00:00Elles sont loin les années Covid où le marché du luxe s'envolait littéralement.
00:03Sur les six premiers mois de l'année, les grandes maisons sont plutôt chahutées.
00:07Bonjour Guillaume Desretours.
00:08Bonjour Erwin.
00:09Merci d'être sur notre plateau ce matin associé avec APMG, responsable du secteur du luxe.
00:13Alors c'est toute une session de publication qu'on a eue de résultats semestriels qui s'achève rapidement.
00:20Mais le moins qu'on puisse dire, c'est quand même que ça tangue en ce moment pour ces maisons.
00:24Alors ça tangue, oui. On n'était plus habitués à ça déjà.
00:28Par ailleurs, il faut quand même voir que c'est quand même assez contrasté.
00:33Alors on attend les résultats d'Hermès qui devraient sortir dans un quart d'heure.
00:37Mais il y a des différences.
00:39Alors on voit bien l'enjeu autour de Kering avec notamment leur vaisseau amiral Gucci qui est assez soucoué.
00:47C'est ce qui plombe les résultats de Kering.
00:48Les ventes en recul de 25% sur les six premiers mois de l'année.
00:52Donc c'est vrai que c'est difficile.
00:53Ça sera une des grandes missions de l'Ucademia d'ailleurs qui va arriver en septembre.
00:57On va en reparler dans un instant.
00:58Mais d'abord sur le constat, pour vous, c'est quoi ?
01:00C'est un trou d'air et l'industrie du luxe va se redresser assez vite ?
01:05Alors je ne peux pas dire que ça va se redresser assez vite.
01:08Moi, je suis assez confiant.
01:09Je vais vous dire pour une autre raison.
01:11C'est que je pense que la base de l'industrie du luxe, à la base, c'est l'ultralux.
01:15Et alors en fait, si on commence sur l'ultralux,
01:17l'ultralux, c'est ce qui a toujours été la locomotive du luxe,
01:20qui a donné les codes, c'est tout ça.
01:23Et donc en fait, l'ultralux, ça marche très bien encore.
01:26Ça marche très bien.
01:26Il n'y a même pas de problème, même en Chine.
01:29Donc en fait, si vous avez l'ultralux qui marche bien,
01:31il n'y a pas de raison qu'à terme, ça ne bouge pas.
01:34Après, ce que vous regardez aussi, c'est le luxe plus accessible.
01:37Je ne sais pas si vous avez regardé les résultats,
01:39mais je crois que vous en avez parlé des Cilor Luxotica.
01:41Et Cilor Luxotica sort des résultats absolument remarquables.
01:44Grâce à la tech et les Ray-Ban, aussi les Ray-Ban Meta.
01:46Alors, grâce à la tech qui est un gène, en effet,
01:49et je pense qu'on a quelque chose devant.
01:51Et ça, ça fait partie aussi de l'innovation du luxe.
01:54Donc finalement, oui, là, on a une période,
01:57on va dire, si on veut être positif, de respiration.
02:00On a quand même eu une croissance dans les 35-40 dernières années
02:03qui est colossale.
02:04Bien sûr.
02:04Donc, bon, des trous d'air, on en a connu.
02:08Là, on est quand même sur quelque chose, moi, je dirais,
02:11un peu un cycle sur 35-40 ans et pas mal de conjoncturels.
02:15On connaît tout ce qui se passe actuellement.
02:17La guerre commerciale, Donald Trump qui inflige des droits de douane colossaux.
02:21Après, Bernard Arnault, le patron d'LVMH, a quand même dit
02:23on est à 15%, mais au moins on est fixé.
02:25Ça va nous donner un petit peu de stabilité pour la suite.
02:28Alors, je pense que ça, c'est très important.
02:29Alors, moi, je ne suis pas un politique,
02:31mais d'un point de vue économique, c'est sûr que
02:33l'importance déjà, c'est de savoir de quoi on parle.
02:37Quelle visibilité ? Où va-t-on ?
02:38Parce que dans ce cas-là, à partir du moment où on sait où on va,
02:41on peut travailler sur la fiscalité,
02:43on peut travailler sur la supply chain,
02:46sur la production.
02:49D'ailleurs, Bernard Arnault a annoncé l'ouverture
02:52d'un nouvel atelier au Texas d'ici, je crois, début 27.
02:56Ce qui n'est pas un enjeu simple,
02:58parce qu'il y a tout l'enjeu autour du savoir-faire.
03:00Par contre, ce qu'on a vu aussi,
03:02c'est la rédaction de Nicolas Hieronymus,
03:05PDG de L'Oréal,
03:07qui lui dit, attention, il faut qu'on lutte là-dessus.
