00:00Le grand chef, que l'on désigne par son prénom évidemment, doit statistiquement
00:13s'entretenir avec plus d'une centaine de personnes par jour, entre ceux qui ont
00:18vraiment discuté avec lui ou elle, les entretiens inventés, s'appuyant simplement sur des
00:24articles de la communication interne. Et le pur mensonge. Nombreux sont les confidents
00:31du chef. Ces références à l'autorité habituelles dans les grandes entreprises,
00:36là où leur vérification est pratiquement impossible, marquent la fin du débat. Quelle
00:43est l'utilité de l'avis des experts des marchés, des responsables marketing, des
00:47commerciaux, de terrain, si la volonté supposée du chef, même inexistante, s'impose ? Que
00:55faire si tous les éléments rationnels dont on dispose montrent que cette décision induite
01:02par la supposée parole du chef n'est pas la bonne ? Ma parole risque de contrarier
01:08aujourd'hui mon silence, risque d'être coupable demain, menacée si je me tais et
01:15alertée si je parle. Cette science du mensonge a ses lois.
01:21Loi 1. La parole rapportée au nom du chef s'adresse aux collatéraux et subordonnés,
01:29donc en l'absence de lien hiérarchique de subordination du rapporteur.
01:34Loi 2. En présence d'un supérieur hiérarchique, cette parole ne doit jamais être rapportée,
01:43car elle est source de suspicions de loyauté envers son chef direct ou risque d'être
01:49violemment démentie par ce dernier. Loi 3. En cas d'interférence entre les
01:58lois 1 et 2, le silence est de rigueur et le changement de sujet la règle. Le temps
02:05et l'oubli effectueront le travail. Certes, reste l'esquive shakespearienne,
02:13tomorrow and tomorrow and tomorrow. La procrastination de la décision,
02:22en espérant que le ciel aidera par l'oubli ou que des changements de structure dans l'entreprise
02:28feront que cette décision-là se perdra dans les oubliettes de la réalisation et du suivi.
02:34Mais si l'on est formé à l'honnêteté, à la rigueur, à la sincérité, cet état immédiat est
02:40difficile à vivre. Voici alors quelques propositions respiratoires simples pour ne pas agoniser.
02:49On peut brouiller les mots dans la première méthode et brouiller les personnes dans la
02:56seconde. Celle qui a ma préférence est d'utiliser la technique des binômes flous qui
03:04est développée dans une intervention antérieure. Ce déplacement consiste à intervenir sur un
03:11terme différent mais connexe au terme principal, par exemple le binôme décision-application.
03:18Si la décision vous semble erronée et si vous n'êtes pas en position d'autorité,
03:24déplacez aisément le débat sur les étapes d'application. Il est possible qu'alors on se
03:31rende compte de l'erreur compte tenu des conditions pratiques. Un autre binôme peut être urgence et
03:38compréhension. Si la décision doit être appliquée de façon urgente, déplacez le débat sur la bonne
03:44compréhension des personnes impliquées. On sera peut-être alors à même de se rendre compte qu'il
03:51faut un temps intermédiaire de formation d'une partie des personnels. Cette solution vous permet
03:56de paraître comme engagé, réaliste et même parfois intelligent alors que vous venez simplement
04:03de saboter le processus préjudiciable. Une deuxième méthode consiste à questionner autour
04:11de soi sur le mode que comprenez-vous de la façon d'appliquer cette décision, puis de faire une
04:18synthèse qui sera souvent l'expression d'un chaos. Dès lors, l'engagement collectif s'imposera
04:24et vous soutiendra. N'agissez pas en frontal, vous feriez exploser votre propre véhicule sauf si vous
04:34disposez d'une vraie boîte secrète, la seule, si le chef vous a effectivement parlé différemment de
04:40la question et si cette intimité ne vous nuit pas. Ne fermez jamais les yeux face à la raison
04:48bafouée, mais faites appel au déplacement de sens par la méthode des binômes flous ou à la
04:54collectivisation ou consultation collective ou co-construction par le partage des points de vue.
05:01Isolez le mot erroné ou le bluffeur sans y toucher. Mais il était aussi possible que le chef se soit trompé ?
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