00:00 Si l'on se fie à la surface des choses, le projet de loi de finances pour 2024 propose la réalisation simultanée de trois objectifs difficilement conciliables.
00:19 Ne pas augmenter les impôts, augmenter un certain nombre de gros postes de dépenses stratégiques (transition climatique, secteur régalien, santé, etc.)
00:28 et réduire le déficit de façon significative. Le simple fait d'y parvenir rend cette loi suspecte.
00:37 Mais ce petit miracle comptable nous dit surtout une chose.
00:40 En dépit d'une rigueur de façade, le gouvernement fait tout pour esquiver la vraie rigueur.
00:45 Il ne prend pas le risque d'accélérer le film de la récession lente.
00:50 Et c'est plutôt une bonne nouvelle alors que les moteurs intérieurs ou extérieurs de la croissance sont à l'arrêt.
00:57 Sur le papier, le gouvernement montre patte blanche à la Commission européenne.
01:01 Comme l'exige le pacte de stabilité, or circonstances exceptionnelles,
01:06 il réduit son déficit courant comme structurel de l'ordre d'un demi-point de PIB.
01:11 Ce qui constitue une obligation lorsque la dette d'un pays dépasse 60% du PIB.
01:17 Mais pour y parvenir, il tire sur toutes les ficelles qui servent cet affichage.
01:23 D'abord, il part de l'hypothèse que l'année 2023 sera bien conforme à ce qui avait été annoncé l'an dernier.
01:30 Et même un peu meilleur, avec un déficit limité à 4,9% du PIB contre 5% en loi de finances initiales.
01:40 Notons que le Haut conseil des finances publiques lui donne quitus sur ce point.
01:46 Pourtant, à en juger par la dynamique des recettes de l'État, telle que la retrace la situation mensuelle du budget jusqu'en août,
01:54 on peut se demander si le gouvernement ne pêche pas par optimisme lorsqu'il envisage une progression de 9 milliards de ces recettes en 2023.
02:05 Ensuite, il table en 2024 sur d'importantes rentrées fiscales en hausse de plus de 4%, sans pour autant relever la pression fiscale.
02:16 La ficelle là est classique.
02:18 Il prend une hypothèse de croissance très optimiste de +1,4% l'an prochain.
02:24 Couplé à une inflation de 2,5%, cela fait une croissance nominale de l'ordre de 4% de la base fiscale.
02:34 C'est ce que l'on retrouve, peu ou prou, en croissance des recettes fiscales.
02:38 Sur le périmètre de l'État, hors Sécu et Collectivité locale, le gouvernement mise dès lors sur 17 milliards de rentrées fiscales supplémentaires en 2024,
02:49 dopés notamment par un bond de près de 10 milliards de l'impôt sur les sociétés.
02:55 Et sur l'ensemble des administrations publiques, incorporant notamment les cotisations sociales, le surcroît de recettes excèderait 50 milliards.
03:04 Côté dépenses, tout l'effort se concentre sur le repli des mesures de soutien d'urgence et du plan de relance lancé à l'automne 2020.
03:14 Ce sont en tout 22 milliards d'économies, soit 0,7% du PIB.
03:19 Mais sur toutes ces autres missions, l'État et plus largement l'ensemble des administrations publiques affichent des enveloppes en hausse de 4,3% en moyenne.
03:30 Et pour cause, avec 50 milliards de recettes fiscales et sociales supplémentaires,
03:36 et 22 milliards de repli des enveloppes d'urgence, dont moins de la moitié est dédiée à la baisse du déficit,
03:42 il reste plus de 60 milliards à ventiler sur les différentes missions des administrations.
03:48 C'est ainsi que les engagements de l'État et des opérateurs en faveur de la planification écologique augmentent de 10 milliards,
03:55 que le budget dédié à la défense nationale augmente de 3,3 milliards, soit 7,5% de hausse, conformément à la loi de programmation de 2024-2030,
04:07 que les dépenses dédiées à l'enseignement scolaire augmentent de 3,9 milliards, soit 6,5% de hausse,
04:13 concrétisant les engagements du pacte enseignant destiné à revaloriser les carrières.
04:19 Bref, cela ne ressemble pas à un budget corseté.
04:23 Conséquence de tout cela, ayant embelli le tableau du côté des recettes, le gouvernement se dispense d'user du coup près côté dépenses.
04:32 Et in fine, c'est le solde public de fin d'année qui risque d'en faire les frais.
04:37 Le plus probable, c'est que le déficit ne diminuera pas en 2024,
04:42 et que l'effort de rigueur chiffré aujourd'hui à un demi-point de PIB est largement fictif.
04:48 Finalement, le gouvernement transforme les mesures générales de soutien d'urgence à l'activité, par nature temporaire,
04:55 en dispositifs de soutien pérennes et ciblés, fléchés sur un certain nombre de politiques structurelles, climat, défense, éducation, etc.
05:05 Tout cela confère à ce budget une forte neutralité à court terme.
05:09 Ce faisant, le gouvernement entretient le scénario de récession molle.
05:14 Il ne l'évite pas, mais ne l'aggrave pas, avec pour risque principal, en surestimant ses recettes et en jouant la montre,
05:21 de s'exposer à une rude correction en 2025 et d'étirer le marasme.
05:27 [Musique]
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