui se passe actuellement.
02:17La guerre commerciale, Donald Trump qui inflige des droits de douane colossaux.
02:21Après, Bernard Arnault, le patron d'LVMH, a quand même dit
02:23on est à 15%, mais au moins on est fixé.
02:25Ça va nous donner un petit peu de stabilité pour la suite.
02:28Alors, je pense que ça, c'est très important.
02:29Alors, moi, je ne suis pas un politique,
02:31mais d'un point de vue économique, c'est sûr que
02:33l'importance déjà, c'est de savoir de quoi on parle.
02:37Quelle visibilité ? Où va-t-on ?
02:38Parce que dans ce cas-là, à partir du moment où on sait où on va,
02:41on peut travailler sur la fiscalité,
02:43on peut travailler sur la supply chain,
02:46sur la production.
02:49D'ailleurs, Bernard Arnault a annoncé l'ouverture
02:52d'un nouvel atelier au Texas d'ici, je crois, début 27.
02:56Ce qui n'est pas un enjeu simple,
02:58parce qu'il y a tout l'enjeu autour du savoir-faire.
03:00Par contre, ce qu'on a vu aussi,
03:02c'est la rédaction de Nicolas Hieronymus,
03:05PDG de L'Oréal,
03:07qui lui dit, attention, il faut qu'on lutte là-dessus.
03:10Et en fait, l'enjeu là-dessus, il est peut-être aussi sur
03:12qu'est-ce qu'on peut en produire aux États-Unis
03:17et qu'est-ce qu'on ne peut pas produire.
03:18Mais c'est une vraie question, parce qu'il a été beaucoup charrié,
03:21Bernard Arnault, du côté des États-Unis.
03:23On a critiqué le fait qu'il n'y avait pas les compétences,
03:26en fait, la main-d'œuvre sur les usines aux États-Unis.
03:31Alors, c'est peut-être exagéré.
03:33Mais il y a quand même, et vous le disiez,
03:34la question du savoir-faire qui est très importante
03:36et on ne peut pas faire n'importe quoi.
03:38Et on est jugé directement là-dessus quand on fait du luxe.
03:40Alors, tout à fait.
03:42Et je pense que d'ailleurs, ce qui justifie le prix du luxe
03:45et cette rareté, c'est le savoir-faire.
03:47En France, en Italie, vous avez un savoir-faire,
03:51même le cuir en Espagne, qui est absolument exceptionnel,
03:54mais qui est là depuis plusieurs siècles.
03:57D'ailleurs, l'Italie avant la France, d'une certaine manière.
04:00Donc là, ce transfert de compétences au niveau des États-Unis,
04:04il n'est pas simple, c'est parce qu'il faut apprendre.
04:07Et finalement, c'est quelque chose qui va se faire
04:11sur un moyen terme, mais qui ne va pas être massif.
04:14Et ça, ils le savent très bien.
04:16Il y a une stratégie de prix aussi, Guillaume Desretours,
04:19le pricing power, trouver le...
04:21C'est vrai qu'on se dit, plus c'est cher, plus c'est vendeur
04:24quand on fait du luxe.
04:25Ça ne marche plus forcément, ça.
04:27Alors, plus c'est cher, plus...
04:28D'abord, il y a la vue que vous avez du prix.
04:31Qu'est-ce qu'il y a derrière ce prix ?
04:33Donc, derrière ce prix, je pense que c'est pour ça aussi
04:35que tous les groupes du luxe retournent beaucoup
04:38vers le savoir-faire, déjà pour expliquer le prix.
04:40Alors, peut-être, il y a beaucoup de gens qui sont émus
04:43en disant que les prix ont beaucoup trop augmenté.
04:45C'est vrai que si on regarde, il y a eu une forte augmentation des prix.
04:47Maintenant, on ne peut pas dire que le savoir-faire a baissé,
04:50les coûts de main-d'oeuvre.
04:51On ne peut pas dire que les matières premières ont baissé.
04:53Ça a plutôt eu tendance à monter énormément.
04:56L'or, ça a explosé.
04:58Donc, ça, ce n'est pas aussi simple.
05:00Donc, l'explication du savoir-faire, c'est important.
05:02Mais aussi, il faut réincarner.
05:04C'est-à-dire qu'en fait, ce qu'il y a derrière le prix,
05:07c'est le récit, c'est l'histoire.
05:09Et on voit bien qu'il y a deux grandes tendances.
05:13C'est le savoir-faire et aussi le retour aux valeurs.
05:16Une histoire, une vision, c'est ce qu'il va falloir peut-être
05:19réimpulser chez Kering.
05:22Luca De Meo va arriver le 15 septembre
05:25à prendre ses fonctions.
05:27La tâche va être lourde.
05:28Là, c'est toute une vision à reconsidérer.
05:30On voit bien, on disait que Gucci,
05:32qui est un peu le vaisseau amiral,
05:34va très, très mal.
05:36Bon, Gucci marque italienne, Luca De Meo italien.
05:38Il y a peut-être quelque chose à faire
05:39pour réinventer un petit peu cette histoire.
05:42Tout à fait.
05:43Non, moi, je n'ai pas participé au recrutement
05:45de Luca De Meo.
