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  • il y a 3 ans
Chroniqueur : Samuel Ollivier 




Aujourd’hui, le photographe Guillaume Blot nous présente son nouvel ouvrage « Rades », une véritable plongée au cœur des troquets de France. Dans ces lieux de rencontre si chers à la culture française, il a immortalisé ces instants chargés d’histoire. Sous son objectif, il a réussi à magnifier ces bouis-bouis que l'on adore. Zoom sur cet album photo vu du comptoir !

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Transcription
00:00 8h12, c'est une bonne heure, ça non, pour prendre le café ?
00:02 Vous savez, le café bien noir au comptoir d'un bistro,
00:05 c'est ce dont on va parler désormais.
00:07 Samuel reçoit aujourd'hui le photographe Guillaume Blot, son dernier livre.
00:10 C'est une plongée dans ces troquets de France,
00:13 des lieux de rencontre, les clients habituels,
00:15 les clients de passage et aussi des réservoirs d'histoire.
00:18 Guillaume Blot, bonjour.
00:19 Bonjour Samuel.
00:20 Vous avez pendant quatre ans sillonné la France,
00:22 plus de 200 bars, boui-boui, troquets,
00:25 "Rad", c'est le titre de votre livre.
00:28 Exactement.
00:29 Un album photo du comptoir, vue du comptoir aussi parfois.
00:32 Quelle drôle d'idée d'abord.
00:34 Comment elle vous est venue cette idée ?
00:35 Disons que je travaille autour des univers dits populaires
00:38 et c'est un terme que j'utilise avec beaucoup d'affection.
00:41 J'étais encore à photographer le loto de Mauvezyn dans le Gers,
00:44 il y a quelques jours, j'ai d'ailleurs rencontré Mamuget,
00:46 que je tiens à saluer, qui nous regarde.
00:48 Et j'aimais, dans ces "Rad" en fait, il passait du temps
00:52 avec mes amis, mes copaines,
00:55 ou aussi pour y travailler.
00:56 Et j'y entendais des histoires de comptoir folles,
00:59 des scènes de vie incroyables,
01:01 et je me suis dit qu'il fallait les archiver, les documenter.
01:04 Et donc j'ai commencé à faire des photos
01:06 en vue vraiment d'immortaliser ces espaces,
01:08 malheureusement en voie de disparition.
01:10 Quel genre d'histoire folle on a envie de savoir ?
01:12 Vous nous donnez l'eau à la bouche.
01:13 Il y a vraiment des histoires,
01:16 je pense qu'il faut vraiment y passer du temps.
01:18 Mais moi en tout cas, celle que j'entendais,
01:20 c'était autour d'histoires de baby-foot
01:24 ou de parties follement diablées.
01:26 Il y avait un petit peu de politique aussi,
01:28 il y avait un petit peu aussi d'histoires d'amour.
01:31 Tout ce qui se brasse en fait dans la vie quotidienne,
01:34 qui est un petit peu cristallisée en un espace
01:36 follement petit, mais qui est incroyable,
01:38 qui est le rad.
01:39 Il y a une photo que j'aimerais vous montrer.
01:40 Oui, dites-moi.
01:41 Une de vos photos, celle du demi-bar.
01:43 À Mienne, on est dans la Nièvre,
01:45 avec les parasols tropicaux délavés,
01:47 les chaises dépareillées, tout y est là.
01:50 C'est la définition du rad parfait, le demi-bar.
01:52 En tout cas, en devanture, oui.
01:53 Après, quand on pousse la porte du demi-bar
01:56 ou d'autres nombreux rads,
01:57 on peut y voir aussi des bandes tumouches,
02:00 des carrelages un petit peu éclatés au sol,
02:03 des espressos au comptoir un peu trop amers,
02:05 malheureusement parfois, des cacahuètes.
02:07 Tout cet univers qui revient dans le nombre de rads.
02:10 C'est quoi le rad parfait ?
02:11 Je ne sais pas s'il y a un rad parfait,
02:12 parce que je pense qu'ils sont justement imparfaits.
02:14 C'est pour ça qu'on les aime tant.
02:16 C'est vraiment en tout cas des endroits que l'on aime
02:19 y passer du temps, un peu comme des résidences secondaires
02:21 où tout un chacun peut se sentir chez lui.
02:24 Tant qu'il y a des copains, des copines au bar,
02:27 avec un patron ou une patronne emblématique
02:29 qui relance un peu et avec qui on se sent bien parler,
02:32 pour moi, c'est ça le bon rad.
02:34 Je suis très curieux de savoir comment vous avez travaillé,
02:36 en immersion d'abord dans ces bars,
02:38 avant de sortir l'appareil photo.
02:39 Exactement. Un peu l'idée de mon travail immersif,
02:41 c'est toujours d'arriver comme une personne "normale",
02:45 et donc de m'asseoir au tabouret du comptoir
02:48 et de commander une boisson.
02:49 Et puis ensuite, j'écoute.