03:10Et en fait, l'enjeu là-dessus, il est peut-être aussi sur
03:12qu'est-ce qu'on peut en produire aux États-Unis
03:17et qu'est-ce qu'on ne peut pas produire.
03:18Mais c'est une vraie question, parce qu'il a été beaucoup charrié,
03:21Bernard Arnault, du côté des États-Unis.
03:23On a critiqué le fait qu'il n'y avait pas les compétences,
03:26en fait, la main-d'œuvre sur les usines aux États-Unis.
03:31Alors, c'est peut-être exagéré.
03:33Mais il y a quand même, et vous le disiez,
03:34la question du savoir-faire qui est très importante
03:36et on ne peut pas faire n'importe quoi.
03:38Et on est jugé directement là-dessus quand on fait du luxe.
03:40Alors, tout à fait.
03:42Et je pense que d'ailleurs, ce qui justifie le prix du luxe
03:45et cette rareté, c'est le savoir-faire.
03:47En France, en Italie, vous avez un savoir-faire,
03:51même le cuir en Espagne, qui est absolument exceptionnel,
03:54mais qui est là depuis plusieurs siècles.
03:57D'ailleurs, l'Italie avant la France, d'une certaine manière.
04:00Donc là, ce transfert de compétences au niveau des États-Unis,
04:04il n'est pas simple, c'est parce qu'il faut apprendre.
04:07Et finalement, c'est quelque chose qui va se faire
04:11sur un moyen terme, mais qui ne va pas être massif.
04:14Et ça, ils le savent très bien.
04:16Il y a une stratégie de prix aussi, Guillaume Desretours,
04:19le pricing power, trouver le...
04:21C'est vrai qu'on se dit, plus c'est cher, plus c'est vendeur
04:24quand on fait du luxe.
04:25Ça ne marche plus forcément, ça.
04:27Alors, plus c'est cher, plus...
04:28D'abord, il y a la vue que vous avez du prix.
04:31Qu'est-ce qu'il y a derrière ce prix ?
04:33Donc, derrière ce prix, je pense que c'est pour ça aussi
04:35que tous les groupes du luxe retournent beaucoup
04:38vers le savoir-faire, déjà pour expliquer le prix.
04:40Alors, peut-être, il y a beaucoup de gens qui sont émus
04:43en disant que les prix ont beaucoup trop augmenté.
04:45C'est vrai que si on regarde, il y a eu une forte augmentation des prix.
04:47Maintenant, on ne peut pas dire que le savoir-faire a baissé,
04:50les coûts de main-d'oeuvre.
04:51On ne peut pas dire que les matières premières ont baissé.
04:53Ça a plutôt eu tendance à monter énormément.
04:56L'or, ça a explosé.
04:58Donc, ça, ce n'est pas aussi simple.
05:00Donc, l'explication du savoir-faire, c'est important.
05:02Mais aussi, il faut réincarner.
05:04C'est-à-dire qu'en fait, ce qu'il y a derrière le prix,
05:07c'est le récit, c'est l'histoire.
05:09Et on voit bien qu'il y a deux grandes tendances.
05:13C'est le savoir-faire et aussi le retour aux valeurs.
05:16Une histoire, une vision, c'est ce qu'il va falloir peut-être
05:19réimpulser chez Kering.
05:22Luca De Meo va arriver le 15 septembre
05:25à prendre ses fonctions.
05:27La tâche va être lourde.
05:28Là, c'est toute une vision à reconsidérer.
05:30On voit bien, on disait que Gucci,
05:32qui est un peu le vaisseau amiral,
05:34va très, très mal.
05:36Bon, Gucci marque italienne, Luca De Meo italien.
05:38Il y a peut-être quelque chose à faire
05:39pour réinventer un petit peu cette histoire.
05:42Tout à fait.
05:43Non, moi, je n'ai pas participé au recrutement
05:45de Luca De Meo.
05:47Maintenant, il est clair
05:49qu'avoir quelqu'un, un italien,
05:52pour gérer Gucci,
05:54je pense que c'est essentiel.
05:55Je pense que c'est un des éléments essentiels.
05:57Après, Luca De Meo a quand même
05:58un CV assez remarquable.
06:00Et par ailleurs, Luca De Meo,
06:03c'est un homme de marque,
06:04c'est un homme de stratégie.
06:06Et vous n'êtes pas échappé
06:08que l'enjeu autour du luxe,
06:10c'est vraiment les marques.
06:12Donc, moi, je trouve que c'est un choix
06:15qui est quand même assez séduisant.
06:16Alors, là, on a vu les résultats d'hier.
