00:00L'invité de Smart Impact, c'est Paul Duhan. Bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue. Vous êtes le fondateur, le président de Base Impact.
00:13C'est quoi d'ailleurs ? C'est une entreprise, une association, une ONG ?
00:16Non, c'est une ONG, donc c'est sur un format associatif en France,
00:19qui a pour mission de mettre la technologie, en particulier l'intelligence artificielle,
00:24au service du bien commun.
00:25Ça passe par quelles initiatives ? On va parler de votre dernière innovation,
00:28mais ça passe par quelles initiatives ?
00:30Concrètement, on travaille avec d'autres ONG ou des services publics
00:33sur des solutions technologiques qui vont les aider à être par exemple plus efficaces
00:37ou à mieux servir leur public cible, notamment avec notre nouvelle plateforme CASE AI,
00:44qui vise à outiller les travailleurs sociaux et les conseillers de terrain dans leur mission.
00:49Alors justement, cette plateforme qui est personnalisable,
00:54on reviendra sur l'aspect personnalisable. Pourquoi, comment vous l'avez créée ?
00:58Alors pourquoi, c'est sur un constat simple, c'est qu'il y a des millions de personnes
01:03qui bénéficient d'une manière ou d'une autre d'un accompagnement du service public
01:07ou qui sont en besoin d'une assistance.
01:10Et en face, les personnes qui répondent à ce besoin, ce sont les travailleurs de terrain,
01:15les travailleurs sociaux, les conseillers, par exemple le conseiller à la France Travail,
01:19ça peut être des infirmiers, des infirmières.
01:21En fait, toutes ces personnes-là de terrain qui sont en première ligne,
01:24majoritairement font de l'excellent travail, mais souffrent souvent d'un manque de moyens,
01:29d'un manque de ressources, d'un manque de temps.
01:31D'ailleurs, il y a une étude britannique qui a montré que 85% des travailleurs sociaux
01:35souffrent de stress lié à la charge de travail et ont des signes de burn-out.
01:38Et c'est justement là-dessus que nous, on est convaincus qu'avec l'intelligence artificielle générative,
01:43on peut les épauler en prémâchant du travail, en leur faisant gagner du temps
01:47et donc en libérant aussi du temps pour l'accompagnement humain.
01:50Et derrière, c'est comme ça qu'on peut faire en sorte que les gens qui sont dans le besoin
01:53peuvent avoir l'aide qu'ils nécessitent.
01:57Qu'est-ce que cette plateforme permet de faire ?
02:00CASE.AI, c'est une plateforme qui s'intègre avec les données de votre système de gestion de bénéficiaires
02:06et qui derrière va pouvoir aider les travailleurs sociaux en résumant les dossiers
02:10et en derrière proposant des plans d'action.
02:12Et ces plans d'action, ils sont donc personnalisés à la fois en fonction de la méthodologie de votre organisation
02:17mais aussi en fonction de votre catalogue de services pour que ça propose vraiment des plans d'action
02:21qui collent vraiment avec ce que les travailleurs sociaux de votre organisation feraient.
02:26Donc ça veut dire que c'est une plateforme qui est proposée gratuitement ?
02:31Moi j'essaie de comprendre, vous êtes une ONG, donc vous bénéficiez de dons
02:37et ça vous permet de développer un produit comme celui-là ?
02:40C'est ça, donc nous on a un modèle hybride, c'est-à-dire qu'en tant qu'ONG on reçoit des dons d'ailleurs
02:43à la fondation Google.org qui nous a fait un gros don de près de 2 millions de dollars
02:48pour financer la R&D sur cette plateforme parce que c'est un produit technologique assez conséquent
02:54mais derrière que nous on met à disposition un open source.
02:57C'est-à-dire que n'importe qui peut le télécharger, l'utiliser, etc.
03:00Ensuite derrière, j'utilise un modèle hybride parce que tout le monde n'a pas forcément envie de télécharger un code source
03:06de le faire tourner, de le déployer soi-même
03:08et donc on propose nous sur un format d'abonnement derrière une version packagée
03:12où tout ça c'est clé en main et donc ça là-dessus avec un modèle de revenu qui est associé.