02:51 Et une fois que l'on papote
02:54 et que j'arrive à m'insérer dans une discussion,
02:56 là, j'explique mon projet quand il le faut.
02:59 Et je commence à sortir mon appareil photo et à demander...
03:02 Et vous êtes bien accueilli à chaque fois.
03:04 Oui, souvent, j'ai rarement eu des refus, à vrai dire, de personnes.
03:07 Les gens sont assez, d'abord, interloqués.
03:09 Ils se demandent pourquoi je m'intéresse à leur quotidien.
03:12 Parce que pour eux, c'est leur quotidien, en fait.
03:15 Et moi, je trouve ça incroyable, en fait,
03:17 toutes ces scènes de vie, ces micros à détail
03:20 que l'on peut ne plus voir par l'usure du temps.
03:24 Et c'est là où j'interviens avec les histoires que je raconte
03:26 et les photos que je prends.
03:27 Et l'immersion, c'est parfois...
03:29 C'est très loin jusqu'à dormir au bar des PTT à Lourdes, par exemple.
03:33 Oui, chez Monique, chez qui j'étais d'ailleurs encore hier.
03:35 Je suis revenu la voir après deux ans, et j'étais ravi de...
03:39 Pour lui montrer les photos ?
03:40 Elle avait déjà vu les images,
03:41 mais en tout cas, c'était comme une forme de petit pèlerinage,
03:43 change de mot, pour lui faire un bisou.
03:45 Alors, le rat, c'est une espèce.
03:47 On voit de disparitions.
03:49 La France en comptait 200 000 dans les années 60.
03:51 Aujourd'hui, 36 000, à peine.
03:54 Vous dites que c'est un lieu de résistance.
03:56 On résiste à quoi dans ce rad ?
03:57 C'est d'abord la série, surtout pour montrer les résistants,
04:01 et donc les résistants/resistantes, ceux qui sont encore debout.
04:04 Et ensuite, à l'intérieur, ceux qui fréquentent ces établissements.
04:07 Je pense qu'on résiste tout simplement au temps,
04:09 parce qu'on le prend.
04:11 On prend le temps de papoter, de boire des coups,
04:14 de jouer à des parties de babi ou de flipper.
04:18 Et je pense que c'est important d'avoir des endroits de conversation
04:21 comme ça où on se voit vraiment en face.
04:24 Ce qui est, je pense, de plus en plus rare,
04:26 en fait, à travers, malheureusement, avec des bons côtés, bien sûr,
04:29 mais les réseaux sociaux ont apporté peut-être des choses un peu plus négatives.
04:33 En tout cas, les comptoirs permettent de retrouver une forme de vie en direct.
04:36 Ce sont les réseaux sociaux du direct, de la vraie vie, en quelque sorte.
04:40 Vous le disiez, on parle beaucoup.
04:42 On parle de sport, on parle d'amour, parfois.
04:44 On parle de politique aussi.
04:45 On voit que beaucoup de bars ont les chaînes d'information en continu branchées.
04:50 On parle de politique.
04:51 On parle de politique, mais ce n'est pas vraiment le point névralgique.
04:54 Je pense qu'on parle autant de politique que de sport, de la vie de tous les jours.
05:00 Je pense que c'est un peu une forme de cristallisation
05:02 de ce qui se passe dans nos quotidiens.
05:04 Et je n'ai pas forcément entendu plus de politique qu'autre chose dans ces espaces-là.
05:10 Donc, je dirais que c'est vraiment un reflet de nos conversations
05:13 les plus ouvertes et les plus libres que l'on peut avoir au quotidien.
05:16 On parle de notre quotidien, en vérité.
05:17 Vous êtes photographe de presse.
05:19 La France des oubliés, c'est une expression qui a beaucoup été utilisée,
05:22 notamment lors de la crise des Gilets jaunes.
05:23 Est-ce qu'elle est là aussi, dans les bars, la France des oubliés ?
05:26 Les bars, en fait, rassemblent tout un chacun.
05:29 Donc, oui, il y a une France des oubliés qui fréquente ces établissements.
05:32 Là, je vois des retraités à Saint-Etienne au Café des Sports
05:37 qui, après leur marché, se posaient Udet, Uget et ses deux copines,
05:42 et du coup, on retrouve bien sûr cette France que l'on ne voit pas forcément.
05:46 Et tout mon travail, moi, c'est vertu à essayer de leur rendre hommage,
05:50 à ma petite échelle bien sûr, mais en tout cas de raconter leurs histoires en texte et en photo.
05:54 Autre élément central dans la vie d'un bar, c'est l'alcool.
05:57 Est-ce qu'il est toujours heureux, cet alcool ?
05:59 Ou est-ce que vous avez pu assister à des scènes un peu plus tristes ou dramatiques ?
06:04 Il y a toujours une forme de vitrine.
06:07 Il y a évidemment des moments peut-être un peu moins glorieux autour de l'alcool.
06:11 Mais ce que moi j'ai vu, en tout cas, c'était plutôt une ivresse heureuse
06:14 avec des conversations assez endiablées et qui apportaient vraiment de la vie à l'espace.