06:20Bon, il va y avoir du travail.
06:21Il y a du travail dans le monde entier
06:22parce qu'on voit que ça recule partout,
06:24aux États-Unis, en Asie, au Moyen-Orient.
06:28Est-ce qu'il faut parler,
06:29mais c'est une question éternelle,
06:30de la même manière,
06:31un Chinois qu'un Américain
06:33quand on vend des produits de luxe ?
06:35Ah, alors, ça, c'est une très bonne question.
06:37Alors, d'abord, sur la manière
06:40dont ça se passe dans le monde entier,
06:42c'est quand même assez...
06:43On voit légèrement,
06:46on le voyait chez L'Oréal,
06:48on le voyait un peu chez LVMH,
06:49un petit frémissement au niveau de la Chine.
06:51Mais je pense qu'on ne peut rien dire du tout
06:52pour l'instant.
06:53Par contre, en effet,
06:55ce que vous dites très juste,
06:56c'est-à-dire qu'il va y avoir
06:57un enjeu dans le futur.
06:58Pour l'ultralux, pour moi,
07:00l'ultralux, c'est le même en Chine,
07:01aux États-Unis, en Europe, au Moyen-Orient.
07:03Ça, c'est sûr.
07:04Après, toutes les nouvelles tendances,
07:06quand on regarde, en fait, le bien-être,
07:08quand on regarde la cosmétique,
07:09même les parfums,
07:11en fait, historiquement,
07:11les parfums étaient assez différents.
07:13C'est-à-dire que les parfums,
07:14aux États-Unis,
07:15c'était plutôt un peu cuiré.
07:16En France, c'est plutôt des fragrances
07:19un peu légères, du vétiver,
07:22un peu des...
07:23Voilà, d'autres colonnes.
07:24Et tout ça a été influencé par les États-Unis.
07:27Donc maintenant, ça s'est homogénéisé.
07:30Ça devrait repartir différemment.
07:32Et on ne sait pas très bien, en fait,
07:33vers où va la Chine.
07:35C'est pour ça qu'il y a eu, d'ailleurs,
07:36vous avez peut-être regardé,
07:37il y a eu pas mal d'évolutions,
07:39d'acquisitions de groupes français en Chine.
07:41En Corée aussi récemment.
07:43Parce qu'il faut s'adapter au marché.
07:45Revoir les portefeuilles aussi,
07:46c'est une question importante
07:47que se posent aujourd'hui
07:48les grands capitaines d'industrie
07:50dans ce secteur du luxe.
07:53Bloomberg parle peut-être
07:54d'une vente de Marc Jacobs
07:56par LVMH.
07:57Il faut reconsidérer un petit peu
07:58ce qu'on a en portefeuille.
07:59Et puis, peut-être ce qu'il faut acquérir,
08:02notamment quand on veut être plus innovant.
08:04Alors, il y a plusieurs aspects
08:06dans cette question.
08:06C'est-à-dire que, dans ces périodes-là,
08:09le M&A, enfin, les acquisitions,
08:11les sessions ont toujours été importantes.
08:13Donc, la revue de portefeuille,
08:14elle est importante dans cette phase de respiration
08:16où on se dit, bon, qu'est-ce qui marche,
08:17qu'est-ce qui ne marche pas
08:18dans notre stratégie.
08:19Il y a un autre point qui est important.
08:20Alors, moi, j'ai lu, comme vous,
08:23cette nouvelle.
08:24Maintenant, c'est assez marginal
08:26à l'échelle du groupe LVMH.
08:28Et ce n'est absolument pas confirmé.
08:30Mais c'est sûr qu'il y aura certainement
08:31des sessions.
08:32Il y aura aussi certainement
08:33des acquisitions à deux niveaux.
08:35Alors, vous avez parlé de la technologie.
08:36Je pense que c'est important
08:37pour acquérir des start-up,
08:40pour ensuite nourrir, en fait,
08:43cette innovation.
08:44Il y a une autre chose qui est importante,
08:45c'est l'intégration verticale.
08:47C'est l'acquisition des savoir-faire.
08:48On voit bien à quel point
08:49tous les ateliers,
08:50toutes les unités de production,
08:52c'est quelque chose
08:52qui est super important.
08:54Et là, il va y avoir quelque chose
08:56parce qu'on veut reprendre
08:57le contrôle complet
08:58et la traçabilité
09:00pour des enjeux d'ESG aussi.
09:01Merci beaucoup pour votre analyse
09:03et votre expertise ce matin
09:04avec nous, Guillaume Desretours,
09:06associé à PMG,
09:06responsable du secteur du luxe.
Commentaires