03:16D'accord. Quand vous dites personnalisable, à quel point c'est personnalisable ?
03:20Alors c'est très personnalisable, c'est-à-dire que derrière en fait c'est facile pour une organisation
03:25donc imaginez par exemple vous êtes une association qui aide les enfants placés
03:28il y a tout un tas de méthodologies, de guides que par exemple vous pourrez fournir à vos nouveaux employés
03:35parce qu'il ne faut pas le faire n'importe comment, vous pouvez le faire aussi en fonction d'une méthodologie qui vous est propre.
03:41Tout ça c'est quelque chose qu'on peut enseigner à Case.AI et qui fait que derrière lorsque le Traversocio utilise l'outil
03:47les recommandations qui sont proposées collent vraiment avec ces instructions-là.
03:52Vous travaillez aussi avec l'association e-Enfance par exemple qui lutte contre le harcèlement et les violences numériques
03:58et qui utilise déjà cette plateforme ?
04:01Alors on est en cours de travail, parce qu'e-Enfance est également en train de changer leur système de gestion des cas.
04:09Ce sont des choses qui prennent du temps, mais effectivement on travaille avec eux pour aider à faire en sorte
04:13qu'e-Enfance puisse faire face à la montée assez exponentielle des appels.
04:20Oui alors c'était la question que j'allais vous poser parce qu'en fait ce qui est compliqué
04:25c'est qu'on est dans de l'accompagnement qui veut être le plus pointu, le plus humain, le plus précis possible,
04:33sauf que quand on est confronté à une association, à une masse grandissante d'appels ou de données, on est perdu, c'est ça le constat ?
04:41En fait, malheureusement c'est un constat dans le social, c'est que ça arrive fréquemment par exemple que vous ayez une montée de...
04:49Par exemple pour e-Enfance, c'est le nombre d'appels qui a presque doublé en un an,
04:54donc c'est une augmentation du volume qui est conséquente, mais en même temps les budgets n'ont pas doublé.
05:01On ne va pas forcément embaucher deux fois plus de personnes, on aimerait mais ce n'est pas forcément toujours possible.
05:06Et c'est là justement que grâce à la technologie, on pense qu'on peut outiller les personnes qui sont déjà là sur le terrain
05:14et les aider à faire face à cette montée en charge.
05:16Cette subvention dont vous parliez de Google.org, comment ça se passe ?
05:21Vraiment question de curieux, vous avez répondu à un appel d'offres, ils vous connaissaient, vous avez des contacts chez Google.org, comment ça s'est passé ?
05:29Oui, Google.org sont nos principaux financeurs depuis longtemps, ils nous avaient déjà soutenus sur des projets précédents,
05:35notamment on a beaucoup travaillé sur l'accompagnement des demandeurs d'emploi, avec une plateforme qui s'appelle Bob,
05:40qui derrière était un peu un prototype de KZI, puisqu'on utilisait à l'époque, il n'y avait pas encore l'IA générative,
05:46mais on avait développé tout un système pour proposer des accompagnements personnalisés en fonction de la situation d'un chercheur d'emploi.
05:53Et donc Google, on se connaît bien puisque nous on a démarré Base Impact aux Etats-Unis à l'époque où j'y vivais là-bas,
06:02donc c'est vrai que ce sont les mêmes réseaux et je pense qu'on partage avec la fondation Google, qui est une partie à part de l'entreprise,
06:11que la technologie ça sert aussi, c'est un outil, ça peut aussi servir à faire de l'impact et surtout à l'échelle.
06:17Vous parliez tout à l'heure de cette tension qu'on a au niveau des opérations, vraiment la conviction chez Base Impact,
06:24c'est que l'IA ça permet de concilier deux choses qui paraissent un peu contradictoires, c'est de faire du personnalisé en termes d'accompagnement à l'échelle.
06:32Comment est-ce qu'on fait du sur-mesure en masse, parce que l'échelle malheureusement des problématiques sociales est massive.