06:21 Donc, j'ai envie plutôt de valoriser la boisson et de ne pas voir forcément que l'alcool.
06:26 De ne pas résumer nos rades à la bière, mais aussi à d'autres boissons, cafés,
06:31 qui peuvent en ivrer à leur manière aussi.
06:33 Il y a quelques jeunes dans vos photographies, mais beaucoup plus d'anciens quand même.
06:37 Oui, c'est en fait…
06:39 Ne vont pas aux rades les jeunes ?
06:41 Non, les rades sont aussi fréquentées par les plus jeunes.
06:44 C'est juste que moi, dans mon travail, j'allais dans les horaires plutôt de journée.
06:49 Et évidemment, les jeunes sont à l'étude, étudient ou travaillent également de leur côté.
06:56 Donc, il y a une belle représentation plutôt des retraités,
06:59 mais tout le monde fréquente les rades aujourd'hui.
07:01 C'est quatre ans de travail pour vous. Dans ces quatre années, il y a eu le Covid
07:04 et la fermeture des bars, et vous avez assisté à la réouverture de ces bars.
07:08 C'est ça.
07:09 Ça, c'était des moments pleins d'émotion, et on le voit en photo d'ailleurs.
07:12 Oui, tout à fait. J'étais sur le pont aux différentes réouvertures des terrasses,
07:16 et on peut voir vraiment toute la joie des personnes à se retrouver avec leurs amis.
07:22 Je pense qu'on s'est vraiment rendu compte, en fait, avec leur fermeture pendant le Covid,
07:26 de leur importance, le fait qu'il y ait cette absence des endroits où se retrouver
07:31 dans une forme de terrain un petit peu maison secondaire, un peu neutre, je dirais,
07:36 entre le chez-soi et l'extérieur, et le fait de ne plus les avoir.
07:40 Ça a créé vraiment un manque, et les réouvertures qu'on a pu assister à travers le Covid,
07:45 je pense que ça nous a permis d'avoir une forme de libération et une joie de se retrouver ensemble.
07:49 On s'en souvient tous. J'aimerais qu'on termine avec quelques photos en rafale,
07:52 et que vous me racontiez à chaque fois en quelques mots l'histoire qui se cache derrière ces photos.
07:56 Avec grand plaisir.
07:57 On commence avec Marcel, 102 ans.
07:59 Oui, premier plan.
08:00 Avec son fils derrière lui.
08:02 Jean-Pierre derrière, qui sert un petit verre de rosé.
08:05 Cette photo, elle a été prise dans l'Ain, à l'Elex.
08:08 Et la petite anecdote, c'est que je suis allé avec une journaliste du Monde, Clara Georges,
08:11 et quand elle lui a posé la question à Jean-Pierre derrière s'il comptait reprendre le bar de ses deux séparants,
08:17 il lui a simplement répondu que non, il était déjà à la retraite.
08:20 Parce qu'il a 70 ans.
08:21 Il avait déjà en âge de prendre du bon temps pour lui.
08:24 La photo d'un perroquet, désormais, est un peu particulière.
08:28 Là, c'est Coco, perroquet d'un bar qui s'appelle Chiroquy.
08:32 C'est un perroquet qui est assez drôle, qui a pris le temps à insulter les clients.
08:38 Et en portugais, je crois.
08:39 Et en portugais, oui, parce que c'est un bar où Rocky est portugais, donc il y a une communauté qui s'y rassemble.
08:44 Il aime aussi danser sur du Scorpions.
08:46 C'est intéressant.
08:47 La photo d'un chien, ou plutôt d'une affiche que j'ai trouvée très drôle,
08:52 qui concerne ce chien, qui a la particularité de fuguer à chaque fois que la porte s'ouvre.
08:56 C'est ça, c'est Otumush, un bar qui met également très cher à Plurien, en Côte d'Armor.
09:00 C'est un chien où il y a vraiment une petite pancarte marquée à l'entrée,
09:04 parce que les Pierrettes et Isabelle ont très peur que leur chien s'échappe,
09:10 prenne la malle à chaque ouverture de porte.
09:12 On voit de tout dans un rad, même un homme en maillot de bain qui vient prendre son café en pleine journée.
09:17 Ce n'était pas un café d'ailleurs.
09:18 Non, c'était un petit pastaga.
09:21 C'était au bar chez Coco, à l'Argentière.
09:23 C'est un bar de camping, d'où la tenue peut-être un peu plus libérée que l'on peut trouver ici.
09:28 Merci beaucoup Guillaume Lowe.
09:30 Votre livre, il est ici, "Photographie d'une France des bistrots vivants", de leur patron et habitué.
09:34 J'ai adoré, merci à vous.
09:36 Merci à vous pour l'invitation.
09:38 Merci à tous les deux, on adore ces rads, cette roquette qu'on a partout en France.
09:42 Alors on va passer à autre chose, mais vous allez voir, ça va vous intéresser aussi.
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