05:47Maintenant, il est clair
05:49qu'avoir quelqu'un, un italien,
05:52pour gérer Gucci,
05:54je pense que c'est essentiel.
05:55Je pense que c'est un des éléments essentiels.
05:57Après, Luca De Meo a quand même
05:58un CV assez remarquable.
06:00Et par ailleurs, Luca De Meo,
06:03c'est un homme de marque,
06:04c'est un homme de stratégie.
06:06Et vous n'êtes pas échappé
06:08que l'enjeu autour du luxe,
06:10c'est vraiment les marques.
06:12Donc, moi, je trouve que c'est un choix
06:15qui est quand même assez séduisant.
06:16Alors, là, on a vu les résultats d'hier.
06:20Bon, il va y avoir du travail.
06:21Il y a du travail dans le monde entier
06:22parce qu'on voit que ça recule partout,
06:24aux États-Unis, en Asie, au Moyen-Orient.
06:28Est-ce qu'il faut parler,
06:29mais c'est une question éternelle,
06:30de la même manière,
06:31un Chinois qu'un Américain
06:33quand on vend des produits de luxe ?
06:35Ah, alors, ça, c'est une très bonne question.
06:37Alors, d'abord, sur la manière
06:40dont ça se passe dans le monde entier,
06:42c'est quand même assez...
06:43On voit légèrement,
06:46on le voyait chez L'Oréal,
06:48on le voyait un peu chez LVMH,
06:49un petit frémissement au niveau de la Chine.
06:51Mais je pense qu'on ne peut rien dire du tout
06:52pour l'instant.
06:53Par contre, en effet,
06:55ce que vous dites très juste,
06:56c'est-à-dire qu'il va y avoir
06:57un enjeu dans le futur.
06:58Pour l'ultralux, pour moi,
07:00l'ultralux, c'est le même en Chine,
07:01aux États-Unis, en Europe, au Moyen-Orient.
07:03Ça, c'est sûr.
07:04Après, toutes les nouvelles tendances,
07:06quand on regarde, en fait, le bien-être,
07:08quand on regarde la cosmétique,
07:09même les parfums,
07:11en fait, historiquement,
07:11les parfums étaient assez différents.
07:13C'est-à-dire que les parfums,
07:14aux États-Unis,
07:15c'était plutôt un peu cuiré.
07:16En France, c'est plutôt des fragrances
07:19un peu légères, du vétiver,
07:22un peu des...
07:23Voilà, d'autres colonnes.
07:24Et tout ça a été influencé par les États-Unis.
07:27Donc maintenant, ça s'est homogénéisé.
07:30Ça devrait repartir différemment.
07:32Et on ne sait pas très bien, en fait,
07:33vers où va la Chine.
07:35C'est pour ça qu'il y a eu, d'ailleurs,
07:36vous avez peut-être regardé,
07:37il y a eu pas mal d'évolutions,
07:39d'acquisitions de groupes français en Chine.
07:41En Corée aussi récemment.
07:43Parce qu'il faut s'adapter au marché.
07:45Revoir les portefeuilles aussi,
07:46c'est une question importante
07:47que se posent aujourd'hui
07:48les grands capitaines d'industrie
07:50dans ce secteur du luxe.
07:53Bloomberg parle peut-être
07:54d'une vente de Marc Jacobs
07:56par LVMH.
07:57Il faut reconsidérer un petit peu
07:58ce qu'on a en portefeuille.
07:59Et puis, peut-être ce qu'il faut acquérir,
08:02notamment quand on veut être plus innovant.
08:04Alors, il y a plusieurs aspects
08:06dans cette question.
08:06C'est-à-dire que, dans ces périodes-là,
08:09le M&A, enfin, les acquisitions,
08:11les sessions ont toujours été importantes.
08:13Donc, la revue de portefeuille,
08:14elle est importante dans cette phase de respiration
08:16où on se dit, bon, qu'est-ce qui marche,
08:17qu'est-ce qui ne marche pas
08:18dans notre stratégie.
08:19Il y a un autre point qui est important.
08:20Alors, moi, j'ai lu, comme vous,
08:23cette nouvelle.
08:24Maintenant, c'est assez marginal
08:26à l'échelle du groupe LVMH.
08:28Et ce n'est absolument pas confirmé.
08:30Mais c'est sûr qu'il y aura certainement
08:31des sessions.
08:32Il y aura aussi certainement
08:33des acquisitions à deux niveaux.
08:35Alors, vous avez parlé de la technologie.
08:36Je pense que c'est important
08:37pour acquérir des start-up,
08:40pour ensuite nourrir, en fait,
08:43cette innovation.
08:44Il y a une autre chose qui est importante,
08:45c'est l'intégration verticale.
08:47C'est l'acquisition des savoir-faire.
08:48On voit bien à quel point
08:49tous les ateliers,
08:50toutes les unités de production,
08:52c'est quelque chose
08:52qui est super important.
08:54Et là, il va y avoir quelque chose
08:56parce qu'on veut reprendre
08:57le contrôle complet
08:58et la traçabilité
09:00pour des enjeux d'ESG aussi.
09:01Merci beaucoup pour votre analyse
09:03et votre expertise ce matin
09:04avec nous, Guillaume Desretours,
09:06associé à PMG,
09:06responsable du secteur du luxe.
Commentaires

Recommandations