06:39Est-ce que vous avez l'impression de remplir une mission de service public ?
06:42Oui, clairement, et d'ailleurs j'ai écrit il y a quelques années un papier à ce sujet, que l'innovation sociale et l'innovation publique finalement c'est le même combat.
06:52Et ce qu'on a vocation à faire c'est l'impact systémique, c'est-à-dire ce que nous en tant qu'ONG on peut faire peut-être plus facilement que les pouvoirs publics,
07:01c'est innover, c'est prendre des risques, c'est tenter des choses, que ça marche, que ça ne marche pas, pour diverses raisons dont des bonnes.
07:07C'est plus compliqué pour les gouvernements d'aller tenter des choses et de prendre ce type de risques-là qui sont inhérents à l'innovation.
07:15Par contre une fois que ça fonctionne, vraiment la question c'est comment est-ce qu'on fait en sorte que ça passe à l'échelle,
07:19que ce ne soit pas juste un impact qui soit anecdotique ou une belle histoire où on dit voilà super on a réussi à prendre ce petit bout,
07:24comment est-ce que derrière voilà si on peut aider, si on a une solution où derrière on voit que ça peut aider 1000 enfants victimes de harcèlement, pourquoi pas 100 000 ?
07:33Alors vous avez peut-être lu, moi je suis en train de lire le dernier livre de Yuval Noahari Nexus, c'est l'auteur de Sapiens.
07:40Pour ceux qui avaient lu Sapiens, il propose une histoire des réseaux d'information de l'âge de pierre jusqu'à l'intelligence artificielle.
07:47Je ne suis pas arrivé à la fin du livre mais bon, il est quand même assez pessimiste sur la capacité humaine à maîtriser justement les IA génératives
07:57avec la puissance qu'elles sont en train d'acquérir. D'ailleurs il ne dit plus intelligence artificielle, il dit intelligence autre.
08:03C'est intéressant. Quel est votre avis là-dessus ? Parce que vous nous dites on met l'IA et c'est ce que vous faites.
08:09On met l'IA au service du bien commun finalement. Est-ce qu'elle peut nous échapper ?
08:14Alors il y a un débat technologique sur jusqu'où peut aller l'IA en termes d'intelligence et donc des IA qui notamment s'améliorent elles-mêmes pourraient nous échapper.
08:25C'est plus un débat de futuristes qui n'est peut-être pas un futur si éloigné que ça.
08:30Donc il faut se poser quand même ? C'est une question qu'il faut se poser ?
08:34Il faut clairement se poser la question. Après au-delà de cette question-là qui est plus futuriste, la grande question c'est surtout sur l'impact économique et sociétal
08:42d'avoir des IA qui peuvent vraiment chambouler le marché du travail.
08:47C'est pour ça qu'on parle vraiment est-ce que l'IA peut détruire des emplois ? Est-ce que l'IA même remet en question la notion même de travail ?
08:53Et nous ce qu'on oppose à ça c'est que c'est vrai qu'il faut se poser ces questions mais en fait dans le domaine du social on dit déjà qu'on est sur des industries
08:59ou sur un secteur qui est desservi, un secteur où il n'y a pas assez de gens, un secteur où les métiers sont peu attractifs, pas assez désirables, pas assez bien payés,
09:07où il n'y a pas assez de gens même si c'est un métier formidable, en tout cas qui ont du sens. L'économie ne valorise pas forcément ces métiers qui ont du sens.
09:15Donc lorsqu'on dit que l'IA peut chambouler l'économie alors certes mais du coup nous on parle d'économie sociale qui est déjà l'enfant pauvre malheureusement de nos sociétés
09:23et où quelque part on a presque tout à gagner en utilisant l'intelligence artificielle pour aider à mettre en valeur ce secteur qui est souvent un peu oublié.
09:35Merci beaucoup Paul Douanet, à bientôt sur BeSmart for Change. On passe à notre débat, les entreprises françaises sont-elles prêtes pour la CSRD ?
09:43Je crois que tous les jours ou presque on en parle.
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